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26 Déc 2006

[ 189: du 22 Déc 2006]  
Suspension du processus de mutation du réseau telecel-togo : Qui en veut à Moov ?

Le 14 décembre dernier, devant un parterre de sommités de ce pays au premier rang desquels des ministres du gouvernement Faure- Agboyibo, notamment le ministre du commerce Savi de Tové, qui y était en tant que représentant du chef du gouvernement, le groupe Atlantic Télécom lançait Moov, le nouvel enseigne du réseau Télécel-Togo. C’est dire que cet évènement avait la bénédiction des autorités du pays. Là justement se trouve la contradiction, car au Togo, les officiels peuvent assister au lancement d’une activité qu’ils ne reconnaissent pas, ou dans laquelle « ils ne trouvent pas leur compte », quitte à eux de réagir après et de passer par des artifices juridiques pour mettre en péril les activités des opérateurs économiques indélicats, qui passent outre « les normes » de la république. C’est ainsi que le Groupe Atlantic Télécom s’est  vu d’abord retirer la licence d’exploitation de Télécel et ensuite interdire sous quelque forme que ce soit la commercialisation des services de sa nouvelle marque Moov. Si l’argument juridique évoqué par les autorités semble tenir, ce qui l’est moins, c’est les conditions dans lesquelles le communiqué interdisant Moov est sorti. Une situation qui amène à s’interroger sur cette main invisible qui veut s’en prendre à Télécel-Togo nouvel enseigne, quand on sait que l’offensive que mène le groupe Atlantic à travers son réseau est de taille et que la concurrence ne saura réagir en un temps record ou risque même de perdre du terrain.

Le communiqué portant interdiction de Moov

Dans un communiqué daté du mardi 19 décembre 2006, le ministre délégué à la présidence de la république, chargé de l’Equipement, des Transports, des Postes et Télécommunications et des Innovations technologiques, Kokouvi Dominique Dogbé, après avoir rappelé que « la société Télécel-Togo est bénéficiaire d’une autorisation d’exploiter un service de téléphonie mobile », indique que « cette autorisation ne peut être cédée totalement ou partiellement sans l’autorisation de l’autorité de réglementation des secteurs des postes et de télécommunications». Selon le communiqué du ministre Dogbé, en contravention de ce principe « la société Télécel-Togo a modifié la structure de son contrôle capitalistique, sans autorisation, en s’alliant avec l’opérateur étranger ETISALAT ». « En conséquence, poursuit le communiqué ministériel, « sa licence (de Télécel-Togo) a été suspendu. De plus, un nouvel exploitant de la licence, Moov, est apparu sans aucune autorisation des autorités. « Cette substitution d’opérateur, dit le communiqué, est nul et de nul effet ».

Le message est clair, la licence d’exploitation avait été retirée à Télécel-Togo qui a modifié la structure de son contrôle capitalistique sans l’autorisation des autorités d’une part, et d’autre part, le nouvel exploitant de la licence (retirée de Télécel-Togo), Moov, est inexistant pour les autorités togolaises qui lui dénient toute personnalité juridique légale. Le bras de fer est lancé, les promoteurs de Moov-Togo n’ont plus que deux alternatives, soit ils ouvrent des négociations dans lesquelles ils seront appelés à concéder un certain nombre de choses, soit ils reviennent à leur « agonisant » enseigne et les milliards investis seront parti dans la fumée.

Le péché commis

Bien avant le lancement de Moov le 14 décembre dernier, la rumeur avait fait état d’une menace d’interdiction qui pèserait sur le nouveau service de Atlantic Télécom au togo.

