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Golfe Info

6 Août 2006

[ 135: 4 Août 2006]  
Kodjo présente le bilan d’un an de gestion : «Le gouvernement a ramené le calme et la paix dans le pays»
 Nommé à la tête du gouvernement le 08 Juin 2005, Edem Kodjo, après un an de service, a tenu a rendre compte des actions menées à la population. C’est ainsi qu’il s’est prêté hier jeudi 03 Août 2006,  aux différentes questions des journalistes tant de la presse locale qu’internationale,  suite à la présentation du bilan des activités de son gouvernement.
 
 

C’est un premier ministre qui a gardé tout de son éloquence, qui s’est confié hier à la presse, dans la salle Kéran de l’hôtel 2 Février. Tout comme à l’occasion des 100 jours à la tête du gouvernement, le patron de la primature togolaise a fait le tour des différents secteurs de la vie de la nation togolaise. La question du retour des réfugiés, la réconciliation, l’environnement politique avec l’aboutissement à un accord partiel, puis la désignation de façon consensuelle d’un facilitateur,  l’économie, la santé, l’agriculture, la sécurité, la diplomatie, le sport sont entre autres les différents sujets abordés par le premier ministre.

Selon lui, le travail effectué n’est certes pas, pour l’heure, parfait, mais, a permis de changer l’image du pays, ternie par les événements douloureux qui ont émaillé le processus électoral.

Au plan diplomatique, il a insisté sur l’importance des divers déplacements de Faure Gnassingbé qu’il juge nécessaire pour marquer de nouveau la présence du Togo sur l’échiquier internationale. « Les déplacements  sont indispensables pour un pays qui revient de si loin », a déclaré le chef du gouvernement avant d’ajouter que cela  devra permettre également de conforter les coopérations bilatérales qui ont failli faiblir entre temps.

Quant aux relations quelques peu entachées que le Togo entretient avec l’Union Européenne, elles sont en voie de rétablissement, a essayé de démontrer Edem Kodjo. « Le rapprochement entre UE et le Togo est évident », en témoigne le déblocage des fonds du STABEX. « En quelques mois, l’UE a octroyé plus de 30 milliards de FCFA au Togo », ceci parce que le pays montre des signes encourageants de réformes surtout en matière du respect des Droits de l’Homme, a-t-il ajouté.

Selon Edem Kodjo, le gouvernement s’est résolument engagé sur le chantier des droits de l’homme et, les organisations y afférentes notent qu’ «il y a aujourd’hui une réelle mutation dans le pays». Ce changement peut être perceptible avec les différents projets, lois et autres instruments que le gouvernement met en place.

Il a également rappelé les différentes mesures prises avec le concours de l’UE, pour assainir l’environnement pénitentiaire du Togo. C’est d’ailleurs dans ce cadre, que près d’un millier de prisonniers de délit jugé mineur ont été libérés a-t-il souligné. Par ailleurs, le premier ministre a fait savoir que son gouvernement a autorisé un libre accès des détenus, aux avocats comme aux organisations de défense des droits de l’homme pour l’inspection des conditions de détention. Il a également salué la restructuration de la CNDH, de même que le renouvellement de ses membres. La CNDH est instituée par l’Etat pour veiller et défendre le respect des droits de l’homme sur le plan national. La lutte pour un Etat de droit suppose une autre lutte, celle déjà entreprise mais qui reste un sujet préoccupant pour l’Etat togolais : le combat pour mettre fin à l’impunité.

Un combat à la togolaise

Selon le chef du gouvernement togolais ; Edem Kodjo, il urge certes de mener cette lutte mais, il convient également de faire attention pour que le « remède ne devienne pire que le mal ». Pour lui, il faut chercher une solution qui prenne en compte l’environnement sociopolitique particulier au Togo ; car, au delà des vœux des différentes associations et organisations de défense des droits de l’homme qui, a chaque rencontre, indique Edem Kodjo, insiste avec cette lutte, « nous, nous sommes des dirigeants et nous devons veiller à la paix et à la sécurité de nos population ». Toute action doit être donc menée dans le strict respect de cette mission. Il a alors relevé l’importance que révèle la stabilité du pays pour son gouvernement et a plaidé plutôt pour « une solution à la Togolaise:  nous ne sommes pas obligés de faire comme les autres », a-t-il lancé.

