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Difficultés dans la proclamation des résultats de
Lomé Commune : Les missions d’observation contredites
par la CENI
« Face
à cette situation délétère et aux innombrables
questions restées sans réponses, et dans un souci
d’apaisement permanent, la CENI a décidé de ne pas
procéder à la proclamation des résultats provisoires
de Lomé commune ». C’est ce qui ressort du communiqué
rendu public par la CENI le samedi 20 octobre dernier
au sujet des résultats des dernières législatives
dans la commune de Lomé.
Les
raisons évoquées par la commission avant d’arriver à
cette conclusion sont nombreuses.
En
effet, depuis la proclamation le mercredi 17 octobre
des résultats provisoires partiels des autres
circonscriptions électorales suivie de ceux de la
préfecture du
golfe jeudi dernier, tous les regards sont
tournés vers Lomé-Commune. Qui pour conforter sa
victoire (RPT), qui pour espérer un siège (CPP, CDPA
…) ou rafler les cinq sièges (UFC).
Après avoir fixé au samedi dernier la proclamation
des résultats de Lomé, la CENI est revenue sur sa
décision en fin de journée avec un communiqué qui
relève un certain nombre d’irrégularités ne lui
permettant pas de pouvoir tenir sa promesse. « La
CENI transmettra un rapport complet à la
cour
constitutionnelle sur le cas particulier de la
circonscription de Lomé commune et sur l’ensemble du
processus électoral »,
souligne le communiqué, remettant ainsi en cause les
satisfactions des missions d’observation.
Les causes du retard et les irrégularités
La
CENI note au prime abord le retard dans le
convoiement des kits électoraux des bureaux de vote
vers le siège de la CELI Lomé commune, puis un nombre
élevé d’urnes (soit plus de 300 urnes sur les 751 de
la commune) ramenées « sans les scellés exigés,
mais plutôt protégées par un ruban adhésif non
réglementaire. Situation qui suscite préoccupations
et interrogations », indique le même communiqué.
La salle de délibération de la Mairie centrale de
Lomé, siège de cette CELI, devenue trop exiguë pour
contenir les 751 urnes et les membres des bureaux de
vote, les opérations de centralisation ont été
transférées au
palais
des congrès où les travaux ont été encore troublés
par des « interférences humaines regrettables et
répréhensibles ». Selon les termes du
communiqué, « un groupe de personnes conduit par
un candidat de l’UFC s’est permis de s’introduire
dans le palais
des congrès entravant durablement le déroulement
serein et crédible de l’opération de centralisation.
Tout ceci sous le regard d’observateurs
internationaux ». Par ailleurs, ce sont de
nombreuses fiches fictives de résultats qui ont été
décelées par la CELI, résultats « dont les bureaux
de vote n’ont pu être localisés car ne figurant pas
sur le fichier de
la
CENI ».
Ces résultats ont été annulés avec ceux de plusieurs
autres bureaux de vote, soit une quarantaine
environ,dont les résultats ont été reportés plus
d’une fois sur la fiche de centralisation selon la
CENI. de
plus, deux membres de la CELI Lomé commune,l’un du
RPT et l’autre de l’UFC, s’en sont venus aux mains
dans les locaux de la CENI.
celui
de l’UFC gravement blessé a été évacué à l’hôpital.
Plusieurs questions qui ont occupé les plénières de
la CENI n’est pas pour autant parvenu à un consensus,
notamment la question de savoir « si
la CELI de Lomé commune avait le pouvoir d’invalider
tel ou tel résultat quelle qu’en soit la raison ».
Autant de problèmes qui n’ont pas permis à la Ceni
de se prononcer sur le cas de la commune de Lomé
qu’elle confie à la Cour constitutionnelle.
Et pourtant, ils ont tous salué ce scrutin.
Plus de 3.500 observateurs nationaux et
internationaux ont été dépêchés sur le territoire
togolais pour évaluer de près les différentes étapes
du processus. Sans attendre les étapes de la
centralisation et de la proclamation des résultats,
la plupart des observateurs, quelques heures après la
fermeture des bureaux de vote, avaient donné leur
conclusion sur le processus : « Elections libres,
justes et transparentes » pour les uns, « les
quelques anomalies constatées ne sont pas de nature à
remettre en cause la crédibilité du scrutin »
pour d’autres.
