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18 Dec Nov 2007 

[ 335: du 17 Nov 2007]  

Éviction de l’ex-ministre de la défense : Comment Faure a-t-il pu se débarrasser de Kpatcha?
Annoncé à la tête du bureau de la nouvelle Assemblée nationale, l’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, Kpatcha Gnassingbé, ne fait pas partie non plus du cabinet de Komlan Mally. Une absence hautement surprenante, quand on sait que l’homme est présenté comme l’un des principaux artisans de la victoire du parti des Gnassingbé aux dernières législatives. Simple repli tactique ou véritable  éviction politique dans le ‘‘ bras de fer’’ qui l’oppose à son frère président, nombreux sont les Togolais qui se posent ces questions auxquelles ils ne trouvent pas encore de réponses.

En effet, l’absence du ‘‘véritable gardien’’ de l’héritage du ‘‘père de la nation’’ à ces deux postes dans les coulisses desquels son nom a le plus circulé  est, selon certaines sources proches de la présidence, une simple volonté des ‘‘Fils de Papa’’ de montrer à leurs détracteurs que l’unité règne toujours dans leur famille. Ainsi Faure, aurait réussi à convaincre son frère d’abandonner le portefeuille de la Défense et des Anciens combattants et son intention de briguer le poste de président de l’Assemblée nationale sur la base des recommandations des partenaires en développement et surtout des institutions de Brettons Woods qui déconseillent le cumul des fonctions au sein des structures étatiques. Selon ces sources, c’est pour prouver sa loyauté à son frère que Faure aurait choisi de rattacher ce portefeuille à  la présidence. Ici, on a toujours nié l’existence de toutes rivalités entre les deux frères autour de la gestion du pays et des velléités de putsch que le frère du chef de l’Etat serait tenté d’animer, mais on se méfie toujours de lui. 

Pour les pro Kpatcha, le retrait de ce portefeuille à leur mentor n’est pas fortuit et c’est une façon ingrate de le remercier  après tout ce qu’il a fait pour la victoire de son parti aux dernières législatives. Ceux-ci soutiennent  que malgré l’inexistence de différend entre les deux frères, des pro Faure diabolisent son frère à ses yeux. Interrogé sur une chaîne internationale, l’intéressé a déclaré « n’avoir aucun souci avec son frère président ». 

Pour certains analystes, la présence de Kpatcha au sein du gouvernement faisait de l’ombre au pouvoir de son frère. Ce qui aurait poussé ce dernier à trouver un alibi pour l’écarter et surtout éviter que les rumeurs d’un éventuel putsch ne deviennent réalité.

Ces observateurs pensent donc que Faure Gnassingbé redevient ainsi le seul et véritable capitaine à bord. D’autres n’hésitent pas à trouver derrière le rattachement du ministère de la Défense et des Anciens combattants à la présidence de la République, un retour en scène du colonel Biténéwé, qui depuis quelques temps, joue le rôle du chef d’état-major personnel de Faure Gnassingbé. Cet officier qui du vivant du ‘‘père de la nation’’ est entré en disgrâce avec lui. Et Kpatcha étant le ‘‘digne fils conservateur’’ des biens de Papa ne pouvait être en bon terme avec Biténéwé. Ce qui agrandit entre les deux frères  un fossé qui ne dit pas son nom et qui a d’ailleurs poussé le tout nouveau porte-parole du gouvernement (Pascal Bodjona) à intervenir sur RFI pour démentir une analyse faite par cette chaîne internationale sur l’absence de Kpatcha au gouvernement.

Par ailleurs, une lecture des membres du gouvernement révèle que la plupart sinon la quasi-totalité des personnalités du RPT qui y sont, sont des proches de Faure et que pour ce fait, le chef de l’Etat semble vouloir en découdre avec son frère avant 2010.

