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Éviction de l’ex-ministre de la défense :
Comment Faure a-t-il pu se débarrasser de
Kpatcha?
Annoncé à la tête du bureau de la nouvelle Assemblée
nationale, l’ancien ministre de la Défense et des
Anciens combattants, Kpatcha Gnassingbé, ne fait pas
partie non plus du cabinet de Komlan Mally. Une
absence hautement surprenante, quand on sait que
l’homme est présenté comme l’un des principaux
artisans de la victoire du parti des Gnassingbé aux
dernières législatives. Simple repli tactique ou
véritable éviction politique dans le ‘‘ bras de
fer’’ qui l’oppose à son frère président, nombreux
sont les Togolais qui se posent ces questions
auxquelles ils ne trouvent pas encore de réponses.
En
effet, l’absence du ‘‘véritable gardien’’ de
l’héritage du ‘‘père de la nation’’ à ces
deux postes dans les coulisses desquels son nom a le
plus circulé est, selon certaines sources proches
de la présidence, une simple volonté des ‘‘Fils
de Papa’’ de montrer à leurs détracteurs que
l’unité règne toujours dans leur famille. Ainsi
Faure, aurait réussi à convaincre son frère
d’abandonner le portefeuille de la Défense et des
Anciens combattants et son intention de briguer le
poste de président de l’Assemblée nationale sur la
base des recommandations des partenaires en
développement et surtout des institutions de
Brettons Woods qui déconseillent le cumul des
fonctions au sein des structures étatiques. Selon
ces sources, c’est pour prouver sa loyauté à son
frère que Faure aurait choisi de rattacher ce
portefeuille à la présidence. Ici, on a toujours
nié l’existence de toutes rivalités entre les deux
frères autour de la gestion du pays et des velléités
de putsch que le frère du chef de l’Etat serait
tenté d’animer, mais on se méfie toujours de lui.
Pour les pro Kpatcha, le retrait de ce portefeuille
à leur mentor n’est pas fortuit et c’est une façon
ingrate de le remercier après tout ce qu’il a fait
pour la victoire de son parti aux dernières
législatives. Ceux-ci soutiennent que malgré
l’inexistence de différend entre les deux frères,
des pro Faure diabolisent son frère à ses
yeux. Interrogé sur une chaîne internationale,
l’intéressé a déclaré « n’avoir aucun souci avec
son frère président ».
Pour certains analystes, la présence de Kpatcha au
sein du gouvernement faisait de l’ombre au pouvoir
de son frère. Ce qui aurait poussé ce dernier à
trouver un alibi pour l’écarter et surtout éviter
que les rumeurs d’un éventuel putsch ne deviennent
réalité.
Ces observateurs pensent donc que Faure Gnassingbé
redevient ainsi le seul et véritable capitaine à
bord. D’autres n’hésitent pas à trouver derrière le
rattachement du ministère de la Défense et des
Anciens combattants à la présidence de la
République, un retour en scène du colonel Biténéwé,
qui depuis quelques temps, joue le rôle du chef
d’état-major personnel de Faure Gnassingbé. Cet
officier qui du vivant du ‘‘père de la nation’’
est entré en disgrâce avec lui. Et Kpatcha étant le
‘‘digne fils conservateur’’ des biens de Papa ne
pouvait être en bon terme avec Biténéwé. Ce qui
agrandit entre les deux frères un fossé qui ne dit
pas son nom et qui a d’ailleurs poussé le tout
nouveau porte-parole du gouvernement (Pascal Bodjona)
à intervenir sur RFI pour démentir une analyse faite
par cette chaîne internationale sur l’absence de
Kpatcha au gouvernement.
Par ailleurs, une lecture des membres du
gouvernement révèle que la plupart sinon la
quasi-totalité des personnalités du RPT qui y sont,
sont des proches de Faure et que pour ce fait, le
chef de l’Etat semble vouloir en découdre avec son
frère avant 2010.
De
même, s’il paraît de plus en plus complexe d’estimer
l’argument utilisé par Faure pour démettre son
frère, tout porte à croire qu’il existe des zones
d’ombre dans le dossier. Et que seule l’histoire
saura nous dire la formule utilisée par le «fils
de la nation» pour convaincre le digne héritier
de papa de lâcher prise. L’homme a t-il perdu le
soutien des hommes en uniforme ou a t-il reçu des
pressions des puissances étrangères ou encore
accepte t-il enfin de se contenter des seuls revenus
de la zone franche? Voilà autant de questions qui
restent pour l’heure sans réponse.
