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La
vie est dure à Lomé. Tellement dure que pour gagner
son pain, un travail honorable ne permet apparemment
plus de joindre les deux bouts. Et pour ainsi dire,
la plupart des habitants de cette ville passent la
majeure partie de leur temps à se demander, comment
faire pour s’en sortir ; autrement dit : comment
trouver de l’argent. Mme Kpakou Yawa, elle, a trouvé
une très « bonne » alternative. Au lieu de se
taper des kilomètres pour vendre ses ignames avec en
compensation de mornes revenus, elle va dorénavant
se donner à cœur joie à une autre forme d’activité,
certes plus incongrue mais en même temps, nettement
moins contraignant et tellement rentable ! Un
commerce tel qu’en une seule transaction, elle
pourrait gagner la bagatelle somme de 100 millions
de FCFA. Seulement, pour cela, il faut trouver un
être humain, tendre de préférence et facile à
berner. Le genre de petite tête qui ne dit pas
souvent non à ceux qui lui demandent de leur
rendre un service. Les accompagner jusqu’à la maison
du grand charlatan du quartier Doulassamé par
exemple. Une fois sur place, ce dernier trouvera
assurément un « acquéreur ». Mme Pkakou a
donc pensé qu’une mineure, ferait bien l’affaire. Il
suffirait pour gagner les 100 millions, de se faire
accompagner jusqu’au domicile du grand charlatan par
la jeune fille et la laisser là. D’aucun pourraient
qualifier cet acte de crime ou de trafic d’enfant,
mais Mme Pkakou ne voit pas les choses de cet œil.
Quelqu’un qui a faim, choisirait-il un enfant à
nourrir au lieu de 100 millions de FCFA ? S’est-elle
demandée pour se donner du courage.
Malheureusement, pour elle, la police judiciaire du
pays est sur le pied de guerre depuis quelques
semaines. Elle a engagé des surveillances à
l’encontre de possibles trafiquants d’enfants.
A-t-elle été trop bavarde sur son nouveau business ?
En a-t-elle parlé à ses amis ? On ne saurait le
dire. Mais le fait est qu’un agent de la police
s’est fait passer pour un acquéreur potentiel et lui
a donné rendez-vous à son bureau qui se situe…tout
près de la DPJ (direction de la police judiciaire).
N’empêche, l’ancienne revendeuse d’igname va s’y
rendre quand même. Après avoir mis la petite fille
en lieu sûr (c’est-à-dire au domicile du charlatan),
elle contacte l’acquéreur qui passe la prendre dans
sa voiture. La belle affaire ! Mme Kpakou n’est déjà
plus la même, elle traite maintenant avec des riches
qui viennent la chercher en voiture. Oh ! Mais
surprise ; au lieu d’aller à son bureau,
« l’acquéreur potentiel » la mène directement
dans les locaux de la police. Elle hésite à sortir
mais lui se veut rassurant. « C’est juste pour
dire bonsoir à quelqu’un », dit-il. Un pas, deux
et trois pas à l’intérieur. On la reçoit au mieux et
même, les fonctionnaires de la police l’installent
dans un bureau très confortable et la font
patienter.
Une heure, deux heures…finalement Mme Kpakou Yawa se
rend compte de l’évidence de sa stupidité : elle
vient de se faire prendre par la police togolaise en
flagrant délit de trafic d’enfants et tentative de
vente d’un être humain.
Eli
Gbodui |