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Nomination d’un premier ministre :
rpt
Faure ferme la porte de l’ouverture
Pour nommer son 3e
Premier ministre, Faure Gnassingbé est allé puiser à
la source de ses oncles des Plateaux. Ainsi, depuis
lundi dernier, Komlan Mally, ancien ministre de la
Ville, s’est vu propulser aux commandes du prochain
gouvernement. Quels peuvent être les critères qui
ont milité en sa faveur ? Pour beaucoup
d’observateurs, la nomination de Komlan Mally
répondrait à un choix tactique et politique.
Le
nouveau locataire de la Primature est un homme
effacé ; discret et donc inconnu de beaucoup de
Togolais. Il a passé 14 mois au ministère de la
Ville sans laisser une très grande trace. Pour
d’autres observateurs, M. Mally est à la limite, un
« novice » dans les approches politiques.
Qu’à cela ne tienne, c’est finalement l’homme qui a
retenu l’attention de Faure Gnassingbé parmi des
dizaines d’autres et ce, trois semaines après la
démission de Me Yawovi Agboyibo. Le choix de Komlan
Mally n’est pas fortuit.
Sans grandes ambitions politiques, le nouveau
Premier ministre serait un « enfant de chœur »
du chef de l’Etat, prêt à exécuter toutes les
consignes qui lui seront données. En d’autres
termes, Faure Gnassingbé ne voudrait pas d’un
Premier ministre qui chercherait à pousser des ailes
de liberté et à vouloir poser des actes de
défiance à son égard; comme le ferait par exemple,
une personnalité issue des rangs de l’opposition, de
la société civile ou même de la vieille garde de son
parti. Selon les informations, le RPT ne voudrait
pas avoir un premier ministre qui va s’ériger comme
une arête dans la gorge de son président. C’est du
moins ce que ne veulent pas les « boys » du
RPT. C’est aussi peut-être pour ces raisons que
Faure Gnassingbé aurait une fois encore, fermé les
« portes de sa politique d’ouverture » au nez
de son principal challenger, Gilchrist Olympio. Ce
dernier aurait de toute vraisemblance, mis sur la
table des négociations ( dans le cadre de la
nomination du premier ministre et de l’orientation à
donner au futur gouvernement) des exigences « fantaisistes »
aux yeux du pouvoir. En nommant un membre de sa
famille politique à la Primature, Faure Gnassingbé
opte pour le respect des principes démocratiques qui
veulent que le parti vainqueur des élections
gouverne le pays, quitte aux populations de le
sanctionner ou de le récompenser lors des
consultations électorales postérieures. C’est dire
que pour le moment, le « fils de la nation »
ferme la parenthèse sur sa « volonté » réelle
ou supposée de l’ouverture.
La
logique du RPT
Le
parti de Faure Gnassingbé n’est pas prêt à céder du
terrain à ses adversaires politiques. C’est de bonne
guerre. Pour le parti au pouvoir, la « victoire »
du 14 octobre ne peut être partagée avec une
quelconque opposition dans la mesure où dans deux
années, le corps électoral sera de nouveau convoqué
pour le scrutin présidentiel. Il s’agit donc pour le
RPT et son président national d’avoir les mains
libres pour préparer ces consultations. Alors
pourquoi vont-ils confier la direction des affaires
administratives à une personnalité autre qu’un « enfant
de la maison » ? Faure Gnassingbé a dû donc
faire beaucoup de calculs à l’issue desquels, il est
arrivé à la solution Mally en écartant la piste UFC
et les autres. Car, il s’agit pour le RPT de ne pas
tout de suite ouvrir les portes du pouvoir au
concurrent immédiat, notamment le parti de Gilchrist
Olympio. En effet, il se dit actuellement que le
parti majoritaire serait en train d’examiner les
procédures pouvant lui permettre de rétrocéder la
première vice-présidence de l’Assemblée nationale au
« Détia ». Si cela devenait une réalité, l’UFC
aura donc un poste assez conséquent au Parlement.
Plus encore, en nommant un Premier ministre UFC ou
une autre personnalité proche du parti de Gilchrist
Olympio, Faure Gnassingbé aura par cet acte, permis
à la « majorité populaire » de se rapprocher
davantage de la gestion du pouvoir et d’avoir « son
œil » sur une partie de l’appareil étatique.
C’est en définitive prêter le flanc à son rival, ce
qui en politique, peut s’avérer dangereux.