De même, s’il paraît de plus en plus complexe d’estimer l’argument utilisé par Faure pour démettre son frère, tout porte à croire qu’il existe des zones d’ombre dans le dossier. Et que seule l’histoire saura nous dire la formule utilisée par le «fils de la nation» pour convaincre le digne héritier de papa de lâcher prise. L’homme a t-il perdu le soutien des hommes en uniforme ou a t-il reçu des pressions des puissances étrangères ou encore accepte t-il enfin de se contenter des seuls revenus de la zone franche? Voilà autant de questions qui restent pour l’heure sans réponse.

Sedjrawodo A. Adry

A travers la formation de son troisième gouvernement Faure Gnassingbé met le cap sur la présidentielle de 2010

22, c’est l’effectif du nouvel exécutif togolais rendu public le 13 décembre denier. Ainsi donc, un mois après la démission du gouvernement de mission de Me Yawovi Agboyibo, Faure Gnassingbé et son nouveau premier ministre, Komlan Mally, en formant enfin leur gouvernement ont clarifié leur vision politique du pays. A y voir de près, cette équipe est un mélange de techniciens et de politiciens à qui des portefeuilles ont été confiés soit pour des raisons techniques, soit pour des objectifs électoralistes.

Un gouvernement de relance économique

Contrairement au gouvernement de Me Agboyibo qualifié de « gouvernement de mission » avec pour objectif la mise en oeuvre de l’Accord politique global (APG) et l’organisation des élections législatives, l’équipe de Komlan Mally est qualifiée par certains de « gouvernement de développement ».

 En effet, la fusion de plusieurs ministères et le nombre considérablement réduit des membres de ce gouvernement montrent a priori la volonté des autorités togolaises de rompre avec la gabegie et la mal gouvernance illustrées souvent par la formation de gouvernements aux effectifs pléthoriques avec des ministères dits « de reconnaissance » pour services rendus. Un observateur avisé prédit que cette équipe va se consacrer au développement économique du pays, étant donné qu’elle n’aura plus la pression de l’organisation d’une élection sous haute surveillance.

Une équipe de technocrates

Une analyse des différents portefeuilles du nouveau gouvernement montre que leurs titulaires sont à quelques exceptions près, des techniciens qui savent déjà ce qui les attend dans leur cabinet.

Selon un analyste, en dehors du Pr. Léopold M. Gnininvi (ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Régionale) qui apparaît pour la première fois dans le monde de la diplomatie et de Biossey K. Tozoun (Garde des sceaux, ministre de la Justice) dont beaucoup s’interrogent sur sa qualité de juriste et autre Cornélius Aïdam (ministre de la Communication, de la Culture et de la Formation Civique) peu connu dans le domaine de la Communication, tous les autres vont se glisser parfaitement dans leurs nouveaux habits.

De l’ingénieur électronicien Noupokou Damipi au ministère de l’Energie au syndicaliste Octave Broohm au ministère du Travail et de la Sécurité sociale, en passant par le Colonel Atcha Titikpina à la Sécurité, Faure Gnassingbé semble avoir mis « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». De ce fait, la présence de l’ingénieur télécom Kokouvi Dogbé (ministre des Postes et Télécommunications), celle de l’agent de joueurs, Antoine Folly au ministère des Sports, de la juriste Célestine Aïdam du GF2D au département des Droits de l’Homme et de l’enseignant-chercheur à la retraite, Messan Adimado Aduayom aux commandes du portefeuille de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, ne font que confirmer cette tendance. En tant que leader d’un parti de l’opposition, Gnininvi est mieux placé dans ce gouvernement pour polir davantage l’image du Togo de Faure Gnassingbé.

Ainsi, le président Faure, après plus de deux ans de gouvernements « polico-politiciens», vient enfin de mettre en place un gouvernement de technocrates pour mener à bien son programme de société présenté au cours de la campagne de la présidentielle de 2005. Un programme de société sur la base duquel son entourage dit qu’il a été élu et à partir duquel il sera jugé en 2010.

2010 en ligne de mire

En reconduisant Gilbert Bawara au ministère de la Coopération auquel on ajoute les portefeuilles du développement et de l’aménagement du territoire, puis en déplaçant Pascal Bodjona du cabinet de la présidence à l’Administration territoriale, à la Décentralisation et aux Collectivités locales et surtout en le désignant comme porte-parole du gouvernement, Faure Gnassingbé et Komlan Mally ne cachent pas leur volonté d’entamer les préparatifs de l’élection présidentielle de 2010.

