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6 Dec Nov 2007 

[ 326: du 3 Nov 2007]  

Nomination d’un premier ministre : rpt Faure ferme la porte de l’ouverture

Pour nommer son 3e  Premier ministre, Faure Gnassingbé est allé puiser à la source de ses oncles des Plateaux. Ainsi, depuis lundi dernier, Komlan Mally, ancien ministre de la Ville, s’est vu propulser aux commandes du prochain gouvernement. Quels peuvent être les critères qui ont milité en sa faveur ? Pour beaucoup d’observateurs, la nomination de Komlan Mally répondrait à un choix tactique et politique.

Le nouveau locataire de la Primature est un homme effacé ; discret et donc inconnu de beaucoup de Togolais. Il a passé 14 mois au ministère de la Ville sans laisser une très grande trace. Pour d’autres observateurs, M. Mally est à la limite, un « novice » dans les approches politiques. Qu’à cela ne tienne, c’est finalement l’homme qui a retenu l’attention de Faure Gnassingbé parmi des dizaines d’autres et ce, trois semaines après la démission de Me Yawovi Agboyibo. Le choix de Komlan Mally n’est pas fortuit.

Sans grandes ambitions politiques, le nouveau Premier ministre serait un « enfant de chœur » du chef de l’Etat, prêt à exécuter toutes les consignes qui lui seront données. En d’autres termes, Faure Gnassingbé ne voudrait pas d’un Premier ministre qui chercherait à pousser des ailes de liberté et à vouloir poser des actes de défiance à son égard; comme le ferait par exemple, une personnalité issue des rangs de l’opposition, de la société civile ou même de la vieille garde de son parti. Selon les informations, le RPT ne voudrait pas avoir un premier ministre qui va s’ériger comme une arête dans la gorge de son président. C’est du moins ce que ne veulent pas les « boys » du RPT. C’est aussi peut-être pour ces raisons que Faure Gnassingbé aurait une fois encore, fermé les « portes de sa politique d’ouverture » au nez de son principal challenger, Gilchrist Olympio. Ce dernier aurait de toute vraisemblance, mis sur la table des négociations ( dans le cadre de la nomination du premier ministre et de l’orientation à donner au futur gouvernement) des exigences « fantaisistes » aux yeux du pouvoir. En nommant un membre de sa famille politique à la Primature, Faure Gnassingbé opte pour le respect des principes démocratiques qui veulent que le parti vainqueur des élections gouverne le pays, quitte aux populations de le sanctionner ou de le récompenser lors des consultations électorales postérieures. C’est dire que pour le moment, le « fils de la nation » ferme la parenthèse sur sa « volonté » réelle ou supposée de l’ouverture.

La logique du RPT

Le parti de Faure Gnassingbé n’est pas prêt à céder du terrain à ses adversaires politiques. C’est de bonne guerre. Pour le parti au pouvoir, la « victoire » du 14 octobre ne peut être partagée avec une quelconque opposition dans la mesure où dans deux années, le corps électoral sera de nouveau convoqué pour le scrutin présidentiel. Il s’agit donc pour le RPT et son président national d’avoir les mains libres pour préparer ces consultations. Alors pourquoi vont-ils confier la direction des affaires administratives à une personnalité autre qu’un « enfant de la maison » ? Faure Gnassingbé a dû donc faire beaucoup de calculs à l’issue desquels, il est arrivé à la solution Mally en écartant la piste UFC et les autres. Car, il s’agit pour le RPT de ne pas tout de suite ouvrir les portes du pouvoir au concurrent immédiat, notamment le parti de Gilchrist Olympio. En effet, il se dit actuellement que le parti majoritaire serait en train d’examiner les procédures pouvant lui permettre de rétrocéder la première vice-présidence de l’Assemblée nationale au « Détia ». Si cela devenait une réalité, l’UFC aura donc un poste assez conséquent au Parlement. Plus encore, en nommant un Premier ministre UFC ou une autre personnalité proche du parti de Gilchrist Olympio, Faure Gnassingbé aura par cet acte, permis à  la « majorité populaire » de se rapprocher davantage de la gestion du pouvoir et d’avoir « son œil » sur une partie de l’appareil étatique. C’est en définitive prêter  le flanc à son rival, ce qui en politique, peut s’avérer dangereux.