Par ailleurs, en optant pour un « ami » de la
famille, Faure Gnassingbé ne voulait pas donner
l’occasion à d’autres politiques de se refaire une
nouvelle santé avant la présidentielle de 2010. Tout
porte à croire que, Faure Gnassingbé, après avoir « pratiqué »
Edem Kodjo et Yawovi Agboyibo, issus respectivement
de l’opposition modérée ( devenue lucide) et
radicale (devenue modérée), veut désormais faire
route avec les siens en laissant sur la touche, les
éventuels candidats à l’élection présidentielle de
2010. Le RPT veut donc verrouiller davantage le
système, étant entendu qu’il contrôle déjà la
magistrature Suprême, la présidence de l’Assemblée
nationale, la Cour Constitutionnelle, la Cour
suprême et autres, avant les prochaines échéances
électorales. Même s’il advenait que des partis de
l’opposition extraparlementaire sont représentés
dans le prochain exécutif, celui-ci aura ni plus ni
moins, la coloration d’une mangeoire où seuls les «béquilles»
et les «faire-valoir» sont invités. Ceux qui
exigent des places d’honneur y sont indésirables.
Depuis la notification de la reprise « pleine »
et « entière » de la coopération avec l’Union
européenne, on a l’impression d’assister à une forme
de récupération au niveau du parti au pouvoir. En
effet, le RPT a organisé une manifestation populaire
à son siège, pour célébrer l’évènement. L’ancien
parti unique tente en effet de se comporter comme si
cette reprise de la coopération constitue sa
victoire sur les «forces du mal» qui selon
lui, sont les instigatrices de la suspension
précitée.
Les défis qui attendent le nouveau Premier ministre
A
47 ans, M. Mally est nommé à la Primature à un
tournant décisif de l’histoire du Togo ; celui qui
s’inscrit dans le cadre de la reprise de la
coopération, après les 14 années de traversée du
désert. En plus de la gestion peu reluisante des 38
ans du règne sans partage d’Etienne Eyadèma
Gnassingbé, les 14 années de suspension de la
coopération entre le Togo et ses partenaires
occidentaux ont presque asphyxié l’économie du
pays. Ainsi, le « Togo est devenu un pays à
reconstruire ». Aussi, a-t-on besoin d’un homme
plus rompu à la gestion administrative. Bien que le
CV du nouveau Premier ministre « milite » en
sa faveur, certains semblent lui denier les
aptitudes d’un bon gestionnaire.
Le
nouveau promu aura, dans l’immédiat, à s’attaquer au
vaste chantier de la relance de l’économie
togolaise, à celui des systèmes éducatif, sanitaire
et des infrastructures. Mais avant tout, l’ancien
préfet du Golfe devrait fouiller ciel et terre pour
trouver une solution à la grave crise énergétique
que connaît le Togo depuis bientôt deux ans.
L’ex-ministre de la Ville doit aussi pouvoir
défendre le Togo auprès des institutions de Bretton
Woods en présentant à ces dernières, des dossiers
conséquents. Il doit également chercher des
solutions concrètes pouvant permettre de
solutionner à la question de la dette togolaise.
La
bombe sociale avec en perspective, les
revendications des syndicats des fonctionnaires et
la menace d’une grève sont d’autres dossiers chauds
qui attendent le nouveau locataire de la Primature.
Il
doit aussi poursuivre les réformes
constitutionnelles et institutionnelles contenues
dans l’APG (Accord Politique Global), signé le 20
août 2006, de même que les nombreux chantiers
laissés en suspens par le gouvernement précédent.
Prioritairement, le nouveau Premier ministre doit
mettre ses compétences en jeu pour convaincre les
populations à adhérer à la politique de son « mentor ».
C’est dire que la tâche ne lui sera pas du tout
facile.
Peut-il réussir sa mission ?
L’un des atouts qui pourraient être déterminants
pour le nouveau chef du gouvernement est son
appartenance au RPT, le parti au pouvoir. On imagine
que cette fois-ci, on assistera plus à des coups bas
venant de certains responsables du parti.
Contrairement à son prédécesseur Yawovi Agboyibo
issu de l’opposition, on peut penser que toutes les
portes du pouvoir lui seront ouvertes. Le RPT, le
parti qui tient tout l’appareillage politique et
économique, ne pourra en aucun cas, refuser de
délier le cordon de la bourse à son Premier
ministre, surtout qu’il s’agit pour le parti de
marquer le terrain avant la présidentielle de 2010.
