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Le Togo sous Gnassingbé II commence
par prendre des formes qui suscitent
des réactions diversement appréciées
et appréciables par les populations.
Au lendemain du décès du Général
Gnassingbé Eyadema le 05 février 2005,
les nouvelles autorités se sont
empressées à se lancer dans une course
effrénée à baptiser l’aéroport de Lomé
Tokoin, le camp militaire RIT,
l’école militaire de Tchitchao…du nom
du défunt Eyadema, en plus des
boulevards, rues …qui portent depuis
toujours le nom du « père de la
nation ». Dans l’administration,
la photo du fils héritier cohabite
harmonieusement avec celle du père.
La logique continue et désormais, les
populations de Tohoun, ont été
gratifiées d’une colombe dite de
« Réconciliation » au « Carrefour
Faure Gnassingbé »et peuvent la
contempler à longueur de journée. Une
colombe pour réconcilier vraiment les
Togolais ? |
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Une colombe, flambant neuve, trottine depuis la
semaine dernière à Tohoun, localité située à des
centaines de Kilomètres au nord de Lomé, au
quartier Tohoungan. Elle est dénommée « Colombe
de
la
Réconciliation ».
Une colombe peut-elle réellement contribuer à
réconcilier les Togolais ?
La réponse à cette question peut également
dépendre de la tendance ou du bord politique où l’on
se trouve. Toujours est-il que Lomé, la capitale
togolaise dispose déjà d’un carrefour avec le même
oiseau et les autorités l’ont baptisé « Colombe
de
la
Paix ».
La paix, la concorde nationale, l’unité nationale
…ont été pendant longtemps les points centraux des
grands discours du général Gnassingbé Eyadema au
point de devenir un « faiseur de la paix ».
Et l’on peut se demander si le Togo a jamais
connu cette paix tant chantée et dansée ; quand on
sait qu’il sous-entend aussi la bonne santé, la
sécurité physique, l’emploi etc.…
Le sens de la réconciliation dans le contexte
togolais, recommande une certaine prudence dans les
actes que chacun et chacune doivent poser. D’abord,
par une analyse objective de la situation actuelle
du Togo, il serait prématuré de dire que le pays
s’est réconcilié avec lui-même. A titre d’exemple,
les responsables des massacres qui ont eu lieu au
lendemain du décès de Eyadema Gnassingbé à Lomé
comme par tout ailleurs dans le pays ne sont pas
identifiés et tapissent toujours dans l’ombre.
Ensuite, certaines préfectures du pays sont
vidées de leurs populations qui se trouvent
actuellement au Bénin et au Ghana parce qu’elles
auraient contesté la présidentielle du 24 avril 2005
qui à vu la « victoire » de Faure Gnassingbé.
Tous les file et filles de Tohoun sont-ils
effectivement retournés sur leur terre pour que l’on
parle d’une véritable réconciliation ? Seul le
ministre Tozoun peut valablement en juger. Parler de
réconciliation quand des milliers de Togolais sont
toujours à l’étranger avec des conditions de vie
déplorable n’est-il pas une façon de faire de la
démagogie ?
Enfin, le dialogue inter togolais, cadre de
discussion national du moment se cherche les voies
et moyens pour faire revenir ses citoyens privés de
l’un de leurs droits les plus absolus : celui de
vivre en toute quiétude dans leur pays, au Togo.
A priori, les Togolais quel que soit leur bord
doivent œuvrer pour la réconciliation .Et des
actes isolés et cavaliers parfois emprunts de zèle
seraient plutôt des formules « toutes faites »,
une sorte de « vernissage » qui risque de
réveiller les démons.
Après une élection présidentielle « fauretement »
contestée avec son lot de désastre, ces démarches
apaisent-elle dans le sens large du terme le cœur
attristé des Togolais ? Rien n’est sûr.
L’emplacement même dudit monument « Carrefour
Faure Gnassingbé » ne peut-elle pas faire penser
à autre chose ? Pour certains Togolais, Faure
Gnassingbé incarne la continuité du « système
autoritaire » de son père érigé de 1967 à 2005.
Ceux-ci l’accusent d’avoir violé la Constitution du
pays en acceptant son intronisation déguisée par les
Forces Armées Togolaises (FAT) au soir du 05 février
2005 et de n’avoir pas empêcher les tueries qui ont
suivi l’annonce de sa «victoire » le 26
avril. Pour d’autres, l’acte du ministre Tozoun
s’apparenterait à un retour aux «vieux démons ».
Par le passé, des « esprits » pensants
ont consciemment ou inconsciemment entouré le
Général Gnassingbé Eyadema d’un certain culte de la
personnalité au point de l’élever au rang de «
Guide éclairé ou du Timonier national. » Au même
moment, on a tenté d’effacer soigneusement de la
mémoire collective d’autres citoyens qui ont apporté
leur contribution pour l’épanouissement de la nation
togolaise. Sans le dire officiellement, le Général
Eyadema était considéré comme « dieu ».
En lieu et place d’une véritable politique de
développement sociopolitique et économique du pays,
on a passé plutôt le temps à chanter et à danser
pour l’honneur d’une seule personne.
De Lomé à Dapaong, ce sont des statues en marbre
du « Guide éclairé » qu’on voyait.
Aujourd’hui, certains murs de nos villes portent
encore les posters géants du défunt Eyadema qui
côtoient ceux de son fils, Faure Gnassingbé. Du
boulevard Eyadema à l’école militaire Gnassingbé
Eyadema de Tchitchao passant par l’aéroport
international du même nom, il ne resterait plus
alors de place pour les autres.
Petit à petit mais résolument, le régime Faure
Gnassingbé s’enracine et commence par ressembler à
celui de son père. Ceci en ce sens que ceux qui ont
fait de son père ce qu’il était devenu sont les
mêmes à penser la ligne directive que le nouveau
patron de l’ancien parti unique doit suivre. De
quoi donner raison à ceux qui pensent que le Togo
est devenu une « République monarchique ».
Noël GLISSOU |