Des sources proches de l’autorité de réglementation du secteur des télécommunications (ART&P) indiquent que cette structure avait déjà mis en garde les dirigeants de la société Télécel pour avoir modifié, sans autorisation préalable des autorités togolaises, la structure de du capital de leur société. Au-delà de cette mise en garde, il a été retiré à Télécel Togo sa licence d’exploitation qui lui permettait d’opérer sur le réseau. Selon ces sources, c’est au lendemain du retrait de cette licence que les responsables de Télécel auraient entrepris des démarches (ils ont adressé un courrier à l’ART & P) pour obtenir l’autorisation sus indiquée. Par ailleurs, les autorités togolaises se prévalant du fait que dans l’un de ces messages publicitaires, Moov s’est présenté comme un opérateur (en effet dans un de ces messages on retrouve la phrase : Moov se veut l’opérateur le plus performant du marché) et non comme un réseau qui change tout simplement de dénomination. Or, précisent les sources, « l’opérateur Moov n’a pas de personnalité juridique » ; « Moov n’a pas la licence d’exploitation ; c’est le ministre qui a signé le communiqué d’interdiction qui peut donner et qui retirer la licence à un opérateur».

Du côté de Télécel, tout le monde se refuse de se prononcer sur cette affaire et se contente de reconnaître que « le dossier est délicat », sans pour autant infirmer, ni confirmer les arguments avancer par les autorités. Toutefois, comme à l’ART&P on indique que des négociations seraient en cours.

Doit-on voir dans ce silence une façon pour les responsables de cette société d’admettre les reproches qui leur sont fait ; certains observateurs du monde des affaires au Togo restent sceptiques et pensent que les dirigeants du Groupe Atlantic Télécom n’ont, en ce moment, aucun intérêt à affronter les autorités togolaises sur ce terrain, au risque de perdre définitivement la partie et de sombrer totalement.

Et pourtant Moov n’est pas un nouvel opérateur

Il est de notoriété publique qu’à ces débuts l’actionnariat de la société était composé d’un certain nombre de personnes (physiques et morales) et qu’en cours de route, certaines d’entre elles se sont retirées et on cédée leurs actions au Groupe Atlantic qui à la fin de l’exercice 2004 est devenu l’actionnaire majoritaire. D’où la signature « Télécel, une filiale du groupe Atlantic Télécom », remarquable sur les affiches de la société depuis janvier 2005. Parallèlement, il semblerait que l’opérateur ETISALAT qui semble poser de problème aujourd’hui est présent dans l’actionnariat de la société depuis sa création en janvier 2000.

Moov est connu plutôt comme la nouvelle dénomination de la marque d’un réseau (produit) de téléphonie mobile anciennement connu sous l’enseigne de Télécel-Togo (ancien produit de Télécel International, devenu entre janvier 2005 et le 14 décembre 2006 propriété de Atlantic Télécom) et est une création du groupe Atlantic Télécom.

Sur le plan juridique, et comme l’explique les sources proches de l’ART&P « personne ne peut augmenter sensiblement son capital sans l’autorisation des autorités compétentes ». Or personne ne peut pas imaginer qu’Atlantic Télécom ait modifié la structure de son capital sans entreprendre certaines démarches qui nécessiteraient l’intervention d’un auxiliaire de justice, en occurrence un notaire. Autrement, étant donné que la loi prévoit une reprise des formalités administratives en cas de modification du capital, il est tout indiqué de croire que le Groupe Atlantic, en société responsable a respecté ce principe juridique. Dans le cas contraire il aurait commis une infraction. Mais là aussi, si on devait supposer que cette infraction a été commise, certains estiment que ce groupe n’est pas la seule qui, au Togo, serait entrain de violer les textes réglementaires et que la décision du ministre Dogbé s’apparente celle qui en février 2005 a permis à la HAAC et à l’ART&P de fermer certaines chaînes de radios et télévisions.

En somme, et en entendant les explications des dirigeants de Moov, la piste de vice de procédure n’explique pas totalement la décision ministérielle, qui aux dires de certains togolais n’est que la face visible d’un Ice Berg.

Des négociations pour limiter les dégâts

Au Togo et comme dans bon nombre de pays africains francophones, assure un opérateur économique, nul ne peut entreprendre d’importants investissements sans concéder aux autorités du pays et à leurs entourages un certain nombre de privilèges, dont la possibilité de participer à l’actionnariat de sa société ou plus généralement d’y avoir leurs intérêts. Les responsables du groupe Atlantic qui, au Togo opèrent dans plusieurs secteurs dont les banques, ne sont pas sensé ignorer ce principe du monde des affaires. Mais alors qu’ont-ils fait et qui a intérêt à les ramener à la table des négociations, la question restera certainement sans réponse précise, mais des pistes de réflexion peuvent être envisagées.

