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29 juillet 2006

[No 131: 26 juillet 2006]  

Le dialogue, otage des intérêts politiques

Relancés le 21 avril dernier, les pourparlers inter togolais ont du mal à aboutir à un accord. Après une première mi- temps caractérisée par des échanges de visions entre les différents protagonistes de la crise, et qui a accouché d’un accord politique dit de base, accord dont le paraphe a suscité plus de problèmes plus qu’il en a résolu, le dialogue s’ouvre à une nouvelle étape : celle de la facilitation ou de la médiation. Cette nouvelle phase, une des demandes de l’Union des Forces de Changement (UFC), censée concilier les positions divergentes, est  aujourd’hui perçue par certains, comme l’ultime recours du dialogue, au risque de déclarer la mort  anticipée du « messie » que les uns et les autres ont d’ailleurs vite fait d’enterrer dès les premiers signes de son existence.

 
 

En fait, l’intervention d’un médiateur peut-elle en soi, contribuer à la concrétisation de la volonté politique apparente tant clamée par les différents protagonistes de la crise? Volonté qui se résumerait à une résolution définitive du problème togolais après plus de deux décennies de crise.

Aujourd’hui, fatigués de mener sans relâche une lutte qui ne semble jamais arriver à terme, les partis de l’opposition s’effritent et il s’agit pour les quelques rares qui continuent de résister à l’appât, et qui ont bénéficié du privilège de se retrouver parmi « les élus » devant participer à ces pourparlers, de tirer le maximum d’avantages de la nouvelle opportunité de négociation avec le plus vieux régime du continent noir.

Il s’agit donc, tant pour la CPP de Edem Kodjo, et du PDR de Zarifou Ayéva d’une part, que pour le CAR de Me Yawovi Agboyibo, de la CDPA du professeur Léopold Messan Gnininvi et de l’Union des Forces de Changement de Gilchrist Olympio d’autre part, de tirer la ficelle vers soi en jouant ses propres cartes, en faisant valoir ses propres intérêts et ambitions politiques. Une situation qui ne peut qu’hypothéquer l’aboutissement heureux de ces assises qui, malheureusement, constituent le seul espoir pour des populations dont, le quotidien est devenu, depuis le début de la crise dans les années 1990, synonyme de misère.

Et pourtant, ils étaient nombreux à montrer leur scepticisme vis-à-vis de ces nouveaux pourparlers entre les acteurs de la crise togolaise. « Qu’allaient –ils dire de nouveau à part ce qu’ils se racontaient depuis » ; « faut-il douze assises pour s’entendre? » sont entre autres les réactions de certains togolais à l’annonce de la réouverture du dialogue. Pour cette catégorie de la population, les acteurs de la vie politique togolaise « sont de mauvaise foi et ne pensent qu’à leur propre intérêt ».

Ainsi, si l’on estime que le RPT n’est toujours pas prêt à faire de réelles concessions, on envisage moins l’opposition dans son ensemble s’accorder sur un partage de pouvoir avec le régime sans un profond changement des lois fondamentales du pays, lois qui en leur état actuel confèrent très peu de prérogatives au reste de l’exécutif. Tout est concentré sur la personne du chef de l’Etat qui nomme et démet à volonté le premier ministre.

Le RPT et sa logique de conservatisme
« Le dialogue doit s’ouvrir à tous les sujets… il n y aura pas de sujets tabous » avait déclaré Edem Kodjo, chef de gouvernement. Cette volonté affichée du pouvoir togolais à aller au-delà des sujets préalablement inscrits à l’ordre du jour du dialogue, fruit des 22 engagements signés par le gouvernement Sama, le 14 avril 2004 à Bruxelles, a été saluée par plus d’un comme le véritable signe de nouvelle ère annoncée par Faure Gnassingbé à l’occasion de son ascension controversée à la magistrature suprême.

