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Fidel et Raul Castro, plus jeunes |
D’une part, constitutionnellement ou du moins selon
l’esprit de la Révolution de 1959, Raul Castro, 75
ans, est le successeur légal de Fidel Castro, 80
ans. Du coup, on n’a pas assisté dans le cas cubain
au tollé international remarquable en revanche lors
du coup d’Etat déguisé du 05 février 2005 au Togo,
même si aux yeux de Washington et de Bruxelles, le
régime de La Havane incarne toujours un bastion du
despotisme sur la planète. Déjà, le jour même de
cette passation de pouvoir, la Maison Blanche
déclarait par l’entremise de son porte-parole, Tony
Snow : « Que le dictateur Fidel Castro transmette
le pouvoir à son frère, le gardien de prison, ne
change pas » la position de George Walker Bush à
l’égard de La Havane soumise à un embargo économique
par son ennemi américain depuis plus de 40 ans. Dans
le même sens, le lendemain, la Commission européenne
faisait aussi le vœu d’un « rétablissement de la
démocratie » à Cuba tout en souhaitant prompte
guérison au Lider Maximo (F. Castro).
Comme Faure Gnassingbé, on pourra être tenté de
taxer Raoul Castro, celui que l’on appelle déjà le
Lider
Minimo (en comparaison à son grand frère), d’être le
pur fruit d’une dictature militaire. En effet, à
côté de son épouse, Vilma Espin, qui préside depuis
près de 50 ans la Fédération des femmes cubaines,
Raoul Castro est lui-même depuis l’âge de 22 ans
communiste. Il a rejeté le christianisme familial,
lui préférant le marxisme et a participé à l’attaque
de la caserne de la Moncada le 26 juillet 1953, coup
d’envoi de la saga castriste en terre cubaine.
Dans la peau de ministre de la Défense, il a
également dirigé les campagnes militaires cubaines
en Angola et en Ethiopie dans les années 70, puis la
participation de l’armée cubaine au sauvetage de
l’économie nationale après l’effondrement de l’Union
soviétique en 1991, principal soutien à l’époque de
La Havane. Aussi, les deux « frères consanguins »
(Faure et Raoul), enfantés par un régime dynastique,
ont-ils hérité chacun d’un passé lourd de leur pays,
œuvre respective de leurs « prédécesseurs ».
Ainsi, si des milliers de Togolais vivent à
l’extérieur de leur terre natale selon des
estimations de 2005 pour des raisons aussi
économiques que politiques, les privations les plus
extrêmes au nom des idéaux de l’« homme nouveau »
chers au Commandant Che Gavara (compagnon de F.
Castro au cours du renversement du dictateur F.
Batista), la surveillance et la délation
continuelles des Cubains de la part des multiples
comités de défense de la Révolution (surnommés « comités
de mouchards ») ont poussé 02 millions de
Cubains hors de leurs frontières, sur une population
de 11 millions d’habitants.
Il
faudra inclure dans le même lot à Cuba une
répression impitoyable contre tout mouvement
contestataire, des centaines de fusillés et des
milliers de personnes condamnées à des peines de 30
ans de prison alors que parallèlement, Lomé est
souvent indexée par les organisations
internationales de défense des droits de l’Homme.
Mais, d’autre part, contrairement à Gnassingbé fils,
Raoul Castro occupe depuis presque 50 ans des places
de « numéro deux » de son frère aîné :
premier vice-président du Conseil d’Etat cubain
(gouvernement), deuxième secrétaire du PCC (Parti
communiste cubain). L’armée qu’il chapeaute,
contrôle en outre l’économie et ses secteurs-clés,
principalement le tourisme où elle surveille de près
les activités des hôtels à travers ses nervis du
groupe Gaviota.
L’électronique et les télécommunications qui sont
les autres secteurs pourvoyeurs de ressources
importantes à l’économie sont aussi sous la coupe de
cette même armée.
(...) A l’opposé des dirigeants togolais dont
l’opulence cotoie la paupérisation quotidienne des
plus démunis, le castrisme a beaucoup fait rehausser
le curseur de l’indice du développement cubain. Par
exemple, selon des chiffres d’un rapport de la CEPAL
(Commission économique pour l’Amérique latine des
Nations unies, page 12 à 733) en 2002, le taux
d’analphabétisme pour Cuba était de 0,2% contre
11,7% en Amérique latine. Pendant la même période,
le taux de mortalité infantile était de 32 pour 1000
en Amérique latine contre 6,2 pour 1000 à Cuba ;
l’espérance de vie plafonnait à 70 ans en Amérique
méridionale et 76 ans à Cuba ; le nombre de médecins
pour 100.000 âmes était de 160 en Amérique latine
contre 590 pour Cuba. Toujours en 2002, le taux de
la population touchée par le Sida entre les 15 et 49
ans était de 0,5% en Amérique du sud contre 0,05% à
Cuba.
Dans un pays où les services de santé et l’éducation
à la base sont gratuits, on imagine mal comment ce
tableau social acceptable pourrait s’assombrir.
Selon les autorités cubaines, l’économie a fait un
bond de 11,8% en 2005, tirée par les progrès du
tourisme et les exportations de nickel et de
services médicaux. Contestant la nouvelle
méthodologie retenue par les autorités pour évaluer
les services sociaux, la Central Intelligence Agency
reconnait cependant un taux de croissance de 8%.
« Indubitablement,
il est le camarade qui a la plus grande autorité
après moi et la meilleure expérience. Aussi
possède-t-il toutes les qualités pour me succéder »,
disait Fidel Castro de son frère Raoul en 2001.
Sorti de l’ombre en 2000 dans l’affaire Elian
Gonzalez, du nom de ce petit cubain rapatrié de
Floride (Etats-Unis) la même année, R. Castro est
souvent considéré par les observateurs de la scène
politique cubaine comme plus pragmatique que son
frère, et est parfois crédité d’une volonté de
réformes inspirées des expériences chinoise et
vietnamienne auxquels il a semblé s’intéresser de
près par de fréquentes visites auprès des « partis
frères » à Pékin et Hanoï. Il a surtout émis
publiquement le souhait de voir se normaliser les
relations avec l’ennemi juré de La Havane
(Washington) au moment où Fidel était toujours aux
commandes .
C’est dire que les Cubains doivent s’attendre à « faire
du nouveau avec de l’ancien » malgré les
incessantes annonces du rétablissement du Lider
Maximo qui de toute vraisemblance ne pourra plus
diriger Cuba comme il le faisait jusqu’au 1er août.
Un
constat qui contraste singulièrement avec le bilan
d’une année passée par Faure Essozimna Gnassingbé à
la tête du Togo, une première année de pouvoir au
cours de laquelle les réformes promises par ce
dernier pendant sa campagne électorale se sont
traduites dans la réalité à pas de caméléon. Unis
formellement par un système dynastique, tout oppose
dans la réalité les « successeurs » de deux
vieux chefs de régimes ayant consacré à outrance, le
culte de la personnalité, et préservé au même titre,
à tout prix, le fauteuil présidentiel dans le cercle
familial.
Edem GADEGBEKU |