AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
Golf Info

14 Août 2006

[ 139: 14 Août 2006]  
Afrique :  Difficile transition urbaine

Au Togo, le problème d’urbanisation est devenu très récurrent ces dernières années, au point où dans l’actuel gouvernement, il a été créé un ministère de la ville. Il faut également noter que l’ampleur du phénomène n’a pas laissé indifférent l’Observatoire National des Architectes du Togo qui, depuis le début de cette année 2006 n’a ménagé aucun effort en ce qui concerne la sensibilisation des populations sur la meilleure manière de s’acheter un terrain. Ce fut le cas encore la semaine dernière avec un séminaire de formation qui a regroupé des journalistes togolais. Mais, le problème n’est toujours pas résolu lorsqu’on sait que des populations continuent de s’acquérir des terrains dans l’illégalité ou dans l’ignorance presque totale et sont souvent victimes des tromperies et de la réclamation des familles de certains « vendeurs de terrain » qui sont des fois les propriétaires ou de simples mandataires. Parmi les risques courus par ces acquisiteurs, on peut citer la dépossession, la révision à la hausse du prix d’achat, des procédures pénales à durée indéterminée,  des expulsions violentes assorties de perte de certains biens.

Si dans cette ancienne colonie allemande (Togo allemand, 1884-1914) et placée sous mandat français (1914-1960), l’expulsion des habitants de certains lieux est précédée d’un avertissement, il faut reconnaître que le phénomène laisse à désirer comme c’est d’ailleurs le cas dans d’autres  pays africains. En faisant un récapitulatif de ces expulsions qui sont des fois commandées par des autorités du tribunal ou encore des ayants droits de certains anciens propriétaires,  on constate qu’il est  question d’usurpation de terrain dans certains cas alors que dans d’autres, il s’agit d’un achat de terrain qui ne respecte pas les normes ou carrément dans des concessions propres à l’Etat. Là démanent des rivalités soient interfamiliales ou entre civils et Etat. On peut prendre pour exemples les plus frappant et récents, la destruction des maisons dans le quartier Ablogamé à Lomé, juste en face de l’Hôtel Sarakawa au début des années 2000 et plus récemment encore en juin dernier à Apédokoè-Gbomamé, Il s’est agit d’une intervention musclée d’un groupe de 8 soldats accompagnés de deux huissiers pour expulser les occupants de 13 maisons de la localité. Selon certaines explications, c’est la 4ème intervention de la famille Agbolossou en 30 années de réclamation de ces terrains dont elle se dit propriétaire. A la suite de cette expulsion qui a mis dans le vent tous les biens de près de 55 personnes obligées de dormir au clair de la lune et dans le froid, et qui portait le risque de faire douter des «semblant» d’évolution de la justice togolaise, l’avocat de cette famille a apporté des preuves sur les précédents jugements qui ont mis en veilleuse l’affaire. Au dernier jugement, les parties ont été conviées à se présenter devant le tribunal le 26 octobre. Cette affaire n’est qu’un cas parmi tant d’autres quant on parle d’acquisition de terrain au Togo. Il y a comme mentionné plus haut certaines d’autres qui mettent aux prises une institution ou encore l’Etat et ses administrés. La plupart de ces oppositions sont issues peut être d’une saisie opérée par l’Etat pour récupérer la dette que lui doit le propriétaire mais que les bénéficiaires ignorent. Mais dans d’autres cas, l’intérêt national prend le dessus. Ce qui est d’ailleurs le cas dans certains pays africains où le duel est parfois assorti de heurts entre les bénéficiaires et les forces de l’ordre commandés par l’Etat pour opérer l’expulsion. Même si on n’est pas encore arrivé à l’étape de destruction massive des habitats au Togo comme c’est le quotidien désastreux dans certaines villes d’Afrique, les propriétaires de terrain loméens vivent sous la hantise d’une probable réclamation des descendants des premiers propriétaires. 

Opération nettoyage au Zimbabwe

Le cas le plus typique des expulsions violentes est celui du Zimbabwe du président Robert Mugabé en la faveur d’une vaste opération nationale réaménagement des villes.

Pratiquement sans aucun avertissement, le gouvernement du Zimbabwe a lancé en mai 2005 une opération de « nettoyage » des villes. L’« Opération Murambatsvina », baptisée « Rétablissement de l’ordre », a débuté à Harare, la capitale, et est rapidement devenue une campagne de démolitions et d’expulsions menée par la police et l’armée. Connue sous le nom populaire d’« Opération tsunami » en raison de sa rapidité et de sa furie, la campagne a abouti à la destruction d’habitations, de locaux d’entreprises et de magasins dans plusieurs parties du pays.

Selon un rapport de Anna Kajumulo Tibaijuka, envoyée spéciale de l’ONU pour les questions ayant trait aux établissements humains et la directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), publié en mai 2005, quelque 700 000 Zimbabwéens ont perdu leur maison ou leurs moyens d’existence, ou les deux, et 2,4 millions ont été indirectement touchés.

