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Dans la première quinzaine du mois de
juillet s’est tenu à Saint Petersburg
en Russie, le sommet des huit pays les
plus industrialisés du monde : le G8.
Comme depuis quelques années déjà,
2001 plus précisément, à la veille de
ce sommet, on a annoncé que la lutte
contre la pauvreté dans les pays en
développement dont ceux d’Afrique,
sera l’un des points clés à l’ordre du
jour. Mais, le conflit au proche
orient a pris le dessus, et les « 8
grands » n’ont pas eu le temps de
discuter du continent noir, sur lequel
on dénombre plus d’une dizaine de
conflits réels et latents. C’est à
croire que les millions d’enfants de
moins de 5 ans qui meurent tous les
ans au Niger pour cause de famine, les
centaines de morts de la crise
ivoirienne, les centaines de milliers
de morts de la guerre du Darfour
soient moins importants que les morts
enregistrés dans la lancinante crise
du Proche Orient, savamment
entretenue par les puissances
occidentales.
Face à ce mépris ou à ce que d’aucuns
qualifient de politique à double
vitesse de la communauté
internationale, il s’avère plus
qu’impérieux de se demander si le
continent ne doit pas cesser d’espérer
que son messie viendra pour plutôt se
mettre au travail pour enclencher son
développement à partir de ses
innombrables richesses minières,
agricoles,….
Qu’on le veuille ou non, tout porte à
croire que c’est à l’Afrique,
elle-même de travailler pour son
propre développement, si elle ne veut
pas demeurer pendant des siècles
encore le mendiant des autres. |
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L’Afrique dans le Starting bloc
En 1960, beaucoup de pays africains, tout comme
leurs vis-à-vis asiatiques et latino américains,
sortaient du joug colonial. En Afrique, comme sur
tous les autres continents, les nouveaux leaders
vont mettre en place des plans directeurs pour le
décollage économique de leurs pays respectifs. Ces
plans directeurs, heureusement ou non, vont reposer
dans la plupart sinon, la quasi-totalité des pays
africains sur le modèle économique colonial : c’est
une économie axée sur l’exploitation des matières
premières et l’importation des produits finis. Les
fameuses politiques d’auto suffisance alimentaire ou
révolutions vertes initiées au Togo, au Bénin et
ailleurs sur le continent ont connu de brillants
échecs et dans une moindre mesure des résultats
mitigés.
Des études faites au cours du siècle précédant ont
établi qu’au cours de la décennie 1960, certains
pays africains comme le Ghana et la Côte d’Ivoire,
ont enregistré des taux de croissance largement deux
fois supérieurs à ceux enregistrés par les pays
asiatiques comme la Corée du sud, la Thaïlande, le
Singapour qui, eux aussi, sortaient de la
colonisation britannique ou nipponne. Trente ans
plus tard c’est-à-dire à la fin des années 1990, la
tendance s’est considérablement inversée en faveur
des « orientaux » et latino américains dont
la plupart font partie du groupe des nouveaux pays
industrialisés. La Chine autrefois pays pauvre est
entre temps passé au 7ème rang
mondial avant de se hisser fin 2005 à la quatrième
place avec un taux de croissance qui avoisine 10%.
Au même moment les pays de la zone UEMOA dans leur
ensemble ont de la peine à atteindre un taux de
croissance de 4% (Ils ont enregistré 3,6% en 2005
contre 2,9% en 2004 et espèrent atteindre seulement
4,1% cette année).
En dehors de l’Afrique du sud et de certains pays du
Maghreb (Egypte, Maroc, Libye), la quasi-totalité
des pays du continent ont du mal à se départir de
leur situation de pauvreté. La preuve, le 177ème et
dernier pays au classement du développement humain
du programme des Nations unies pour le développement
(PNUD)
est africain : le Niger ; 34 des 42 pays les plus
pauvres, selon le classement établis pour les
institutions de Breton Wood, sont africains. A cette
allure, point n’est plus besoin que l’on conclue que
la très large majorité des pays les moins avancés
(PMA) sont africains. Un récent rapport du CNUCED
indique qu’un tiers des PMA ont une économie en
stagnation ou en régression
Comment en est-on arrivé à cette situation ? Les
explications sont de plusieurs ordres. Pour
l’essentiel, nous évoquerons l’endettement et
l’orientation économique du continent.
Les emprunts contractés entre 1960-1970
Au
lendemain des indépendances, les leaders africains
ont voulu relever le défi du développement
économique et social de leur pays. Cette volonté
s’est rapidement heurté à de réels problèmes
d’absence d’infrastructures (routes, ponts, barrages
hydroélectriques, …). Face à ces problèmes, les
banques et autres institutions financières
occidentales, en proie à l’époque à des crises
financières de surliquidités vont proposer aux « pauvres
dirigeants » du continent des prêts.