Ouvrir des négociations comme les uns et les autres le confient, en ce moment où Moov a déjà montré à tout le monde sa force de frappe, peut donner une idée de ce qui sera exigé à ses dirigeants. Inutile de vouloir défoncer une porte déjà ouverte ; la question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir quelle est cette main invisible qui veut profiter de la décision à l’encontre de Moov ?

Moov, victime des conflitsd’intérêts du régime ?

Le groupe Atlantic il y’a encore 12 mois était basé à Abidjan. Aujourd’hui il est basé au Togo. Son quartier général se trouve dans la cité OUA ! Il est affilié à la zone franche industrielle togolaise. Donc agit sous le contrôle de la société d’administration de la zone franche industrielle (SAZOF) dont le directeur général n’est personne d’autre que le ministre de la défense et des anciens combattants, jeune frère du chef de l’Etat togolais, Kpatcha Gnassingbé. En claire, le groupe Atlantic ne peut se permettre d’envisager des investissements au Togo sans tenir informer les responsables de la SAZOF, au cas contraire, il se seraient fourvoyé.

En claire ce groupe est supposé avoir le soutien des premiers responsables de la zone franche.

En face, Togocel, le concurrent de Moov continu d’être dirigé par Marc Dédériwè, un ami de Faure Gnassingbé qui, en plus de la direction des douanes, assure celle de Togo cellulaire. Or tout porte à croire que cette société bien qu’étant au courrant depuis plus d’un an déjà qu’il aura à affronter un concurrent de taille, n’aurait jamais imaginer que « l’arsenal de guerre » qu’entend déployer la nouvelle marque de réseau était aussi destructeur qu’il se présente aujourd’hui.

Par ailleurs certaines mauvaises langues prétendent aussi que, le ministre Dominique Kokouvi Dogbé, également ami du chef de l’Etat, ne peut en sa qualité de ministre délégué à la présidence agir ou du moins prendre une décision de cette importance sans l’aval de son supérieur hiérarchique, Faure Gnassingbé. Autrement dit, à l’analyse, certains veulent sous entendre que Moov est tout simplement victime des antagonismes des frères Gnassingbé, et voient derrière la décision du ministre Dogbé le premier des togolais.

La piste Togocel n’est pas écartée

Comme dans une enquête judiciaire, le commun des togolais qui a commencé par s’enticher de Moov au détriment de Togocel dont il trouve aujourd’hui les produits onéreux et le réseau médiocre (alors que de par le passé c’était le réseau le plus adulé), se permet de voir dans cette décision un artifice des autorités togolaises pour obliger d’une part le groupe Atlantic Télécom à revoir à la baisse ses ambitions et d’autre part à permettre à Togo cellulaire de trouver la parade. Vrai ou faux, toujours est il que Togocel compte aujourd’hui plus de 600.000 abonnés contre environ 100.000 pour l’ex-Télécel-Togo, ce qui lui garantie pour plusieurs années encore le fauteuil de leader.

Par ailleurs, aux yeux de certains observateurs Togocel étant actuellement plus rentable financièrement que Togo Télécom (Togo Cellulaire nourrirait les caisses noires du régime), sa maison mère, il est tout a fait justifié que les tenants du pouvoir trouvent des artifices pour mettre un terme à qui veut mettre en péril sa survie (si non leurs intérêts).

En entendant de revenir dans nos prochaines parutions sur les aspects du droit économique qui régissent les conditions d’exercice du commerce au Togo, les procédés de restructuration des sociétés, les exigences en matière de changement de dénomination et d’augmentation du capital, il transparaît du présent analyse que la décision du ministre loin de ne pas être fondé apparaît plutôt comme un acharnement de certaines mains invisibles haut placées pour freiner ou au pire des cas, ce que personne ne souhaite, mettre en déroute la nouvelle marque. Aux dernières nouvelles, il se peut que le réseau Moov subisse quelques perturbations dans les jours à venir. L’heure est grave diront certains.

