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8 Août 2006

[ 136: 7 Août 2006]  
Succession au plus haut sommet de l’Etat Togo-Cuba : Une histoire de familles

Depuis le mardi 1er août dernier, Raul Castro tient « provisoirement » les rênes de Cuba, Etat d’Amérique centrale de 114.524 km2, formé par la plus grande île des Antilles, à l’entrée du golfe du Mexique et engagé sous la bannière socialiste depuis bientôt 48 années. Il succède ainsi pour une période indéterminée à son grand frère, Fidel Castro, maître de cette île depuis 47 ans et qui ne s’est pas encore relevé d’une opération chirurgicale à l’intestin. Au Togo, cette transmission « familiale » du pouvoir cubain a vite fait de réveiller les  souvenirs à peine refroidis d’un certain 05 février 2005, date à laquelle les FAT (Forces armées togolaises) ont « fait allégeance » à Faure Gnassingbé (fils de feu Eyadema Gnassingbé) en foulant aux pieds les règles successorales de la constitution en vigueur. Cependant, les deux contextes divergent aussi bien sur la forme que sur le fond.

Fidel et Raul Castro, plus jeunes

D’une part, constitutionnellement ou du moins selon l’esprit de la Révolution de 1959, Raul Castro, 75 ans, est le successeur légal de Fidel Castro, 80 ans. Du coup, on n’a pas assisté dans le cas cubain au tollé international remarquable en revanche lors du coup d’Etat déguisé du 05 février 2005 au Togo, même si aux yeux de Washington et de Bruxelles, le régime de La Havane incarne toujours un bastion du despotisme sur la planète. Déjà, le jour même de cette passation de pouvoir, la Maison Blanche déclarait par l’entremise de son porte-parole, Tony Snow : « Que le dictateur Fidel Castro transmette le pouvoir à son frère, le gardien de prison, ne change pas » la position de George Walker Bush à l’égard de La Havane soumise à un embargo économique par son ennemi américain depuis plus de 40 ans. Dans le même sens, le lendemain, la Commission européenne faisait aussi le vœu d’un « rétablissement de la démocratie » à Cuba tout en souhaitant prompte guérison au Lider Maximo (F. Castro).

 
 

Comme Faure Gnassingbé, on pourra être tenté de taxer  Raoul Castro, celui que l’on appelle déjà le Lider Minimo (en comparaison à son grand frère), d’être le pur fruit d’une dictature militaire. En effet, à côté de son épouse, Vilma Espin, qui préside depuis près de 50 ans la Fédération des femmes cubaines, Raoul Castro est lui-même depuis l’âge de 22 ans communiste. Il a rejeté le christianisme familial, lui préférant le marxisme et a participé à l’attaque de la caserne de la Moncada le 26 juillet 1953, coup d’envoi de la saga castriste en terre cubaine.

Dans la peau de ministre de la Défense, il a également dirigé les campagnes militaires cubaines en Angola et en Ethiopie dans les années 70, puis la participation de l’armée cubaine au sauvetage de l’économie nationale après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, principal soutien à l’époque de La Havane. Aussi, les deux « frères consanguins » (Faure et Raoul), enfantés par un régime dynastique, ont-ils hérité chacun d’un passé lourd de leur pays, œuvre respective de leurs « prédécesseurs ».

Ainsi, si des milliers de Togolais vivent à l’extérieur de leur terre natale selon des estimations de 2005 pour des raisons aussi économiques que politiques, les privations les plus extrêmes au nom des idéaux de l’« homme nouveau » chers au Commandant Che Gavara (compagnon de F. Castro au cours du renversement du dictateur F. Batista), la surveillance et la délation continuelles des Cubains de la part des multiples comités de défense de la Révolution (surnommés « comités de mouchards ») ont poussé 02 millions de Cubains hors de leurs frontières, sur une population de 11 millions d’habitants.

