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Face à face RPT-UFC à l’Assemblée nationale
:
D’intéressants débats parlementaires en vue
Le plus grand parti de l’opposition togolaise vient
de placer 27 députés dans la nouvelle Assemblée
nationale. Longtemps considérée comme l’auteur de
tous les blocages dans le pays, l’Union des Forces de
Changement, vient de participer pour la première
fois, comme la plupart des formations politiques du
pays, aux élections législatives au Togo. Le parti
qui s’est toujours opposé au pouvoir en place,
dénonçant ses pratiques antidémocratiques avait
toujours boycotté les élections législatives en
donnant comme arguments les nombreuses irrégularités
qui ont caractérisé ces processus électoraux. Pour
ces élections où l’Accord politique global a réussi à
faire participer toutes les formations politiques, le
parti de Gilchrist Olympio n’y est pas allé la bouche
muette. Tout en étant signataire de l’APG, l’UFC a
toujours dénoncé les insuffisances constatées dans la
préparation et l’organisation des dernières
élections. Considéré à tort ou à raison comme le
pyromane de la crise, ce parti s’est soumis à
l’évaluation des populations, arrachant ainsi 27
des 81 sièges disponibles, résultats que le parti
conteste d’ailleurs, en estimant que la victoire lui
a été volée.
Le
Rassemblement du Peuple Togolais, qui se dit pour sa
part, être le seul parti qui peut sortir le Togo de
la longue crise s’en sort avec la majorité des sièges
soit 50 sur 81. Les deux partis qui ont toujours été
les deux extrêmes de la politique nationale vont pour
la première fois « collaborer » et ceci, parce
que le peuple les y oblige.
Le rapprochement entre ces deux partis a certes
commencé avant ces élections avec les rencontres
entre le président national du RPT, Faure Gnassingbé
et celui de l’UFC,Gilchrist Olympio d’Abuja au
Nigeria à Sant’ Egidio en passant par Paris en
France . Mais c’est la première fois que cela sera
effectif sur le territoire national et ceci pour
faire les lois de la République. Ces deux bords
politiques qui ont toujours prôné le développement du
pays chacun à sa manière, ont été sollicités par le
peuple à rester ensemble pour guérir le mal dont
soufre le pays. « Le RPT a toujours accusé l’UFC
de semer la division dans le pays et de ralentir
tout effort de développement, l’UFC réplique toujours
de la même façon accusant le RPT de passer 40 ans au
pouvoir sans jamais réussir à mettre le pays sur la
voie du développement. Maintenant, ils sont ensemble
et ils vont se surveiller pour le bien des togolais »
a déclaré un septuagénaire, « C’est seulement
quand les députés de l’UFC seront au parlement et
participeront aux débats que je croirai au début
d’une République démocratique dans mon pays »
ajoute son voisin.
Avec cette nouvelle Assemblée nationale qui n’est
plus monocolore pour voir un seul parti modifier les
textes fondamentaux de la Nation à son gré, et la
reprise de la coopération présentée jusque là comme
la formule magique qui sortira les populations
togolaises de la précarité socio économique, les
Togolais veulent croire à une plus grande clarté dans
la gestion des affaires de l’Etat, étant entendu que
les parlementaires ont pour mission de contrôler
l’action gouvernementale. Aux élus de l’UFC et du CAR
de montrer que, quand bien même ils sont en minorité,
ils peuvent amener les membres du gouvernement,
certains directeurs de société d’Etat à s’expliquer
sur la gestion des deniers publics ou plus largement
de leur portefeuille. Le peuple leur en sera
reconnaissant.
Sédjrawodo A. ADRY
Élections au Togo:
A
chaque scrutin sa particularité
Des
coups de poing et bagarre dans le bureau du président
de la CENI le samedi 20 octobre dernier. Face à face,
Lamboni Komlan Kounka du RPT et Edem Atantsi de l’UFC,
tous deux membres de la CELI Lomé commune. C’est
l’image que laisse les élections législatives 2007
dans ce pays. Cette fois ci, si on n’a pas vu les
images des deux pugilistes faire le tour du monde,
leurs noms ont quand même fait la une des journaux.
