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31 juillet 2006

[No 133: 31 juillet 2006]  
Les colombes du père  et du fils

Le Togo sous Gnassingbé II commence par prendre des formes qui suscitent des réactions diversement appréciées et appréciables par les populations. Au lendemain du décès du Général Gnassingbé Eyadema le 05 février 2005, les nouvelles autorités se sont empressées à se lancer dans une course effrénée à baptiser l’aéroport de Lomé Tokoin, le  camp militaire RIT, l’école militaire de Tchitchao…du nom du défunt Eyadema, en plus des boulevards, rues …qui portent depuis toujours le nom du « père de la nation ».      Dans l’administration, la photo du fils héritier cohabite harmonieusement avec  celle du père. La logique continue et désormais, les populations de Tohoun, ont été gratifiées  d’une colombe dite de « Réconciliation » au « Carrefour Faure Gnassingbé »et peuvent la contempler à longueur de journée. Une colombe pour réconcilier vraiment les Togolais ?

 
 

Une colombe, flambant neuve, trottine depuis la semaine dernière à Tohoun, localité située à des centaines de Kilomètres  au nord de Lomé, au quartier Tohoungan. Elle est dénommée « Colombe de la Réconciliation ». Une colombe peut-elle réellement contribuer à réconcilier les Togolais ?

La réponse à cette question peut également dépendre de la tendance ou du bord politique où l’on se trouve. Toujours est-il que Lomé, la capitale togolaise dispose déjà d’un carrefour avec  le même oiseau et  les autorités l’ont baptisé « Colombe de
la Paix ». La paix, la concorde nationale, l’unité nationale …ont été pendant longtemps les points centraux des grands discours du général Gnassingbé Eyadema au point de devenir un «  faiseur de la paix ».

Et l’on peut se demander si le Togo a jamais connu cette paix tant chantée et dansée ; quand on sait qu’il sous-entend aussi la bonne santé, la sécurité physique, l’emploi etc.…

Le sens de la réconciliation dans le contexte togolais, recommande une certaine prudence dans les actes que chacun et chacune  doivent poser. D’abord, par  une analyse objective de la situation actuelle du Togo, il serait prématuré de dire que le pays s’est réconcilié avec lui-même. A titre d’exemple, les responsables des massacres qui ont eu lieu au lendemain du décès de Eyadema Gnassingbé à Lomé comme par tout ailleurs dans le pays ne sont pas identifiés et tapissent toujours dans l’ombre.

Ensuite, certaines  préfectures du pays sont vidées de leurs populations qui se  trouvent actuellement au Bénin et au Ghana parce qu’elles auraient contesté la présidentielle du 24 avril 2005 qui à vu la « victoire » de Faure Gnassingbé. Tous les file et filles de Tohoun sont-ils effectivement retournés sur leur terre pour que l’on parle d’une véritable réconciliation ? Seul le ministre Tozoun peut valablement en juger. Parler de réconciliation quand des milliers de Togolais sont  toujours à l’étranger avec des conditions de vie déplorable n’est-il pas une façon de faire de la démagogie ?

Enfin, le dialogue inter togolais, cadre de discussion national du moment  se cherche les voies et moyens pour faire revenir ses citoyens privés de l’un de leurs droits les plus absolus : celui de vivre en toute quiétude dans leur pays, au Togo.

A priori, les Togolais quel que  soit leur bord doivent  œuvrer pour la réconciliation .Et  des actes isolés et cavaliers parfois emprunts de zèle seraient plutôt des formules « toutes faites », une sorte  de « vernissage » qui risque de réveiller les démons.

Après une élection présidentielle « fauretement » contestée avec son lot de désastre, ces démarches apaisent-elle  dans le sens large du terme le cœur attristé des Togolais ? Rien n’est sûr. L’emplacement même dudit monument « Carrefour Faure Gnassingbé » ne peut-elle pas faire penser à autre chose ? Pour certains Togolais, Faure Gnassingbé incarne la continuité du « système autoritaire » de son père érigé de 1967 à 2005. Ceux-ci l’accusent d’avoir violé la Constitution du pays en acceptant son intronisation déguisée par les Forces Armées Togolaises (FAT) au soir du 05 février 2005 et de n’avoir pas empêcher les tueries qui ont suivi l’annonce de sa «victoire » le 26 avril. Pour d’autres, l’acte du ministre Tozoun s’apparenterait à un retour aux «vieux démons ».

Par le passé, des « esprits » pensants ont consciemment ou inconsciemment entouré le Général Gnassingbé Eyadema d’un certain culte de la personnalité au point de l’élever au rang de « Guide éclairé ou du Timonier national. » Au même moment, on a tenté d’effacer soigneusement de la mémoire collective d’autres citoyens qui ont apporté leur contribution pour l’épanouissement de la nation togolaise. Sans le dire officiellement, le Général Eyadema était considéré comme « dieu ».

En lieu et place d’une véritable politique de développement sociopolitique et économique du pays, on a passé plutôt le temps à chanter et à danser pour l’honneur d’une seule personne.

De Lomé à Dapaong, ce sont des statues en marbre du « Guide éclairé » qu’on voyait. Aujourd’hui, certains murs de nos villes portent encore les posters géants du défunt Eyadema qui côtoient ceux de son fils, Faure Gnassingbé. Du boulevard Eyadema à l’école militaire Gnassingbé Eyadema de Tchitchao passant par l’aéroport international du même nom, il ne resterait plus alors de place pour les autres.

Petit à petit mais résolument, le régime Faure Gnassingbé s’enracine et commence par ressembler à celui de son père. Ceci en ce sens que ceux qui ont fait de son père ce qu’il était devenu sont les mêmes à penser la ligne directive que le nouveau patron de l’ancien parti  unique  doit suivre.  De quoi  donner raison à  ceux qui pensent que le Togo est   devenu une «  République   monarchique ».

Noël GLISSOU

 

 

 

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