En clair, cette stratégie consisterait à ‘‘confier’’ d’une part l’organisation des prochaines élections locales au ministre Bodjona, un des plus dynamiques collaborateurs de Faure Gnassingbé. Celui-ci, en plus des élections locales, a aussi et surtout en charge l’organisation de la présidentielle de 2010 en tant que ministre de tutelle de la prochaine CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). De plus, en sa qualité de porte-parole du gouvernement, l’ancien directeur de cabinet de Faure Gnassingbé, qui a toujours servi de canal au Chef de l’Etat pour véhiculer ses ‘‘réelles intentions’’, sera désormais la voix la plus autorisée à dire diplomatiquement tout haut ce que d’aucuns penseront tout bas ou à répondre au nom du gouvernement devant les médias. Ce qui rendrait d’ailleurs le déjà discret nouveau premier ministre plus que jamais muet dans son rôle de Chef de gouvernement.

D’autre part, Gilbert Bawara, dans son rôle de ministre de la Coopération, poursuivra ses négociations d’aides et autres subventions pour assurer le développement du pays et donner à son ami président des arguments solides pour la campagne de 2010. Autres ministères stratégiques qui vont servir à préparer la présidentielle de 2010, ce sont ceux de Foli-Bazi et de Damipi Noupokou. En effet, le premier qui chapeaute la Fonction Publique, la Réforme Administrative et les Relations avec les Institutions de la République sera l’élaborateur des nouvelles mesures pour la réforme de la fonction publique, réforme qu’il ira défendre devant le parlement. Ce dernier, majoritairement RPT, ne trouvera probablement rien à redire. L’ancien directeur de la CEET (M. Noupokou), de son coté, mettra en exécution les plans de sortie de crise énergétique qu’il a déjà élaborés avec l’ancien ministre des Mines et de l’Energie, le Pr. Gnininvi de la CDPA (parti de l’opposition). Ainsi, la résolution de la crise énergétique ne portera autre nom que celui du parti du « père de la nation », le RPT. La voix est tracée : Faure aura alors des arguments pour convaincre l’électorat lors de la campagne présidentielle de 2010.

Les masques qui cachent la fermeture du RPT

« Il arrive des moments où un parti politique doit savoir prendre ses responsabilités, nous avons pris les nôtres », c’est la déclaration de Messan Adimado Aduayom de la CDPA (Convention Démocratique des peuples africains) reconduit à la tête du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Avec son patron Léopold M. Gnininvi, ils ont accepté saisir « la politique de la main tendue » de Faure Gnassingbé en estimant que « les élections ne sont qu’une étape du processus et ne vont en aucun cas résoudre tous les problèmes » et qu’il reste encore beaucoup à faire.  Ainsi, la CDPA pense qu’il s’agit d’un gouvernement de mission auquel elle doit apporter sa modeste contribution « avant qu’il ne soit trop tard ». Les arguments évoqués une semaine plus tôt pour justifier l’éventualité d’une absence de ce parti au gouvernement sont rangés au placard.

Pour des raisons similaires ou autres, d’autres partis tels que la CPP (Convergence patriotique panafricaine) de Edem Kodjo et l’UDS-Togo (Union des Démocrates Socialistes du Togo) d’Antoine Folly et des membres de la société civile font partie de cette équipe Mally. Des présences sur lesquelles le RPT va s’appuyer pour faire valoir sa politique d’ouverture. Toutefois, pour mettre hors d’état de nuire ces ‘‘étrangers’’ du gouvernement, ils ont été placés à la tête de ministères où leurs actions n’auront aucun effet politique. Un observateur de la scène politique togolaise, après analyse, n’a pas hésité à affirmer que « ces partis ont intérêt à rentrer dans ce gouvernement étant donné qu’ils n’ont de compte à rendre à personne. Le peuple ne les ayant pas mandaté pour le représenter au parlement, leur participation au gouvernement ne se limite qu’à eux et à leur formation ». Et un autre de relever que « vomis par le peuple qu’ils prétendaient défendre, ces responsables politiques ont plutôt raison d’aller à la mangeoire pour récupérer ce qu’ils ont investi dans la lutte pour la cause d’un peuple finalement ingrat à leur endroit ».

