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La scène se passe dans un village du
sud Togo. Dans cette partie du pays,
les questions d’héritage, et surtout
de gestion immobilière sont confiées à
une personne digne de confiance. Elle
est désignée par le conseil de
famille : c’est le mandataire. Il a
donc un mandat ou une procuration pour
agir et répondre au nom des biens
d’une collectivité. Cette personne de
confiance est souvent un lettré, et
dans les zones les plus reculées, il
est « le plus lettré » de ses frères,
une occasion pour lui de faire le
pédant, de hausser les épaules et
d’arrondir le dos….bref quelqu’un qui
se veut très respecté. |
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Fo
Avoudjin est donc mandataire pour sa collectivité.
En plus des immenses fermes, il est chargé de la
gestion de quelques lots de terrains qu’il fallait
vendre ou louer. Pour ce faire, il a fait clôturer
en dur, une
grande parcelle, histoire de rehausser son prix. Fo
Avoudjin y a planté du maïs. Mais, en plus des
oiseaux qui l’embêtaient, il est très énervé contre
les villageois qui viennent faire leur besoin dans
son champ clôturé. Il était sur que ces imbéciles
escaladent le mur pour venir en salir l’enceinte.
Ses plaintes auprès du chef de la localité, ainsi
que les nombreux gongonnements pour intimider les
auteurs n’ont en rien entamé la détermination de
ceux qui aiment se soulager aisément en plein air
dans un lieu si sûr, puisque bien protégé par des
murs. Même les fétiches accrochés aux tiges de maïs
que le féticheur lui a confiés n’ont servi à rien ;
peine perdue.
Avoudjin décide alors de passer lui-même à l’acte,
c’est-à-dire épier et arrêter les voyous qui le
dérangeaient. Persuadé que le forfait a lieu la
nuit, il s’y rend et se cache sous un abri
improvisé. Entre Temps, il est enlevé par un petit
sommeil. Il est 6 heures du matin. Le guet n’a rien
donné. Déçu, il se résolvait à partir quand soudain,
il voit au loin des herbes se remuer, avec à la
clé, des mouches matinales qui survolaient
l’endroit. Elles devenaient plus actives et plus
nombreuses.
Avoudjin s’avance avec son coupe-coupe, sur la
pointe des pieds, comme un chasseur guette sa proie.
Il découvre et suit des pas de rangers. Son cœur bat
plus rapidement, sûr qu’il était de se saisir de sa
proie. Il lui reste un dernier buisson à dégager.
L’intrus semble accroupi. Le mandataire est tout
près de lui. Il s’apprête à le frapper avec son
coupe-coupe mais découvre que c’est un …militaire !
L’homme en kaki revenait de garde et a été surpris
par la chose. Son arme, un fusil mitrailleur était
couchée devant lui. La rage vaincue et déboussolé,
Fo Avoudjin déclare au soldat, son agréable surprise
de découvrir que c’est plutôt lui. Il le félicite
d’avoir opté pour son champ et l’invite à prendre
tout son temps. L’homme, royalement, finit sa selle.
Le fusil en bandoulière, il arrache de ses deux
mains, les plus gros épis du champ et remercie
Avoudjin pour l’insigne honneur. Il escalade de
nouveau la clôture pour rejoindre la rue. Là,
l’attendaient les autres. Ces derniers convoitent
alors le butin. La jeep se rapproche de la palissade
et se remplit de nouveaux épis. Le mandataire
retient son souffle. La jeep démarre. Fo Avoudjin,
jusque là, les mains cloîtrées sur la palissade
évite la fumée noire qui se dégage de l’engin dont
les passagers lui ont promis de « revenir de
temps en temps ».
Dodji Aimé
Abalo |