« Ces
irrégularités révélées par certaines formations
politiques et celles dont a fait cas
la
CENI, l’institution chargée d’organiser et de
superviser les élections, jettent un discrédit sur
les rapports des observateurs »,
a déclaré un analyste de la scène politique
togolaise. Ce dernier se demande si toutes ces
irrégularités ont pu subvenir dans la capitale qui
est sensée être couverte par plus d’observateurs, « qu’en
serait-il pour les circonscriptions de l’intérieur
moins observées ? » ajoute-t-il Toutes ces
missions d’observation bien qu’ayant relevé et
dénoncé des insuffisances et des irrégularités, ne
pouvaient prévoir ce qui est arrivé après leurs
déclarations. « Sont-elles allées trop vite en
besogne, ou n’ont-elles pas voulu aller au bout du
processus ?»; telles sont les questions que se
posent aujourd’hui, plusieurs Togolais qui ont cru en
leur présence pour pouvoir disposer de rapports
crédibles sur ces législatives.
Vers une annulation du scrutin du 14 octobre 2007 ?
Devant toutes ces irrégularités empêchant la CENI
d’aller au bout de sa mission, la tâche revient à la
cour
constitutionnelle de se prononcer sur la crédibilité
et la validation du processus. Aujourd’hui que les
recours qui lui sont soumis viennent non plus
seulement des partis contestataires des résultats,
mais aussi de l’institution chargée d’organiser et de
superviser les élections, cette
cour
se trouve dans une situation sans précédent au Togo.
Plusieurs cas de figure seront envisagés. D’une part,
la cour
adopte la démarche de la CELI Lomé-Commune et valide
les résultats de la commune de Lomé. D’autre part,
elle recommande un nouveau décompte des bulletins de
la commune de Lomé et ainsi que celui des autres
circonscriptions réclamées par les contestataires. Ce
qui va de plus en plus compliquer le processus et
remettre en cause les résultats provisoires donnés
par la CENI. Soit encore la Cour décide d’une
annulation du vote de la commune «à problème»
et demande l’organisation de législatives partielles
dans la capitale. Une hypothèse qui, si elle est
retenue, va probablement faire l’affaire du RPT qui,
avec la déception des électeurs de l’opposition, va
glaner un ou deux sièges en plus des 49 déjà obtenus.
Sédjrawodo A. ADRY
Les réformes et la dynamique de
gouvernement d’union : A quoi servira la prochaine
Assemblée ?
Destinées à mettre fin à la longue crise politique
qu’a connue le Togo, les élections législatives du 14
octobre dernier semblent avoir replongé le pays dans
une autre crise politique. il s’agit en effet d’une
crise politico institutionnelle qui fera de la proche
assemblée nationale une caisse d’enregistrement, « réfractaire »
au débat démocratique.
Au
terme des dispositions de l’accord
politique global (APG) et lors des assises du
gouvernement d’union nationale conduit par Me Yawovi
Agboyibo, un certain nombre de questions (impunité,
découpage électoral, modifications
constitutionnelles) ont été reléguées sur l’agenda de
la prochaine assemblée. L’idée ici était de permettre
aux acteurs politiques togolais d’instituer une
assemblée
représentative des différents courants politiques,
notamment ceux signataires de l’APG, afin de
permettre aux acteurs de prendre le temps et le recul
nécessaires pour aborder ces sujets. Aujourd’hui,
avec les résultats issus des urnes, tout semble être
compromis.
Dans un premier temps, il ressort des résultats
provisoires de ces élections que seules trois des six
formations politiques parties prenantes de l’APG
seront représentées au prochain parlement. Ce qui
remet en cause les prévisions de l’APG.
Par
ailleurs, avec ces résultats, la constitution d’un
gouvernement d’union nationale devient improbable, à
moins que le RPT ne veuille pas user de sa majorité
parlementaire pour ouvrir le gouvernement aux autres
acteurs de l’APG. Dans ce cas, le gouvernement
deviendra le grand centre de décision et l’assemblée
ne fera qu’entériner à la virgule près, les projets
de loi qui lui seront soumis par l’exécutif.
Là
aussi, se pose un autre problème, celui de la
légitimité politique des membres du futur
gouvernement.