Par ailleurs, certains sympathisants de l’opposition semblent ne pas se reconnaître dans l’entrée de la CDPA au gouvernement. Ils estiment qu’il s’agit soit d’un signe de départ à la retraite des deux premiers responsables de ce parti de l’opposition traditionnelle, soit d’une prise de position qui marque la rupture entre cette formation politique de l’opposition extraparlementaire avec ses habituels partenaires (CAR-UFC) de l’opposition parlementaire.

Au total, on retiendra que dans le souci de préparer un second mandat pour Faure Gnassingbé, le RPT « a pris ses responsabilités » en tant que parti vainqueur des dernières législatives en constituant un gouvernement techniquement bon pour résoudre un temps soit peu les problèmes togolais. Une équipe gouvernementale qui saura aussi  au moment venu, lui assurer un deuxième quinquennat.

Sédjrawodo A.  Adry & Marc D. Kouakani-Assi

Survivance de l’insalubrité dans les banlieues de Lomé : Incivisme et mauvaise gestion des ordures en constituent le terreau
Dans tous les pays africains, le phénomène de l’exode rural s’est intensifié ces dernières décennies et a entraîné un accroissement de la population des grandes villes, une population en quête de solutions à la pauvreté. Lomé, à l’instar des autres capitales africaines, est une zone de forte urbanisation et de forte croissance. Elle a la densité de population la plus forte du pays. Par conséquent, la production des ordures ménagères y est importante, soulevant la problématique de leur gestion par la population.

L’exode incriminé

L’exode rural a comme corollaire la constitution de banlieues sauvages qui ne disposent pas d’infrastructures de gestion des déchets provenant de différents ménages. Ainsi, les questions d’assainissement sont de plus en plus préoccupantes dans la gestion quotidienne de la ville de Lomé.

D’après l’organisation caritative ADEME (Agence pour la Défense de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), l’ordure ménagère ou le déchet est «tout résidu provenant du fonctionnement d’une collectivité humaine, d’un processus de fabrication, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien meuble, abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon». Ainsi les ordures ménagères sont essentiellement composées de matériaux inertes tels que le sable et la cendre, de substances organiques, de papiers, tissus, métaux, verres, débris de la vaisselle, des plastiques etc.

Avec l’accroissement rapide de la population urbaine et l’extension démesurée de l’espace urbain dus à une urbanisation non contrôlée et non maîtrisée de la ville de Lomé, la gestion des déchets solides pose de graves problèmes, non seulement aux responsables municipaux et aux pouvoirs centraux, mais aussi et surtout aux populations pauvres. Lomé croule sous le poids considérable des déchets solides ménagers produits par ses habitants. Ces déchets engendrent un environnement de plus en plus insalubre. De véritables montagnes d’ordures ménagères sont visibles partout, surtout dans les quartiers pauvres (les banlieues): au bord des ruisseaux (eaux qui coulent au milieu d’une rue ou le long d’un trottoir), à la plage, sur des parcelles non encore ou insuffisamment aménagées et même sur les trottoirs et la chaussée. Lomé produit quotidiennement des tonnes de déchets, dont près de la moitié ne fait l’objet d’aucune gestion. Le reste est enfoui ou incinéré dans ou devant les concessions, jeté dans la rue, dans les zones de dépression et marécageuses selon les cas.