La démarche du gouvernement se situerait plutôt dans une logique d’apaisement, a laissé entendre Edem Kodjo. Ce qui aurait motivé « la note du 10 mars », qui demandait l’arrêt des poursuites contre tout présumé coupable de violation des droits de l’homme ou d’exaction pendant la période électorale d’avril 2005. Une lettre que le premier ministre affirme avoir faite sur demande du HCR, mais qui a suscité des critiques de la part de certaines organisations de défense des droits de l’homme. Mais, l’objectif premier était la réconciliation et le  retour des réfugiés, à l’en croire.

Le vrai pari du gouvernement

Dans la présentation du bilan d’une année de gouvernement, il a paru que le retour des réfugiés et la réconciliation constituent des priorités, mieux, un pari pour l’exécutif Togolais.

Selon Edem Kodjo, la fameuse « lettre de 10 mars » qui fait l’objet de diverses critiques en plus de différentes dispositions prises par l’Etat  ont « contribué » à « rassurer nos compatriotes dans leur volonté de retour ». Ainsi, «  à ce jour selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations Unis pour les Réfugiés (HCR), sur 17 mille réfugiés entrés au Ghana en 2005, il en reste 6578…2000 réfugiés, sont officiellement rapatriés vers leurs foyers par le Haut Commissariat au Réfugiés et à l’Action Humanitaire (HCRAH), 1000 sont revenus d’eux-mêmes tandis que 10.000 sont rentrés sans se faire enregistrer auprès du HCRAH.

Au Bénin, selon toujours les chiffres du HCR, sur 26500 réfugiés togolais rentrés dans ce pays en 2005, il en reste aujourd’hui 9950 selon la répartition suivante : sur 15000 réfugiés urbains identifiés en dehors des camps du HCR, il en reste aujourd’hui 4000 environ ; sur 9300 en 2005, dans les camps d’Agamè, il en reste en ce jour, 5500 et sur les 17000 enregistrés dans le camp de Comé, on ne compte plus que 450.

Devant le nombre important de Togolais  qui ont quitté le camp de Comé, … le HCR vient de prendre la décision de fermer ce camp à partir du 15 Août 2006 ».

Le premier ministre a également fait cas de l’installation  des comités nationaux  d’accueil des réfugiés, ce qui aurait facilité ces retours au bercail.

Toujours au chapitre du retour des réfugiés, le chef du gouvernement, a fait un exposé des différentes actions menées par sont équipe, qui vont des visites aux réfugiés à l’élaboration d’un plan d’action  qui a reçu les promesses de soutien financier pour sa mise en œuvre.

La réconciliation

A ce niveau, Edem Kodjo s’est félicité du fait qu’ils ont eu  à prendre « des décisions courageuses ». Ces décisions vont des célébrations religieuses faites en mémoire de Sylvanus Olympio, le 13 Janvier, à, « l’éclat particulier donné aux cérémonies de commémoration de la fête de l’indépendance, le 27 Avril ». Ces actions autrefois étaient quasi impossibles au Togo.

Edem Kodjo a en outre évoqué le travail effectué par la commission présidée par Mon Seigneur Casimir Dosseh-Anyron, commission qui avait été chargée de mener  des réflexions pour la réhabilitation de l’histoire du Togo.

La sécurité

Face au banditisme grandissant, le gouvernement a procédé au renforcement des effectifs de la police qui compte aujourd’hui 615 agents et la gendarmerie, 750 agents. Ces différents corps des forces de l’ordre ont été dotés de « moyens modernes d’investigation et de communication » pour un meilleur service sécuritaire, a révélé Edem Kodjo.