Si cette éventualité venait à se réaliser, il ne serait pas abusif de parler de scandale juridico politico-économique le plus inimaginable dans un Togo qui se réveille d’une longue période de crise économique. Qu’on n’aille surtout pas dire aux togolais que ceux qui tripatouillent la loi fondamentale sont les mieux placés pour contraindre d’autres à respecter les lois et les arrêtés ministériels qui ne sont que des émanations de la loi fondamentale.

Marc D. KOUAKANI-ASSI

Gloire suivie de déchéance des personnalités au RPT : Après le général Tidjani, à qui le tour ?

Lorsque le 04 mai 2005, le Général Tidjani, à titre de ministre de la défense, avait été invité à aller féliciter le président qu’il a contribué à investir, il s’imaginait sûrement une nouvelle odyssée qui devait peut-être dépasser cette fois –ci 38ans, vu l’extrême jeunesse du fils de son maître que l’on intronisait ainsi dans le sanctuaire du RPT(Rassemblement du Peuple Togolais), ex « maison du parti unique » rebaptisé « palais des congrès ». L’image demeure forte, la scène, toujours vivante : l’homme, comme ceux qui le précédaient ou le suivaient, s’élança, descendit les marches monta sur l’estrade et comme pour prouver à tout morveux que « c’est nous qui détient toujours le pouvoir », donna de chaudes tapes aux épaules du «fiston Faure » qui en retour hocha ardemment à la tête en guise de « merci tonton ». Alea jacta est ! Une nouvelle alliance est scellée et place aux récompenses ! Bien entendu, nul ne peut entrer dans le secret des dieux ! Cependant, au vu du feuilleton Natchaba après le décès du « vieux », tout semble prouver que ce n’est pas le grand amour au chœur du cerveau qui régente le pays ,au point où l’on s’imagine des groupes d’intérêt, d’influence, d’affinité… bizarrement au sein d’un même bord politique où le moindre faux pas est comme un éclair, sanctionné par « un coup franc » (selon Kokou Tozoun, l’un de ceux qui ont su se positionner à temps auprès du « jeune »). Aussi, à l’instar de prédécesseurs qui ont été portés en triomphe puis lâchés, le Général se trouve-t-il subitement sevré d’une lune de miel qui a pourtant si bien débuté un soir de février 2005…

Faure se démarque du passé

Le Togo, sous Gnassingbé père a été particulier, sans force de loi. Le pouvoir appartenait à des privilégiés. Il suffit par exemple d’avoir tel problème et de solliciter tel officier et le tour est joué .Ç’aurait été une situation salutaire si elle permettait toujours de couvrir le plus faible du fort .Cette situation exceptionnelle a fait qu’à la disparition d’Eyadema d’autres Eyadema ont émergé, avec leur portion de pouvoir. Certains ont par exemple fermé les radios et télévisions (au mépris des procédures réglementaires), d’autres ont interrompu les réseaux téléphoniques, et d’autres encore ont tout simplement fait irruption dans les maisons, « punissant » ceux qui ont « brûlé des pneus » etc.…Dans cette liberté infinie, sans réplique ni résistance, un Général qui, du temps de son chef ne pouvait accorder une interview sur un sujet diplomatique sensible, peut alors délier sa langue. Et ce qui devait arriver, arriva .Tout est désormais permis pour qualifier les forces nouvelles d’ « entité politique qui a une armée » avec « un état major reconnu sur le plan national et international ».En clair, une légalisation de la rébellion. Si le Général a pensé aux conséquences de ses déclarations ? Sûrement pas ! Et même s’il y a pensé ? Rien normalement ne devait lui arriver .Mais tout tourne mal pour le chef parachutiste ; sa présence aux côtés des forces nouvelles et donc en territoire ennemi au pouvoir de Gbagbo se heurte à des rumeurs persistances de coup d ‘état dans un contexte qui l’enfonce d’avantage, le général ayant déclaré être « professionnellement et administrativement libre de tout engagement ». Il n’en faut pas plus pour déferler la colère du pouvoir ivoirien ainsi que la rage de ses partisans.

