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La Dépêche

26 janvier 2006

 

[No 304: 25-01-06]

Où en est la réforme de la justice togolaise ?

                Notre justice, dit-on, va mal ; on l’accuse d’être corrompue et surtout d’être une justice qui ne répond plus aux attentes des Togolais. Des voix s’élèvent pour réclamer sa réforme. Certes, comme dans d’autres domaines de la vie politique togolaise, une réforme de la justice s’avère vraiment nécessaire, mais par où commencer et surtout que faut-il réformer ? C’est là tout le problème.

            Dès qu’un homme arrive à la tête de la Chancellerie en qualité du ministre de justice, il donne souvent l’impression de n’avoir pas du temps à perdre, et veut donc partir immédiatement en croisades contre l’inertie de son ministère. Il s’agite énormément, parle beaucoup, se démène comme un beau diable au nom de la prétendue réforme qu’il veut entreprendre au niveau de son ministère. Mais très vite se heurte à l’indifférence de l’opinion publique et aussi à l’apathie même de son département. Il hausse cette fois-ci les épaules et baisse le bras en signe d’impuissance. Il ne lui reste qu’à garder les Sceaux.

            Ce n’est pas M. Katari Foli-Bazy actuel ministre de l’Administration territoriale qui dira ici le contraire. Peut-il lui-même faire à l’heure actuelle un bilan de son séjour à la tête du département de la justice ? Ce serait la montagne qui aurait accouché d’une souris. C’est d’ailleurs avec un certain soupir de soulagement qu’il aurait quitté ce ministère insensible pour celui des préfets et des chefs traditionnels.

            Son successeur Me Jean Abi Tchessa pourra-t-il faire quelque chose de mieux ? Ce serait un pari. Nommé en juin dernier à la tête de la Chancellerie,  Me Jean Abi Tchessa passe directement à la quatrième vitesse de l’action au nom de la réforme de la justice. Il passe de prison en prison, libère  « ceux dont le séjour dans ces maisons d’arrêt n’est plus nécessaire soit parce qu’ils y séjournent depuis longtemps sans être jugés soit parce qu’ils ont depuis longtemps purgé leurs peines ». Notre nouveau ministre organise un séminaire sur la réforme de la justice dont la conclusion se fait attendre. Il semble que l’on attendra encore longtemps. On risque encore ici de voir une montagne enfanter d’une souris comme dans les autres cas ; car la corruption qui sévit de façon endémique au sein des magistrats, les influences, les pressions de toute sorte corsent souvent la situation et rendent aléatoire toute réforme.   Me Abi Tchessa devrait à l’heure actuelle se rendre à l’évidence : il est à la tête de quelque chose qui ressemble à un hydre de Leme.

            En fait que faut-il reformer au niveau de la Justice ? Tout d’abord la nomination des procureurs. Il est temps qu’ils soient nommés comme les autres magistrats. Il appartiendrait alors au ministre de proposer des candidats au Conseil supérieur de la magistrature. Dans ce cas, le ministre devrait se conformer à l’avis de ce conseil. Le conseil supérieur de la magistrature, deviendrait une sorte de haute assemblée, qui ne serait plus seulement composée de magistrats. Le chef de l’Etat, le Premier ministre et le président de l’Assemblée Nationale y nommeraient des représentants de la société civile. Ceci suppose une reforme constitutionnelle au préalable.

            Une fois par an, le ministre de la justice devrait présenter à l’Assemblée nationale sa politique d’action pénale. La réforme interdirait au ministre de donner des instructions dans un dossier particulier. Il appartient aux procureurs  d’apprécier l’opportunité de poursuivre une personne en justice ou nom. De nouvelles formes de recours contre les décisions des procureurs devraient être créées.

            La procédure pénale devrait être modifiée pour renforcer la présomption d’innocence. On sait que la présomption d’innocence et les atteintes aux droits des personnes sont souvent mises à mal par la procédure pénale que la presse accuse souvent. L’enquête judiciaire serait divisée en deux phases. Avant une éventuelle mise en examen, il devrait être interdit de révéler le nom de la personne en cause. De lourdes sanctions  puniraient le manquement à cette règle. Après la mise en examen, le secret de l’instruction serait en partie levé. Le juge d’instruction ne pourrait plus mettre un suspect en détention. Cette fonction serait dévolue à une chambre collégiale de magistrats.

            Enfin les avocats pourraient assister leur client en garde à vue dès la première heure. Dans les prochaines livraisons, l’on évoquera le problème de l’indépendance de la magistrature. Un problème qui pose des difficultés à la justice elle-même.

À suivre
Jacques Tom

 

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