Les observateurs avisés et autres connaisseurs des
réalités togolaises n’ont pas été surpris. Pour eux,
« A chaque élection au Togo, il faut s’attendre à
quelque chose de nouveau ». En avril 2005,
l’élection présidentielle qui vu Faure Gnassingbé
revenir au pouvoir après un premier «séjour» au
lendemain de la mort de son père, a marqué le monde
entier par la fameuse image du militaire qui courait,
l’urne sous les bras. C’était pour « la sécuriser »
dira-t-on. Un événement qui a fait couler beaucoup
d’encre et de salive que dès qu’on a parlé d’élection
au Togo, tous les regards sont tournés vers le pays
pour voir ce que la Nation pilote en manipulation
électorale allait offrir ; et la nouveauté était au
rendez vous.
Au-delà de cette phase de ring, la CENI a frôlé de
près le cas «Awa Nana »de 1998. En effet en refusant
le samedi dernier de publier les résultats de la
commune de Lomé, Potopéré et ses collègues ont
réveillé dans la mémoire des togolais, l’histoire
d’un ancien ministre de l’intérieur qui «prenait
ses responsabilités » en proclamant les résultats
d’une élection que la CENI de l’époque conduite par
Awa Nana n’a pas réussi à donner. Un nouveau cas
d’école a failli naître à nouveau au Togo, si la Cour
constitutionnelle, avait statué sur ce sujet.
Maintenant que tous les résultats sont proclamés et
que tous les acteurs attendent les décisions de la
Cour constitutionnelle, les Togolais peuvent rêver
aux meilleurs lendemains basés sur la reprise de la
coopération qui leur a été promise.
Sédjrawodo A. ADRY
Après les résultats des législatives du 14 octobre
dernier
:
Nicolas Lawson dénonce le choix du peuple
« Le dessein et le destin national »,
tel est le thème développé par le président national
du Parti du Renouveau et de
la
Rédemption (PRR), Nicolas Lawson. C’était au cours
d’une conférence de presse organisée hier au siège de
son parti à Lomé. Le leader du PRR en a profité pour
donner son point de vue sur les résultats des
dernières élections législatives.
Le
leader du PRR a d’entrée, très durement fustigé le
choix qu’a opéré le peuple togolais lors des
législatives du 14 octobre 2007. « Avec les
résultats des élections législatives du 14 octobre
dernier, a t-il déclaré, le peuple togolais n’a pas
retrouvé l’espoir de son avenir. Il a immédiatement
recommencé à se débattre au fond de l’abîme, dont ses
propres choix le maintiennent et ne peuvent le faire
sortir (…). Le peuple togolais a la nosophobie du
bonheur, demeure esclave de son passé et de ses
travers. On a l’impression qu’il refuse de changer
d’état d’esprit et rejette le rêve d’un avenir
paisible et heureux ». Il a noté au passage que
les résultats de ces élections ont balisé la voie à
des querelles et à des déchirements qui sont la
source des dissensions politiques au Togo. Par
ailleurs, le président du PRR a relevé la nécessité
de convaincre le peuple togolais sur le choix qui
doit être désormais le sien et qui sera porteur d’un
changement sincère et profond de sa vie ainsi que
celle de son pays. « Nous avions cru au PRR que
les malheurs vécus et la misère ambiante avaient
produit une prise de conscience du danger des
rivalités entre les deux principaux partis
antagonistes du pays. Hélas, ce n’est pas le cas (…).
En tant que patriote et désireux d’aider notre pays à
se relever et notre peuple à sortir de sa néfaste
servitude, nous devons poursuivre nos efforts de
conscientisation et de propositions » a t-il
souligné. Continuant dans la même logique, il a
réaffirmé la volonté et l’engagement de son parti à
« influencer sérieusement le cours des choses »
parce que détenant des solutions à la résolution des
problèmes que connaît le Togo. « Les Togolais
savent que nos projets concordent avec leurs
souhaits. On ne fait rien de grand sans un grand rêve
et la volonté de réussir », a t-il martelé.
L’ancien conseiller du premier ministre de la
transition, Joseph Koffigoh a également, dans son
exposé, donné l’exemple de certains pays voisins du
Togo notamment le Bénin qui a sollicité le Programme
des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour
l’aider à faire élaborer un agenda de son avenir et
avoir une vision de son économie sur 2025. Il s’est
réjoui du fait que son parti a déjà initié dans son
programme ce genre d’agenda qui fera du Togo « un
pays émergent en 2025 ». Pour cela, Nicolas
Lawson propose la remise immédiate des Togolais au
travail, l’imposition de l’autorité de l’Etat aux
« forces d’agitation et de contestation » par
« la bonne gouvernance et la réussite économique ».