Les mauvaises pratiques

Les Loméens se débarrassent de leurs ordures ménagères où ils le peuvent et comme ils le peuvent. Ils jettent leurs ordures sur les berges de la lagune et à la plage ou dans les zones marécageuses mal drainées qu’ils tentent «d’assainir» avec ces ordures. D’autres destinations de ces détritus ménagers sont encore les parcelles sommairement ou pas du tout mises en valeur par leurs propriétaires pour diverses raisons, et transformées en dépotoirs sauvages et en lieux de défécation sauvage par les voisins. Les rues mal entretenues et remplies de flaques d’eau pendant la saison des pluies, les rigoles et les caniveaux sont également transformés en dépotoirs. D’autres méthodes sont utilisées par les ménages pour bouter les débris hors de leurs habitations comme le témoigne cette habitante d’un quartier périphérique de Lomé. « Nous jetons les ordures dans un fossé creusé dans notre concession. Au bout d’un certain temps, si le fossé est plein, nous recouvrons de terre les ordures », confie-t-elle. « Presque tout le monde ici fait cela. Il y en a  qui enfouissent leurs ordures juste devant leurs maisons», poursuit-elle.

Dans d’autres cas, les déchets ménagers sont mis à feu, dans ou en dehors de la concession. La mise à feu se fait malheureusement souvent sans un tri préalable des diverses composantes, sauf pour les vitres, les verres, la porcelaine, les métaux ferreux et non ferreux. Les objets en plastique d’acétylène, de plus en plus utilisés, produisent des fumées très noires et des odeurs nauséabondes et toxiques. Toutes ces pratiques répondent peu aux normes de salubrité et d’hygiène et ont des conséquences néfastes sur la santé de la population.

Les conséquences

Les conséquences de l’insalubrité sont un environnement insalubre, malsain et dégradé, caractérisé par la pollution de l’air, du sol, du sous-sol, ainsi que des eaux souterraines et de surface. L’insalubrité est par ailleurs source de nombreuses maladies infectieuses et parasitaires telles que le choléra, la fièvre typhoïde, les helminthiases (maladie transmise par un ver parasite de l’homme, des animaux et des végétaux), les maladies diarrhéiques, amibiennes et épidémiques, et qui sont parfois l’une des causes de la mortalité infantile. C’est aussi l’un des facteurs qui favorise l’absence répétée des élèves aux cours, parce que souvent malades, ils abandonnent les classes et ceci entraîne la déscolarisation. Ces différentes maladies ont aussi pour conséquences, l’hyper vulnérabilité d’une population déjà affaiblie par la pauvreté. Les adultes malades ne peuvent plus vaquer à leurs occupations et subvenir aux besoins de leurs familles. Les bras valides qui devraient entretenir la croissance économique ne peuvent plus ainsi travailler. Cette situation misérable s’empire quand il s’agit pour ces populations démunies de se soigner puisque la crise économique et la pauvreté au Togo aidant, elles ne peuvent « s’offrir le luxe » d’aller vers les unités de santé. Nombre de ses composantes ont de ce fait recours à l’automédication qui a des répercussions dangereuses et irréversibles sur la santé.

D’autres conséquences du problème de la mauvaise gestion des ordures ménagères  sont les « inondations ». En effet, une partie des déchets jetés par les ménages dans les rares canalisations et caniveaux obstrue ceux-ci et contribue à provoquer des inondations pendant la saison des pluies. Ces « inondations » provoquent généralement des dégâts matériels importants comme des rues impraticables et les eaux de la lagune qui débordent leur lit.

Les ordures ménagères mal gérées polluent le sol, les eaux de surface et la nappe phréatique.