Le RPT serait il donc prêt à tourner la page ? « Bien sûr » ; semble être la réponse du numéro deux de la présidence, le directeur de cabinet du « jeune », Pascal Bodjona.  Celui-ci  pendant tout le processus qui a abouti à l’accord politique de base paraphé par sept délégations dont son parti, n’a cessé de clamer haut et fort et surtout à qui voulait bien l’entendre les velléités de son chef à œuvrer pour un changement. « Le président de
la république nous a instruits à faire en sorte que le dialogue soit une réussite et le RPT est prêt à faire des sacrifices » répétait Pascal Bodjona, à chaque intervention sur les médias. Mais quels sacrifices le RPT serait-il décidé à faire ? Le parti serait-il vraiment préparé à accepter un réel changement dans la gestion des affaires du pays? Ou, c’est une poignée de personnes qui estime nécessaire ce changement ?

De toutes les façons, entre la parole, la volonté et l’action, le chemin est relativement long du côté de l’ancien parti unique du Togo. Aujourd’hui, il est certes vrai, et, presque toutes les parties prenant part aux pourparlers semblent le reconnaître: « 80% des sujets inscrits à l’ordre du jour du dialogue ont été déjà abordés » et ont fait en partie, objet de compromis. Mais qu’en est il des 20% restants qui, pour l’UFC, concernent les problèmes fondamentaux de la crise togolaise?

En fait, que ce soit la composition de la CENI, le mode de scrutin, les réformes institutionnelles, les questions relatives à la lutte contre l’impunité au Togo… le dialogue a du mal à s’accorder sur un point précis.

Il ne peut en être autrement puisque ce sont des points qui, abordés à fond, risquent de porter un coup dur aux acquis du régime, et de facto menacer la pérennité du pouvoir de Faure Gnassingbé. Il faut donc pour le régime, étant sous pression et dans une logique d’ « entrouverture », céder un minimum sur lequel les risques sont moindres.  Il s’agit par ailleurs pour ce parti d’adopter une stratégie qui puisse lui permettre de sauvegarder à tout prix l’héritage laissé par Eyadema Gnassingbé.

Une situation ou mieux, un piège qui, apparemment satisfait les partisans du « peu » contrairement à ceux de « tout ou rien ».

Ces derniers ne sont pas prêts à concéder au pouvoir des avantages qui peuvent lui ouvrir la porte de « nouvelles manœuvres » pour la conservation de la présidence. Le partage des représentations à la CENI en est un exemple. Ce partage dénoncé par divers observateurs de la scène politique togolaise offre la part de lion au RPT : cinq représentants pour le parti alors que les autres délégations n’en verront que deux chacune. Or, la CCP et le PDR sont aujourd’hui considérés comme des partis alliés du pouvoir, « non pas parce que ces partis sont associés au gouvernement mais plutôt parce qu’ils participent à l’exécution d’un plan de gestion du pays élaboré par le parti au pouvoir ». D’ailleurs, la CPP de Edem Kodjo a semblé expliciter sa position en déclarant en substance dans les colonnes de Jeune Afrique L’intelligent, que « les opposants ont cru que le train n’allait pas démarrer sans eux…. »

Les positions de ces deux partis offrent donc au régime, la majorité à la CENI avec  9 représentants contre 6 du coté de l’opposition (le CAR, la CDPA et l’UFC).

Avec cet avantage, « le clan Gnassingbé » et le RPT ont toute la latitude de conserver ce qu’ils considèrent, selon des observateurs de la scène politique, comme leur chasse gardée.

A part les obstacles liés à la composition de la CENI, il y a également des difficultés pour les protagonistes à s’accorder sur les questions relatives aux réformes institutionnelles, au code électoral et à l’impunité.

A propos du code électoral, le RPT ne semble pas être prêt à céder sur certains points, tout simplement parce que, cela mettrait en péril la légitimité d’un pouvoir acquis dans un contexte tendu. En réalité, une réforme du code électoral suppose  une nouvelle révision constitutionnelle. Cette révision, selon des partis de l’opposition comme l’UFC et la CDPA, devra porter sur divers aspects et doit s’apparenter à la loi fondamentale que le pays s’est donné par référendum en Octobre 1992, même si, ces deux partis reconnaissent que cette loi regorge des lacunes.

