|
C’est un premier ministre qui a gardé tout de son
éloquence, qui s’est confié hier à la presse, dans
la salle Kéran de l’hôtel 2 Février. Tout comme à
l’occasion des 100 jours à la tête du gouvernement,
le patron de la primature togolaise a fait le tour
des différents secteurs de la vie de la nation
togolaise. La question du retour des réfugiés, la
réconciliation, l’environnement politique avec
l’aboutissement à un accord partiel, puis la
désignation de façon consensuelle d’un
facilitateur, l’économie, la santé, l’agriculture,
la sécurité, la diplomatie, le sport sont entre
autres les différents sujets abordés par le premier
ministre.
Selon lui, le travail effectué n’est certes pas,
pour l’heure, parfait, mais, a permis de changer
l’image du pays, ternie par les événements
douloureux qui ont émaillé le processus électoral.
Au
plan diplomatique, il a insisté sur l’importance des
divers déplacements de Faure Gnassingbé qu’il juge
nécessaire pour marquer de nouveau la présence du
Togo sur l’échiquier internationale. « Les
déplacements sont indispensables pour un pays qui
revient de si loin », a déclaré le chef du
gouvernement avant d’ajouter que cela devra
permettre également de conforter les coopérations
bilatérales qui ont failli faiblir entre temps.
Quant aux relations quelques peu entachées que le
Togo entretient avec l’Union Européenne, elles sont
en voie de rétablissement, a essayé de démontrer
Edem Kodjo. « Le rapprochement entre UE et le
Togo est évident », en témoigne le déblocage des
fonds du STABEX. « En quelques mois, l’UE a
octroyé plus de 30 milliards de FCFA au Togo »,
ceci parce que le pays montre des signes
encourageants de réformes surtout en matière du
respect des Droits de l’Homme, a-t-il ajouté.
Selon Edem Kodjo, le gouvernement s’est résolument
engagé sur le chantier des droits de l’homme et, les
organisations y afférentes notent qu’ «il y a
aujourd’hui une réelle mutation dans le pays».
Ce changement peut être perceptible avec les
différents projets, lois et autres instruments que
le gouvernement met en place.
Il
a également rappelé les différentes mesures prises
avec le concours de l’UE, pour assainir
l’environnement pénitentiaire du Togo. C’est
d’ailleurs dans ce cadre, que près d’un millier de
prisonniers de délit jugé mineur ont été libérés
a-t-il souligné. Par ailleurs, le premier ministre a
fait savoir que son gouvernement a autorisé un libre
accès des détenus, aux avocats comme aux
organisations de défense des droits de l’homme pour
l’inspection des conditions de détention. Il a
également salué la restructuration de la CNDH, de
même que le renouvellement de ses membres. La CNDH
est instituée par l’Etat pour veiller et défendre le
respect des droits de l’homme sur le plan national.
La lutte pour un Etat de droit suppose une autre
lutte, celle déjà entreprise mais qui reste un sujet
préoccupant pour l’Etat togolais : le combat pour
mettre fin à l’impunité.
Un
combat à la togolaise
Selon le chef du gouvernement togolais ; Edem Kodjo,
il urge certes de mener cette lutte mais, il
convient également de faire attention pour que le
« remède ne devienne pire que le mal ». Pour
lui, il faut chercher une solution qui prenne en
compte l’environnement sociopolitique particulier au
Togo ; car, au delà des vœux des différentes
associations et organisations de défense des droits
de l’homme qui, a chaque rencontre, indique Edem
Kodjo, insiste avec cette lutte, « nous, nous
sommes des dirigeants et nous devons veiller à la
paix et à la sécurité de nos population ». Toute
action doit être donc menée dans le strict respect
de cette mission. Il a alors relevé l’importance que
révèle la stabilité du pays pour son gouvernement et
a plaidé plutôt pour « une solution à
la
Togolaise: nous ne sommes pas obligés de faire
comme les autres »,
a-t-il lancé.
La
démarche du gouvernement se situerait plutôt dans
une logique d’apaisement, a laissé entendre Edem
Kodjo. Ce qui aurait motivé « la note du 10 mars »,
qui demandait l’arrêt des poursuites contre tout
présumé coupable de violation des droits de l’homme
ou d’exaction pendant la période électorale d’avril
2005. Une lettre que le premier ministre affirme
avoir faite sur demande du HCR, mais qui a suscité
des critiques de la part de certaines organisations
de défense des droits de l’homme. Mais, l’objectif
premier était la réconciliation et le retour des
réfugiés, à l’en croire.
Le
vrai pari du gouvernement
Dans la présentation du bilan d’une année de
gouvernement, il a paru que le retour des réfugiés
et la réconciliation constituent des priorités,
mieux, un pari pour l’exécutif Togolais.
Selon Edem Kodjo, la fameuse « lettre de 10 mars »
qui fait l’objet de diverses critiques en plus de
différentes dispositions prises par l’Etat ont
« contribué » à « rassurer nos compatriotes
dans leur volonté de retour ». Ainsi, « à ce
jour selon les chiffres du Haut Commissariat des
Nations Unis pour les Réfugiés (HCR), sur 17 mille
réfugiés entrés au Ghana en 2005, il en reste
6578…2000 réfugiés, sont officiellement rapatriés
vers leurs foyers par le Haut Commissariat au
Réfugiés et à l’Action Humanitaire (HCRAH), 1000
sont revenus d’eux-mêmes tandis que 10.000 sont
rentrés sans se faire enregistrer auprès du HCRAH.
Au
Bénin, selon toujours les chiffres du HCR, sur 26500
réfugiés togolais rentrés dans ce pays en 2005, il
en reste aujourd’hui 9950 selon la répartition
suivante : sur 15000 réfugiés urbains identifiés en
dehors des camps du HCR, il en reste aujourd’hui
4000 environ ; sur 9300 en 2005, dans les camps d’Agamè,
il en reste en ce jour, 5500 et sur les 17000
enregistrés dans le camp de Comé, on ne compte plus
que 450.
Devant le nombre important de Togolais qui ont
quitté le camp de Comé, … le HCR vient de prendre la
décision de fermer ce camp à partir du 15 Août 2006 ».
Le
premier ministre a également fait cas de
l’installation des comités nationaux d’accueil des
réfugiés, ce qui aurait facilité ces retours au
bercail.
Toujours au chapitre du retour des réfugiés, le chef
du gouvernement, a fait un exposé des différentes
actions menées par sont équipe, qui vont des visites
aux réfugiés à l’élaboration d’un plan d’action qui
a reçu les promesses de soutien financier pour sa
mise en œuvre.
La
réconciliation
A
ce niveau, Edem Kodjo s’est félicité du fait qu’ils
ont eu à prendre « des décisions courageuses ».
Ces décisions vont des célébrations religieuses
faites en mémoire de Sylvanus Olympio, le 13
Janvier, à, « l’éclat particulier donné aux
cérémonies de commémoration de la fête de
l’indépendance, le 27 Avril ». Ces actions
autrefois étaient quasi impossibles au Togo.
Edem Kodjo a en outre évoqué le travail effectué par
la commission présidée par Mon Seigneur Casimir
Dosseh-Anyron, commission qui avait été chargée de
mener des réflexions pour la réhabilitation de
l’histoire du Togo.
La
sécurité
Face au banditisme grandissant, le gouvernement a
procédé au renforcement des effectifs de la police
qui compte aujourd’hui 615 agents et la gendarmerie,
750 agents. Ces différents corps des forces de
l’ordre ont été dotés de « moyens modernes
d’investigation et de communication » pour un
meilleur service sécuritaire, a révélé Edem Kodjo.
Il
a en outre porté à la connaissance de tous, la
création d’une nouvelle structure, la compagnie
d’intervention de Proximité (CIP). Ce corps, créé le
31 juillet dernier, a pour rôle de venir en appoint
au travail qu’effectuent déjà sur le terrain les
différents détachements des forces de l’ordre pour
lutter efficacement contre le banditisme sous toutes
ses formes. « Le banditisme petit ou grand, qui
sévit ici ou là, doit être combattu », a promis
Edem Kodjo.
Quant aux forces Armées Togolaises, de nouveaux
projets portant sur les statuts et le code de
conduite de l’armée sont en phase de finalisation
par une commission ; ces textes vont régir le
fonctionnement du système de défense du pays.
La
réforme de la justice
La
réforme de l’environnement judiciaire est l’un des
points sur lesquels le leader du CPP a beaucoup
insisté. « La justice est un des piliers de
l’action de réforme du gouvernement » ,a –t-il
affirmé .
Il
a mis l’accent sur la sensibilisation qui s’est
faite au niveau des services de détention et des
tribunaux pour le respect scrupuleux des libertés
fondamentales, « à savoir le garde à vue, la
proscription des détentions abusives et arbitraires… ».
Il a rappelé par ailleurs l’atelier de validation du
programme de modernisation de la justice, d’un coût
global de 10 milliards de FCFA, qui s’est tenu à
Kpalimé, il y a quelques mois et la création récente
d’une commission nationale de modernisation de la
législation. Cette dernière commission a pour rôle
de « dépoussiérer et d’harmoniser les textes de
lois et de tourner définitivement le dos à la
lenteur judiciaire ».
Edem Kodjo a passé en revue les dispositions prises
pour d’une part, permettre à la cour suprême de
reprendre ses activités et de se saisir des nombreux
dossiers laissés en attente, et d’autre part, rendre
opérationnel le conseil de la magistrature suprême
et le tribunal administratif. Cette dernière
institution a pour prérogative de régler les
contentieux relatifs aux abus dont sont victimes les
administrés de la part de l’administration...
A
part ces dispositifs d’ordre technique, le
gouvernement a entrepris des programmes d’actions
portant sur l’apurement en un délai court (un an),
de tous les contentieux en souffrance devant les
juridictions, et sur l’organisation d’audiences
foraines pour la délivrance des jugements
supplétifs tenant lieu d’acte de naissance.
Renforcement des moyens de finance de l’Etat
Sur le plan économique, une priorité a été accordée
aux moyens de financement de l’Etat. C’est ainsi
que le premier ministre a annoncé l’informatisation
complète et imminente de la douane et des impôts, en
plus de la création d’un guichet unique. Ce guichet
unique permettra sans nul doute la centralisation
des rentrées au niveau des douanes, l’augmentation
et la sécurisation des ressources de l’Etat.
Afin de relancer l’économie, l’état a procédé, a
annoncé Edem Kodjo, au versement régulier des
salaires et ce, malgré les difficultés financières
post-électorales, au recrutement de plus d’un
milliers d’enseignants, à la construction et à la
réhabilitation des infrastructures scolaires, la
levée de l’effet financier des avancements etc..
D’autres mesures comme la mise en place d’un fonds
d’appui aux initiatives des jeunes, (adopté au
dernier conseil des ministres), le renforcement de
la lutte contre la corruption, sont autant
d’éléments qui viennent conforter, la lutte pour une
relance économique entamée par l’Etat.
Concernant la lutte contre la corruption, une
gangrène pour l’économie nationale, l’ancien
secrétaire de l’OUA a estimé qu’il est difficile de
vaincre totalement le phénomène. Mais en l’abordant
à la base, en prenant des dispositions pratiques
allant dans le sens du renforcement des contrôles à
chaque niveau de l’administration, en instituant des
institutions d’inspections a-t-il souligné, on peut
prétendre réduire ses effets sur l’économie
nationale ; car, « la corruption est une plaie
qui va sévir encore pour longtemps », a-t-il
averti.
L’agriculture
L’agriculture, un domaine important de l’économie du
pays n’a pas été laissée de coté par le leader du
CPP. Tout en saluant l’apport considérable des
bailleurs de fonds et des pays comme l’Inde qui ont
fait don de tracteurs, d’intrants ou de céréales au
Togo, il a réitéré l’envie de son équipe de
moderniser l’agriculture togolaise. C’est dans cette
perspective que Edem kodjo a rappelé la décision du
gouvernement d’acquérir des tracteurs et d’intrants
de même que des semences de qualité pour assurer aux
populations une sécurité alimentaire. La filière
coton a été également abordée par le premier
ministre.
Le
climat politique
L’environnement politique a aussi préoccupé Edem
kodjo qui s’est d’ailleurs réjoui du climat dans
lequel se déroule le dialogue inter togolais. Pour
lui l’essentiel est déjà fait et le facilitateur
désigné en la personne de Blaise Compaoré,
n’interviendra que pour conclure les débats. Avec
l’aboutissement du dialogue, le premier ministre
estime que les 22 engagements seront rentrés dans
l’histoire puisque désormais respectés dans leur
totalité.
Autres
Le
sport et les mesures prises pour renforcer le
système éducatif togolais ont également été abordés
par le premier ministre qui a réaffirmé pour le
premier, le soutien de son gouvernement à oeuvrer
pour son épanouissement. Sur le plan sanitaire, il a
salué le travail effectué par le département qu’a en
charge ce portefeuille. Pour lui, la lutte contre la
pandémie du sida et bien d’autres maladies constitue
«un chantier qui mobilise toute la nation
togolaise». Il s’est réjoui de l’avancée
enregistrée dans la lutte contre le sida avec la
chute du taux de prévalence. 6% en 1998, ce taux est
aujourd’hui estimé à 3,2%. La trithérapie a de son
côté rendu accessible à toutes les bourses: elle se
fait aujourd’hui à 1000F CFA par mois alors que le
coût était de 500.000, il y a encore quelques années
a rappelé le PM.
En
tout, un bilan positif, reconnaît Edem Kodjo, qui
pense qu’il convient de le juger par rapport à
l’environnement post-électoral du pays. La preuve
est que : « notre société change, notre société a
changé… »,a-t-il conclu.
Saturnin S. NOAMESSI |