En
effet, à part l’UFC (Union des forces de changement)
qui ne semblait pas très enthousiaste pour un
gouvernement d’union ou d’ouverture, même si Patrick
Lawson a essayé entre temps de «diluer» son
discours, tout portait à croire que toutes les autres
formations, notamment le RPT (Rassemblement du peuple
togolais), le CAR (Comité d’action pour le
renouveau), la CDPA (Convention démocratique des
peuples africains), la CPP (Convergence patriotique
panafricaine) et le PDR (Parti démocratique pour le
renouveau) étaient partantes pour la constitution
d’un gouvernement d’union nationale. Ces partis
pensaient ainsi sortir des législatives avec des
scores autres que ceux qui leur ont été attribués par
le chef d’orchestre des élections, la CENI
(Commission électorale nationale indépendante).
Les
résultats issus des urnes remettent en cause toutes
ces prévisions et amènent à s’interroger sur le
projet de gouvernement d’union nationale clamé çà et
là. Avec quel légitimité politique des personnalités
(de partis politiques) dont les partis n’ont aucun
représentant au parlement vont-elles siéger au
gouvernement ? Le RPT va t-il accepter former un
gouvernement d’union nationale, seul centre de
décision et faire de « son » Assemblée une
caisse d’enregistrement ? Toute la question est là,
et tout porte à croire que si le parti de Faure
Gnassingbé se permet encore de tendre la main aux
autres, c’est qu’il a compris que le Togo n’est
encore prêt à vivre le jeu d’une démocratie classique
où on a une majorité qui gouverne surtout que Le vote
des togolais ayant été, d’une part tronqué par des
données politico ethniques remettant d’autre part en
cause les acquis de l’APG.
Marc D. KOUAKANI-ASSI
Les dégâts de l’APG (suite) :
Les résultats des législatives sonnent-ils le
glas de l’APG ?
Critiqué par les uns, applaudit par les autres,
l’accord politique global (APG), avec ses
imperfections était considéré depuis sa signature le
20 août 2006, comme l’un des instruments de règlement
pacifique de la longue crise politique togolaise.
Dans cet accord, il était prévu la formation d’un
gouvernement d’union nationale ; l’organisation
d’élections législatives justes, libres et
transparentes avec à la clé, un parlement pluraliste
qui va servir de cadre à un débat politique
démocratique. Mais voilà, les résultats proclamés par
Tozim Potopéré et les siens semblent compromettre
l’essence même de ce deal entre les acteurs de la
scène politique nationale.
Alors qu’à son adoption, tout le monde, à commencer
par les éminents juristes de ce pays, les
responsables du CAR (Comité d’Action pour le
Renouveau), de la CPP (Convergence Patriotique
Panafricain), et même du RPT (Rassemblement du Peuple
Togolais), clamaient haut et fort que le mode de
scrutin allait permettre à plusieurs formations
politiques d’être représentées au parlement et de
prendre part au débat politique sur la vie de la
nation, seuls les responsables de l’UFC (Union des
Forces de Changement) et quelques personnalités
politiques comme Me Zeus Ajavon ou Atsutsè Kokouvi
Agbobli soutenaient le contraire. A savoir qu’un seul
parti peut avoir la majorité avec ce mode de scrutin.
Aujourd’hui, avec les résultats proclamés qui font du
parlement togolais une assemblée tricolore, tout
porte à croire que les autres formations politiques,
notamment celles qui ont pris part au dialogue inter
togolais, n’auront plus la légitimité nécessaire pour
participer au débat politique. Etant entendu que
l’Assemblée est censée être le cadre réglementaire de
discussion des autres réformes prévues au titre de l’APG.
A
quel titre et sur la base de quoi la CDPA (Convention
Démocratique des Peuples Africains), la CPP et le PDR
(Parti pour la Démocratie et le Renouveau) pour ne
citer que ceux-là vont-ils prétendre prendre part aux
futures discussions portant sur la vie de la
nation ? Cette question, les leaders de ces
partis vont certainement se la poser. Eux qui, au
lendemain de l’APG, déclaraient que cet accord
inaugurait une nouvelle ère pour le Togo.
« Victoire »
des opposants à l’APG
D’ores et déjà, l’histoire semble donner raison à
ceux qui fustigeaient l’APG à sa naissance. Ces
prophètes politiques, au nombre desquels la
Convention démocratique des peuples africains branche
Togo (CDPA-BT) du Professeur Gu-Konou, le Parti des
Travailleurs de Claude Améganvi, et autres,
soutenaient en effet à l’époque que l’APG ne servira
qu’à légitimer le pouvoir de Faure Gnassingbé.