L’accumulation des déchets dans les dépotoirs fait répandre dans l’atmosphère des odeurs nauséabondes. L’élimination des déchets urbains par incinération est une pratique courante dans les ménages. Les mêmes pratiques ont également lieu sur les dépotoirs sauvages, dans les marchés, dans les rues, sur les berges de la lagune de la capitale togolaise. La combustion fait dégager dans l’air des fumées noires et des gaz qui ont des effets nocifs sur la santé de ceux qui les inhalent. L’incinération des déchets solides laisse en outre, échapper des gaz qui contribuent très dangereusement à la destruction de la couche d’ozone. Le séjour prolongé des ordures sur leur lieu de dépôt entraîne d’autres réactions chimiques comme la fermentation anaérobie qui produit un gaz à effet de serre destructeur. Les ordures ménagères qui se décomposent rapidement sous l’effet de l’humidité, de la chaleur, des eaux usées issues des ménages et des eaux de ruissellement, se combinent à d’autres éléments. Le sol se charge ainsi progressivement de substances toxiques qui passent dans les cultures maraîchères consommées par l’homme. Les sels minéraux des déchets toxiques s’infiltrent par la même occasion dans le sol pour atteindre la nappe phréatique généralement peu profonde, surtout dans certains quartiers de Lomé. La faible profondeur de cette nappe par endroits ne permet pas ainsi une bonne filtration artificielle des eaux souterraines, que près du quart à un tiers des ménages consomment par l’intermédiaire des puits. C’est la source principale des maladies diarrhéiques.

 Les eaux de surface, notamment celles de la lagune de Bè et de Nyékonakpoè sont  polluées. Les ordures ménagères entassées à leurs abords pendant un temps plus ou moins long attirent des mouches, des moustiques, des cafards, des fourmis. Le rejet des boîtes de conserve ou des pneus de véhicules remplis d’eau favorise aussi la formation de gîtes larvaires de moustiques, agents vecteurs du paludisme, première cause de mortalité en Afrique tropicale avant les ravages du VIH/SIDA.

L’obstruction des égouts, des caniveaux et des canalisations par les déchets solides rend difficile l’écoulement des eaux de pluie et provoque, outre les inondations, la stagnation des eaux emprisonnées dans des creux et de petites dépressions où se développent des gîtes pour les larves et les mouches. Les mouches prolifèrent le jour dans les maisons, où elles sont remplacées dès la fin de la journée par les moustiques. Il convient d’évoquer aussi la profusion des rats et des souris qui vivent essentiellement des ordures ménagères et qui envahissent après les maisons. Pour couronner le tout, les animaux domestiques tels les chiens, les moutons, les chèvres, les poules et les porcs, rodent souvent autour des dépotoirs à la recherche de leur nourriture et constituent ainsi des vecteurs potentiels de plusieurs maladies.

Les solutions envisageables

Dans certaines banlieues de Lomé, des efforts ont été faits de façon endogène par les habitants puis des ONG (Organisations non gouvernementales) pour aider les populations à assainir leur environnement immédiat. Des acteurs bilatéraux comme la Mission de Coopération et d’Action Culturelle (de l’ambassade de France au Togo) et la GTZ, le service allemand de coopération, appuient les efforts déployés en vue de rendre salubres les villes du Togo.

Dans le cadre par exemple du projet Soins de santé urbains dans le quartier Bè à Lomé, la G.T.Z. avait financé «des enclos pour la localisation des conteneurs» afin de lutter contre la prolifération des dépotoirs sauvages dans le quartier. La GTZ a financé également des latrines publiques.

Un certain nombre d’ONG comme CARE International interviennent dans la gestion des ordures ménagères en  finançant des associations de jeunes désireux de se lancer dans la pré collecte porte-à-porte des déchets solides ménagers. Mais ces efforts sont faibles, insuffisants et n’ont pas les effets escomptés.

 Ainsi malgré les efforts des uns et des autres, beaucoup reste encore à faire surtout en matière d’information, d’éducation et de sensibilisation. Car nombreux sont les citoyens qui polluent leur propre milieu et l’ensemble de l’environnement par ignorance et par manque d’éducation et de sensibilisation sur les méfaits de la malpropreté et de l’insalubrité. Dans des  milieux où près de la moitié de la population est analphabète, les méthodes et les moyens d’éducation et d’information doivent être diversifiés et adaptés aux différentes couches socioprofessionnelles suivant leur niveau d’instruction. Dans ce sens, les sensibilisations en vernaculaire et par le truchement d’affiches très expressives seront d’une grande utilité. La question de l’insalubrité sera réglée par un profond changement dans la mentalité du Togolais.

Hermann  KPOGNON

 

 
 
 
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