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[No 304: 25-01-06] |
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Au-delà de la
réhabilitation: Entre Sylvanus et Eyadema, qui était plus tribaliste |
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Mensonges et mauvaise foi ; telles sont les impressions
que l’on ne manque pas de ressentir à la lecture de quelques extraits de
certains livres écrits sur la vie de Sylvanus Olympio que certains de nos
confrères ont abondamment publié à l’approche de la journée du 13 janvier afin
de rendre hommage à la mémoire de l’homme qu’on appelle dorénavant le père de
l’Indépendance togolaise. Un peu de sens critique de la part de nos confrères
thuriféraires leur aurait évité de publier n’importe quoi au risque de paraître
finalement ridicules.
L’on tombe du ciel lorsque Godwin Tété
dans son fameux livre sur « l’accession du TOGO à l’indépendance» en deux
volumes sur Sylvanus Olympio déclare que ce dernier avait consacré sa vie au
bonheur du pays à tel point qu’un livre comme « l’Afrique noire est mal partie »
de René Dumont écrit au début des Indépendances africaines ne pouvait pas
s’appliquer au Togo de Sylvanus Olympio. N’est-ce pas René Dumont lui-même qui
dans le livre en question, écrivait : … « Les pays de savane connaissent trop
souvent, dans la période précédant leur unique récolte de céréales de difficiles
soudures. Celles-ci s’aggravent quand une culture commerciale arachide ou coton
chasse les récoltes vivrières, sorgho et petits mils. (…)
Quand un territoire surpeuplé est aussi épuisé, cette disette devient chronique des Kabiais du Nord Togo etc… »
Le pays connaissait bien la famine sous Sylvanus Olympio. On se rappelle que c’est à partir de 1959, les agissements des
Ablodé Sodja aidant et aggravé par le retour de Togolais chassés de la Côte
d’Ivoire, une espèce de famine générale s’était abattue sur le pays qui n’a pu
être en partie jugulée un peu plus tard que grâce aux dons en nature fournis en
grande quantité par les Etats Unis d’Amérique : lait en poudre, poisson très
salé, semoule de blé. Le pays a vécu pendant plus de cinq ans de ces dons en
nature venus des Américains. Sylvanus Olympio était déjà au pouvoir depuis mai
1958 quand éclatait cette famine.
Les Togolais n’ont pas une mémoire de lièvre. Ils connaissent la vraie histoire
du pays et non cette fausse histoire du reste enjolivée que les frères de
Sylvanus veulent entretenir sur la vie d’un homme sectaire et raciste.
Qui veut-on faire croire que Sylvanus Olympio entretenait de bonne relation avec
le général de Gaulle et que dans le même temps son ambassadeur au Togo Henri
Mazonyer complote contre le père de l’Indépendance togolaise tout simplement
parce qu’il était indépendant de la France et de plus il voulait créer une
monnaie pour le Togo.
Et pourtant c’est bien sous le général de
Gaulle que les pays comme la Guinée et le Mali ont créé chacun leur propre
monnaie sans nullement être inquiétés par les ambassadeurs de France dans leur
pays. Quelques années plus tard, la Mauritanie et le Madagascar ont également
créé leur propre monnaie et entretiennent de bonnes relations avec la France.
« Tout est dit au sujet d’Olympio uniquement pour donner une certaine haute idée
de cet homme, qui n’était rien qu’un homme cassant. Or, pour le général de
Gaulle qui méprisait les Africains (Sylvanus Olympio n’était qu’un commerçant
de Kéta. Rien de plus »
A l’approche du 13 janvier tout est dit
et publié sur Sylvanus Olympio sauf l’essentiel. Rien n’a été cependant dit sur
le caractère de cet homme ni sur la politique très tribale et raciste qu’il
menait au Togo.
Pour Robert Ajavon qui connaît bien
Sylvanus Olympio, « l’homme ne s’embrassait d’aucun scrupule, fardait la vérité
sans sourciller, avec un cynique tranquille qui fascinait littéralement son
autoritarisme. » Pour Georges Spénale qui a eu le temps de connaître
suffisamment le père de l’Indépendance « Olympio est un homme excessivement
autoritaire. Il n’admet pas la contradiction. Il ne supporte pas la moindre
critique. Il est dur avec les faibles et haineux envers les forts, ce sera un
dictateur ». C’était un avertissement que les Togolais n’avaient pas pris au
sérieux.. Olympio ne disait-il pas quelques jours que « Dieu m’a tout donné
sauf la pitié ». Et les Togolais allaient bien le connaître avec les
agissements des milices qu’il allait créer. En tout cas ce n’est pas l’homme
avec ce caractère qui pouvait apporter le bonheur à la population togolaise
puisqu’en quatre ans de pouvoir il n’a réussi qu’une seule réalisation : la
construction de l’Hôtel Le Bénin avec l’aide française. Aucun travail d’utilité
publique n’a reçu le début d’exécution sous Sylvanus Olympio. A quoi devrait
alors servir la monnaie qu’il devrait créer et pour laquelle, il est mort ? Ne
dit-on pas que le pays à la monnaie de son économie ?
Les maux dont souffre aujourd’hui le pays ont pris racine sous le règne
d’Olympio et rien ne sert de le masquer en l’enjolivant : le retard
économique du pays, le tribalisme ont pris naissance sous cet homme gestionnaire
qui n’avait rien à faire que la langue de bois.
