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Golfe Info

6 Août 2006

[ 135: 4 Août 2006]  
Faits divers : Le mandataire, ami forcé d’un militaire

La scène se passe dans un village du sud Togo. Dans cette partie du pays, les questions d’héritage, et surtout de gestion immobilière sont confiées à une personne digne de confiance. Elle est désignée par le conseil de famille : c’est le mandataire. Il a donc un mandat ou une procuration pour agir et répondre au nom des biens d’une collectivité. Cette personne de confiance est souvent un lettré, et dans les zones les plus reculées, il est « le plus lettré » de ses frères, une occasion pour lui de faire le pédant, de hausser les épaules et d’arrondir le dos….bref quelqu’un qui se veut très respecté.

 
 

Fo Avoudjin est donc mandataire pour sa collectivité. En plus des immenses fermes, il est chargé de la gestion de quelques lots de terrains qu’il fallait vendre ou louer. Pour ce faire, il a fait clôturer en dur, une grande parcelle, histoire de rehausser son prix. Fo Avoudjin y a planté du maïs. Mais, en plus des oiseaux qui  l’embêtaient, il est très énervé contre les villageois qui viennent faire leur besoin dans son champ clôturé. Il était sur que ces imbéciles escaladent le mur pour venir en salir l’enceinte.

Ses plaintes auprès du chef de la localité, ainsi que les nombreux gongonnements pour intimider les auteurs n’ont en rien entamé la détermination de ceux qui aiment se soulager aisément  en plein air dans un lieu si sûr, puisque bien protégé par des murs. Même les fétiches accrochés aux tiges de maïs que le féticheur lui a confiés n’ont servi à rien ; peine perdue.

Avoudjin décide alors de passer lui-même à l’acte, c’est-à-dire épier et arrêter les voyous qui le dérangeaient. Persuadé que le forfait a lieu la nuit, il s’y rend et se cache sous un abri improvisé. Entre Temps, il est enlevé par un petit sommeil. Il est 6 heures du matin. Le guet n’a rien donné. Déçu, il se résolvait à partir quand soudain, il voit au loin des herbes se remuer,  avec à la clé, des mouches matinales qui survolaient l’endroit. Elles devenaient plus actives et plus nombreuses.

Avoudjin s’avance avec son coupe-coupe, sur la pointe des pieds, comme un chasseur guette sa proie. Il découvre et suit des pas de rangers. Son cœur bat plus rapidement, sûr qu’il était de se saisir de sa proie. Il lui reste un dernier buisson à dégager. L’intrus  semble accroupi. Le mandataire est tout près de lui. Il s’apprête à le frapper avec son coupe-coupe mais découvre que c’est un …militaire !

L’homme en kaki revenait de garde et a été surpris par la chose. Son arme, un fusil mitrailleur était couchée devant lui. La rage vaincue et déboussolé, Fo Avoudjin déclare au soldat, son agréable surprise de découvrir que c’est plutôt lui. Il le félicite d’avoir opté pour son champ et l’invite à prendre tout son temps. L’homme, royalement, finit sa selle. Le fusil en bandoulière, il arrache de ses deux  mains, les plus gros épis du champ et remercie Avoudjin pour l’insigne honneur. Il escalade de nouveau la clôture pour rejoindre la rue. Là, l’attendaient les autres. Ces derniers convoitent alors le butin. La jeep se rapproche de la palissade et se remplit de nouveaux épis. Le mandataire retient son souffle. La jeep démarre. Fo Avoudjin, jusque là, les mains cloîtrées sur la palissade évite la fumée noire qui se dégage de l’engin dont les passagers lui ont promis de « revenir de temps en temps ».     

Dodji Aimé Abalo

 

 

 

 

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