Sedjrawodo A. Adry
A travers la formation de son troisième gouvernement
Faure Gnassingbé met le cap sur la
présidentielle de 2010
22, c’est l’effectif du nouvel exécutif togolais
rendu public le 13 décembre denier. Ainsi donc, un
mois après la démission du gouvernement de mission
de Me Yawovi Agboyibo, Faure Gnassingbé et son
nouveau premier ministre, Komlan Mally, en formant
enfin leur gouvernement ont clarifié leur vision
politique du pays. A y voir de près, cette équipe
est un mélange de techniciens et de politiciens à
qui des portefeuilles ont été confiés soit pour des
raisons techniques, soit pour des objectifs
électoralistes.
Un
gouvernement de relance économique
Contrairement au gouvernement de Me Agboyibo
qualifié de « gouvernement de mission » avec
pour objectif la mise en oeuvre de l’Accord
politique global (APG) et l’organisation des
élections législatives, l’équipe de Komlan Mally est
qualifiée par certains de « gouvernement de
développement ».
En effet, la fusion de plusieurs ministères et le
nombre considérablement réduit des membres de ce
gouvernement montrent a priori la volonté des
autorités togolaises de rompre avec la gabegie et la
mal gouvernance illustrées souvent par la formation
de gouvernements aux effectifs pléthoriques avec des
ministères dits « de reconnaissance » pour
services rendus. Un observateur avisé prédit que
cette équipe va se consacrer au développement
économique du pays, étant donné qu’elle n’aura plus
la pression de l’organisation d’une élection sous
haute surveillance.
Une équipe de technocrates
Une analyse des différents portefeuilles du nouveau
gouvernement montre que leurs titulaires sont à
quelques exceptions près, des techniciens qui savent
déjà ce qui les attend dans leur cabinet.
Selon un analyste, en dehors du Pr. Léopold M.
Gnininvi (ministre des Affaires Etrangères et de
l’Intégration Régionale) qui apparaît pour la
première fois dans le monde de la diplomatie et de
Biossey K. Tozoun (Garde des sceaux, ministre de la
Justice) dont beaucoup s’interrogent sur sa qualité
de juriste et autre Cornélius Aïdam (ministre de la
Communication, de la Culture et de la Formation
Civique) peu connu dans le domaine de la
Communication, tous les autres vont se glisser
parfaitement dans leurs nouveaux habits.
De
l’ingénieur électronicien Noupokou Damipi au
ministère de l’Energie au syndicaliste Octave Broohm
au ministère du Travail et de la Sécurité sociale,
en passant par le Colonel Atcha Titikpina à la
Sécurité, Faure Gnassingbé semble avoir mis « l’homme
qu’il faut à la place qu’il faut ». De ce fait,
la présence de l’ingénieur télécom Kokouvi Dogbé
(ministre des Postes et Télécommunications), celle
de l’agent de joueurs, Antoine Folly au ministère
des Sports, de la juriste Célestine Aïdam du GF2D au
département des Droits de l’Homme et de l’enseignant-chercheur
à la retraite, Messan Adimado Aduayom aux commandes
du portefeuille de l’Enseignement Supérieur et de la
Recherche, ne font que confirmer cette tendance. En
tant que leader d’un parti de l’opposition, Gnininvi
est mieux placé dans ce gouvernement pour polir
davantage l’image du Togo de Faure Gnassingbé.
Ainsi, le président Faure, après plus de deux ans de
gouvernements « polico-politiciens», vient
enfin de mettre en place un gouvernement de
technocrates pour mener à bien son programme de
société présenté au cours de la campagne de la
présidentielle de 2005. Un programme de société sur
la base duquel son entourage dit qu’il a été élu et
à partir duquel il sera jugé en 2010.
2010 en ligne de mire
En
reconduisant Gilbert Bawara au ministère de la
Coopération auquel on ajoute les portefeuilles du
développement et de l’aménagement du territoire,
puis en déplaçant Pascal Bodjona du cabinet de la
présidence à l’Administration territoriale, à la
Décentralisation et aux Collectivités locales et
surtout en le désignant comme porte-parole du
gouvernement, Faure Gnassingbé et Komlan Mally ne
cachent pas leur volonté d’entamer les préparatifs
de l’élection présidentielle de 2010.