A entendre les thuriféraires, le premier Président de la République était
un homme débonnaire qui était parti à la pêche un dimanche et c’est là que les
militaires l’ont surpris et l’ont assassiné puisqu’un de nos confrères écrit
qu’à l’approche du 13 janvier, on a assisté aux « émissions qui ont ouvert tant
soit peu l’œil de plusieurs Togolais sur la vie de la nation togolaise avant la
prise du pouvoir par Eyadema et qui ont donné les larmes aux yeux du peuple. Par
ces documents, il est apparu combien de mensonges ont été servis aux Togolais
sur la personne de Sylvanus Olympio qui par son courage, sa ténacité et son
intelligence a vaillamment milité avec d’autres élites de la nation pour
l’accession du pays à l’indépendance » Papou Kponton.
C’est plutôt notre confrère louangeur,
qui est dans le mensonge et tient le peuple dans l’ignorance. La réalité est
bien autre. C’est Sylvanus Olympio qui a demandé à la France de libérer les
miliaires togolais qui servaient sous le drapeau français mais refuse de les
engager. Rentrés au pays, ces militaires se retrouvent en chômage avec des
demi-soldes ou sans solde du tout, invités à retourner à la terre. Et Théophile
Mally de rentrer dans les insultes : « Vous êtes les Cabrais oui, allez
retourner à la terre ». Tous les moyens pour entrer en négociations avec le
chef de l’Etat afin de trouver une solution à leur situation ont été vains. On
connaît la suite.
(A suivre)
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Qui est responsable du tribalisme au Togo?
A cette question les exilés togolais nombreux au Canada n’hésitent pas à dire
que c’est le président Eyadema qui en serait l’auteur. La bonne foi permet de
reconnaître que durant le temps qu’il a passé à la tête du pays, le président
Eyadema a recherché une cohabitation pacifique entre les ethnies de sorte qu’au
niveau de tous les services publics et administratifs les responsables sont
toujours de différentes régions.
Le problème du tribalisme au Togo quoique
l’on cherche à le camoufler, a bien pris naissance sous Sylvanus Olympio. La
colonisation, quels que soient ses méfais, avait commencé à créer au Togo un
état de conscience nationale fondée sur une cohabitation pacifique d’une
entraide mutuelle. Dès que Sylvanus Olympio est entré en politique tout se
bascule ; l’homme ne croyait pas au Togo, il ne croyait qu’à son destin.
Que disait-il le 5 juillet 1950 devant le conseil de tutelle des Nations Unies, à Lake-Succes aux Etats-Unis. LA
DEPECHE a plusieurs fois publié cette déclaration de Sylvanus Olympio
indigne d’un homme qui se veut politique.
« Maintenant, parce qu’il y aurait des
divergences d’opinion sur le point de savoir si les deux territoires sous
tutelle doivent être réunis, on a décidé d’embrouiller notre point de vue en
posant une question tout à fait différente… Nous n’avons jamais demandé
l’unification des deux territoires sous tutelle. Nous avons demandé que les gens
qui ont la même langue, les mêmes coutumes la même et le même esprit national
soient unifiés. Nous n’avons jamais demandé qu’ils occupent la totalité de deux
territoires sous tutelle. Nous n’avons jamais demandé que les tribus du Nord
soient également unifiées. Il s’agit là d’une décision qu’il leur appartient de
prendre.
Notre position est claire à cet égard. C’est pourquoi nous considérons que ces
positions ne sont pas pertinentes. Je ne puis que répéter une fois de plus ce
qui ne peut manquer d’être clair : nous n’avons jamais demandé que les tribus du
Nord des deux Togo soient unifiées avec nous ou hors de nous. Quelle que soit
leur position sur la question de leur unification, elle n’a rien à faire avec
notre propre droit d’être unis. Ces populations sont loin de nous et leur
situation est différente de la notre » On croit entendre Adolf Hitler
s’adressant aux Polonais.
Dans l’esprit de celui qu’on nomme Père
de l’Indépendance, le Togo n’existait pas. Pour lui, c’était une invention des
colonisateurs dont il ne fallait pas tenir compte. Il n’est pas ici d’espoir
commun. Les populations du Sud n’avaient rien à voir avec celles du Nord. Le
Sud riche ne devait même pas se considérer lié aux pouilleuses populations du
Nord par un quelconque devoir de solidarité. Tout ce que souhaitait notre futur
père de l’Indépendance, c’était la création d’une nouvelle entité formée d’une
parcelle du Togo français et d’une parcelle de la Gold Coast : c’est dire un
Etat éwé compris entre la mer, le Mono, la volta et le 5e parallèle.
Cette position tribaliste, réductrice a
certainement agacé le haut-commissaire Yves Digo. Ce dernier favorisa alors au
cours de l’année 1950 la création d’un parti politique : l’Union des Chefs et
Populations du Nord, antagoniste à un Sud dominé par des gens « qui se
prétendaient d’essence supérieure et qui méprisaient les autres populations
togolaises ». Lesquelles populations, ajoutait perfidement le haut-commissaire
« se verraient interdire l’accès à la mer et perdaient le bénéfice des grands
travaux exécutés dans le Sud grâce à leurs sacrifices, si les racistes du CUT
l’emportaient »!
Ecoutons enfin ce que dit Hector Otto
Messan Aithson fondateur de JUVENTO ou Mouvement de la Jeunesse Togolaise.
« Nous avons précisément créé ce parti (JUVENTO) parce que nous voulons
l’indépendance du pays et sa réunification. Nous aurions milité dans le CUT
dont beaucoup d’entre nous étaient issus, si Sylvanus Olympio n’avait eu une
vision aussi tribaliste, aussi réductrice de la politique. Il a trompé beaucoup
de gens en leur faisant croire que nous étions l’une des composantes du CUT.
Nous en étions aussi éloignés que du PTP que nous trouvons trop favorable au
gouvernement français ». Mais qui était vraiment ce Sylvanus Olympio ? C’est
l’œuvre des psychiatres.
Gaston Rosignac |
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