Aujourd’hui, c’est chose faite et le RPT peut
désormais en toute légitimité et avec le consentement
des signataires de l’APG poursuivre seul ou avec ceux
qui veulent bien l’accompagner en toute illégitimité,
les réformes constitutionnelles et institutionnelles
recommandées par l’accord politique global. Ce qui en
soi constitue une « violation » de l’esprit de
cet accord qui voudrait que les Togolais dans leur
diversité politique se retrouvent dans un cadre
parlementaire pour entreprendre de façon consensuelle
les réformes.
Les issues possibles
A
défaut du parlement qui au finish apparaît une fois
de plus encore comme une chambre d’enregistrement
pour le régime RPT, l’opposition non parlementaire va
peut se contenter du cadre permanent de concertation
prévu par l’APG pour participer aux débats qui vont
s’ouvrir dans les prochains mois. Mais là encore,
tout porte à croire qu’il ne s’agira ni plus ni moins
que du folklore.
Peut être que Faure Gnassingbé dans un esprit
d’ouverture tel qu’il l’a affiché depuis son arrivée
au pouvoir en 2005, va trouver une formule pour
associer les autres composantes de la vie politique à
la gestion des affaires de la cité. Encore faut-il
dans cette option que les caciques de son parti
comprennent la logique de sa démarche et le
soutiennent. Pour l’heure, la CDPA a déjà félicité
les vainqueurs et leur demande de poursuivre les
réformes dans l’intérêt du peuple alors que le CAR,
très atteint par des résultats inattendus semble ne
plus prêt à collaborer. L’UFC étant en très forte
minorité à l’Assemblé ne saurait trop peser sur les
débats.
En
un mot, l’APG semble désormais plus que caduc, et il
appartient au RPT et plus largement à Faure
Gnassingbé de voir s’il peut encore tendre la main à
ses opposants modérés qui ont été désavoués dans les
urnes par le peuple togolais. C’est à croire que la
politique de rapprochement adoptée par une frange de
l’opposition n’a pas convaincu l’électorat qui a
préféré se prononcer en faveur des deux extrêmes.
Marc D.
kouakani-assi
Hommage
à Lucky Dube :
Un diseur de vérité en dreadlocks
Avec sa coiffure rasta et son habituelle barbe
abondante qu’il arborait Lucky Dube offrait à tous
ceux qui ne l’ont découvert qu’au sommet de sa gloire
l’image d’un quinquagénaire ou même plus. Pourtant,
ce Sud-Africain noir au parcours atypique avait à
peine célébré ses 43 bougies le 03 août dernier.
Ardent artisan de la lutte contre la bête immonde de
l’apartheid sur sa terre natale, il y a rendu l’âme
le 18 octobre dernier dans un drame devenu hélas
banal !
La
nouvelle de son décès a surpris plus d’un, tant sa
mort a été brutale : « Le
chanteur sud-africain Lucky Dube, star internationale
du reggae, a été tué par des malfaiteurs qui
voulaient voler sa voiture jeudi soir à Johannesburg,
une des villes ayant le taux de criminalité le plus
élevé au monde » ;
c’est la teneur de la dépêche dont abreuvent les
agences de presse leurs abonnés depuis le jour de ce
drame qui restera dorénavant comme l’un des plus
sombres du continent noir.
Son dernier album,
Respect,
le 21ème de
sa riche carrière, était sorti en 2006. En condamnant
implicitement le phénomène de la violence, il lâchait
ceci après la présentation officielle de Respect,
en appréciant les progrès réalisés par son pays (sur
différents plans) depuis la tenue des premières
élections multiraciales le 27 avril 1994 (qui ont
sacré la victoire de l’ANC, Congrès national africain
et l’accession du charismatique Nelson Mandela à la
présidence) : « Nous avons essayé l’amour,
l’unité, la camaraderie, mais cela ne semble pas
beaucoup marcher pour nous. Il faut du respect, parce
que c’est ce dont le monde a besoin maintenant ».