Mais au RPT, comme dans tous les partis politiques,
tout n’est pas rose et tout le monde ne regarde pas
forcément dans « la même direction ». Et il
n’est pas exclu qu’il y ait des « jaloux »
des acquis de Komlan Mally qui tenteront de lui
poser quelques problèmes. D’ores et déjà, certains
observateurs qui ne semblent pas « vendre très
cher la peau de l’heureux élu », estiment qu’il
ne sera qu’ « une marionnette » au service de
la présidence. Son premier test sera le choix de
ses ministres.
Noël Y. A. GLISSOU
Nomination à la primature : Le PDR, le PRR, et le
MRC saluent, l’UFC prend acte
Si
la nomination de Komlan Mally à la primature a
surpris certains Togolais, elle l’est moins au sein
de la classe politique. En effet, bon nombre des
partis politiques qui ont réagi au lendemain de
cette nomination ont trouvé logique la nomination
d’un Premier ministre au sein du RPT (Rassemblement
du Peuple Togolais), qui est le parti majoritaire à
l’issu des dernières législatives.
Pour Antoine Edoh Agbewanou,
vice-président du PDR (Parti pour la Démocratie et
le Renouveau), « cette nomination est faite dans
la logique des choses. Le RPT étant majoritaire, le
Premier ministre ne peut venir que de son rang. Le
chef de l’Etat a donc respecté la constitution ».
Le « lieutenant » de Zarifou Ayevah précise par
ailleurs, que ce premier ministre sera très
sollicité. Selon lui, « il n’y a plus aujourd’hui
d’actions politiques à mener, il n’y a pas
d’élection à organiser. Le nouveau gouvernement va
se consacrer au développement économique du pays ».
Au sujet d’une éventuelle entrée au gouvernement,
Antoine E. Agbewanou a indiqué que son parti
étudiera la question si l’appel lui est adressé.
Le
Parti du Renouveau et de la Rédemption (PRR) pense
pour sa part, que « ceux qui ont choisi ce
premier ministre ont estimé que c’est l’homme de la
situation et ils ont leur programme, et leurs
objectifs. S’ils pensent que c’est avec lui qu’ils
peuvent atteindre leurs objectifs, alors le PRR ne
peut que prendre acte ». Selon Nicolas Lawson,
la démocratie est en évolution dans le pays, et il y
a un changement profond qui s’opère dans la gestion
des affaires. « Ce qui reste à faire est de
relever le défi de la pauvreté, du chômage massif
des jeunes, de la dégradation de l’environnement et
surtout de la restauration de l’Etat » a indiqué
le numéro un du PRR. Pour ce parti, il n’y a plus
question que les Togolais s’attardent sur des
querelles stériles du passé, mais de suivre les
forces politiques qui proposent des actions
concrètes pour l’avenir de ce pays.
Abass Kaboua du Mouvement des Républicains
Centristes (MRC) a salué la nomination de Komlan
Mally à la primature. Selon lui, c’est la logique
qu’il fallait respecter depuis le début et il ne
comprend pas pourquoi le chef de l’Etat a attendu si
longtemps. Le leader du MRC a aussi rappelé qu’une
majorité politique est désormais dégagée au Togo et
qu’il appartient aux autres partis politiques de
jouer le rôle de « chien de garde ». « Le bureau
de l’assemblée nationale est purement RPT, le
Premier ministre RPT, ils n’ont qu’à gérer. Nous
autres, nous serons dans l’opposition extra
parlementaire et nous veillerons au grain. S’il faut
les soutenir nous le ferons puisque le Premier est
un homme que nous connaissons bien et qui peut bien
jouer ce rôle » a ajouté le leader du MRC.
A
coté de ces partis qui ont fait entendre leur voies,
d’autres ont préféré la prudence. Ainsi, d’après une
source proche de l’Union des Forces de Changement (UFC),
ce parti prend simplement acte de la nomination du
nouveau chef de gouvernement. Selon cette même
source, le parti de Gilchrist Olympio n’avait pas
encore reçu de propositions pour son entrée au
gouvernement, et si ces propositions lui
parviennent, le parti les étudiera avant de se
prononcer.
Selon d’autres proches de la présidence, la
formation du gouvernement est déjà en cours et peut
être rendu public dans les 24 prochaines heures.
Sedjrawodo A. ADRY |