En
clair, cette stratégie consisterait à ‘‘confier’’
d’une part l’organisation des prochaines élections
locales au ministre Bodjona, un des plus dynamiques
collaborateurs de Faure Gnassingbé. Celui-ci, en
plus des élections locales, a aussi et surtout en
charge l’organisation de la présidentielle de 2010
en tant que ministre de tutelle de la prochaine CENI
(Commission Electorale Nationale Indépendante). De
plus, en sa qualité de porte-parole du gouvernement,
l’ancien directeur de cabinet de Faure Gnassingbé,
qui a toujours servi de canal au Chef de l’Etat pour
véhiculer ses ‘‘réelles intentions’’, sera
désormais la voix la plus autorisée à dire
diplomatiquement tout haut ce que d’aucuns penseront
tout bas ou à répondre au nom du gouvernement devant
les médias. Ce qui rendrait d’ailleurs le déjà
discret nouveau premier ministre plus que jamais
muet dans son rôle de Chef de gouvernement.
D’autre part, Gilbert Bawara, dans son rôle de
ministre de la Coopération, poursuivra ses
négociations d’aides et autres subventions pour
assurer le développement du pays et donner à son ami
président des arguments solides pour la campagne de
2010. Autres ministères stratégiques qui vont servir
à préparer la présidentielle de 2010, ce sont ceux
de Foli-Bazi et de Damipi Noupokou. En effet, le
premier qui chapeaute la Fonction Publique, la
Réforme Administrative et les Relations avec les
Institutions de la République sera l’élaborateur des
nouvelles mesures pour la réforme de la fonction
publique, réforme qu’il ira défendre devant le
parlement. Ce dernier, majoritairement RPT, ne
trouvera probablement rien à redire. L’ancien
directeur de la CEET (M. Noupokou), de son coté,
mettra en exécution les plans de sortie de crise
énergétique qu’il a déjà élaborés avec l’ancien
ministre des Mines et de l’Energie, le Pr. Gnininvi
de la CDPA (parti de l’opposition). Ainsi, la
résolution de la crise énergétique ne portera autre
nom que celui du parti du « père de la nation »,
le RPT. La voix est tracée : Faure aura alors des
arguments pour convaincre l’électorat lors de la
campagne présidentielle de 2010.
Les masques qui cachent la fermeture du RPT
« Il
arrive des moments où un parti politique doit savoir
prendre ses responsabilités, nous avons pris les
nôtres », c’est la déclaration de Messan Adimado
Aduayom de la CDPA (Convention Démocratique des
peuples africains) reconduit à la tête du ministère
de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Avec
son patron Léopold M. Gnininvi, ils ont accepté
saisir « la politique de la main tendue » de
Faure Gnassingbé en estimant que « les élections
ne sont qu’une étape du processus et ne vont en
aucun cas résoudre tous les problèmes » et qu’il
reste encore beaucoup à faire. Ainsi, la CDPA pense
qu’il s’agit d’un gouvernement de mission auquel
elle doit apporter sa modeste contribution « avant
qu’il ne soit trop tard ». Les arguments évoqués
une semaine plus tôt pour justifier l’éventualité
d’une absence de ce parti au gouvernement sont
rangés au placard.
Pour des raisons similaires ou autres, d’autres
partis tels que la CPP (Convergence patriotique
panafricaine) de Edem Kodjo et l’UDS-Togo (Union des
Démocrates Socialistes du Togo) d’Antoine Folly et
des membres de la société civile font partie de
cette équipe Mally. Des présences sur lesquelles le
RPT va s’appuyer pour faire valoir sa politique
d’ouverture. Toutefois, pour mettre hors d’état de
nuire ces ‘‘étrangers’’ du gouvernement, ils
ont été placés à la tête de ministères où leurs
actions n’auront aucun effet politique. Un
observateur de la scène politique togolaise, après
analyse, n’a pas hésité à affirmer que « ces
partis ont intérêt à rentrer dans ce gouvernement
étant donné qu’ils n’ont de compte à rendre à
personne. Le peuple ne les ayant pas mandaté pour le
représenter au parlement, leur participation au
gouvernement ne se limite qu’à eux et à leur
formation ». Et un autre de relever que
« vomis par le peuple qu’ils prétendaient défendre,
ces responsables politiques ont plutôt raison
d’aller à la mangeoire pour récupérer ce qu’ils ont
investi dans la lutte pour la cause d’un peuple
finalement ingrat à leur endroit ».
