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29 Oct2007 

[ 313: du 26 Oct 2007]  

Face à face RPT-UFC à l’Assemblée nationale : D’intéressants débats parlementaires en vue
Le plus grand parti de l’opposition togolaise vient de placer 27 députés dans la nouvelle Assemblée nationale. Longtemps considérée comme l’auteur de tous les blocages dans le pays, l’Union des Forces de Changement, vient de  participer pour la première fois, comme la plupart des formations politiques du pays, aux élections législatives au Togo. Le parti qui s’est toujours opposé au pouvoir en place, dénonçant ses pratiques antidémocratiques avait toujours boycotté les élections législatives en donnant comme arguments les nombreuses irrégularités qui ont caractérisé ces processus électoraux. Pour ces élections où l’Accord politique global a réussi à faire participer toutes les formations politiques, le parti de Gilchrist Olympio n’y est pas allé la bouche muette. Tout en étant signataire de l’APG, l’UFC a toujours dénoncé les insuffisances constatées dans la préparation et l’organisation des dernières élections. Considéré à tort ou à raison comme le pyromane de la crise, ce parti s’est soumis à  l’évaluation des  populations, arrachant  ainsi 27 des 81 sièges disponibles, résultats que le parti conteste d’ailleurs, en estimant que la victoire lui a été volée.

Le Rassemblement du Peuple Togolais, qui se dit pour sa part, être le seul parti qui peut sortir le Togo de la longue crise s’en sort avec la majorité des sièges soit 50 sur 81. Les deux partis qui ont toujours été les deux extrêmes de la politique nationale vont pour la première fois « collaborer » et ceci, parce que le peuple les y oblige.

  Le rapprochement entre ces deux partis a certes commencé avant ces élections avec les rencontres entre le président national du RPT, Faure Gnassingbé et celui de l’UFC,Gilchrist Olympio d’Abuja au Nigeria à Sant’ Egidio en passant par Paris en France . Mais c’est la première fois que cela sera effectif sur le territoire national et ceci pour faire les lois de la République. Ces deux bords politiques qui ont toujours prôné le développement du pays chacun à sa manière, ont été sollicités par le peuple à rester ensemble pour guérir le mal dont soufre le pays. « Le RPT a toujours accusé l’UFC de semer la division dans le pays et de  ralentir tout effort de développement, l’UFC réplique toujours de la même façon accusant le RPT de passer 40 ans au pouvoir sans jamais réussir à mettre le pays sur la voie du développement. Maintenant, ils sont ensemble et ils vont se surveiller pour le bien des togolais » a déclaré un septuagénaire, « C’est seulement quand les députés de l’UFC seront au parlement et participeront aux débats que je croirai au début d’une République démocratique dans mon pays » ajoute son voisin.

Avec cette nouvelle Assemblée nationale qui n’est plus monocolore pour voir un seul parti modifier les textes fondamentaux de la Nation à son gré, et la reprise de la coopération présentée jusque là comme la formule magique qui sortira les populations togolaises de la précarité socio économique, les Togolais veulent croire à une plus grande clarté dans la gestion des affaires de l’Etat, étant entendu que les parlementaires ont pour mission de contrôler l’action gouvernementale. Aux élus de l’UFC et du CAR de montrer que, quand bien même ils sont en minorité, ils peuvent amener les membres du gouvernement, certains directeurs de société d’Etat à s’expliquer sur la gestion des deniers publics ou plus largement de leur portefeuille. Le peuple leur en sera reconnaissant.

Sédjrawodo A. ADRY

Élections au Togo:  A chaque scrutin sa particularité
Des coups de poing et bagarre dans le bureau du président de la CENI le samedi 20 octobre dernier. Face à face, Lamboni Komlan Kounka du RPT et Edem Atantsi de l’UFC, tous deux membres de la CELI Lomé commune. C’est l’image que laisse les élections législatives 2007 dans ce pays. Cette fois ci, si on n’a pas vu les images des deux pugilistes faire le tour du monde, leurs noms ont quand même fait la une des journaux. Les observateurs avisés et autres connaisseurs des réalités togolaises n’ont pas été surpris. Pour eux, « A chaque élection au Togo, il faut s’attendre à quelque chose de nouveau ». En avril 2005, l’élection présidentielle qui vu Faure Gnassingbé revenir au pouvoir après un premier «séjour» au lendemain de la mort de son père, a marqué le monde entier par la fameuse image du militaire qui courait, l’urne sous les bras. C’était pour « la sécuriser » dira-t-on. Un événement qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive que dès qu’on a parlé d’élection au Togo, tous les regards sont tournés vers le pays pour voir ce que la Nation pilote en manipulation électorale allait offrir ; et la nouveauté était au rendez vous.