Salut alors les dégâts ! Lomé est dans de beaux draps ! Il se désengage des propos malheureux de son ex ministre de la défense, le sanctionne (deux mois d’arrêt de rigueur) et dépêche une mission d’explication et d’excuses à Abidjan. Mais plus touchant encore , le communiqué sorti par la présidence togolaise parle de « l’expérience » et de la « perspicacité »  du président Eyadema dans le règlement du conflit ivoirien » ayant permis dans le temps « la signature d’un accord de cessez-le feu ».

La médiation togolaise en question

Au début de la crise ivoirienne, les rebelles avaient séjourné à maintes reprises à Lomé, dans le prestigieux 02 février pour une médiation dans la laquelle Eyadema en fait, rivalisait avec Abdoulaye Wade, alors en principe président en exercice de la CEDEAO .Eyadema s’était alors positionné dans ce règlement en tant que « doyen de la sous-région », « homme de paix ». Mais il apparaissait plus comme une position française au détriment d’un Wade toujours imprévisible et qui se permettait à l’époque d’expulser des français de son Sénégal. Voici ce qu’écrit Charles Debbasch, le conseiller juridique avec rang de ministre de Faure Gnassingbé, à propos de Gnassingbé Eyadema dont il fut d’abord conseiller en premier : «Des dirigeants comme Eyadema avaient pour la France une affection intangible. Un Français pouvait lui marcher sur les pieds; il feignait de ne point le voir...» (Confère Charles Debbasch, la succession d’Eyadema-le Perroquet de Kara, éditions Harmattan).

Sous ce chapitre des médiations, il faut signaler au passage ,que le défunt président togolais, au détriment de l’ouverture politique de son pays à l’alternance ,alors que le pays s’enfonçait et sombrait dans des sanctions économiques, s’investissait plutôt dans  le règlement de conflits qui minaient l’Afrique. Une entreprise au bilan très peu réussi : Guinée Bissau, malgré l’accord de paix de Lomé, le Général Anssoumane Mané chasse Nino Vieira du pouvoir avant d’être lui même assassiné ; Sierra Léone; malgré les accords de Lomé, Foday Sanko tente de prendre le pouvoir par la force ; il est arrêté et meurt. Au Zaïre, le rebelle Laurent Désiré Kabila refuse toute médiation alors que le Chef de l’Etat togolais est déjà présent dans la région etc.… Quant au conflit ivoirien, il ne permettait pas, de part sa nature géostratégique et politique à Eyadema de disposer de tous les atouts pour être écouté...

En effet d’une part, politiquement, Eyadema et Gbagbo ne parlent pas le même langage ou même s’opposent. Depuis qu’il s’opposait à Houphouët, Gbagbo s’est très tôt révélé en nationaliste et de surcroît en socialiste. Ce qui implique que la montée de la droite française au pouvoir avec Chirac ne fait pas son affaire. Gbagbo est alors proche du Parti socialiste (PS) français incarné par Laurent Fabius, Ségolène Royal etc.…

D’autre part par rapport au Togo, le Front Populaire Ivoirien (FPI) n’a rien à voir avec le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT). Plus inconfortable encore, en 1992, Laurent Gbagbo qui est déjà proche de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) est venu à Lomé assister aux obsèques du jeune leader du Parti Socialiste Panafricain (PSP), Tavio Amorin. C’était à une période où il était difficile de s’afficher avec les opposants togolais, surtout au lendemain d’une conférence nationale à qui le Général Président n’a jamais pardonné la souveraineté. L’ennemi (Gbagbo) de mon ami (France gaulliste) étant mon ennemi, il n’est pas erroné que le pouvoir de Lomé ne porte pas celui de Gbagbo dans son cœur. Ceci n’est un secret pour personne. Tidjani a peut-être un peu trop parlé en violant son « obligation de réserve » en tant qu’ « officier de 2ème section à la disposition du ministre de la défense ». Le président Gbagbo qui déclare ne pouvoir travailler « sous le diktat de quelqu’un » joue également sur le temps, pour espérer une victoire des socialistes à la prochaine présidentielle française.