Par ailleurs, certains sympathisants de l’opposition
semblent ne pas se reconnaître dans l’entrée de la
CDPA au gouvernement. Ils estiment qu’il s’agit soit
d’un signe de départ à la retraite des deux premiers
responsables de ce parti de l’opposition
traditionnelle, soit d’une prise de position qui
marque la rupture entre cette formation politique de
l’opposition extraparlementaire avec ses habituels
partenaires (CAR-UFC) de l’opposition parlementaire.
Au
total, on retiendra que dans le souci de préparer un
second mandat pour Faure Gnassingbé, le RPT « a
pris ses responsabilités » en tant que parti
vainqueur des dernières législatives en constituant
un gouvernement techniquement bon pour résoudre un
temps soit peu les problèmes togolais. Une équipe
gouvernementale qui saura aussi au moment venu, lui
assurer un deuxième quinquennat.
Sédjrawodo A. Adry & Marc D. Kouakani-Assi
Survivance de l’insalubrité dans les banlieues de
Lomé :
Incivisme et mauvaise gestion des ordures en
constituent le terreau
Dans
tous les pays africains, le phénomène de l’exode
rural s’est intensifié ces dernières décennies et a
entraîné un accroissement de la population des
grandes villes, une population en quête de solutions
à la pauvreté. Lomé, à l’instar des autres capitales
africaines, est une zone de forte urbanisation et de
forte croissance. Elle a la densité de population la
plus forte du pays. Par conséquent, la production
des ordures ménagères y est importante, soulevant la
problématique de leur gestion par la population.
L’exode incriminé
L’exode rural a comme corollaire la constitution de
banlieues sauvages qui ne disposent pas
d’infrastructures de gestion des déchets provenant
de différents ménages. Ainsi, les questions
d’assainissement sont de plus en plus préoccupantes
dans la gestion quotidienne de la ville de Lomé.
D’après l’organisation caritative ADEME (Agence pour
la Défense de l’Environnement et de la Maîtrise de
l’Energie), l’ordure ménagère ou le déchet est
«tout résidu provenant du fonctionnement d’une
collectivité humaine, d’un processus de fabrication,
de transformation ou d’utilisation, toute substance,
matériau, produit ou plus généralement tout bien
meuble, abandonné ou que son détenteur destine à
l’abandon». Ainsi les ordures ménagères sont
essentiellement composées de matériaux inertes tels
que le sable et la cendre, de substances organiques,
de papiers, tissus, métaux, verres, débris de la
vaisselle, des plastiques etc.
Avec l’accroissement rapide de la population urbaine
et l’extension démesurée de l’espace urbain dus à
une urbanisation non contrôlée et non maîtrisée de
la ville de Lomé, la gestion des déchets solides
pose de graves problèmes, non seulement aux
responsables municipaux et aux pouvoirs centraux,
mais aussi et surtout aux populations pauvres. Lomé
croule sous le poids considérable des déchets
solides ménagers produits par ses habitants. Ces
déchets engendrent un environnement de plus en plus
insalubre. De véritables montagnes d’ordures
ménagères sont visibles partout, surtout dans les
quartiers pauvres (les banlieues): au bord des
ruisseaux (eaux qui coulent au milieu d’une rue ou
le long d’un trottoir), à la plage, sur des
parcelles non encore ou insuffisamment aménagées et
même sur les trottoirs et la chaussée. Lomé produit
quotidiennement des tonnes de déchets, dont près de
la moitié ne fait l’objet d’aucune gestion. Le reste
est enfoui ou incinéré dans ou devant les
concessions, jeté dans la rue, dans les zones de
dépression et marécageuses selon les cas.
Les mauvaises pratiques
Les Loméens se débarrassent de leurs ordures
ménagères où ils le peuvent et comme ils le peuvent.
