|
Le
motif avancé selon les chauffeurs, est l’ « infraction »
de stationnement interdit. Argument que semble
balayer du revers de la main ces conducteurs
urbains. « Nous ne comprenons pas ce qui se passe
dans ce pays. Personne ne nous a approché pour
parler de cette nouvelle mesure. Les responsables
syndicaux et la gendarmerie étaient la semaine
passée en sensibilisation chez nos amis qui vont à
l’intérieur du pays pour leur dire de plus garer
n’importe comment. Cette mesure ne nous concerne
pas. Les taxis de ville n’ont pas un
stationnement fixe ; nous prenons nos passagers
n’importe où », explique un chauffeur.
Excédés, les taximen se sont dirigés au ministère du
Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat pour
bloquer la circulation. Mais ils seront priés de
dégager les lieux.
Déterminés à trouver une solution à la crise, les
chauffeurs se sont repliés sur le boulevard du 30
Août au niveau de Shell Victoire bloquant de nouveau
la circulation aux usagers. Il a fallu
l’intervention de la police anti-émeutes pour calmer
les esprits permettant ainsi de frayer un couloir
aux taxi-motos et aux voitures personnelles.
« Nous ne quitterons ici sans avoir trouvé une
solution à ce problème. Les endroits où les
policiers et les gendarmes nous arrêtent ne
disposent pas de panneaux de signalisation. Pourquoi
veut-on toujours nous compliquer la vie ? Eyadema
est mort, qu’on nous laisse maintenant vivre en paix
dans le pays. Le temps où des individus prennent
leurs décisions sans l’aval des autorités est révolu »,
déclare cet autre chauffeur visiblement désemparé.
« J’ai quitté Lomé ce matin pour Noépé. A
Zanguéra, j’ai payé
1000F aux policiers, 300F aux péages. Du retour,
j’ai encore payé 300F pour le péage. Mais une fois
au grand marché, les gendarmes et les policiers
m’infligent une amende de 15000F quand je
déchargeais ma voiture. C’est du vol organisé ; dans
quel pays avez-vous entendu des choses pareilles où
on prend des décisions sans avertir les concernés ? »,
s’interroge un autre chauffeur indigné.
Après plusieurs discussions avec un officier de la
gendarmerie dépêché sur les lieux, une délégation
des chauffeurs, accompagnée par celui-ci s’était
rendue d’abord au ministère du commerce puis chez
celui de l’Equipement, des Transports et des Postes
et Télécommunication.
Les autorités semblent comprendre la réaction des
conducteurs. « Votre attitude, montre que vous
êtes des hommes responsables. Vous avez démontré
votre volonté à construire les choses et non à les
détruire… », a déclaré à l’endroit des
manifestants, M. Patozem, Directeur Général des
Transports. Aussi, les autorités ont- elles exhorté
les chauffeurs à continuer leur travail comme
toujours en attendant de trouver une solution
définitive à la crise.
En
outre, les pièces saisies aux chauffeurs leur seront
restituées. De même, ceux qui ont été contraints à
payer des amendes entre le 31 juillet et le 01 Août,
seront remboursés.
Contrôle de routine ou escroquerie?
A
voir de près le ticket de 5000F qui sanctionne pour
« infraction au stationnement interdit »,
l’agent routier n’a mentionné ni son nom, ni son
grade alors même que des places sont réservées à ces
indications sur ce document. Pourquoi ne l’a-t-il
pas fait ?
Sur certaines routes, des informations font état
d’une forme de magouille au niveau des péages de la
part des chauffeurs et des agents chargés de la
collecte des fonds. Des chauffeurs seraient en
connivence avec ces agents pour utiliser le même
ticket et payeraient des sommes en dessous des
montants établis.
Sur la route Lomé-Aného, les chauffeurs seraient
soumis à des rackets de toutes sortes. Une passagère
raconte : « Le 27 juillet dernier, nous nous
rendions à Anèho. De la station Hollando à Dagué, le
chauffeur a dû vider sa poche pour payer les
policiers qui sont sur la route. A Dagué, il était
obligé de prendre
500F chez les passagers pour pouvoir payer les
policiers qui sont là-bas. Nous étions furieux
contre les policiers… ils sont devenus rois sur la
route ».
En
début de semaine dernière, les responsables de
l’Union des Syndicats des Conducteurs Routiers du
Togo, accompagnés de gendarmes ont mené une compagne
de sensibilisation dans les gares routières de Lomé
sur de nouvelles stratégies qui ont été prises pour
réglementer le secteur de transport. Il a été décidé
l’arrêt des stationnements dits « sauvages »,
la surcharge des personnes et des marchandises.
Des chauffeurs avaient dénoncé ces mesures, estimant
qu’il y a des problèmes que les autorités devraient
régler avant de prendre ces genres de décisions.
D’autres villes plus structurées comme Accra (au
Ghana) ne connaissent pas de tels problèmes. Avec
l’instauration des « Bus- stop », les
véhicules sont éduqués à s’arrêter et à stationner
dans l’ordre et la discipline sous peine d’amende.
Noël GLISSOU |