La carte que joue Laurent Gbagbo

Gbagbo a accédé au pouvoir en octobre 2000, et son mandat prenait normalement fin en octobre 2005.La guerre a conduit le Conseil de Sécurité à proroger son mandat d’un an une première fois. Actuellement la résolution 1721 décide d’une nouvelle prolongation avec élargissement des prérogatives du premier ministre Charles Konan Banny, sur requête française .Mais le président ivoirien ne sera pas mécontent d’un sacre de Ségolène Royal en avril 2007. D’ici là, on peut traîner les choses et freiner les ardeurs du premier ministre .Gbagbo n’a donc aucun intérêt à ce que les choses bougent dans son pays avant cette échéance. D’ici là, le Général Tidjani peut subir un arrêt de rigueur pour l’apaiser.

Que tirer de l’affaire Tidjani ?

Le Général est-il vraiment mis aux arrêts de rigueur ? Et si la presse le montrait pour mieux rassurer en ce qui concerne la bonne foi de Lomé et convaincre une fois pour toutes Abidjan ? Quoi qu’il en soit, l’incident paraît clos, puisqu’un nouveau diplomate ivoirien est accrédité à Lomé.

Et le Général, personne ne pourra toucher à un seul de ses cheveux. L’impunité se règle en famille et avant tout, il s’agit d’un Général qui a aussi ses hommes en tant que chef parachutiste d’abord, ancien chef d’état major général adjoint, en tant qu’acteur de la succession spectaculaire du o5 février et enfin en tant qu’ancien ministre de la défense… Toutes ces activités, le Général les a menées aux yeux des nouvelles générations qui montaient, dont Kpatcha Gnassingbé devenu ministre de la défense à la place du Général

Les fils d’Eyadema ont le pouvoir et c’est sûr qu’ils entendent le protéger à n’importe quel prix .Et pour défendre son fauteuil, n’importe quel président peut déposer n’importe qui, quel que soit son degré de fidélité. Cette fidélité, au Togo ne fait pas marche arrière. Elle sert à initier un individu, à l’élever au rang de personnalité, à l’utiliser à toutes fins utiles, n’en déplaise aux populations, puis au finish, à s’en débarrasser à travers un lynchage médiatique. Agbéyomé Kodjo Dahuku Péré, feu Kpotivi Laclé etc.…en savent quelque chose : à qui le prochain tour ?

Dodji Aimé ABALO

 
Pratiques religieuses au Togo : Les sectes, véritables refuges des femmes

La présence de plus en plus massive des femmes dans les sectes au Togo suscite des interrogations. Selon certaines indiscrétions, le nombre très élevé des femmes dans femmes dans ces églises s’explique par le fait qu’elles y vont pour trouver une solution à leur commerce qui ne prospère pas ou au problème de mariage (le choix de la bonne âme sœur) auquel elles font face. Pour d’autres encore, c’est le problème d’enfants.

Ce qui expliquerait la présence au cours de séances de prières de ces sectes de certaines filles qui, après avoir « joui de la vie », se retrouvent dans ces églises où elles espèrent trouver ou mieux rencontrer l’âme sœur. Elles se confient alors à ces sectes (à travers leurs responsables) où elles attendent le salut, sinon les solutions à leurs problèmes quotidiens. Accablées par les soucis, elles cherchent refuge dans ces lieux de prières où au rythme de chants et d’instruments de musique, elles se donnent quelques moments de joie et de consolation. Pour ce faire, nombreuses sont celles qui n’hésitent  pas à passer de longues heures, parfois même toute la nuit à l’église afin de participer aux séances de prières et de délivrances, ceci bien souvent au détriment de leurs obligations familiales et conjugales.

A ce propos, un jeune comptable victime de « pareils caprices religieux » de sa femme s’indigne en ces termes : « Mon mariage est un échec. Ma femme est tout le temps à l’église. Je crois que je vais divorcer parce que je ne supporte plus cette situation ».