« Mes
compositions ont généralement pour fondement la
lecture des évènements touchant le vécu quotidien de
mes contemporains », confiait-il lorsqu’on
l’interrogeait sur les sources de ses inspirations
musicales. Comme la majeur partie de ses compatriotes
noirs qui ont été des témoins directs du régime
ségrégationniste ou qui ont
vu
le jour en terre sud-africaine sous cette forme de
régime politique, Philip Dube (de son vrai nom) est
issu d’une famille indigente. Son second prénom,
Lucky (qui veut dire « chanceux, qui porte bonheur »
en Anglais), lui a été donné par sa mère Sarah, qui
après plusieurs fausses couches, a donné naissance à
un enfant, un garçon en la personne de Philip. Le
décor lugubre de son environnement familial était
davantage assombri par le comportement de son père ;
ce dernier était en effet un adepte de l’alcoolisme.
Mais cette succession d’adversités n’a en rien érodé
l’ambition du jeune Sud-Africain «Noir» de
s’accomplir dans la vie. Avant de se lancer sur les
chemins de l’école, le fils de Sarah a été durant sa
tendre enfance jardinière dans les faubourgs du
Transvaal oriental (appelé aujourd’hui Mpumalanga),
sa région natale. C’est sur les bancs de l’école que
va s’affirmer en lui sa passion pour la musique, plus
précisément dans la peau de jeune choriste.
Cependant, le tournant de ses débuts dans ce nouveau
monde s’opèrera en 1982 ; il a alors 18 ans et
intègre à Newcastle (en Grande Bretagne) le groupe de
son cousin Richard Siluma (qui deviendra plus tard
une personnalité importante dans la production
d’artistes en Afrique du Sud), The love brothers.
Il confirmera au sein de cette formation sa
réputation de bon chanteur. Il y va également
maîtriser les rudiments d’un genre musical
particulier sud-africain (zulu) développé par The
love brothers. Il s’agit du mbaqanga. Il faudra
signaler que le rythme musical précité a aujourd’hui
comme ambassadeurs des célèbres groupes comme Soul
Brothers and Mahlathini ainsi que The
Mahotella Queens. C’est au terme de la production
de quatre albums avec The love brothers et
estampillés de la musique mbaqanga que Lucky se
tournera vers le reggae. Sa rencontre avec Dave Segal
(qui deviendra son ingénieur du son) va beaucoup
peser dans cette volte-face musicale. Pendant ce
temps, Richard Siluma se mue en véritable mentor de
son protégé et se charge de lui bâtir une carrière
solo. Désormais, les albums de Philip Dube ne portent
plus que sa propre griffe ; exit celle des inter
titre Dube et le reggae The love brothers.
Ainsi, c’est à partir du succès réalisé par
l’enregistrement des premiers morceaux reggae de Dube
(que sont Reggae Man et City Life) que
le trio composé de ce dernier, Richard et Dave va
décider de s’ancrer définitivement dans cette
mouvance musicale venue des Caraïbes et plus
précisément de la Jamaïque. Le premier couronnement
de la complicité entre ces trois compères sera la
sortie du mini-album Rastas Never Die qui
comporte 4 titres. Nous étions en 1984. Rastas
Never Die ne connaîtra pas néanmoins le succès
discographique dont les précédentes productions de
Lucky et ses complices dans le registre mbaqanga
furent l’objet. Mais, dorénavant, une chose est
certaine : le trio ne fera plus machine arrière.
Think About The Children sera le fruit de cette
témérité sans faille. Cet opus se révèlera comme la
rampe de lancement de la carrière reggae du natif de
l’ex-Transvaal oriental. Une nouvelle étoile
sud-africaine musicale venait ainsi de voir le jour.
Elle se produira aux quatre coins du monde et se
verra décerner plus d’une vingtaine de trophées, tant
nationaux qu’internationaux. Cette même star aura à
partager des scènes avec d’autres grands noms de la
musique mondiale tels que Maxi Priest, Sinead
O-Connor, Peter Gabriel, Michael Jackson, Seal, Ziggy
Marley, Celine Dion ou encore Sting. Sa terre natale
de laquelle il ne se détachera pas en dépit sa
célébrité planétaire sera le théâtre de sa subite
mort le 18 octobre 2007 ! Cependant, son héritage
musical survivra à jamais comme celui d’autres
illustres personnages de la musique noire et de son
pays.
Edem GADEGBEKU |