Il suggère également une nouvelle motivation pour le
peuple et l’introduction dans la société togolaise
d’une nouvelle structuration ainsi que « d’un
dessein et d’une cohérence », choses qui lui
manquent encore. « Nous croyons au PRR que les
résultats des élections législatives du 14
octobre 2007 sont les symptômes de la fin des
maléfices des forces passéistes et non les prodromes
de l’avenir. La victoire proclamée du RPT sur l’UFC
démontre que ce parti d’opposition ne peut jamais
vaincre son rival et que la poursuite de leurs
rivalités finira par une catastrophe nationale »,
a lancé Nicolas Lawson avant de conclure que le
peuple, se trompant très souvent, il appartient au
PRR de l’éclairer et de l’amener à choisir tôt ou
tard « la voie de l’unité, de la stabilité et du
progrès».
Rodolph TOMEGAH
Au
nom de l’amour pour les études anglophones
:
Ils
sont «Ghanéens» le matin, «Togolais» le soir
Des dizaines de jeunes Togolais drapés dans des
uniformes caractéristiques traversent matins et soirs
la frontière ghanéo-togolaise à Aflao. Ils
fréquentent dans cette ville des écoles et des
collèges qui dispensent presque les mêmes
enseignements que ceux du Togo. Les frais de
scolarité relativement bas n’expliquent pas toutes
les peines que se donnent ces enfants et adolescents
cinq jours sur sept. Qu’est-ce qui donc fait courir
ces élèves ?
Attenante à la frontière togolo-ghanéenne, la ville
d’Aflao abrite plusieurs écoles qui ont la
particularité d’accueillir des élèves de diverses
nationalités dont des Togolais. C’est le cas de
la Preventive Primary
Junior Secondary School,
un complexe scolaire qui regroupe des élèves, du
jardin d’enfants au collège. Situé dans le quartier
d’Aflaga-Atigomé, ce complexe comme la plupart des
institutions sœurs compte une population de
composition surprenante : il renferme essentiellement
des Ibos (une ethnie christianisée du Nigeria
oriental), des Anagos (autre ethnie originaire du
Nigeria) et des Togolais. A ce lot, s’ajoutent
évidemment des Ghanéens.
Ecole officielle fondée en 1960, ce complexe a pour
devise « Head-Heart-Hands » (c’est-à-dire en
Français la tête, le cœur et les mains). Ici, les
cours débutent à 7h pour les collégiens et à 8h pour
les écoliers. Un fin connaisseur de l’«environnement»
des écoles au Togo se poserait a priori mille
questions, en découvrant le cadre de ce complexe, sur
les mobiles qui ont poussé certains élèves togolais à
céder aux sirènes de l’éducation anglophone. En
effet, en dehors de l’emploi du temps flexible, ce
complexe scolaire ghanéen n’a pratiquement pas plus
d’atouts que les écoles togolaises du même genre.
Nous aurions voulu vous faire découvrir ce paysage
scolaire à travers des photographies mais nous n’y
avons pas été autorisés pour des raisons
administratives. Retenez tout de même que la grande
cour remplie du sable de mer est quadrillée par de
longs bâtiments. Ces derniers sont composés
naturellement de salles de cours bâties çà et là avec
des parpaings en ciment et des planches en bois
habilement apposées les unes sur les autres, les
portes et fenêtres étant taillées dans le même
matériau. Leurs devantures sont ornées de fleurs
multicolores. L’intérieur de ces lieux d’études n’est
pas plus reluisant. Le manque de crépissage et de
badigeonnage des murs rime dans bon nombre de ces
classes avec le sol tapissé du sable de mer et
l’absence de plafonds. Exceptés les bureaux des
directeurs qui sont appelés ici « Master »,
trouver dans cet univers une salle avec une finition
digne de ce nom
relève d’une gageure. Certains apprenants ont même
fait état de la survivance de problèmes de places
dans certaines salles, sans oublier les désagréments
qu’ils essuient en saison pluvieuse à cause de la
toiture défectueuse à certains endroits. Il faut
rappeler qu’à
la Preventive Primary
Junior Secondary School
comme dans plusieurs écoles du continent noir, les
punitions corporelles sont toujours de rigueur.
