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4 Août 2006

[ 134: 2 Août 2006]  
Lutte contre la pauvreté : Et si l’Afrique comptait sur elle-même ?

Dans la première quinzaine du mois de juillet s’est tenu à Saint Petersburg en Russie, le sommet des huit pays les plus industrialisés  du monde : le G8.

Comme depuis quelques années déjà, 2001 plus précisément, à la veille de ce sommet, on a annoncé que la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement dont ceux d’Afrique, sera l’un des points clés à l’ordre du jour. Mais, le conflit  au proche orient a pris le dessus, et les « 8 grands » n’ont pas eu le temps de discuter du continent noir, sur lequel on dénombre plus d’une dizaine de conflits réels et latents. C’est à croire que les millions d’enfants de moins de 5  ans qui meurent tous les ans au Niger pour cause de famine, les centaines de morts de la crise ivoirienne, les centaines de milliers de morts de la guerre du Darfour soient moins importants que les morts enregistrés dans la lancinante crise du Proche Orient,  savamment entretenue par les puissances occidentales.

Face à ce mépris ou à ce que d’aucuns qualifient de politique à double vitesse de la communauté internationale, il s’avère plus qu’impérieux de se demander si le continent ne doit pas cesser d’espérer que son messie viendra pour plutôt se mettre au travail pour enclencher son développement à partir  de ses innombrables richesses minières, agricoles,….

Qu’on le veuille ou non, tout porte à croire que c’est à l’Afrique, elle-même de travailler pour son propre développement, si elle ne veut pas demeurer pendant des siècles encore le mendiant des autres.

 
 

L’Afrique dans le Starting bloc
En 1960, beaucoup de pays africains, tout comme leurs vis-à-vis asiatiques et latino américains, sortaient du joug colonial. En Afrique, comme sur tous les autres continents, les nouveaux leaders vont mettre en place des plans directeurs pour le décollage économique de leurs pays respectifs. Ces plans directeurs, heureusement  ou non, vont reposer dans la plupart sinon, la quasi-totalité des pays africains sur le modèle économique colonial : c’est une économie axée sur l’exploitation des matières premières et l’importation des produits finis. Les fameuses politiques d’auto suffisance alimentaire ou révolutions vertes initiées au Togo, au Bénin et ailleurs sur le continent ont connu de brillants échecs et dans une moindre mesure  des résultats mitigés.

Des études faites au cours du siècle précédant ont établi qu’au cours de la décennie 1960, certains pays africains comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, ont enregistré des taux de croissance largement deux fois supérieurs à ceux enregistrés par les pays asiatiques comme la Corée du sud, la Thaïlande, le Singapour qui, eux aussi, sortaient de la colonisation britannique ou nipponne. Trente ans plus tard c’est-à-dire à la fin des années 1990, la tendance s’est considérablement inversée en faveur des « orientaux » et latino américains dont la plupart font partie du groupe des nouveaux pays industrialisés. La Chine autrefois pays pauvre est entre temps passé au 7ème rang mondial avant de se hisser fin 2005 à la quatrième  place avec un taux de croissance qui avoisine 10%. Au même moment les pays de la zone UEMOA dans leur ensemble ont de la peine à atteindre un taux de croissance de 4% (Ils ont enregistré 3,6% en 2005 contre 2,9% en 2004 et espèrent atteindre seulement 4,1% cette année).

En dehors de l’Afrique du sud et de certains pays du Maghreb (Egypte, Maroc, Libye), la quasi-totalité des pays du continent ont du mal à se départir de leur situation de pauvreté. La preuve, le 177ème et dernier pays au classement du développement humain du programme des Nations unies pour le développement (PNUD)
est africain : le Niger ; 34 des 42 pays les plus pauvres, selon le classement établis pour les institutions de Breton Wood, sont africains. A cette allure, point n’est plus besoin que l’on conclue que la très large majorité des pays les moins avancés (PMA) sont  africains. Un récent rapport du CNUCED indique qu’un tiers des PMA ont une économie en stagnation ou en régression

Comment en est-on arrivé à cette situation ? Les explications sont de  plusieurs ordres. Pour l’essentiel, nous évoquerons l’endettement et l’orientation économique du continent.

Les emprunts contractés entre 1960-1970
Au lendemain des indépendances, les leaders africains ont voulu relever le défi du développement économique et social de leur pays. Cette volonté s’est rapidement heurté à de réels problèmes d’absence d’infrastructures (routes, ponts, barrages hydroélectriques, …). Face à ces problèmes, les banques et autres institutions financières occidentales, en proie à l’époque à des crises financières de surliquidités vont proposer aux « pauvres dirigeants » du continent des prêts.