Le plus surprenant dans ces sectes, c’est que les pasteurs y prêchent en anglais, puis la traduction est faite aux fidèles en vernaculaire ou/et en Français. Pourquoi les pasteurs qui annoncent la Bonne nouvelle à leurs frères et sœurs ne le font pas directement dans les langues locales ? Est-ce une question de stratégie au nom d’un certain prosélytisme ou simplement un moyen pour fasciner les fidèles ?

Un responsable d’une de ces sectes réagit à notre interrogation à travers sa vision de ce phénomène. « Les pays anglophones détiennent le monopole du protestantisme et la formation des pasteurs se faisait dans ces pays. C’est pourquoi la prêche en Anglais est devenue une habitude (auprès de ces derniers) », a fait entendre un pasteur.

Ce constat vient évidemment se greffer aux habituels « boucans » que font ces sectes lors de leurs cultes troublant de ce fait la tranquillité des paisibles populations qui, sous le poids de la fatigue de leurs labeurs quotidiens, voudraient bien avoir des moments de quiétude les nuits en vue d’un sommeil agréable. Un étudiant vivant à côté d’une secte raconte dans ce sens : « Ici, on n’a pas la paix. Les fidèles de cette secte font du bruit à tout moment et ne se soucient pas des autres. Pour étudier, je suis obligé d’aller chez mes amis ou sous les lampadaires la nuit ».

Alors, Dieu accepterait-il d’être loué, glorifié, adoré aux dépens des autres être humains qu’il a créés à son image selon les paroles bibliques ?

Grégoire Awesso

 
Faits divers : La puce «pirate»

Napo venait de rentrer à la maison après une habituelle journée de labeur. S’alarmant comme à l’accoutumée de la stagnation de ses affaires, il devait ce soir-là annoncer une nouvelle à sa compagne Akouvi ; la teneur de cette nouvelle était la suivante : « Désormais, j’effectuerai souvent des voyages dans divers pays de la sous-région. Leur durée variera selon le temps que je mettrai pour conclure les affaires. Je n’ai pas encore arrêté une date précise pour le début de pareils déplacements, mais je tenais tout simplement à t’en informer ».

Napo était un jeune homme loméen qui se définissait comme un homme d’affaires ; ses activités en réalité n’avaient pas d’objet bien précis au nom du système D (système de la débrouillardise). Il avait fait la connaissance d’Akouvi dans une boîte de nuit d’une ville de l’intérieur du pays. Les deux « tourtereaux » vivaient ensemble sans s’être fiancés, ni traditionnellement ni officiellement. Assimilables à des personnes qu’on définit comme aimant « manger la vie », nos deux jeunes gens n’avaient pas la tête à ces genres de cérémonies.

Jouant sur le faible niveau d’instruction de celle avec qui il partageait le toit, Napo était arrivé à lui cacher entre-temps que ses petites affaires ont commencé par se fructifier. Il s’était du coup payé le luxe d’entretenir une copine en ville nommée Sicka. En tant que simple ménagère de son état et paresseuse invétérée, Akouvi dépendait financièrement intégralement de Napo. Bien au fait de cette réalité, notre homme d’affaires jouait également sur ce tableau pour asservir davantage sa compagne.