Il a en outre porté à la connaissance de tous, la création d’une  nouvelle structure, la compagnie d’intervention de Proximité (CIP). Ce corps, créé le 31 juillet dernier, a pour rôle de venir en appoint au travail qu’effectuent déjà sur le terrain les différents détachements des forces de l’ordre pour lutter efficacement contre le banditisme sous toutes ses formes. « Le banditisme petit ou grand, qui sévit ici ou  là, doit être combattu », a promis Edem Kodjo.

Quant aux forces Armées Togolaises, de nouveaux projets portant sur les statuts et le code de conduite de l’armée sont en phase de finalisation par une commission ; ces textes vont régir le fonctionnement du système de défense du pays.

La réforme de la justice

La réforme de l’environnement judiciaire est l’un des points sur lesquels le leader du CPP a beaucoup insisté. « La justice est un  des piliers de l’action de réforme du gouvernement » ,a –t-il affirmé .

Il a mis l’accent sur la sensibilisation qui s’est faite au niveau des services de détention et des tribunaux pour le respect  scrupuleux des libertés fondamentales, « à savoir le garde à vue, la proscription des détentions abusives et arbitraires… ». Il a rappelé par ailleurs l’atelier de validation du programme de modernisation de la justice, d’un coût global  de 10 milliards de FCFA, qui s’est tenu à Kpalimé, il y a quelques mois et la création récente d’une commission nationale de modernisation de la législation. Cette dernière commission a pour rôle de « dépoussiérer  et d’harmoniser les textes de lois et de tourner définitivement le dos à la lenteur judiciaire ».

Edem Kodjo a passé en revue les dispositions prises pour d’une part, permettre à la cour suprême de reprendre ses activités et de se saisir des nombreux dossiers laissés en attente, et d’autre part, rendre opérationnel le conseil de la magistrature suprême  et le tribunal administratif. Cette dernière institution a pour prérogative de régler les contentieux relatifs aux abus dont sont victimes les administrés de la part de l’administration...

A part ces dispositifs d’ordre technique, le gouvernement a entrepris des programmes d’actions portant sur l’apurement  en un délai court (un an), de tous les contentieux en souffrance devant les juridictions, et sur l’organisation d’audiences foraines pour la  délivrance des jugements supplétifs  tenant lieu d’acte de naissance.

Renforcement des moyens de finance de l’Etat

Sur le plan économique, une  priorité a été accordée aux  moyens de financement de l’Etat. C’est ainsi que le premier ministre a annoncé l’informatisation complète et imminente de la douane et des impôts, en plus de la création d’un guichet unique. Ce guichet unique permettra sans nul doute la centralisation des rentrées au niveau des douanes, l’augmentation et la sécurisation des ressources de l’Etat.

Afin de relancer l’économie, l’état a procédé, a annoncé Edem Kodjo, au versement régulier des salaires et ce, malgré les difficultés financières post-électorales, au recrutement de plus d’un milliers d’enseignants,  à la construction et à la réhabilitation des infrastructures scolaires, la levée de  l’effet financier des avancements etc..

D’autres mesures comme la mise en place d’un fonds d’appui aux initiatives des jeunes, (adopté au dernier conseil des ministres), le renforcement de la lutte contre la corruption, sont autant d’éléments qui viennent conforter, la lutte pour une relance économique entamée par l’Etat.

Concernant la lutte contre la corruption, une gangrène pour l’économie nationale, l’ancien secrétaire de l’OUA a estimé qu’il est difficile de vaincre totalement le phénomène. Mais en l’abordant à la base, en prenant des dispositions pratiques allant dans le sens du renforcement des contrôles à chaque niveau de l’administration, en instituant des institutions d’inspections a-t-il souligné, on peut prétendre réduire ses effets sur l’économie nationale ; car, « la corruption est une plaie qui va sévir encore pour longtemps », a-t-il averti.