Au-delà de cette phase de ring, la CENI a frôlé de près le cas «Awa Nana »de 1998. En effet en refusant le samedi dernier de publier les résultats de la commune de Lomé, Potopéré et ses collègues ont réveillé dans la mémoire des togolais, l’histoire d’un ancien ministre de l’intérieur qui «prenait ses responsabilités » en proclamant les résultats d’une élection que la CENI de l’époque conduite par Awa Nana n’a pas réussi à donner. Un nouveau cas d’école a failli naître à nouveau au Togo, si la Cour constitutionnelle, avait statué sur ce sujet. Maintenant que tous les résultats sont proclamés et que tous les acteurs attendent les décisions de la Cour constitutionnelle, les Togolais peuvent rêver aux  meilleurs lendemains basés sur la reprise de la coopération qui leur a été promise.

Sédjrawodo A. ADRY

Après les résultats des législatives du 14 octobre dernier : Nicolas Lawson dénonce le choix du peuple
« Le dessein et le destin national
 », tel est le thème développé par le président national du Parti du Renouveau et de la Rédemption (PRR), Nicolas Lawson. C’était au cours d’une conférence de presse organisée hier au siège de son parti à Lomé. Le leader du PRR en a profité pour donner son point de vue sur les résultats des dernières élections législatives.

Le leader du PRR a d’entrée, très durement fustigé le choix qu’a opéré le peuple togolais lors des législatives du 14 octobre 2007. « Avec les résultats des élections législatives du 14 octobre dernier, a t-il déclaré, le peuple togolais n’a pas retrouvé l’espoir de son avenir. Il a immédiatement recommencé à se débattre au fond de l’abîme, dont ses propres choix le maintiennent et ne peuvent le faire sortir (…). Le peuple togolais a la nosophobie du bonheur, demeure esclave de son passé et de ses travers. On a l’impression qu’il refuse de changer d’état d’esprit et rejette le rêve d’un avenir paisible et heureux ». Il a noté au passage que les résultats de ces élections ont balisé la voie à des querelles et à des déchirements qui sont la source des dissensions politiques au Togo. Par ailleurs, le président du PRR a relevé la nécessité de convaincre le peuple togolais sur le choix qui doit être désormais le sien et qui sera porteur d’un changement sincère et profond de sa vie ainsi que celle de son pays. « Nous avions cru au PRR que les malheurs vécus et la misère ambiante avaient produit une prise de conscience du danger des rivalités entre les deux principaux partis antagonistes du pays. Hélas, ce n’est pas le cas (…). En tant que patriote et désireux d’aider notre pays à se relever et notre peuple à sortir de sa néfaste servitude, nous devons poursuivre nos efforts de conscientisation et de propositions » a t-il souligné. Continuant dans la même logique, il a réaffirmé la volonté et l’engagement de son parti à « influencer sérieusement le cours des choses » parce que détenant des solutions à la résolution des problèmes que connaît le Togo. « Les Togolais savent que nos projets concordent avec leurs souhaits. On ne fait rien de grand sans un grand rêve et la volonté de réussir », a t-il martelé.

L’ancien conseiller du premier ministre de la transition, Joseph Koffigoh a également, dans son exposé, donné l’exemple de certains pays voisins du Togo notamment le Bénin qui a sollicité le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour l’aider à faire élaborer un agenda de son avenir et avoir une vision de son économie sur 2025. Il s’est réjoui du fait que son parti a déjà initié dans son programme ce genre d’agenda qui fera du Togo « un pays émergent en 2025 ». Pour cela, Nicolas Lawson propose la remise immédiate des Togolais au travail, l’imposition de l’autorité de l’Etat aux « forces d’agitation et de contestation » par « la bonne gouvernance et la réussite économique ». Il suggère également une nouvelle motivation pour le peuple et l’introduction dans la société togolaise d’une nouvelle structuration ainsi que « d’un dessein et d’une cohérence », choses qui lui manquent encore. « Nous croyons au PRR que les résultats des élections législatives du 14 octobre 2007 sont les symptômes de la fin des maléfices des forces passéistes et non les prodromes de l’avenir. La victoire proclamée du RPT sur l’UFC démontre que ce parti d’opposition ne peut jamais vaincre son rival et que la poursuite de leurs rivalités finira par une catastrophe nationale », a lancé Nicolas Lawson avant de conclure que le peuple, se trompant très souvent, il appartient au PRR de l’éclairer et de l’amener à choisir tôt ou tard « la voie de l’unité, de la stabilité  et du progrès».

                                  Rodolph TOMEGAH

Au nom de l’amour pour les études anglophones : Ils sont «Ghanéens» le matin, «Togolais» le soir
Des dizaines de jeunes Togolais drapés dans des uniformes caractéristiques traversent matins et soirs la frontière ghanéo-togolaise à Aflao. Ils fréquentent dans cette ville des écoles et des collèges qui dispensent presque les mêmes enseignements que ceux du Togo. Les frais de scolarité relativement bas n’expliquent pas toutes les peines que se donnent ces enfants et adolescents cinq jours sur sept. Qu’est-ce qui donc fait courir ces élèves ?

Attenante à la frontière togolo-ghanéenne, la ville d’Aflao abrite plusieurs écoles qui ont la particularité d’accueillir des élèves de diverses nationalités dont des Togolais. C’est le cas de la Preventive Primary Junior Secondary School, un complexe scolaire qui regroupe des élèves, du jardin d’enfants au collège. Situé dans le quartier d’Aflaga-Atigomé, ce complexe comme la plupart des institutions sœurs compte une population de composition surprenante : il renferme essentiellement des Ibos (une ethnie christianisée du Nigeria oriental), des Anagos (autre ethnie originaire du Nigeria) et des Togolais. A ce lot, s’ajoutent évidemment des Ghanéens.

Ecole officielle fondée en 1960, ce complexe a pour devise « Head-Heart-Hands » (c’est-à-dire en Français la tête, le cœur et les mains). Ici, les cours débutent à 7h pour les collégiens et à 8h pour les écoliers. Un fin connaisseur de l’«environnement» des écoles au Togo se poserait a priori mille questions, en découvrant le cadre de ce complexe, sur les mobiles qui ont poussé certains élèves togolais à céder aux sirènes de l’éducation anglophone. En effet, en dehors de l’emploi du temps flexible, ce complexe scolaire ghanéen n’a pratiquement pas plus d’atouts que les écoles togolaises du même genre. Nous aurions voulu vous faire découvrir ce paysage scolaire à travers des photographies mais nous n’y avons pas été autorisés pour des raisons administratives. Retenez tout de même que la grande cour remplie du sable de mer est quadrillée par de longs bâtiments. Ces derniers sont composés naturellement de salles de cours bâties çà et là avec des parpaings en ciment et des planches en bois habilement apposées les unes sur les autres, les portes et fenêtres étant taillées dans le même matériau. Leurs devantures sont ornées de fleurs multicolores. L’intérieur de ces lieux d’études n’est pas plus reluisant. Le manque de crépissage et de badigeonnage des murs rime dans bon nombre de ces classes avec le sol tapissé du sable de mer et l’absence de plafonds. Exceptés les bureaux des directeurs qui sont appelés ici « Master », trouver dans cet univers une salle avec une finition digne de ce nom relève d’une gageure. Certains apprenants ont même fait état de la survivance de problèmes de places dans certaines salles, sans oublier les désagréments qu’ils essuient en saison pluvieuse à cause de la toiture défectueuse à certains endroits. Il faut rappeler qu’à la Preventive Primary Junior Secondary School comme dans plusieurs écoles du continent noir, les punitions corporelles sont toujours de rigueur.