Ils jettent leurs ordures sur les berges de la
lagune et à la plage ou dans les zones marécageuses
mal drainées qu’ils tentent «d’assainir» avec ces
ordures. D’autres destinations de ces détritus
ménagers sont encore les parcelles sommairement ou
pas du tout mises en valeur par leurs propriétaires
pour diverses raisons, et transformées en
dépotoirs sauvages et en lieux de défécation sauvage
par les voisins. Les rues mal entretenues et
remplies de flaques d’eau pendant la saison des
pluies, les rigoles et les caniveaux sont également
transformés en dépotoirs. D’autres méthodes sont
utilisées par les ménages pour bouter les débris
hors de leurs habitations comme le témoigne cette
habitante d’un quartier périphérique de Lomé. « Nous
jetons les ordures dans un fossé creusé dans notre
concession. Au bout d’un certain temps, si le fossé
est plein, nous recouvrons de terre les ordures »,
confie-t-elle. « Presque tout le monde ici fait
cela. Il y en a qui enfouissent leurs ordures juste
devant leurs maisons», poursuit-elle.
Dans d’autres cas, les déchets ménagers sont mis à
feu, dans ou en dehors de la concession. La mise à
feu se fait malheureusement souvent sans un tri
préalable des diverses composantes, sauf pour les
vitres, les verres, la porcelaine, les métaux
ferreux et non ferreux. Les objets en plastique
d’acétylène, de plus en plus utilisés, produisent
des fumées très noires et des odeurs nauséabondes et
toxiques. Toutes ces pratiques répondent peu aux
normes de salubrité et d’hygiène et ont des
conséquences néfastes sur la santé de la population.
Les conséquences
Les conséquences de l’insalubrité sont un
environnement insalubre, malsain et dégradé,
caractérisé par la pollution de l’air, du sol, du
sous-sol, ainsi que des eaux souterraines et de
surface. L’insalubrité est par ailleurs source de
nombreuses maladies infectieuses et parasitaires
telles que le choléra, la fièvre typhoïde, les
helminthiases (maladie transmise par un ver parasite
de l’homme, des animaux et des végétaux), les
maladies diarrhéiques, amibiennes et épidémiques, et
qui sont parfois l’une des causes de la mortalité
infantile. C’est aussi l’un des facteurs qui
favorise l’absence répétée des élèves aux cours,
parce que souvent malades, ils abandonnent les
classes et ceci entraîne la déscolarisation. Ces
différentes maladies ont aussi pour conséquences,
l’hyper vulnérabilité d’une population déjà
affaiblie par la pauvreté. Les adultes malades ne
peuvent plus vaquer à leurs occupations et subvenir
aux besoins de leurs familles. Les bras valides qui
devraient entretenir la croissance économique ne
peuvent plus ainsi travailler. Cette situation
misérable s’empire quand il s’agit pour ces
populations démunies de se soigner puisque la crise
économique et la pauvreté au Togo aidant, elles ne
peuvent « s’offrir le luxe » d’aller vers les
unités de santé. Nombre de ses composantes ont de ce
fait recours à l’automédication qui a des
répercussions dangereuses et irréversibles sur la
santé.
D’autres conséquences du problème de la mauvaise
gestion des ordures ménagères sont les « inondations ».
En effet, une partie des déchets jetés par les
ménages dans les rares canalisations et caniveaux
obstrue ceux-ci et contribue à provoquer des
inondations pendant la saison des pluies. Ces « inondations »
provoquent généralement des dégâts matériels
importants comme des rues impraticables et les eaux
de la lagune qui débordent leur lit.
Les ordures ménagères mal gérées polluent le sol,
les eaux de surface et la nappe phréatique.
L’accumulation des déchets dans les dépotoirs fait
répandre dans l’atmosphère des odeurs nauséabondes.