L’agriculture

L’agriculture, un domaine important de l’économie du pays n’a pas été laissée de coté par le leader du CPP. Tout en saluant l’apport considérable des bailleurs de fonds et des pays comme l’Inde qui ont fait don de tracteurs, d’intrants ou de céréales au Togo, il a réitéré l’envie de son équipe de moderniser l’agriculture togolaise. C’est dans cette perspective que Edem kodjo a rappelé la décision du gouvernement d’acquérir des tracteurs et d’intrants de même que des semences de qualité pour assurer aux populations une sécurité alimentaire. La filière coton a été également abordée par le premier ministre.

Le climat politique

L’environnement politique a aussi préoccupé Edem kodjo qui s’est d’ailleurs réjoui du climat dans lequel se déroule le dialogue inter togolais. Pour lui l’essentiel est déjà fait et le facilitateur désigné en la personne de Blaise Compaoré, n’interviendra que pour conclure les débats. Avec l’aboutissement du dialogue, le premier ministre estime que les 22 engagements seront  rentrés dans l’histoire puisque désormais respectés dans leur totalité.

Autres

Le sport et les mesures prises pour renforcer le système éducatif togolais ont également  été abordés par le premier ministre qui a réaffirmé pour le premier, le soutien de son gouvernement à oeuvrer pour son épanouissement. Sur le plan sanitaire, il a salué le travail effectué par le département qu’a en charge ce portefeuille. Pour lui, la lutte contre la pandémie du sida et bien d’autres maladies constitue «un chantier qui mobilise toute la nation togolaise». Il s’est réjoui de l’avancée enregistrée dans la lutte contre  le sida avec la chute du taux de prévalence. 6% en 1998, ce taux est aujourd’hui estimé à 3,2%. La trithérapie  a de son côté rendu accessible à toutes les bourses: elle se fait aujourd’hui à 1000F CFA par mois alors que le coût était de 500.000, il y a encore quelques années a rappelé le PM.

En tout, un bilan positif, reconnaît Edem Kodjo, qui pense qu’il convient de le juger par rapport à l’environnement post-électoral du pays. La preuve est que : « notre société change, notre société a changé… »,a-t-il conclu.

Saturnin S. NOAMESSI

 
Tentative de résolution de la crise togolaise :  Compaoré, quatrième essai

Après Ouaga I, Ouaga II, Ouaga III, la crise politique togolaise est propulsée une nouvelle fois dans les bras du chef du Faso, Blaise Compaoré. C’est donc son quatrième service. Les partis du dialogue sont tombés unanimement d’accord sur ce voisin, médiateur à répétition. Pas forcément modèle, il incarne encore l’espoir des pourparlers devant dénouer une crise togolaise qui aura battu tous les records. A la différence que les assises se tiennent cette fois- ci à Lomé, le contexte est le même puisqu’il s’agit essentiellement, comme d’habitude, d’ouvrir le champ politique à l’opposition et garantir la transparence du jeu de l’alternance. La solution est plus compliquée que les fois précédentes, à cause des histoires de morts qui embarrassent, compliquent et lient quasiment tout.

Les citoyens togolais, avec la cacophonie née du paraphe de l’accord politique de base étaient plongés dans le doute et l’appréhension la plus absolue à l’idée que le dialogue inter togolais est entrain de virer à la comédie. Un fiasco où les uns et les autres des partis politiques ne se retrouvent pas eux-mêmes ou alors essayent d’endormir l’opinion pour finalement lui servir des décisions toutes faites prises avant même de prétendre aller aux négociations. La question qui est maintenant sur toutes les lèvres est de savoir si le choix de Blaise Compaoré est un choix judicieux pour répondre aux inquiétudes du peuple togolais ou si ce choix ne reflète que des ficelles tirées d’ailleurs, étant entendu que la question du facilitateur a été énoncée avant même le début du dialogue.