Mobiles de la «ruée» vers le Ghana de certains élèves togolais 

D’une façon générale, les raisons sont aussi nombreuses que diverses (économiques, sociales, linguistiques, politiques etc.).Toutefois, les préoccupations recensées auprès de ces «Togolo-Ghanéens» et qui se recoupent sont d’une part le souci du bilinguisme (amour porté à la langue de Shakespeare après des études francophones) et d’autre part celui d’échapper aux difficultés de tous ordres rencontrées dans le système scolaire togolais. Jusqu’à un passé très récent, figurait aussi dans ce lot d’arguments, la faiblesse de la monnaie ghanéenne (le cedi) par rapport au FCFA, donc plus avantageux pour les Togolais. A tout ceci, s’ajoutent les facilités d’avoir accès à des débouchés et d’acquisition de la nationalité ghanéenne.

C’est un peu la somme de tous ces arguments précités qui a poussé Adotévi Adoté à embrasser des études anglophones. Il est actuellement en classe de première scientifique et fut major général au collège. Pour parvenir au lycée, il a dû repasser le Bepc (Brevet d’études du premier cycle) ghanéen alors qu’il était déjà nanti de l’équivalent togolais du même diplôme. Aux dires de ce dernier, avec le brevet ghanéen, on peut prétendre enseigner l’Anglais dans les classes de 6e et 5e au Togo. On peut également dispenser, poursuit-il, le même cours  dans les lycées togolais avec le baccalauréat ghanéen. Loin de dénier toute valeur au système éducatif de son pays d’origine à travers l’argumentation sus-citée, il le considère plutôt « comme une rampe  de lancement des études anglophones ». Car, confie-t-il, ce sont généralement presque les mêmes enseignements qui sont fournis des deux côtés de la frontière, mais dans des langues différentes. Ainsi, aux yeux  d’Adoté, « un élève togolais qui a réellement le feu sacré pour des études anglophones ne peut pratiquement pas échouer dans le système ghanéen s’il avait préalablement évolué dans le monde scolaire de son pays natal ». Cependant, le parcours de ces jeunes Togolais dans ces écoles n’est pas dénué de difficultés.

Les écueils à surmonter

Au cours des premiers mois de leur «reconversion», les apprenants togolais doivent surmonter leurs frustrations nées de leurs échecs lors des tests d’admission dans les écoles ghanéennes, leurs méconnaissances de l’Anglais ainsi que les railleries de leurs camarades qui accompagnent les cours d’assimilation de leur nouvelle langue d’études. Pour réaliser leur rêve, certains d’entre eux doivent s’accommoder du parcours de longs et harassants trajets. Tel est le lot des élèves comme Aubert Basshiru, Wisdom Adanou ou encore Wonder Geli. Ils sont à peine âgés de seize ans. Pour rejoindre leurs lieux d’études, ils se lèvent entre 4h et 5h. Ils sont même amenés à parcourir ces trajets à pied lorsque leurs parents viennent à manquer de moyens financiers. Ils habitent des quartiers proches ou éloignés du centre-ville (Ahanoukopé, Bè) ou encore situés presque à l’extrême nord de Lomé comme Djidjolé et Adidogomé.

Il faut rappeler que les montants des frais de scolarité sont sensiblement identiques dans les établissements scolaires publics (primaire et collège) aussi bien au Togo qu’au Ghana (depuis l’avènement du président Kufuor au pouvoir et sa politique de l’école primaire et secondaire gratuites) : 3.000 FCFA au Ghana contre 5.000 FCFA au Togo pour les collégiens et 2.500 FCFA contre 3.000 FCFA pour l’école primaire. Dans le système ghanéen, depuis l’effectivité de la gratuité de l’école primaire et secondaire, les frais susmentionnés s’apparentent en réalité à des contributions financières des apprenants au budget de leurs écoles pour faire face à toutes sortes de dépenses courantes ou sont assimilables tout simplement au coût de leurs inscriptions. Très souvent, souligne un élève togolais, ce système de collectes de fonds donne lieu à des dérives de la part des enseignants, étant donné qu’un seuil fixe n’est pas établi.

Toutefois, ces obstacles ne sont pas de nature à mettre fin à l’attrait qu’exercent les études anglophones sur ces jeunes élèves togolais.  Débouchés et «mesures d’accompagnement» de ces cours sur le territoire ghanéen que sont les bourses et assurances-maladie constituent aux yeux de ces « Togolo-Ghanéens » des garants sûrs d’un vie professionnelle radieuse ou encore de meilleures perspectives d’emplois sur la base du bilinguisme. 

Edem GADEGBEKU

 

 
 
 
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