Par ailleurs, en optant pour un « ami » de la famille, Faure Gnassingbé ne voulait pas donner l’occasion à d’autres politiques de se refaire une nouvelle santé avant la présidentielle de 2010. Tout porte à croire que, Faure Gnassingbé, après avoir « pratiqué » Edem Kodjo et Yawovi Agboyibo, issus respectivement de l’opposition modérée ( devenue lucide) et radicale (devenue modérée), veut désormais faire route avec les siens en laissant sur la touche, les éventuels candidats à l’élection présidentielle de 2010. Le RPT veut donc verrouiller davantage le système, étant entendu qu’il contrôle déjà la magistrature Suprême, la présidence de l’Assemblée nationale, la Cour Constitutionnelle, la Cour suprême et autres, avant les prochaines échéances électorales. Même s’il advenait que des partis de l’opposition extraparlementaire sont représentés dans le prochain exécutif, celui-ci aura ni plus ni moins, la coloration d’une mangeoire où seuls les «béquilles» et les «faire-valoir» sont invités. Ceux qui exigent des places d’honneur y sont indésirables.

Depuis la notification de la reprise « pleine » et « entière » de la coopération avec l’Union européenne, on a l’impression d’assister à une forme de récupération au niveau du parti au pouvoir. En effet, le RPT a organisé une manifestation populaire à son siège, pour célébrer l’évènement. L’ancien parti unique tente en effet de se comporter comme si cette reprise de la coopération constitue sa victoire sur les «forces du mal» qui selon lui, sont les instigatrices de la suspension précitée.

Les défis qui attendent le nouveau Premier ministre

A 47 ans, M. Mally est nommé à la Primature à un tournant décisif de l’histoire du Togo ; celui qui s’inscrit dans le cadre de la reprise de la coopération, après les 14 années de traversée du désert. En plus de la gestion peu reluisante des 38 ans du règne sans partage d’Etienne Eyadèma Gnassingbé, les 14 années de suspension de la coopération entre le Togo et ses partenaires occidentaux  ont presque asphyxié l’économie du pays. Ainsi, le « Togo est devenu un pays à reconstruire ». Aussi, a-t-on besoin d’un homme plus rompu à la gestion administrative. Bien que le CV du nouveau Premier ministre « milite » en sa faveur, certains semblent lui denier les aptitudes d’un bon gestionnaire.

Le nouveau promu aura, dans l’immédiat, à s’attaquer au vaste chantier de la relance de l’économie togolaise, à celui des  systèmes éducatif, sanitaire et des infrastructures. Mais avant tout, l’ancien préfet du Golfe devrait fouiller ciel et terre pour trouver une solution à la grave crise énergétique que connaît le Togo depuis bientôt deux ans.

L’ex-ministre de la Ville doit aussi pouvoir défendre le Togo auprès des institutions de Bretton Woods en présentant à ces dernières, des dossiers conséquents. Il doit également chercher des solutions  concrètes pouvant permettre de solutionner à la question de la dette togolaise.

La bombe sociale avec en perspective, les revendications des syndicats des fonctionnaires et la menace d’une grève sont d’autres dossiers chauds qui attendent le nouveau locataire de la Primature. 

Il doit aussi poursuivre les réformes constitutionnelles et institutionnelles contenues dans l’APG (Accord  Politique Global), signé le 20 août 2006, de même que les nombreux chantiers laissés en suspens par le gouvernement précédent.

Prioritairement, le nouveau Premier ministre doit mettre ses compétences en jeu pour convaincre les populations à adhérer à la politique de son « mentor ». C’est dire que la tâche ne lui sera pas du tout facile.

Peut-il réussir sa mission ?

L’un des atouts qui pourraient être déterminants pour le nouveau chef du gouvernement est son appartenance au RPT, le parti au pouvoir. On imagine que cette fois-ci, on assistera plus à des coups bas venant de certains responsables du parti. Contrairement à son prédécesseur Yawovi Agboyibo issu de l’opposition, on peut penser que toutes les portes du pouvoir lui seront ouvertes. Le RPT, le parti qui tient tout l’appareillage politique et économique, ne pourra en aucun cas, refuser de délier le cordon de la bourse à son Premier ministre, surtout qu’il s’agit  pour le parti de marquer le terrain avant la présidentielle de 2010.