Il n’est pas alors malaisé de penser que le choix de ce dernier par les partis politiques togolais est plutôt douteux. Blaise Compaoré s’est en effet fait réélire pour un troisième mandat à 90 % de suffrage à la dernière élection présidentielle dans son pays. Les burkinabé ont encore en mémoire, la modification de leur constitution quelques mois auparavant. Leur Président sortant avait abrogé les lois prévoyant la limitation du nombre de mandat du chef de l’Etat pour pouvoir briguer un nouveau mandat. Une controverse,  qui n’a pas manqué de susciter des réactions au sein de la communauté internationale. L’on se souvient aussi des reproches timides et des accusations des partis d’oppositions togolaises quant à l’aide logistique qu’a accordé Faure Gnassingbé à son homologue « burkinabé » lors de ces élections.

Avant le scrutin, le chef du Faso a pris soin d’affaiblir et de ridiculiser son opposition qui y allait par voix discordantes, tout comme au Togo. Des exemples qui ne permettent pas forcément de diaboliser l’arbitre burkinabé de la rencontre togolo-togolaise, de mener un débat critique sur sa compétence démarquée par rapport aux autres propositions dont il a surgi. La raison fondamentale aurait été qu’il « connaît bien nos réalités ». Selon Léopold Gnininvi de la CDPA donnant son impression sur le choix « unanime » de Blaise Compaoré : « par miracle, pour une fois, un consensus très général s’est dégagé ». Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’UFC, interrogé sur les raisons qui ont poussé au choix de ce dernier affirme : « il faut dire que d’abord que le dialogue a voulu choisir une personnalité africaine ; ensuite une personnalité qui s’intéresse depuis longtemps au problème togolais. Et c’est la raison pour laquelle le choix s’est porté sur lui ». Sur la question de savoir si son parti est satisfait de la décision prise, il ajoute : « je suis prudent. On connaît le président Compaoré. L’UFC le connaît. Moi-même, je le connais. Donc, quand j’aurai ses résultats, je dirai si je suis satisfait ; pour le moment, je ne puis rien dire. »

Autre élément sérieux à réflexion, le rapprochement subit entre le néo-régime togolais et celui du Faso au lendemain du 05 février. D’un côté, la démarche se voudrait de barrer la voie à toute base arrière pouvant servir de nid potentiel à une rébellion ; une raison pour vite effacer la page des différends « avec le vieux ». De plus, diverses délégations officielles et officieuses aussi bien  du pouvoir togolais que de l’opposition n’ont cessé de faire un incessant ballet entre Lomé et Ouagadougou pour on ne sait quoi. De l’autre, le Togo désenclave et permet une ouverture sur la mer.

L’on ne compte plus les visites de Faure Gnassingbé à Ouaga ou celles effectuées dans le sens  inverse. C’est probablement dans le cadre de cette « amitié » que le ministre de l’intérieur burkinabé a participé à toutes les négociations du dialogue inter togolais depuis le début. Interrogés à ce sujet, plusieurs chefs de partis politiques se sont montrés évasifs.

Face à ces intérêts, l’hôte burkinabé sera-t-il au dessus de la mêlée, ou sera-t-il respectueux avant tout de la diplomatie ?

Il va sans dire que le Burkina-Faso a tout intérêt à ce que la politique togolaise aille au mieux de sa forme, car le Togo embrasé, étoufferait économiquement le Burkina. Cependant, quoi qu’on dise, la tâche ne sera pas facile pour Blaise Compaoré. Il s’est taillé la constitution de son pays, n’a pas pu jusqu’ici trouver les assassins de Norbert Zongo, et puis on le soupçonne d’être une aile marchante de Paris, mais tout cela l’empêchera pas d’aborder avec les togolais des questions de textes modifiés (constitution, cadre électoral…). La réforme de l’armée, l’impunité et les réfugiés sont également des points qui décideront de la suite des débats.

Eli Gbodui

 
Comportement pendant les invitations : Comment repousser les «pulsions alimentaires ?»

En Afrique en général, l’extrême pauvreté fait que les familles pour la plupart du temps n’ont la chance de partager de copieux plats qu’à l’occasion des fêtes traditionnelles, lors des célébrations de mariages et des sorties de deuil. Ceci étant, ces occasions sont les moments où des personnes, la pauvreté aidant, profitent pour se remplir la ventre. Dès lors, on se jette sans contrôle sur les aliments servis, bien que ce soit en public. Ainsi, on voit au cours des invitations ou des réceptions, des comportements quelque peu déplacés face aux repas servis. Cette habitude ne concerne pas que les pauvres ou les villageois. Même les soi disant citadins ne sont pas épargnés. Est-ce alors une résultante de la pauvreté qui frappe l’écrasante majorité des populations ou est-ce  simplement une mauvaise habitude ou un manque d’éducation ou de respect de sa personne ?

D’abord, on s’aperçoit en Afrique d’une manière générale  que très peu sont les ménages qui arrivent à s’assurer les 3 repas classiques du jour. La conjoncture économique a rendu précaire la vie des populations des sociétés africaines. Ensuite, pour les ménages moyens, on mange sur mesure de peur d’épuiser ses provisions et se retrouver dans une situation de dénuement. C’est là entre autres certaines raisons qui, à l’occasion des sorties festive font assister à de mauvais comportements alimentaires, allant de table à table pour manger tout ce qui est servi sans contrôle. « Tout se qui ne tue pas engraisse » dit- on souvent à ces occasions. Pour d’autres encore, « il faut faire d’une pierre deux coups » ; pour n’avoir pas pu manger comme il se doit avant de venir, on profite de cette opportunité pour « faire le plein ».

Le système 011, 101, 001 en est pour quelque chose.
Dans certains pays africains où les habitants vivent avec moins d’un dollar par jour, les populations triment énormément pour pouvoir survivre. Afin donc de pouvoir joindre les deux bouts quotidiennement, on adopte le système alternatif susmentionné. Le 011 (0, one, one) consiste à ne prendre que le déjeuner et le dîner. On se passe du petit déjeuner.

Pour le second (one, 0, one). On prend le petit déjeuner, one ne déjeune plus en vue de pouvoir dîner. Pour le troisième cas (0, 0, one), le niveau extrême de pauvreté, pour toute la journée, on ne mange qu’une seule fois : le dîner.

Face donc à une telle subsistance déplorable, certains, sous la pulsion de la faim n’hésite pas un seul instant à des occasions de fête à vouloir «honteusement » tout manger, et même emporter le reste chez eux : c’est des  « take away ».

Lors des occasions de mariage ou de deuil
Dans certains cas de figure, le problème est beaucoup plus criard. Hommes, femmes et enfants quittent la maison pour se rendre soit au mariage soit aux funérailles avec à l’idée de profiter au maximum pour manger et économiser le peu d’argent qu’on a sur soi.

Pire encore, on se permet dans certains cas de demander aux enfants de se rendre sur un lieu de mariage ou d’obsèques pour pouvoir trouver quelque chose à manger.

Devant une telle situation, la fuite de responsabilité des parents ou l’incapacité de ces derniers à pouvoir subvenir aux besoins de leur progéniture ouvre la voie à des habitudes indignes mais souvent irrémédiables. Ainsi on voit des gens à des occasions de fêtes  rôder de table à table avec un sachet plastique discrètement plié pour ramasser les restes.

Le comble, c’est quand il s’agit d’un «service libre ». Alors, on assiste à une scène qui s’apparente à celle d’un camp de réfugiés où on se bouscule pour se tailler une part. Aussi curieux que cela puisse paraître, on voit même qui se disent « intello » se laisser aller à ces comportements. Il n’est pas étonnant de voir, à la fin d’une conférence de presse ou à l’ouverture d’un séminaire des journalistes se bousculer autour de la table du cocktail qui est offert. Il arrive des moments où, dans le sac en bandoulière de certains journalistes, cohabitent  croissants, gâteaux, sandwich et calepins de prise de note.

Pauvre ou pas, toute personne doit pouvoir quelle que soit sa situation précaire sociale maintenir sa dignité et la préserver vis-à-vis des autres.

Et pourtant, que l’on croupisse ou subisse les affres de la pauvreté la dignité et le respect de sa personne doit primer sur les « pulsions alimentaires »

Abdoul  Wahid  AFODA

 

 

 

 

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