Mais, un retour à la constitution originelle de 1992 serait préjudiciable à Faure Gnassingbé du fait qu’elle le dépouillerait de toute la consistance de son pouvoir.

En résumé, le RPT est certes apparemment disposé à discuter avec l’opposition dans son ensemble, à aborder des « sujets tabous »  mais pas à céder une partie de son pouvoir. Là se trouve le vrai tabou. L’avertissement lancé à ses artisans par le « père fondateur » du parti à la veille de son décès reste sans doute encore vivace dans leur esprit: « si vous laissez le pouvoir vous échapper ... il vous sera difficile de le retrouver… ».  

L’opposition veut se montrer maligne
Après une lutte radicale face à l’intransigeance du père (Eyadema Gnassingbé), l’opposition s’est décidée à passer par la voie de la négociation pour faire aboutir sa lutte pour la démocratisation du Togo. Ainsi, depuis le décès du « vieux », nom affectueux donné par les partisans du RPT à Eyadema Gnassingbé, les partis  traditionnels de l’opposition dite radicale ont changé d’option.

Les multiples rencontres entre le nouvel homme fort de Lomé 2 et la figure qui incarnait la radicalité dans les rangs de l’opposition, Gilchrist Olympio, leader de l’Union des Forces de Changement ont vite donné espoir à une grande partie de la population. Car, pour la plupart, c’est l’opposition des deux familles (Gnassingbé et Olympio) qui est la source de la crise qui secoue le Togo depuis des dizaines d’années.

C’est ainsi que, à l’ouverture du dialogue, lorsque le parti de Gilchrist Olympio menaçait de boycotter les travaux de cette douzième assise, des voix se sont levées pour annoncer le douzième échec des pourparlers inter togolais.

Aujourd’hui, même s’il est vrai que le débat n’est plus à ce niveau, il est pourtant perceptible que le spectre d’un nouvel échec plane toujours sur les assises.

Que ce soit la CDPA, le CAR ou l’UFC, chacun est allé à la table des discussions avec ses propres ambitions. D’ailleurs, étant des partis politiques, ils ont chacun, des objectifs bien spécifiques ; ce qui suppose des visions différentes. Le seul véritable point commun est la prétention de l’exercice du pouvoir.

C’est justement à ce niveau que le problème se pose. Les partis de l’opposition traditionnelle dite radicale espèrent « profiter » de l’apparente volonté de changement affichée par l’actuel président de l’ancien parti unique du Togo, pour obtenir le changement. Ce qui aurait motivé la requête ayant abouti à l’inscription à l’ordre du jour du dialogue, de tous les sujets relatifs à la crise, même ceux qui sont nés de la dernière élection présidentielle. « Aucun problème ne doit pas être occulté », estime un leader de l’opposition. Pour un autre, « il faut régler une fois pour de bon  la crise en la cernant depuis sa source ».

Hier, c’est l’annonce du nom de Blaise Compaoré comme facilitateur qui a relancé les débats sur une éventuelle réussite des pourparlers. Malheureusement, loin de se laisser berner par cette nouvelle approche, une figure de l’opposition togolaise estime que « le problème du Togo ne peut être résolu par un quelconque médiateur si les acteurs ne veulent pas en mettre un terme ». En effet, si les protagonistes pendant plus des dizaines d’années ne sont jamais parvenus à un accord global respectable par tous, c’est parce que la volonté politique n’a été que de façade. 

Saturnin S. NOAMESSI

 
Dialogue national, un médiateur consensuel est trouvé : Blaise Compaoré pour sauver les pourparlers intertogolais

Après trois heures de discussions, les parties au dialogue national réunies à la salle Evala de l’hôtel 2 février à Lomé sont parvenues, hier à un compromis sur le choix du président burkinabé, Blaise Compaoré, sur une liste de onze personnalités proposées par les délégations. Blaise Compaoré va-t-il réussir là où il a échoué en 1992?