La méthode utilisée par Napo pour tromper celle qu’il prétendait porter dans son cœur était toute simple. A la faveur de l’achat d’une puce de téléphonie mobile d’un opérateur d’un pays voisin du Togo, il rassurait la naïve Akouvi sur la véracité de ses incessants déplacements à l’étranger en lui téléphonant avec sa puce « pirate » tout en étant dans les bonnes grâces de Sicka, caché dans un quartier de la capitale. Le plus clair du temps, le néo-charmeur de femmes s’arrangeait à ce que le quartier dans lequel il retrouve Sicka soit non seulement dans la zone de couverture de sa puce « pirate » mais aussi proche de sa maison où il pouvait joindre sa bien-aimée. Bien évidemment, l’appareil d’Akouvi qui fonctionnait avec une puce d’un opérateur local, indiquait toujours à cette dernière qu’elle recevait des appels provenant de l’étranger. Habituellement, dès qu’il rentrait en communication avec celle qui était devenue avec le temps la gardienne de leurs chambres louées (Akouvi), Napo faisait toujours ressentir dans sa voix la fatigue qu’il aurait accumulée pendant un vrai voyage. La pauvre Akouvi qui se faisait pendant ce temps du souci autour de la santé de celui qu’elle présentait à ses proches comme son futur mari, le rassurait par la même occasion sur la fin prochaine de tels efforts pour « l’amélioration financière » de leur quotidien. Des semaines passèrent. Le feuilleton « cache-cache » qui avait pour acteurs Napo, Sicka et Akouvi n’était pas près de nous livrer son dernier épisode. « Le méchant, la belle et la brute » tenaient bien leurs rôles, ou du moins, la puce « pirate », point focal de cette histoire, n’avait toujours pas encore joué le moindre sale tour au « voyageur » Napo.

Nous sommes vendredi ; une coiffeuse d’un salon de beauté était en train de natter les cheveux à Akouvi en prévision du début de week-end qu’elle devait passer dans un night-club avec Napo ; ce dernier devait justement revenir d’un ses « voyages » ce jour- même. Mais, contrairement à l’habitude qu’il avait prise jusqu’ici en de pareilles occasions, le « chéri » d’Akouvi n’avait pas daigné lui passer un coup de fil depuis qu’il s’était absenté de leur toit en début de semaine. Cette exception était due aux caprices de la fameuse puce « pirate » de notre ami Napo. A cause du délestage du courant électrique, Akouvi n’avait pas pu se faire belle dans son propre quartier. Elle s’était ainsi transportée dans un quartier voisin qui, ironie du sort, faisait partie de la zone de couverture de la puce « pirate ». Satisfaite de la coiffure que venait de lui réaliser sa coiffeuse mais inquiète du silence de son Napo depuis bientôt une semaine, Akouvi venait de quitter son salon de beauté de circonstance quand tout à coup, elle aperçut une petite Renault qui ressemblait fort à celle de son amant. Elle voulut prendre ceci pour une pure coïncidence lorsqu’elle prit la peine de bien contempler l’intérieur du véhicule suspect. Elle y reconnut, posé sur le siège avant, la serviette qu’elle a offerte tout récemment à Napo. Elle tomba des nues et entreprit de frapper au portail devant lequel se trouvait l’automobile. La jeune femme qui lui ouvrit le portail lui demanda le pourquoi de sa visite ; elle se présenta alors comme une cliente du propriétaire de la voiture qui était dehors, propriétaire, dit-elle, avec qui elle devait urgemment parler pour raison d’affaires. Un peu sonnée par cette visite non annoncée, la jeune femme qui était évidemment Sicka, décida tout de même d’aller transmettre la commission à « son cher Napo ». Dix minutes se sont écoulées depuis que Sicka eut pénétré une chambre de cette maudite cour. Elle n’en ressortait toujours pas ; et pour cause : Napo s’était rendu compte du fait que la dame en colère dehors était de toute évidence Akouvi. Il essaya toutefois encore sa puce « pirate » pour tenter de se sortir de ce jeu qu’il avait maintenant a priori perdu. « Napo et sa putain- là, si dans deux minutes vous ne montrez pas vos sales visages, je vous paierai le billet d’un voyage pour l’enfer, et croyez-moi, le bon Dieu ne va pas vous passer en cours de route un coup de fil » ! A l’écoute de ces propos, Napo se sauva par la fenêtre de « sa chambre de passe » du jour, préférant connaître sur ce coup la fin de ses « escapades conjugales » que d’assister à une humiliation publique, car sa réputation d’« affairiste » pourrait en pâtir.

Au lendemain de multiples conseils familiaux qui ont scellé de nouveau la confiance entre Napo et Akouvi, notre « affairiste » décida définitivement de ne plus faire usage de sa puce « pirate » quels que soient les buts qu’il devait atteindre ; une résolution qui devrait ravir les opérateurs nationaux de téléphonie mobile 

 

 

 

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