L’Opération Rétablissement de l’ordre a été mise en œuvre dans un climat de défiance et de peur, sans dialogue entre les autorités gouvernementales et locales ainsi qu’entre le gouvernement et la société civile. Alors que le rapport reconnaît que le contexte social, économique et politique dans lequel l’opération a eu lieu était spécifique au Zimbabwe, il partageait cependant des points communs avec d’autres villes africaines qui avaient connu une urbanisation rapide.

Contrairement à d’autres parties du monde où la transition urbaine a été liée à l’industrialisation et à un plus grand nombre d’opportunités économiques, l’urbanisation en Afrique a eu un prix. Elle s’est faite dans le contexte d’un déclin économique persistant pendant les 30 dernières années. Selon ONU-Habitat, plus de 70 % de la population urbaine en Afrique subsaharienne vit dans des conditions similaires, dans des logements insalubres ou surpeuplés avec un accès limité aux services de base.

La situation s’est aggravée dans les années 1980 lorsque de nombreux pays africains ont adopté des réformes d’ajustement structurel lancées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, entraînant d’importantes réductions des budgets locaux qui se sont répercutées sur les services fournis à la population urbaine. Actuellement, seulement 48 % des ménages urbains en Afrique subsaharienne ont accès à l’eau, contre 19 % dans les établissements informels. De même seulement 31 % des ménages urbains sont connectés à un système d’évacuation des eaux usées contre 7 % dans les bidonvilles

Historique des problèmes urbains

Un grand nombre de problèmes remontent à la période coloniale. Dans de nombreuses colonies,  le centre de la ville était réservé aux Blancs, avec une zone tampon sous-développée autour du quartier central des affaires. Les villes étaient souvent planifiées à l’avance et imposées aux localités sans accorder trop d’attention aux contraintes existantes. La population autochtone était relocalisée dans des cités noires, à la périphérie de la ville, ou dans des « réserves » rurales.

Les Africains sont venus en masse dans les villes dans les années 1960 après l’indépendance. Au cours de dix ans d’indépendance, la population urbaine est passée de 23 % dans les années 1980 à 30 % au début des années 1990. Les gouvernements qui ont succédé au gouvernement colonial ont été pris de court et n’étaient pas préparés à faire face à un flux rapide de migrants. Cette tendance a été renforcée par des disparités de plus en plus marquées en matière de salaires, par l’absence de politiques d’urbanisation et une mauvaise gestion économique, ce qui a engendré une crise.

Alors que les gouvernements ont fourni des services sociaux, tels que l’éducation, les soins de santé et l’augmentation des salaires aux  populations pendant les premières années d’indépendance, les problèmes socio-politiques et économiques sous-jacents n’ont pas été résolus et ont engendré une crise nationale. L’une des questions les plus problématiques a concerné les terres. Et alors que cette question avait été au cœur de la lutte pour l’indépendance.

Face à ces multiples difficultés qui retardent aujourd’hui l’évolution urbaine des villes africaines, le rapport 2005 de ONU-Habitat recommande, entre autres, la révision des anciennes lois, afin qu’elles reflètent les réalités sociales, économiques et culturelles auxquelles fait face les populations des pays africains, surtout les pauvres. Il recommande également que la communauté internationale tire les leçons de la crise au Zimbabwe pour tout le reste de l’Afrique, à savoir la nécessité de mettre en œuvre l’ordre du jour d’Habitat et les Objectifs du Millénaire pour le développement.

Gabin KOISSIDJIN

 
Utilisation du gaz et  du charbon de bois au sein des ménages Les pauvres dépensent beaucoup plus en énergie
Dans la plupart des ménages, il est difficile, voire presque impossible que la ménagère utilise la cuisinière à gaz pour préparer les mets succulents qui font les délices de nos sociétés africaines. Le charbon de bois ou le bois de chauffage sont les deux principales sources d’énergies que l’on utilise pour la cuisine. Alors qu’au Togo, des mesures ont été récemment prises pour freiner voire empêcher la déforestation et tout ce que ce phénomène cause comme séquelle, il est avéré que la consommation des produits dérivés de la bio masse ne faiblit pas. Les ménages togolais continuent, en marge de la modernité, d’utiliser du charbon de bois pour la cuisine, ou du bois pour le chauffage. Mais à quel prix?