L’élimination des déchets urbains par incinération
est une pratique courante dans les ménages. Les
mêmes pratiques ont également lieu sur les dépotoirs
sauvages, dans les marchés, dans les rues, sur les
berges de la lagune de la capitale togolaise. La
combustion fait dégager dans l’air des fumées noires
et des gaz qui ont des effets nocifs sur la santé de
ceux qui les inhalent. L’incinération des déchets
solides laisse en outre, échapper des gaz qui
contribuent très dangereusement à la destruction de
la couche d’ozone. Le séjour prolongé des ordures
sur leur lieu de dépôt entraîne d’autres réactions
chimiques comme la fermentation anaérobie qui
produit un gaz à effet de serre destructeur. Les
ordures ménagères qui se décomposent rapidement sous
l’effet de l’humidité, de la chaleur, des eaux usées
issues des ménages et des eaux de ruissellement, se
combinent à d’autres éléments. Le sol se charge
ainsi progressivement de substances toxiques qui
passent dans les cultures maraîchères consommées par
l’homme. Les sels minéraux des déchets toxiques
s’infiltrent par la même occasion dans le sol pour
atteindre la nappe phréatique généralement peu
profonde, surtout dans certains quartiers de Lomé.
La faible profondeur de cette nappe par endroits ne
permet pas ainsi une bonne filtration artificielle
des eaux souterraines, que près du quart à un tiers
des ménages consomment par l’intermédiaire des
puits. C’est la source principale des maladies
diarrhéiques.
Les eaux de surface, notamment celles de la lagune
de Bè et de Nyékonakpoè sont polluées. Les ordures
ménagères entassées à leurs abords pendant un temps
plus ou moins long attirent des mouches, des
moustiques, des cafards, des fourmis. Le rejet des
boîtes de conserve ou des pneus de véhicules remplis
d’eau favorise aussi la formation de gîtes larvaires
de moustiques, agents vecteurs du paludisme,
première cause de mortalité en Afrique tropicale
avant les ravages du VIH/SIDA.
L’obstruction des égouts, des caniveaux et des
canalisations par les déchets solides rend difficile
l’écoulement des eaux de pluie et provoque, outre
les inondations, la stagnation des eaux emprisonnées
dans des creux et de petites dépressions où se
développent des gîtes pour les larves et les
mouches. Les mouches prolifèrent le jour dans les
maisons, où elles sont remplacées dès la fin de la
journée par les moustiques. Il convient d’évoquer
aussi la profusion des rats et des souris qui vivent
essentiellement des ordures ménagères et qui
envahissent après les maisons. Pour couronner le
tout, les animaux domestiques tels les chiens, les
moutons, les chèvres, les poules et les
porcs, rodent souvent autour des dépotoirs à la
recherche de leur nourriture et constituent ainsi
des vecteurs potentiels de plusieurs maladies.
Les solutions envisageables
Dans certaines banlieues de Lomé, des efforts ont
été faits de façon endogène par les habitants puis
des ONG (Organisations non gouvernementales) pour
aider les populations à assainir leur environnement
immédiat. Des acteurs bilatéraux comme la Mission de
Coopération et d’Action Culturelle (de l’ambassade
de France au Togo) et la GTZ, le service allemand de
coopération, appuient les efforts déployés en vue de
rendre salubres les villes du Togo.
Dans le cadre par exemple du projet Soins de
santé urbains dans le quartier Bè à Lomé, la
G.T.Z. avait financé «des enclos pour la
localisation des conteneurs» afin de lutter
contre la prolifération des dépotoirs sauvages
dans le quartier. La GTZ a financé également des
latrines publiques.
Un
certain nombre d’ONG comme CARE International
interviennent dans la gestion des ordures ménagères
en finançant des associations de jeunes désireux de
se lancer dans la pré collecte porte-à-porte des
déchets solides ménagers. Mais ces efforts sont
faibles, insuffisants et n’ont pas les effets
escomptés.
Ainsi malgré les efforts des uns et des autres,
beaucoup reste encore à faire surtout en matière
d’information, d’éducation et de sensibilisation.
Car nombreux sont les citoyens qui polluent leur
propre milieu et l’ensemble de l’environnement par
ignorance et par manque d’éducation et de
sensibilisation sur les méfaits de la malpropreté et
de l’insalubrité. Dans des milieux où près
de la moitié de la population est analphabète, les
méthodes et les moyens d’éducation et
d’information doivent être diversifiés et adaptés
aux différentes couches socioprofessionnelles
suivant leur niveau d’instruction. Dans ce sens, les
sensibilisations en vernaculaire et par le
truchement d’affiches très expressives seront d’une
grande utilité. La question de l’insalubrité sera
réglée par un profond changement dans la mentalité
du Togolais.
Hermann KPOGNON |