Mobiles de la «ruée» vers le Ghana de certains élèves
togolais
D’une façon générale, les raisons sont aussi
nombreuses que diverses (économiques, sociales,
linguistiques, politiques etc.).Toutefois, les
préoccupations recensées auprès de ces «Togolo-Ghanéens»
et qui se recoupent sont d’une part le souci du
bilinguisme (amour porté à la langue de Shakespeare
après des études francophones) et d’autre part celui
d’échapper aux difficultés de tous ordres rencontrées
dans le système scolaire togolais. Jusqu’à un passé
très récent, figurait aussi dans ce lot d’arguments,
la faiblesse de la monnaie ghanéenne (le cedi) par
rapport au FCFA, donc plus avantageux pour les
Togolais. A tout ceci, s’ajoutent les facilités
d’avoir accès à des débouchés et d’acquisition de la
nationalité ghanéenne.
C’est un peu la somme de tous ces arguments précités
qui a poussé Adotévi Adoté à embrasser des études
anglophones. Il est actuellement en classe de
première scientifique et fut major général au
collège. Pour parvenir au lycée, il a dû repasser le
Bepc (Brevet d’études du premier cycle) ghanéen alors
qu’il était déjà nanti de l’équivalent togolais du
même diplôme. Aux dires de ce dernier, avec le brevet
ghanéen, on peut prétendre enseigner l’Anglais dans
les classes de 6e et
5e au
Togo. On peut également dispenser, poursuit-il, le
même cours dans les lycées togolais avec le
baccalauréat ghanéen. Loin de dénier toute valeur au
système éducatif de son pays d’origine à travers
l’argumentation sus-citée, il le considère plutôt « comme
une rampe de lancement des études anglophones ».
Car, confie-t-il, ce sont généralement presque les
mêmes enseignements qui sont fournis des deux côtés
de la frontière, mais dans des langues différentes.
Ainsi, aux yeux d’Adoté, « un élève togolais qui
a réellement le feu sacré pour des études anglophones
ne peut pratiquement pas échouer dans le système
ghanéen s’il avait préalablement évolué dans le monde
scolaire de son pays natal ». Cependant, le
parcours de ces jeunes Togolais dans ces écoles n’est
pas dénué de difficultés.
Les écueils à surmonter
Au cours des premiers mois de leur «reconversion»,
les apprenants togolais doivent surmonter leurs
frustrations nées de leurs échecs lors des tests
d’admission dans les écoles ghanéennes, leurs
méconnaissances de l’Anglais ainsi que les railleries
de leurs camarades qui accompagnent les cours
d’assimilation de leur nouvelle langue d’études. Pour
réaliser leur rêve, certains d’entre eux doivent
s’accommoder du parcours de longs et harassants
trajets. Tel est le lot des élèves comme Aubert
Basshiru, Wisdom Adanou ou encore Wonder Geli. Ils
sont à peine âgés de seize ans. Pour rejoindre leurs
lieux d’études, ils se lèvent entre 4h et 5h. Ils
sont même amenés à parcourir ces trajets à pied
lorsque leurs parents viennent à manquer de moyens
financiers. Ils habitent des quartiers proches ou
éloignés du centre-ville (Ahanoukopé, Bè) ou encore
situés presque à l’extrême nord de Lomé comme
Djidjolé et Adidogomé.
Il faut rappeler que les montants des frais de
scolarité sont sensiblement identiques dans les
établissements scolaires publics (primaire et
collège) aussi bien au Togo qu’au Ghana (depuis
l’avènement du président Kufuor au pouvoir et sa
politique de l’école primaire et secondaire
gratuites) : 3.000 FCFA au Ghana contre 5.000 FCFA au
Togo pour les collégiens et 2.500 FCFA contre 3.000
FCFA pour l’école primaire. Dans le système ghanéen,
depuis l’effectivité de la gratuité de l’école
primaire et secondaire, les frais susmentionnés
s’apparentent en réalité à des contributions
financières des apprenants au budget de leurs écoles
pour faire face à toutes sortes de dépenses courantes
ou sont assimilables tout simplement au coût de leurs
inscriptions. Très souvent, souligne un élève
togolais, ce système de collectes de fonds donne lieu
à des dérives de la part des enseignants, étant donné
qu’un seuil fixe n’est pas établi.
Toutefois, ces obstacles ne sont pas de nature à
mettre fin à l’attrait qu’exercent les études
anglophones sur ces jeunes élèves togolais.
Débouchés et «mesures d’accompagnement» de ces cours
sur le territoire ghanéen que sont les bourses et
assurances-maladie constituent aux yeux de ces « Togolo-Ghanéens »
des garants sûrs d’un vie professionnelle radieuse ou
encore de meilleures perspectives d’emplois sur la
base du bilinguisme.
Edem GADEGBEKU |