Au Togo, des hectares de superficie de plantation servent à satisfaire la demande de près d’un million de bois de chauffe et 200 000 tonnes, au charbon de bois. Sur le continent, les chiffres attestent que 2.5 millions d’hectares de terres sont défrichées chaque année. Une petite enquête au sein d’un ménage a révélé que deux ménages sur trois n’utilisent que le charbon de bois et le bois de chauffage pour la cuisine. Ou alors, ce sont des familles ayant une condition sociale relativement aisée qui se permettent le « luxe » d’utiliser une cuisinière à gaz, aussi petite soit-elle. Paradoxe qui rendrait perplexe plus d’un, quant on considère que le sac de charbon de bois coûte environ 5000 et 11000 FCFA. La bouteille de gaz, quant à elle coûte entre 1500 et 3500 FCFA. Dans le cas du charbon de bois, selon que l’on soit en saison pluvieuse ou en saison sèche, les prix  des sacs augmentent ou diminuent. En période de pluie, l’Etat défectueux des routes et les difficultés liées à la préparation du charbon de bois rendent en effet l’acheminement des sacs plus difficile, donc plus coûteux. Le bois mort et sec, transformé en charbon,  provient des savanes de l’intérieur du pays. Contrairement à cela, le prix de la bouteille de gaz varie rarement. Une conférence à Rio de Janeiro sur la consommation énergétique en 2001, a permis de faire la lumière  sur le sujet. Les principaux décideurs avaient convenu d’opérer une transition progressive de l’énergie biomasse à des énergies modernes.  Il a été prouvé que le rendement au fourneau est cinq à huit fois inférieur au gaz. Pour les mêmes utilités, un même individu, pour la même durée, dépenserait jusqu’à 500 f CFA par jour pour s’approvisionner en charbon de bois, soit un sac entier pratiquement (3500 FCFA); alors qu’il aurait pu économiser plus de la moitié de cette somme en utilisant la cuisinière à gaz, vu que la bouteille à gaz ne coûte que 1500 FCFA. Il apparaît donc que, pour la même activité énergétique, le charbon de bois fait dépenser beaucoup plus que le gaz.  De plus « les caprices de la nature, imposent à l’être humain, un suivi de plus en plus minutieux de sa consommation en énergie ». Au parfum de l’urgence, les dirigeants de certains pays africains se sont aussi rencontrés à Niamey au Niger pour parler des ENR (énergies renouvelables). Les technologies ENR ont été présentées à cette rencontre comme la solution aux problèmes. L’on peut aujourd’hui se procurer des cuisinières, fours et même des chauffe-eau solaires à des prix relativement bas (entre 300 000 et 600 000 F CFA). Des matériaux qu’on utiliserait toute la vie, certes, mais que le togolais, voire l’africain moyen, peut difficilement se procurer. Interrogées sur la question, certaines ménagères soutiennent que la modernisation aidant,  les gens utilisent de plus en plus le gaz;  cependant « il est des repas typiquement traditionnels que l’on ne peut pas préparer avec une cuisinière à gaz...notre bonne vieille pâte (Akoumé), pâte de maïs par exemple...» Pour d’autres, seul le bois de chauffage ferait l’affaire. « Vous imaginez, affirme l’une d’entre elle, faire la cuisson de mes beignets ou de mes boules d’accassa avec une cuisinière?» De plus, « l’équipement en matériel de cuisine coûte cher » selon  d’autres ménagères. Il s’agira donc pour les unes et les autres de faire un choix : un investissement  à long terme dans les énergies modernes ou continuer à utiliser les énergies tirées de la biomasse.

Eli Gbodui

 
Selon Atsutsè kokouvi Agbobli...

Invité hier d’une émission télévisée, le journaliste, historien  et politogue, Atsutsè Kokouvi Agbobli s’est épanché sur les résultats de la démocratisation du continent africain, ceux du Togo et les développements de l’actualité nationale de ces dernières semaines.

Atsutsè Kokouvi Agbobli a d’entrée de jeu été amené à se prononcer sur le bilan du processus démocratique sur le continent africain, surtout sur le point du respect des libertés fondamentales reconnues à tout être humain. Il a dans cet ordre d’idées estimé que les libertés publiques (ensemble des libertés reconnues aux individus et aux groupes face à l’Etat) sont « quelque peu respectées » d’une façon générale en général en Afrique. Revenant sur le cas togolais, il a toutefois reconnu qu’« il y a une avancée en matière de libertés publiques » et plus précisément dans le domaine de la « liberté  d’expression ». Dans la même logique, il a justifié le déficit démocratique africain, et par ricochet, le retard économique des pays africains par le fait que les Etats occidentaux ne veulent pas d’une démocratie véritable en Afrique pour des raisons économiques d’une part, et d’autre part par le fait que les intellectuels africains ont « cessé de réfléchir depuis des années ».

Revenant sur l’actualité nationale, l’ex- ministre de la Culture a jugé nécessaire « un compromis global » pour l’organisation de quelconques élections au Togo, probables fruits des pourparlers inter-togolais qui se poursuivent à Ouagadougou avec la facilitation du président Blaise Compaoré. Tout en souhaitant « bonne chance » à ce dernier dans sa tâche de médiateur, A. K. Agbobli a déclaré que les « problèmes politiques (togolais) de fond » ne pourront pas être résolus par le président burkinabé.

Mr. Agbobli a par ailleurs donné son point de vue sur le bilan d’une année du gouvernement Kodjo. A ses yeux, au nom de la démocratie représentative, ce bilan « devait » être présenté devant la représentation nationale et non au cours d’une conférence de presse, tout en précisant qu’« on ne pouvait pas faire mieux en une année », au regard de l’environnement socio-politique dans lequel le premier ministre a travaillé. Aussi, a-t-il trouvé « normal » qu’Edem Kodjo défende son bilan et le juge positif.

Edem GADEGBEKU

 
 

 

Job.com

 

 

 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved