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RPT : Majoritaire au
parlement : Kpatcha Gnassingbé, futur président de
l’Assemblée ?
La
question est débattue actuellement dans certains
milieux politiques togolais et par des journalistes
internationaux. Plusieurs noms sont cités, notamment
celui de l’actuel ministre de la Défense et des
Anciens Combattants, Kpatcha Gnassingbé. Va-t-il
accepter ce poste et devenir ainsi le
« vice-président » constitutionnel de la République ?
Le débat est ouvert.
Le
ministre Kpatcha Gnassingbé a été tête de liste du
RPT (Rassemblement du Peuple Togolais) dans la
préfecture de la Kozah lors des législatives du 14
octobre dernier. Il a su octroyer au parti les 03
sièges en jeu dans cette localité. D’après plusieurs
observateurs, le « puissant » ministre de la
Défense pourrait être porté à la tête du prochain
parlement. Si ce choix venait à être concrétisé, il
deviendra de facto, la 2e personnalité
la plus importante du Togo.
La
Constitution de la IVe République togolaise ( du 14
octobre 1992) modifiée en décembre 2002, stipule en
son article 65 : qu’« en cas de vacance de
la
Présidence de la République par décès, démission ou
empêchement définitif, la fonction présidentielle est
exercée provisoirement par le président de
l’Assemblée nationale… ».
Pour certains observateurs, donner cette opportunité
à l’actuel ministre de la Défense, c’est créer les
conditions d’une crise au sommet de l’Etat, l’autre
fils de la nation ayant selon eux soif du pouvoir.
Ceux-ci prennent pour exemples, des conflits qui
existeraient entre les deux frères quant aux
orientations à donner au pouvoir « légué » par
leur père. A partir de là et selon certains
confrères, Faure Gnassingbé pourrait s’opposer à ce
schéma.
Mais toutes ces allégations ne seraient que des « procès
d’intention » à l’encontre de Kpatcha Gnassingbé.
L’homme est toujours vu aux côtés de son frère
président tout souriant ou l’accueillant sur le
tarmac de l’aéroport international Gnassingbé
Eyadema. Il était également à la tête d’une
délégation des FAT (Forces Armées Togolaises) qui
s’était rendue à la présidence de la République pour
témoigner le soutien de la « Grande muette »
au chef de l’Etat au lendemain de la signature de l’APG
(Accord Politique Global).
C’est dire que tout va bien entre le ministre Kpatcha
Gnassingbé et son demi-frère Faure Gnassingbé, le
chef de l’Etat. Le député de la préfecture de la
Kozah va-t-il refuser la proposition si elle lui
était faite ? En tout cas, son éventuel refus serait
le signe concret qu’il n’est « nullement »
intéressé par le pouvoir de son frère.
Mais s’il devenait président de l’Assemblée
nationale, cela s’apparenterait au cas des jumeaux
Kaczynski en Pologne (l’un président de la
République, l’autre Premier ministre) qui dirigeaient
ce pays avant les législatives du 21 octobre dernier.
Dans le contexte politique togolais, l’occupation de
certains postes de responsabilité est telle que
l’hypothèse de voir Kpatcha Gnassingbé dans le
fauteuil du président du parlement est peu probable.
En effet, il y a une forme de bipolarisme qui
s’observe sur ce plan. Depuis 1990, année marquant le
début du processus démocratique au Togo, on a noté
que le Premier ministre est toujours issu des régions
méridionales du pays, pendant que le chef de l’Etat
est originaire de la partie septentrionale.
S’agissant des présidents de l’Assemblée nationale,
le choix du personnage est opéré suivant certains
critères. En dehors de Dahuku Peré qui a été par la
force des choses président de l’Assemblée nationale
en lieu et place des personnalités de l’opposition,
vainqueurs des législatives de 1994, la 2e personnalité
constitutionnelle du Togo n’a jamais été de la même
région que le chef de l’Etat.
En
d’autres termes, Kpatcha président de l’Assemblée
irait contre les pratiques «républicaines» jusque-là
en cours dans le pays. Cette option ne serait
d’ailleurs pas intéressante pour le pouvoir en place
et suscitera de ce fait la méfiance de la communauté
internationale.
Outre Kpatcha Gnassingbé,
d’autres noms aussi circulent.
La
piste de Charles Kondi Agba
L’actuel ministre d’Etat, ministre de la Santé est
reconnu comme l’un des hommes de main de Faure
Gnassingbé. Plusieurs fois, le professeur Agba a
représenté le chef de l’Etat au cours de nombreuses
manifestations officielles. Pour beaucoup
d’observateurs, le ministre Agba qui a défendu les
couleurs du « maïs » le 14 octobre dernier
dans Lomé-Commune, serait le « pion » sûr de
Faure Gnassingbé pour occuper le poste de président
de l’Assemblé nationale. D’après des informations,
c’est pour ces raisons qu’on « aurait tout fait »
pour lui « trouver » un siège dans la
circonscription électorale de Lomé-Commune.
Mais ici encore, il y a des problèmes qui subsistent.
Le « pressenti » président de l’Assemblée
nationale est issu de la préfecture de Bassar tout
comme son prédécesseur, Abbas Bonfoh. Remettre les
destinées de l’Assemblée dans les mains d’un Bassar,
beaucoup au sein du parti au pouvoir ne veulent pas
l’entendre de leurs oreilles. Ils veulent eux aussi
bénéficier des privilèges afférents aux charges de
président du parlement, notamment à la possibilité de
devenir un jour président «intérimaire».
Le
nom de l’actuel ministre de l’Aménagement du
Territoire et de la Décentralisation, Yandja
Yentchabré est également évoqué pour occuper ce
poste. Issu des Savanes, il pourrait damé le pion à
ses camarades Kpatcha Gnassingbé de la Kozah et Kondi
Agba de Bassar. Natif de la préfecture de Tone, il
serait le favori à la succession du plus chanceux des
Togolais, Abbas Bonfoh.
Yandja
Yentchabré a l’avantage d’être issu de la même région
qu’un certain Natchaba Fambaré, président du
parlement jusqu’à l’annonce du décès d’Eyadema, ou de
Yembadjoi, premier vice-président de l’Assemblée
sortante. En attendant que les nouveaux
parlementaires ne désignent leur chef, les regards
sont tournés vers la Cour constitutionnelle pour les
résultats définitifs.
Noël Y.A.GLISSOU
Gouvernement d’union nationale :
Le RPT va-t-il partager le pouvoir avec l’UFC
?
L’Union
des forces de changement (UFC) qui est arrivé en
seconde position lors des législatives du 14 octobre,
n’a pas exclu pour la première fois sa participation
à un gouvernement, «mais pas à n’importe quelles
conditions».
«L’UFC peut prendre part à un gouvernement d’union
nationale, mais pas à n’importe quelles conditions.
Ces conditions doivent être clairement définies»,
avait déclaré mercredi dernier à la télévision
nationale togolaise, Patrick Lawson, troisième
vice-président de cette formation politique. Pour
lui, l’entrée de son parti dans un quelconque
gouvernement d’union nationale sera subordonnée à des
préalables qui doivent permettent aux différents
acteurs de s’entendre sur les missions de celui-ci et
sa configuration. Il sera appuyé par Gilchrist
Olympio, le président national de cette formation
politique qui a confié au journal burkinabé
l’Observateur Paalga que l’UFC aura besoin de
certaines garanties pour son entrée dans un éventuel
gouvernement d’union.
En
clair, le désormais premier parti de l’opposition
togolaise est disposé à entrer dans le futur
gouvernement à condition que le chef de l’Etat, par
ailleurs président national du RPT accepte d’entamer
avec lui des négociations qui vont leur permettre de
s’entendre sur les termes de leur collaboration.
En
somme, la balle est dans le camp de Faure Gnassingbé
qui, après avoir refusé de céder aux préalables posés
par la coalition de l’opposition entre mai et juin
2005, a porté son choix sur Edem Kodjo pour conduire
un gouvernement d’ouverture qui va déboucher sur la
signature, le 20 août 2006, de l’accord politique
global (APG).
Ensuite, alors que le jeune président aurait promis,
selon Gilchrist Olympio la primature à l’UFC, c’est
plutôt au président national du comité d’action pour
le renouveau (CAR), Me Madji Yawovi Agboyibo
qu’échoiront les charges de chef de gouvernement pour
conduire la préparation des législatives. Argument
servi à l’époque par les uns et les autres pour
soutenir ce choix, aucun parti de l’opposition ne
pouvait, faute d’élections législatives, prétendre
être le plus représentatif pour mériter ce
portefeuille.
Aujourd’hui c’est chose faite. Faure Gnassingbé
va-t-il encore user de la constitution pour refuser à
l’UFC les fonctions de la primature ou va-t-il enfin
donner l’opportunité à ce parti de participer à la
gestion des affaires de la cité. Pour l’instant nul
ne saurait y répondre.
