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La Dépêche

26 janvier 2006

 

[No 304: 25-01-06]

Au-delà de la réhabilitation: Entre Sylvanus et Eyadema, qui était plus tribaliste

Mensonges et mauvaise foi ; telles sont les impressions que l’on ne manque pas de ressentir à la lecture de quelques extraits de certains livres écrits sur la vie de Sylvanus Olympio que certains de nos confrères ont abondamment publié à l’approche de la journée du 13 janvier afin de rendre hommage à la mémoire de l’homme qu’on appelle dorénavant le père de l’Indépendance togolaise. Un peu de sens critique de la part de nos confrères thuriféraires leur aurait évité de publier n’importe quoi au risque de paraître finalement  ridicules.

L’on tombe du ciel lorsque  Godwin Tété dans son fameux livre sur « l’accession du TOGO à l’indépendance»  en deux volumes sur Sylvanus Olympio déclare que ce dernier avait consacré sa vie au bonheur du pays à tel point qu’un livre comme « l’Afrique noire est mal partie » de René Dumont écrit au début des Indépendances africaines ne pouvait pas s’appliquer au Togo de Sylvanus Olympio. N’est-ce pas René Dumont lui-même qui dans le livre en question, écrivait : … « Les pays de savane connaissent trop souvent, dans la période précédant leur unique récolte de céréales de difficiles soudures. Celles-ci s’aggravent quand une culture commerciale arachide ou coton chasse les récoltes vivrières, sorgho et petits mils. (…)

Quand un territoire surpeuplé est aussi épuisé, cette disette devient chronique des Kabiais  du Nord Togo etc… »

Le pays connaissait bien la famine sous Sylvanus Olympio. On se rappelle que c’est à partir de 1959, les agissements des Ablodé Sodja aidant et aggravé par le retour de Togolais chassés de la Côte d’Ivoire, une espèce de famine générale s’était abattue sur le pays qui n’a pu être en partie jugulée un peu plus tard que grâce aux dons en nature fournis en grande quantité par les Etats Unis d’Amérique : lait en poudre, poisson très salé, semoule de blé. Le  pays a vécu pendant plus de cinq ans de ces dons en nature venus des Américains. Sylvanus Olympio était déjà au pouvoir depuis mai 1958 quand éclatait cette famine.

Les Togolais n’ont pas une mémoire de lièvre. Ils connaissent la vraie histoire du pays et non cette fausse histoire du reste enjolivée que les frères de Sylvanus veulent entretenir sur la vie d’un homme sectaire et raciste.

Qui veut-on faire croire que Sylvanus Olympio entretenait de bonne relation avec le général de Gaulle et que dans le même temps son ambassadeur au Togo Henri Mazonyer complote contre le père de l’Indépendance togolaise tout simplement parce qu’il était indépendant de la France et de plus il voulait créer une monnaie pour le Togo.

Et pourtant c’est bien sous le général de Gaulle que les pays comme la Guinée et le Mali ont créé chacun leur propre monnaie sans nullement être  inquiétés par les ambassadeurs de France dans leur pays. Quelques années plus tard, la Mauritanie et le Madagascar ont également  créé leur propre monnaie et entretiennent  de bonnes relations avec la France. « Tout est dit au sujet d’Olympio uniquement pour donner une certaine haute idée de cet homme, qui n’était rien qu’un homme cassant. Or, pour le général de Gaulle qui méprisait les Africains (Sylvanus Olympio  n’était qu’un commerçant de Kéta. Rien de plus »

A l’approche  du 13 janvier tout est dit et publié sur Sylvanus Olympio sauf l’essentiel. Rien n’a été cependant dit sur le caractère de cet homme ni sur la politique très tribale et raciste qu’il menait au Togo.

Pour Robert Ajavon qui connaît bien Sylvanus Olympio, « l’homme ne s’embrassait d’aucun scrupule, fardait la vérité sans sourciller, avec un cynique tranquille qui fascinait littéralement son autoritarisme. » Pour Georges Spénale qui a eu le temps de connaître suffisamment le père de l’Indépendance « Olympio est un homme excessivement autoritaire. Il n’admet pas la contradiction. Il ne supporte pas la moindre critique. Il est dur avec les faibles et haineux envers les forts, ce sera un dictateur ». C’était un avertissement que les Togolais n’avaient pas pris au sérieux.. Olympio ne disait-il pas quelques jours que  « Dieu m’a tout donné sauf  la pitié ». Et les Togolais allaient bien le connaître avec les agissements des milices qu’il allait créer. En tout cas ce n’est pas l’homme avec ce caractère qui pouvait apporter le bonheur à la population togolaise puisqu’en quatre ans de pouvoir il n’a réussi qu’une seule réalisation : la construction de l’Hôtel Le Bénin avec l’aide française. Aucun travail d’utilité publique n’a reçu le début d’exécution sous Sylvanus Olympio. A quoi devrait alors servir la monnaie qu’il devrait créer et pour laquelle, il est mort ? Ne dit-on pas que le pays à la monnaie de son économie ?

Les maux dont souffre aujourd’hui le pays ont pris racine sous le règne d’Olympio et rien  ne sert de le masquer en l’enjolivant : le retard économique du pays, le tribalisme ont pris naissance sous cet homme gestionnaire qui n’avait rien à faire que la langue de bois.