Les neuf délégations au dialogue intertogolais se sont accordées hier sur la personne du Président Blaise Compaoré du Burkina-Faso pour facilitateur dans le dialogue en cours. Toutes les parties se sont réjouies de l’ambiance qui a prévalu lors de la rencontre et qui a abouti à cette désignation. Le choix du Président Blaise Compaoré répond à des critères bien spécifiques selon le 3e  vice-président de l’Union des Forces de Changement. « Certaines formations politiques ont estimé que, les personnalités que nous avons proposées à l’instar d’ Abdou Diouf, Lakhdar Brahimi... sont loin de nos réalités, ou en mission », a déclaré Patrick Lawson, avant d’ajouter que « tous les parties ont trouvé que le président Blaise Compaoré connaît depuis longtemps non seulement les problèmes togolais, mais aussi les différents protagonistes de la vie politique togolaise».

Selon le Communiqué final ayant sanctionné les travaux, le facilitateur, Blaise Compaoré aura à concilier les diverses positions par rapport à «l’Accord Politique de Base paraphé par sept délégations, les observations formulées par l’Union des Forces de Changement, la CPP (Convergence Patriotique Panafricaine), du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais), du PDR (Parti pour la Démocratie et le Renouveau) de même que les réserves émises par la CDPA (Convention Démocratique des Peuples Africains ».

Du côté de l’UFC de Gilchrist Olympio, la terminologie « médiateur-facilitateur »ne semble plus poser de problème si l’on en croit le secrétaire général du parti, Jean-Pierre Fabre. « L’essentiel pour nous, c’est de faire en sorte que la personne désignée soit en mesure de faire évoluer les choses », a-t-il déclaré. Le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), par la voix du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Katari Foli-Bazi a manifesté la satisfaction de son parti sur le règlement de la question de la facilitation.

Le Président burkinabé s’était par le passé impliqué dans les pourparlers intertogolais (RPT et le COD II) en 1992, des assises qui ont abouti à différents accords politiques (Ouaga 1, Ouaga II et Ouaga III). A l’ouverture de ce 12e  dialogue, le nom du Burkina-Faso a été plusieurs fois cité pour abriter les discussions. Mais certains partis ont catégoriquement  refusé ce choix. En « visite d’amitié et de travail» le 20 mars dernier à Kara (ville située à 420 km au nord de Lomé), Blaise Compaoré et Faure Gnassingbé avaient abordé la question du dialogue dans le temps, en préparation. Le n° 1 de l’exécutif burkinabé avait alors encouragé les Togolais à trouver une solution à la crise à travers ce dialogue.

L’intérêt que porte Ouagadougou à la résolution de la crise togolaise se justifie selon certains par sa dépendance du Port Autonome de Lomé, port par lequel transite une grande partie de ses échanges commerciaux.  «Un Togo paisible ferait le bonheur du peuple burkinabé », affirmaient certains ressortissants du « pays des hommes intègres ». Autres éléments qui justifieraient le choix de Blaise Compaoré est la recherche de la normalisation des relations entre Ouagadougou et Lomé, relations un peu embrouillées pendant les dernières années du vivant de Eyadema Gnassingbé, par des accusations réciproques de coup d’Etat. Dès son arrivée au pouvoir, Faure Gnassingbé avait multiplié les gestes d’ouverture en direction du Burkina par quelques voyages et les tentatives pour un retour au bercail de l’ancien Officier des FAT, Biténéwé qui avait trouvé refuge au Burkina-Faso après des démêlés avec le Général Eyadema.

Ouvert depuis le 21 avril 2006 à la Salle Evala de l’hôtel 2 février, le dialogue inter togolais a abouti le 06 juillet dernier à un accord dit « Accord Politique de Base», paraphé par sept des neuf participants aux discussions. Les parties non signataires avaient vivement condamné le document paraphé et avaient appelé à une rapide reprise des discussions dans la perspective d’aboutir à un véritable accord.

Noël GLISSOU

 

 

 

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