Avec une confortable majorité au parlement, le numéro
un togolais peut se permettre de nommer un premier
ministre dans les rangs de son parti et entrouvrir
tout simplement l’exécutif à ceux qui, sans aucune
autre forme de procès, veulent bien participer au
gouvernement. Dans ce cas, ceux qui parlent de « mangeoire »
auront raison.
S’il est évident que le RPT est dans l’obligation
politique de composer avec son principal challenger,
il n’est pas acquis que les conditions que ce dernier
va poser seront acceptables et acceptées par la
présidence de la république. Le débat autour des
préalables de la coalition des six est encore vivace
dans les esprits. Et c’est là tout l’enjeu des
prochains débats qui s’annoncent entre les grands
vainqueurs des législatives du 14 octobre dernier.
D’après les résultats provisoires rendus public par
la commission électorale nationale indépendante, le
RPT a remporté haut les mains le scrutin du 14
octobre avec 50 sièges contre 27 pour l’UFC et 4 pour
le CAR. Avec ces résultats, le RPT peut selon le jeu
de la démocratie classique former son gouvernement ou
former un cabinet d’ouverture avec des personnalités
issues de l’opposition ou encore former un exécutif
d’union et dans ce cas, il va falloir qu’il ouvre des
négociations avec ses adversaires pour ensemble
s’entendre sur les contours de ce gouvernement.
Après la bataille du parlement, le Togo va entrer
dans les jours à venir dans celui du gouvernement.
Marc D. KOUAKANI-ASSI
Les dégâts des législatives
(suite) :
Quel avenir pour les autres partis signataires
de l’APG ?
Les
résultats des dernières législatives ont montré un
temps soit peu, l’importance de chaque parti
politique sur le plan national. Le peuple togolais
vient de placer sa destinée pour les cinq prochaines
années entre les mains des trois partis politiques
qui seront à « l’hémicycle ». Il s’agit du RPT
(Rassemblement du Peuple Togolais), de l’UFC (Union
des Forces de Changement) et du CAR (Comité d’Action
pour le Renouveau). En privant certaines formations
politiques du mandat de s’exprimer en son nom, le
peuple togolais vient ainsi de créer un échiquier
politique autre que celui que l’Accord politique
global (APG) prévoyait.
En
effet, tous les partis signataires de l’APG
espéraient se retrouver au parlement et mener
ensemble « les réformes visant à consolider la
démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance »,
prévues par le point III dudit Accord. Aujourd’hui,
trois seulement des six partis signataires sont
autorisés à aller au parlement et à s’exprimer au nom
du peuple. Ce qui change d’une manière considérable
les donnes au sujet de l’évolution politique du pays.
La question qui se pose est de savoir dans quel
cadre les autres signataires de l’APG vont-ils
contribuer aux réformes prévues ?
Si
la CPP (Convergence Patriotique Panafricaine), le PDR
(Parti pour la Démocratie et le Renouveau) et la CDPA
(Convention Démocratique des Peuples Africains) qui
n’ont aucun représentant au parlement sont désormais
hors des débats de «l’hémicycle», leur participation
à un éventuel gouvernement d’ouverture n’est
cependant pas impossible. Seulement dans ce cas, ils
participeront à ce gouvernement en acceptant, bon gré
mal gré, le portefeuille qui leur sera proposé et ne
seront que leur propre représentant. Par contre, leur
refus d’entrée au gouvernement si d’aventure la main
leur est tendue, peut leur être suicidaire tant leur
absence de la scène politique peut les faire oublier.
Ce à quoi le peuple les a peut être convié à travers
son vote, le 14 octobre dernier.
C’est donc un nouveau débat politique qui s’ouvre
avec un nombre d’acteurs plus réduit qu’au départ.
Face à cette situation et s’appuyant sur sa majorité
au parlement le RPT peut faire un gouvernement à son
gré et quitte à qui veut l’accompagner dans sa
politique de le suivre. Le parti de Faure Gnassingbé
aura les coudées franches surtout que les députés de
l’UFC qui seront au parlement seront minoritaires et
ne pourront compromettre la réalisation des « désirs »
du RPT. La plupart des réformes prévues par l’APG,
sera faite alors en faveur du parti majoritaire. Ce
qui sonnera définitivement le glas de cet Accord qui
a tant fait rêver les Togolais et beaucoup de partis
politiques qui jusque-là se disaient poids lourd de
l’opposition togolaise.
Sédjrawodo A. ADRY |