 A entendre les thuriféraires, le premier Président de la République était un homme débonnaire qui était parti à la pêche un dimanche et c’est là que les militaires l’ont surpris et l’ont assassiné puisqu’un de nos confrères écrit qu’à l’approche du 13 janvier, on a assisté aux « émissions qui ont ouvert tant soit peu l’œil de plusieurs Togolais sur la vie de la nation togolaise avant la prise du pouvoir par Eyadema et qui ont donné les larmes aux yeux du peuple. Par ces documents, il est apparu combien de mensonges ont été servis aux Togolais sur la personne de Sylvanus Olympio qui par son courage, sa ténacité et son intelligence a vaillamment milité avec d’autres élites de la nation pour l’accession du pays à l’indépendance » Papou Kponton.

C’est plutôt notre confrère louangeur, qui est dans le mensonge et tient le peuple dans l’ignorance. La réalité est bien autre. C’est Sylvanus Olympio qui a demandé à la France de libérer les miliaires togolais qui servaient sous le drapeau français mais refuse de les engager. Rentrés au pays, ces militaires se retrouvent en chômage avec des demi-soldes ou sans solde du tout, invités à retourner à la terre. Et Théophile Mally de rentrer dans les insultes : « Vous êtes les Cabrais oui, allez retourner  à la terre ». Tous les moyens pour entrer en négociations avec le chef de l’Etat afin de trouver une solution à leur situation ont été vains. On connaît la suite.
(A suivre)

Qui est responsable du tribalisme au Togo?
A cette question les exilés togolais nombreux au Canada n’hésitent pas à dire que c’est le président Eyadema qui en serait l’auteur. La bonne foi permet de reconnaître que durant le temps qu’il a passé à la tête du pays, le président Eyadema a recherché une cohabitation pacifique entre les ethnies de sorte qu’au niveau de tous les services publics et administratifs les responsables sont toujours de différentes régions.

Le problème du tribalisme au Togo quoique l’on cherche à le camoufler, a bien pris naissance sous Sylvanus Olympio. La colonisation, quels que soient ses méfais, avait commencé à créer au Togo un état de conscience nationale  fondée sur une cohabitation pacifique d’une entraide mutuelle. Dès que Sylvanus Olympio est entré en politique tout se bascule ; l’homme ne croyait pas au Togo, il ne croyait qu’à son destin.

Que disait-il le 5 juillet  1950 devant le conseil de tutelle des Nations Unies, à Lake-Succes aux Etats-Unis. LA DEPECHE a plusieurs fois publié cette déclaration de Sylvanus Olympio indigne d’un homme qui se veut politique.

« Maintenant, parce qu’il y aurait des divergences d’opinion sur le point de savoir si les deux territoires sous tutelle doivent être réunis, on a décidé d’embrouiller notre point de vue en posant une question tout à fait différente… Nous n’avons jamais demandé l’unification des deux territoires sous tutelle. Nous avons demandé que les gens qui ont la même langue, les mêmes coutumes la même et le même esprit national soient unifiés. Nous n’avons jamais demandé qu’ils occupent la totalité de deux territoires sous tutelle. Nous n’avons jamais demandé que les tribus du Nord soient également unifiées. Il s’agit là d’une décision qu’il leur appartient de prendre.

Notre position est claire à cet égard. C’est pourquoi nous considérons que ces positions ne sont pas pertinentes. Je ne puis que répéter une fois de plus ce qui ne peut manquer d’être clair : nous n’avons jamais demandé que les tribus du Nord des deux Togo soient unifiées avec nous ou hors de nous. Quelle que soit leur position sur la question de leur unification, elle n’a rien à faire avec notre propre droit d’être unis. Ces populations sont loin de nous et leur situation est différente de la notre » On croit entendre Adolf Hitler s’adressant aux Polonais.

Dans l’esprit de celui qu’on nomme Père de l’Indépendance, le Togo n’existait pas. Pour lui, c’était une invention des colonisateurs dont il ne fallait pas tenir compte. Il n’est pas ici d’espoir commun. Les populations du Sud n’avaient rien à  voir avec celles du Nord. Le Sud riche ne devait même pas se considérer lié aux pouilleuses populations du Nord par un quelconque devoir de solidarité. Tout ce que souhaitait notre futur père de l’Indépendance, c’était la création d’une nouvelle entité formée d’une parcelle du Togo français et d’une parcelle de la Gold Coast : c’est dire un Etat éwé compris entre la mer, le Mono, la volta et le 5e parallèle.

Cette position tribaliste, réductrice a certainement agacé le haut-commissaire  Yves Digo. Ce dernier favorisa alors au cours de l’année 1950  la création d’un parti politique : l’Union des Chefs et Populations  du Nord, antagoniste à un Sud dominé par des gens « qui se prétendaient d’essence supérieure et qui méprisaient les autres populations togolaises ». Lesquelles populations, ajoutait perfidement le haut-commissaire « se verraient interdire  l’accès à la mer et perdaient le bénéfice des grands travaux exécutés dans le Sud grâce à leurs sacrifices, si les racistes du CUT l’emportaient »!

Ecoutons enfin ce que dit Hector Otto Messan Aithson fondateur de JUVENTO ou Mouvement de la Jeunesse Togolaise. « Nous avons  précisément créé ce parti (JUVENTO) parce que nous voulons  l’indépendance du pays et sa  réunification. Nous aurions milité dans le CUT dont beaucoup d’entre nous étaient issus, si Sylvanus Olympio n’avait eu une vision aussi tribaliste, aussi réductrice de la  politique. Il a trompé beaucoup de gens en leur faisant croire que nous étions l’une des composantes du CUT. Nous en étions aussi éloignés que du PTP que nous trouvons  trop  favorable au gouvernement français ». Mais qui était vraiment ce Sylvanus Olympio ? C’est l’œuvre des psychiatres.   

Gaston Rosignac

 
 

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