Malheureusement pour les africains et heureusement
pour les banques privées d’Europe, le choc pétrolier
de 1973, la chute du prix des matières premières
telles que le phosphate dont le prix a chuté de 50%
et d’autres crises économiques vont littéralement
plonger le continent noir dans le noir. D’après un
rapport du CNUCED, entre 1968 et 1980, la dette de
l’Afrique envers ces créanciers s’est multipliée par
12. Ceci parce que les taux d’intérêt préalablement
faible ont été revus à la hausse : ils sont passés
de 16 à plus de 18% au moment ou le dollars
américain, devise de règlement fait l’objet de
véritables spéculations.
Entre temps, il faut signaler que les emprunts
contractés n’ont servi principalement qu’à de grands
travaux qui, à la fin n’ont servi à rien. On parlera
entre autres des infrastructures éléphantesques, des
colosses aux pieds d’argile ou encore des éléphants
blancs. Il s’agit au Togo de la raffinerie qui a
coûté des dizaines de milliards (environs 34) ; en
RDC, ex ZaÏre, du barrage d’Inga qui est censé
alimenter toute l’Afrique, mais qui aujourd’hui
fournit à peine 10 heures d’électricité par jour aux
Congolais ; etc.
Le comble pour le continent est que ces emprunts
sont en réalité repartis en Europe puisque les
entreprises qui devraient réaliser les travaux
étaient toutes européennes. Bref, la formule
consacrée est la suivante : « Je te prête 10
millions à un taux très faible, à condition que tu
achètes les matériaux de construction dans mon pays
et que ce soient les compagnies de mon pays qui
exécutent les travaux ».
D’après un rapport des nations unies, l’Afrique a
reçu 294 milliards de dollars en prêt, elle en a
remboursé 268 milliards et reste devoir à ses
créanciers 210 milliards de dollars ! Un paradoxe
qui a amené les confrères du magazine catholique « Afrique
Espoir » à écrire qu’ « en 20 ans le tiers
monde a déjà remboursé 6 dollars pour 1 dollar
emprunté. Et on lui réclame encore 4 dollars ».
Une économie calquée et mal orientée
Le
colon blanc lors de son « séjour » sur le
continent a pris soin « d’ouvrir » son sous
sol et de convoyer gracieusement le contenu chez lui
en Europe. Du moins, les infrastructures
développées, l’étaient pour le transport des
matières premières. On le voit bien au Togo où la
ligne de chemin de fer Kpalimé-Lomé est destinée au
transport du café et du cacao produits dans la
région des plateaux, celle venant d’Anèho est faite
pour la noix de coco, le wharf pour le phosphate….
La partie septentrionale était peu couverte du fait
qu’elle regorge peu ou presque pas de matières
premières intéressantes pour la métropole.
Après les indépendances, les nouvelles autorités
africaines vont bâtir l’économie de leur pays sur
cet « héritage colonial ». L’économie de la
plupart des pays est extravertie et fortement liée à
l’ancienne puissance coloniale. Et comme l’ont
constaté tous les économistes du monde, le marché
des matières premières est le seul au monde où c’est
l’acheteur qui fixe le prix du produit et non le
vendeur. Certains diront tout simplement que
l’Afrique est « trichée », ou que ses matières
premières sont pillées. Il est à noter au passage
que les quelques rares chefs d’Etats africains qui
ont compris le dessous de la langue de bois des
multinationales, chefs d’Etats, et experts européens
ont été rappelé à « l’ordre ». Les téméraires
ou récalcitrants ont été priés de rejoindre leurs
ancêtres : c’est la cascade des coup d’Etat sur le
continent et la montée au pouvoir des hommes en kaki
dont la plupart était des pions au service de
l’Europe.
Le
salut ne viendra de nulle part…
Victime des intérêts de la finance internationale,
l’Afrique fait aujourd’hui l’objet de peu
d’attention de la part des ses « partenaires »
en « sous développement » les récents sommets
du G8, le peu de soutien enregistré par le NEPAD
auprès des occidentaux et « leurs » FMI et
Banque Mondiale, les amers pilules des PAS
(Programme d’ajustement structurel) et leur dérivée
l’initiative PPTE (Pays pauvres Très Endettés)
administrés aux pays africains par la communauté
financière illustrent suffisamment que le salut de
l’Afrique ne viendra que de ses propres fils.
A ce sujet, certains intellectuels de la diaspora
pensent entre autres que le continent devra faire le
rappel de ses fils partis enrichir l’occident,
réformer ses institutions financières, promouvoir la
coopération sud-sud, réfuter ce qu’ils appellent les
« vrais faux programmes de développement »,
concoctés à dessein par les matières grises
occidentales pour appauvrir l’Afrique. S’y ajoutent
la lutte contre la fuite des cerveaux et la baisse
des niveaux de scolarisation qui, selon les
économistes, constituent aujourd’hui quelques uns
des défis majeurs que l’Afrique doit relever pour
espérer être au rendez-vous du développement.
Marc D.
Kouakani-assi |