Mais au RPT, comme dans tous les partis politiques, tout n’est pas rose et tout le monde ne regarde pas forcément dans « la même direction ». Et il n’est pas exclu qu’il y ait des « jaloux » des acquis de Komlan Mally qui tenteront de lui poser quelques problèmes. D’ores et déjà, certains  observateurs qui ne semblent pas « vendre très cher la peau de l’heureux élu », estiment qu’il ne sera qu’ « une marionnette » au service de la présidence. Son premier test sera  le choix de ses ministres.

Noël Y. A. GLISSOU

Nomination à la primature : Le PDR, le PRR, et le MRC saluent, l’UFC prend acte
Si la nomination de Komlan Mally à la primature a surpris certains Togolais, elle l’est moins au sein de la classe politique. En effet, bon nombre des partis politiques qui ont réagi au lendemain de cette nomination ont trouvé logique la nomination d’un Premier ministre au sein du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais), qui est le parti majoritaire à l’issu des dernières législatives.

           Pour Antoine Edoh Agbewanou, vice-président du PDR (Parti pour la Démocratie et le Renouveau), « cette nomination est faite dans la logique des choses. Le RPT étant majoritaire, le Premier ministre ne peut venir que de son rang. Le chef de l’Etat a donc respecté la constitution ». Le « lieutenant » de Zarifou Ayevah précise par ailleurs, que ce premier ministre sera très sollicité. Selon lui, « il n’y a plus aujourd’hui d’actions politiques à mener, il n’y a pas d’élection à organiser. Le nouveau gouvernement va se consacrer au développement économique du pays ». Au sujet d’une éventuelle entrée au gouvernement, Antoine E. Agbewanou a indiqué que son parti étudiera la question  si l’appel lui est adressé.

Le Parti du Renouveau et de la Rédemption (PRR) pense pour sa part, que « ceux qui ont choisi ce premier ministre ont estimé que c’est l’homme de la situation et ils ont leur programme, et leurs objectifs. S’ils pensent que c’est avec lui qu’ils peuvent atteindre leurs objectifs, alors le PRR ne peut que prendre acte ». Selon Nicolas Lawson, la démocratie est en évolution dans le pays, et il y a un changement profond qui s’opère dans la gestion des affaires. « Ce qui reste à faire est de relever le défi de la pauvreté, du chômage massif des jeunes, de la dégradation de l’environnement et surtout de la restauration de l’Etat » a indiqué le numéro un du PRR. Pour ce parti, il n’y a plus question que les Togolais s’attardent sur des querelles stériles du passé, mais de suivre les forces politiques qui proposent des actions  concrètes pour l’avenir de ce pays.

Abass Kaboua du  Mouvement des Républicains Centristes (MRC) a salué la nomination de Komlan Mally à la primature. Selon lui, c’est la logique qu’il fallait respecter depuis le début et il ne comprend pas pourquoi le chef de l’Etat a attendu si longtemps. Le leader du MRC a aussi rappelé qu’une majorité politique est désormais dégagée au Togo et qu’il appartient aux autres partis politiques de jouer le rôle de « chien de garde ». « Le bureau de l’assemblée nationale est purement RPT, le Premier ministre RPT, ils n’ont qu’à gérer. Nous autres, nous serons dans l’opposition extra parlementaire et nous veillerons au grain. S’il faut les soutenir nous le ferons puisque le Premier est un homme que nous connaissons bien et qui peut bien jouer ce rôle » a ajouté le leader du MRC.

A coté de ces partis qui ont fait entendre leur voies, d’autres ont préféré la prudence. Ainsi, d’après une source proche de l’Union des Forces de Changement (UFC), ce parti prend simplement acte de la nomination du nouveau chef de gouvernement. Selon cette même source, le parti de Gilchrist Olympio n’avait pas encore reçu de propositions pour son entrée au gouvernement, et si ces propositions lui parviennent, le parti les étudiera avant de se prononcer.

Selon d’autres proches de la présidence, la formation du gouvernement est déjà en cours et peut être rendu public dans les 24 prochaines heures.

Sedjrawodo A. ADRY

 

 
 
 
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