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16 Déc 2006

[ 187: du 15 Déc 2006]  
Adoption d'un nouveau mode de scrutin par le gouvernement : Qu'est-ce-que le scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne ?

Le gouvernement réuni en conseil des ministres le vendredi 08 décembre 2006 s'est penché sur les contours des élections législatives de juin 2007 au Togo et a choisi le mode de scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne. Ce choix qui est préconisé par l'Accord Politique Global signé le 20 août dernier à Lomé sous la facilitation du président bur­kinabé, Blaise Compaoré suscite des interrogations au sein de la population. Quels sont donc les contours de ce mode de scrutin dont les Togolais feront la pre­mière expérience en juin 2007 ?

Le scrutin proportionnel de liste à la plus forte moyenne est, selon les juristes et autres constitutionalistes, le mode de scrutin qui consiste à répartir les sièges à pourvoir entre les partis en lice proportionnellement au pourcentage de suffrages expri­més dans une circonscription électorale. Dans le cas d'espèce du Togo, c'est la préfecture qui est retenue circonscription élec­torale. Par déduction, il y aura 32 circonscriptions électorales pour les prochaines législatives.

L'application de ce mode de scrutin
Le mode de scrutin adopté par le gouvernement togolais, le vendredi dernier, se base essen­tiellement sur la détermination d'un quotient électoral qui est le rapport entre le total de suffra­ges exprimés et le nombre de siè­ges à pourvoir dans chaque circonscription. Une fois qu'un parti atteint ce quotient, on lui attribue automatiquement un siège. Dans une préfecture où 200.000 personnes sont appe­lées à élire cinq députés, on cherche d'abord le quotient élec­toral en trouvant le rapport en­tre les nombres de suffrages et de sièges ; ce qui fait 40.000. Donc, chaque parti qui obtient ces 40.000 voix dans une cir­conscription a droit à un siège au sein de la future assemblée nationale. A supposer que 4 par­tis politiques présentent 4 listes électorales (L1, L2, L3, L4) dans cette préfecture et qu'après dé­compte, ils obtiennent respecti­vement 45.000, 80.000, 45.000 et 30.000 voix. On attribuera 1 siège aux listes L l et L3, 2 à la liste L2 et 0 à la liste L4. Pour avoir le nombre de sièges pré­vus pour cette préfecture, on a alors recours à la technique du plus fort reste qui préconise que le siège restant revienne à la liste qui a le plus de voix en retenu. Logiquement, dans l'exemple précité, c'est à la 4e liste avec les 30.000 voix que reviendrait ce siège.

Dans ce mode de scrutin, tous les candidats sont, par ailleurs, regroupés en listes avec comme tête de liste, le « meilleur candidat ». Il en sera de même en cas de coalition entre plusieurs formations politiques. Le nom­bre de candidats pour chaque liste reste à être défini par la Commission Electorale Natio­nale Indépendante (CENI). En somme, dans ce mode de scru­tin, l'électorat vote plus les par­tis que les candidats, alors que le contraire est très courant dans la majorité des pays pauvres.

Les avantages et les inconvénients
Contrairement au scrutin majoritaire qui, selon les analys­tes, présente des « injustices ma­thématiques », le scrutin propor­tionnel de liste à la plus forte moyenne fait refléter «la réalité » et assure une «équité » dans la scène politique du pays dans le­quel il est appliqué. Elle mettra en évidence les partis les plus représentatifs.

Tous les analystes sont una­nimes qu'il serait difficile voire impossible à un parti d'obtenir la majorité après les prochaines législatives. D'où un avantage pour les «petits partis » de l'échi­quier politique qui avec leurs « miettes de voix »seront courtisés par les grandes formations qui auront forcément besoin des autres pour avoir la majorité. Cette majorité est nécessaire pour la formation et la direction du futur gouvernement à cause du système parlementaire qui prévaut au Togo. Pour un responsable politique, c'est « un mode d'apaisement, d'ouverture qui impli­quera toutes les composantes dans la gestion de la chose publique»

Par ailleurs, la formation de cette équipe est plus ou moins aisée avec le scrutin majoritaire. Mais, dans le scrutin proportion­nel de liste à la plus forte moyenne, la constitution de la majorité est paralysée et on assiste à des tractations, des allian­ces contre nature pou­vant durer des jours, voire des mois avant d'aboutir à la forma­tion du gouverne­ment.

Bref, le Togo, con­formément à la déci­sion du conseil des ministres du 08 décembre dernier fera l'expérience du scru­tin proportionnel de liste à la plus forte moyenne. Pour la plu­part des Togolais, ce n'est pas le choix en soi qui pose problème mais son aboutisse­ment. En effet, habi­tués aux violences et autres massacres pré et post-électoraux, beaucoup sont-ils à souhaiter que les pro­chaines élections se déroulent dans les conditions les plus démocratiques possibles. C'est à ce seul prix que « l'or de l'humanité » pourra faire valoir son éclat à la face du monde et assurer à sa population des con­ditions de vie décentes différen­tes de cette précarité qui perdure et maintient les Togolais dans une paupérisation qui ne veut pas dire son nom.

Edem K. ASSIGNON

 
Après son passage controversé à Bouaké : Le Gal Tidjani compromet les relations ivoiro-togolaises

Le régime togolais, vieux de 40 ans a toujours été préoccupé par son image de l'extérieur, au détriment de l'opinion nationale qu'il a souvent brimée. Mais les suites du déplacement controversé du gé­néral Assani Tidjani chez les rebelles du nord de la Côte d'Ivoire risquent de compromettre sérieusement les relations ivoiro-togolai­ses. A moins que les autorités ivoiriennes prennent au sérieux les déclarations de bonnes intentions de Lomé d'une part et d'autre part que Lomé applique à la lettre les « mesures disciplinaires » décidées par le « conseil des militaires » le 11 décembre dernier contre Tidjani. Mais, de toutes les façons, si la méfiance n'existe déjà pas entre Lomé et Abidjan, elle l'est désormais et les deux pouvoirs seront sur le- qui-vive.

Le pouvoir togolais se veut rassurant

Pour désamorcer la crise née de la dernière visite du Général Assani Tidjani aux rebelles de Guillaume Soro, le gouverne­ment togolais a envoyé une forte délégation à Abidjan chez le président ivoi­rien Laurent Gbagbo. Conduite par Kpatcha Gnassingbé, le ministre de la Défense et des An­ciens Combattants, elle comprenait également les Généraux Gnofame et Nandja.

Selon nos confrères du journal « Le Matin » (une publication ivoi­rienne), Lomé demande en conséquence au Prési­dent Laurent Gbagbo de prendre toutes les initiati­ves nécessaires pour rassu­rer le gouvernement et le peuple ivoirien de l'enga­gement du Togo à la réso­lution pacifique de la crise ivoi­rienne », lit-on dans le journal.

Réaction tardive ?
Cependant, malgré la fer­meté des autorités togolaises, cer­taines couches de la population ivoirienne et médias taxent le Togo de « retardataire ».

Dans un article intitulé. « Une réaction tardive ». « Le Ma­tin d'Abidjan » écrit : « (...) Si l'ini­tiative est à saluer, reconnaissons tout de même qu'elle est un peu tar­dive. Surtout quand on sait qu'une interview qui dévoile les activités sub­versives de Tidjani en Côte d'Ivoire a été publiée dans le quotidien « Nord Sud » depuis le 25 novem­bre. Ce qui amène à dire que Lomé s'est « réveillé » une dizaine de jours plus tard, alors que les autorités to­golaises savaient que le général putschiste est sorti de son pays sans « autorisation » et a même « violé l'obligation de réserve ». L'autre fait étant que certains journaux avaient déjà, plusieurs jours à l'avance, an­noncé un projet de coup d'Etat en préparation à Bouaké, avec l'appui du militaire togolais », selon les ter­mes de ce canard.

« Le Général Tidjani, l'autre « faiseur » de lois au Togo ?
La désormais « affaire Gal Tidjani » pourrait révéler au grand jour le passé sombre de ce zélé officier, l'un des hommes de confiance du défunt prési­dent Eyadema. L'homme, aujourd'hui se trouve lâché par ces compagnons.

Selon nos confrères du jour­nal « Le Destin », le général Tidjani est « mis aux arrêts ». Plus encore, le même journal indique que le général Assani Tidjani serait  l'instigateur des paniques et des psychoses au sein des popula­tions togolaises. « Le Destin » pré­cise que « c'est lui qui a poussé beaucoup de responsables politiques à l'exil : Agbéyomé Kodjo, Abass Kaboua, Gilchrist Olympio... ».

Tout était-il réuni pour s'acharner contre l'un des hom­mes présentés comme faisant par­tie du « cerveau du 05 février » ? Ou le chef parachutiste a-t-il tout simplement été piégé ?

Cette histoire de coup d'Etat en Côte d'Ivoire ne peut pas être fortuite, étant donné qu'on a aperçu en 1987, soit 19 ans plus tôt, un autre Général togolais Séyi Mèmène à Ouagadougou (capitale du Faso), la veille du coup d'Etat contre l'ancien président Thomas Sankara.

Noël Y.A.GLISSOU

 
Fait divers : La rançon de la nature

Oumarou est un jeune garçon vivant à Lomé. Il est un grand amateur des arts martiaux importés du continent asiatique. Cette passion l'a même poussé à intégrer un des nombreux clubs de ka­raté de la capitale. Pendant son enfance, Oumarou se distinguait déjà parmi les enfants de son quartier ; sa petite corpulence ne l'empêchait pas en effet de s'emporter et d'initier des rixes lorsqu'il se sentait blessé profondément par des moqueries qu'il jugeait déso­bligeantes. D'ailleurs on l'a surnommé depuis cette époque « maî­tre » des garnements de son quartier, en référence aux maîtres de kung-fu dont il ne cessait d'imiter les gestes après avoir vu des films de combat.

Sur les bancs d'école, Oumarou n'est ni studieux ni cancre. Il a ainsi réussi clopin-clopant à atteindre le lycée. Depuis qu'il a mis pied dans le centre d'entraînement de son club et qu'il a com­mencé par maîtriser les rudiments du karaté, le comportement d'Oumarou à l'égard des membres de sa famille et locataires qui habitent la même cour que lui a radicalement changé. Il  faut dire que l'absence de ses parents auprès de lui n'était  pas de nature à tempérer ce nouveau comportement atypique qui naissait en lui. Le papa a été affecté à l'intérieur du pays alors que sa maman, commer­çante de son état, faisait souvent la navette entre Lomé et Accra pour pouvoir doper ses ventes. Ainsi, désormais, Oumarou « était monté sur la tête » de ses proches. Il n'était plus question qu'un de ses oncles ou une de ses tantes lui fasse des reproches. Les moindres réprimandes adressées à Oumarou suscitaient de sa part des réponses déplacées et des accrochages verbaux. Avec le temps, notre ami lycéen allait radicaliser son comportement vis-à-vis de ses amis, et proches parents. Le néo-karatéka n'adressait plus la parole ou soit bombait le muscle devant tous ceux qui osaient le remettre sur le droit chemin après ses inconduites qui ne cessaient de se multi­plier. Les multiples conseils de famille organisés à son intention de même que les interventions énergiques de ses géniteurs n'y ont rien changé. Cependant, les parents d' Oumarou se sont mis à s'in­quiéter davantage pour leur progéniture lorsque ce dernier s'était mis à l'idée de multiplier des conquêtes féminines. Ils se deman­daient souvent ce que leur fils racontait aux filles pour les sé­duire. « Les conséquences corrigent mieux que les conseils », se complai­saient régulièrement à dire les badauds qui assistaient aux va-et­-vient d’Oumarou et de ses conquêtes. Mouni était un des membres de cette « clique d'insouciantes ». Malgré les nombreuses mises en garde des habitantes et habitants du quartier, elle se laissa tomber dans le panneau d’Oumarou. Fille de ménage chez une riche fonc­tionnaire du même quartier, elle avait la mentalité des jeunes villa­geoises avides de gains faciles et qui débarquent en ville. Compte tenu de la petite distance qui séparait leurs deux maisons, Oumarou donnait beaucoup plus de rendez-vous à Mouni qu'à ses autres peti­tes amies. La nuit profonde était leur moment de rencontre de prédilection. Habituellement, Mouni faisait ses sorties nocturnes à l'insu de sa patronne. Les « deux amoureux » s'arrangeaient toujours à ce que leurs retrouvailles se fassent à l'insu des yeux indiscrets qui ne trouvent pas facilement le sommeil la nuit. Au bout du compte, ce qui devait arriver dans la logique de ces genres de relations frivo­les et irresponsables arriva : Mouni était tombée enceinte. Ne voulant pas nourrir une bouche de plus, sa patronne décida de lui faire subir un avortement ; elle se ravisera sur conseils de son entourage. Mais ce qui a troublé tout le monde dans cette affaire, c’est la rebuffade qu’a opposé Oumarou à celle qui est devenu subitement « son ex-petite amie ». « Tu l’as bien cherché, tu l'as bien trouvé » ; c'est le refrain qui sortait de la bouche des proches parents de la jeune bonne lorsque cette dernière se mettait à leur raconter son mal­heur. Comme pour montrer au grand jour le comportement répréhensible de son père à l'égard de sa maman, le bébé de Mouni était le sosie d’ Oumarou. Cette leçon de dame nature ne fit pas changer Oumarou pour autant d'avis. Mieux, il dédaignait maintenant son ex-partenaire sexuel. A l'image des « mamans précoces » de la capi­tale, Mouni dû ravaler sa déception et son amertume.

Plus tard, on apprendra qu’Oumarou a réédité la même chose avec d'autres jeunes filles naïves.

Entre-temps, le petit karatéka a pris des galons dans l'apprentis­sage de son sport de combat préféré et il devait passer un important examen. Meilleur élève de sa promotion, son challenger du jour était largement à sa portée. Mais jusqu'au jour d'aujourd'hui, on ne sait par quel moyen ce dernier a pu jeter l'opprobre sur le vaniteux Oumarou en le battant comme un vulgaire débutant. D'ailleurs, ce jour-là, Oumarou était rentré à la maison avec le moral abîmé et surtout sous les quolibets de ses camarades de clubs qu'ils mépri­saient le plus clair du temps. Baptisé « maître » dans son quartier, Oumarou était maintenant surnommé par ses amis karatekas « maître- vlan » (en référence à l'onomatopée qui décrit la manière dont il a été étalé sur le sol le jour de ce crucial combat).

Rançon du la nature ou pas, Oumarou cherche toujours les causes de cet échec public. Son comportement à l'endroit de ses parents ou locataires de sa maison est resté le même malgré la déconvenue précitée qu'il leur cache comme un trésor.

Qui sait si dame nature lui donne de nouveaux rendez-vous sur un tatami ?

 

 

 

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