Malheureusement pour les africains et heureusement pour les banques privées d’Europe, le choc pétrolier de 1973, la chute du prix des matières premières telles que le phosphate dont le prix a chuté de 50% et d’autres crises économiques vont littéralement plonger le continent noir dans le noir. D’après un rapport du CNUCED, entre 1968 et 1980, la dette de l’Afrique envers ces créanciers s’est multipliée par 12. Ceci parce que les taux d’intérêt préalablement faible ont été revus à la hausse : ils sont passés de 16 à plus de 18%   au moment ou le dollars américain, devise de règlement fait l’objet de véritables spéculations.

Entre temps, il faut signaler que les emprunts contractés n’ont servi principalement qu’à de grands travaux qui, à la fin n’ont servi à rien. On parlera entre autres des infrastructures éléphantesques, des colosses aux pieds d’argile ou encore des éléphants blancs. Il s’agit au Togo de la raffinerie qui a coûté des dizaines de milliards (environs 34) ; en RDC, ex ZaÏre, du barrage d’Inga qui est censé alimenter toute l’Afrique, mais qui aujourd’hui fournit à peine 10 heures d’électricité par jour aux Congolais ; etc.

Le comble pour le continent est que ces emprunts sont en réalité repartis en Europe puisque les entreprises qui devraient réaliser les travaux étaient toutes européennes. Bref, la formule consacrée est la suivante : « Je te prête 10 millions à un taux très faible, à condition que tu achètes les matériaux de construction dans mon pays  et que ce soient les compagnies de mon pays qui exécutent les travaux ».

D’après un rapport des nations unies, l’Afrique a reçu 294 milliards de dollars en prêt, elle en a remboursé 268 milliards et reste devoir à ses créanciers 210 milliards de dollars ! Un paradoxe qui a amené les confrères du magazine catholique « Afrique Espoir » à écrire qu’ « en 20 ans le tiers monde a déjà remboursé 6 dollars pour 1 dollar emprunté. Et on lui réclame encore 4 dollars ».

Une économie calquée et mal orientée
Le colon blanc lors de son « séjour »  sur le continent a pris soin « d’ouvrir » son sous sol et de convoyer gracieusement le contenu chez lui en Europe. Du moins, les infrastructures développées, l’étaient pour le transport des matières premières. On le voit bien au Togo où la ligne de chemin de fer Kpalimé-Lomé est destinée au transport du café et du cacao produits dans la région des plateaux, celle venant d’Anèho est faite pour la noix de coco, le wharf pour le phosphate….

La partie septentrionale était peu couverte du fait qu’elle regorge peu ou presque pas de matières premières intéressantes pour la métropole.

Après les indépendances, les nouvelles autorités africaines vont bâtir l’économie de leur pays sur cet « héritage colonial ». L’économie de la plupart des pays est extravertie et fortement liée à l’ancienne puissance coloniale. Et comme l’ont constaté tous les économistes du monde, le marché des matières premières est le seul au monde où c’est l’acheteur qui fixe le prix du produit et non le vendeur. Certains diront tout simplement que l’Afrique est « trichée », ou que ses matières premières sont pillées. Il est à noter au passage que les quelques rares chefs d’Etats africains qui ont compris le dessous de la langue de bois des multinationales, chefs d’Etats, et experts européens ont été rappelé à « l’ordre ». Les téméraires ou récalcitrants ont été priés de rejoindre leurs ancêtres : c’est la cascade des coup d’Etat sur le continent et la montée au pouvoir des hommes en kaki dont la plupart était des pions au service de l’Europe.

Le salut ne viendra de nulle part…
Victime des intérêts de la finance internationale, l’Afrique fait aujourd’hui l’objet de peu d’attention de la part des ses « partenaires » en « sous développement » les récents sommets du G8,  le peu de soutien enregistré par le NEPAD auprès des occidentaux et « leurs » FMI et Banque Mondiale, les amers pilules des PAS (Programme d’ajustement structurel) et leur dérivée l’initiative PPTE (Pays pauvres Très Endettés) administrés aux pays africains  par la communauté financière illustrent suffisamment  que le salut de l’Afrique ne viendra que de ses propres fils. 

A ce sujet, certains intellectuels de la diaspora pensent entre autres que le continent devra faire le rappel de ses fils partis enrichir l’occident, réformer ses institutions financières, promouvoir la coopération sud-sud, réfuter ce qu’ils appellent les « vrais faux programmes de développement », concoctés  à dessein par les matières grises occidentales pour appauvrir l’Afrique. S’y ajoutent la lutte contre la fuite des cerveaux et la baisse des niveaux de scolarisation qui, selon les économistes, constituent aujourd’hui quelques uns des défis majeurs que l’Afrique doit relever pour espérer être au rendez-vous du développement.

Marc D. Kouakani-assi

 

 

 

 

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