Il faudra inclure dans le même lot à Cuba une répression impitoyable contre tout mouvement contestataire, des centaines de fusillés et des milliers de personnes condamnées à des peines de 30 ans de prison alors que parallèlement, Lomé est souvent indexée par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme.

Mais, d’autre part, contrairement à Gnassingbé fils, Raoul Castro occupe depuis presque 50 ans des places de « numéro deux » de son frère aîné : premier vice-président du Conseil d’Etat cubain (gouvernement), deuxième secrétaire du PCC (Parti communiste cubain). L’armée qu’il chapeaute, contrôle en outre l’économie et ses secteurs-clés, principalement le tourisme où elle surveille de près les activités des hôtels à travers ses nervis du groupe Gaviota.

L’électronique et les télécommunications qui sont les autres secteurs pourvoyeurs de ressources importantes à l’économie sont aussi sous la coupe de cette même armée.

(...) A l’opposé des dirigeants togolais dont l’opulence cotoie la paupérisation quotidienne des plus démunis, le castrisme a beaucoup fait rehausser le curseur de l’indice du développement cubain. Par exemple, selon des chiffres d’un rapport de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine des Nations unies, page 12 à 733) en 2002, le taux d’analphabétisme pour Cuba était de 0,2% contre 11,7% en Amérique latine. Pendant la même période, le taux de mortalité infantile était de 32 pour 1000 en Amérique latine contre 6,2 pour 1000 à Cuba ; l’espérance de vie plafonnait à 70 ans en Amérique méridionale et 76 ans à Cuba ; le nombre de médecins pour 100.000 âmes était de 160 en Amérique latine contre 590 pour Cuba. Toujours en 2002, le taux de la population touchée par le Sida entre les 15 et 49 ans était de 0,5% en Amérique du sud contre 0,05% à Cuba.

Dans un pays où les services de santé et l’éducation à la base sont gratuits, on imagine mal comment ce tableau social acceptable pourrait s’assombrir.  Selon les autorités cubaines, l’économie a fait un bond de 11,8% en 2005, tirée par les progrès du tourisme et les exportations de nickel et de services médicaux. Contestant la nouvelle méthodologie retenue par les autorités pour évaluer les services sociaux, la Central Intelligence Agency reconnait cependant un taux de croissance de 8%.

« Indubitablement, il est le camarade qui a la plus grande autorité après moi et la meilleure expérience. Aussi possède-t-il toutes les qualités pour me succéder », disait Fidel Castro de son frère Raoul en 2001.

Sorti de l’ombre en 2000 dans l’affaire Elian Gonzalez, du nom de ce petit cubain rapatrié de Floride (Etats-Unis) la même année, R. Castro est souvent considéré par les observateurs de la scène politique cubaine comme plus pragmatique que son frère, et est parfois crédité d’une volonté de réformes inspirées des expériences chinoise et vietnamienne auxquels il a semblé s’intéresser de près par de fréquentes visites auprès des « partis frères »  à Pékin et Hanoï. Il a surtout émis publiquement le souhait de voir se normaliser  les relations avec l’ennemi juré de La Havane (Washington) au moment où  Fidel était toujours aux commandes .

C’est dire que les Cubains doivent s’attendre à « faire du nouveau avec de l’ancien » malgré les incessantes annonces du rétablissement du Lider Maximo qui de toute vraisemblance ne pourra plus diriger Cuba comme il le faisait jusqu’au 1er août.

Un constat qui contraste singulièrement avec le bilan d’une année passée par Faure Essozimna Gnassingbé à la tête du Togo, une première année de pouvoir au cours de laquelle les réformes promises par ce dernier pendant sa campagne électorale se sont traduites dans la réalité à pas de caméléon. Unis formellement par un système  dynastique, tout oppose dans la réalité les « successeurs » de deux vieux chefs de régimes ayant consacré à outrance, le culte de la personnalité, et préservé au même titre, à tout prix, le fauteuil présidentiel dans le cercle familial.

Edem  GADEGBEKU

 
 

 

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