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En
fait, l’intervention d’un médiateur peut-elle en
soi, contribuer à la concrétisation de la volonté
politique apparente tant clamée par les différents
protagonistes de la crise? Volonté qui se
résumerait à une résolution définitive du problème
togolais après plus de deux décennies de crise.
Aujourd’hui, fatigués de mener sans relâche une
lutte qui ne semble jamais arriver à terme, les
partis de l’opposition s’effritent et il s’agit pour
les quelques rares qui continuent de résister à
l’appât, et qui ont bénéficié du privilège de se
retrouver parmi « les élus » devant
participer à ces pourparlers, de tirer le maximum
d’avantages de la nouvelle opportunité de
négociation avec le plus vieux régime du continent
noir.
Il s’agit donc, tant pour la CPP de Edem Kodjo, et
du PDR de Zarifou Ayéva d’une part, que pour le CAR
de Me Yawovi Agboyibo, de la CDPA du professeur
Léopold Messan Gnininvi et de l’Union des Forces de
Changement de Gilchrist Olympio d’autre part, de
tirer la ficelle vers soi en jouant ses propres
cartes, en faisant valoir ses propres intérêts et
ambitions politiques. Une situation qui ne peut
qu’hypothéquer l’aboutissement heureux de ces
assises qui, malheureusement, constituent le seul
espoir pour des populations dont, le quotidien est
devenu, depuis le début de la crise dans les années
1990, synonyme de misère.
Et pourtant, ils étaient nombreux à montrer leur
scepticisme vis-à-vis de ces nouveaux pourparlers
entre les acteurs de la crise togolaise. « Qu’allaient
–ils dire de nouveau à part ce qu’ils se racontaient
depuis » ; « faut-il douze assises pour
s’entendre? » sont entre autres les réactions de
certains togolais à l’annonce de la réouverture du
dialogue. Pour cette catégorie de la population, les
acteurs de la vie politique togolaise « sont de
mauvaise foi et ne pensent qu’à leur propre intérêt ».
Ainsi, si l’on estime que le RPT n’est toujours pas
prêt à faire de réelles concessions, on envisage
moins l’opposition dans son ensemble s’accorder sur
un partage de pouvoir avec le régime sans un profond
changement des lois fondamentales du pays, lois qui
en leur état actuel confèrent très peu de
prérogatives au reste de l’exécutif. Tout est
concentré sur la personne du chef de l’Etat qui
nomme et démet à volonté le
premier
ministre.
Le
RPT et sa logique de conservatisme
« Le
dialogue doit s’ouvrir à tous les sujets… il n y
aura pas de sujets tabous » avait déclaré Edem
Kodjo, chef de gouvernement. Cette volonté affichée
du pouvoir togolais à aller au-delà des sujets
préalablement inscrits à l’ordre du jour du
dialogue, fruit des 22 engagements signés par le
gouvernement Sama, le 14 avril 2004 à Bruxelles, a
été saluée par plus d’un comme le véritable signe de
nouvelle ère annoncée par Faure Gnassingbé à
l’occasion de son ascension controversée à la
magistrature suprême.
Le RPT serait il donc prêt à tourner la page ? « Bien
sûr » ; semble être la réponse du numéro deux de
la présidence, le directeur de cabinet du « jeune »,
Pascal Bodjona. Celui-ci pendant tout le processus
qui a abouti à l’accord politique de base paraphé
par sept délégations dont son parti, n’a cessé de
clamer haut et fort et surtout à qui voulait bien
l’entendre les velléités de son chef à œuvrer pour
un changement. « Le président de
la
république
nous a instruits à faire en sorte que le dialogue
soit une réussite et le RPT est prêt à faire des
sacrifices »
répétait Pascal Bodjona, à chaque intervention sur
les médias. Mais quels sacrifices le RPT serait-il
décidé à faire ? Le parti serait-il vraiment préparé
à accepter un réel changement dans la gestion des
affaires du pays? Ou, c’est une poignée de personnes
qui estime nécessaire ce changement ?
De toutes les façons, entre la parole, la volonté et
l’action, le chemin est relativement long du côté de
l’ancien parti unique du Togo. Aujourd’hui, il est
certes vrai, et, presque toutes les parties prenant
part aux pourparlers semblent le reconnaître: « 80%
des sujets inscrits à l’ordre du jour du dialogue
ont été déjà abordés » et ont fait en partie,
objet de compromis. Mais qu’en est il des 20%
restants qui, pour l’UFC, concernent les problèmes
fondamentaux de la crise togolaise?
En fait, que ce soit la composition de la CENI, le
mode de scrutin, les réformes institutionnelles, les
questions relatives à la lutte contre l’impunité au
Togo… le dialogue a du mal à s’accorder sur un point
précis.
Il ne peut en être autrement puisque ce sont des
points qui, abordés à fond, risquent de porter un
coup dur aux acquis du régime, et de facto menacer
la pérennité du pouvoir de Faure Gnassingbé. Il faut
donc pour le régime, étant sous pression et dans une
logique d’ « entrouverture », céder un
minimum sur lequel les risques sont moindres. Il
s’agit par ailleurs pour ce parti d’adopter une
stratégie qui puisse lui permettre de sauvegarder à
tout prix l’héritage laissé par Eyadema Gnassingbé.
Une situation ou mieux, un piège qui, apparemment
satisfait les partisans du « peu »
contrairement à ceux de « tout ou rien ».
Ces derniers ne sont pas prêts à concéder au pouvoir
des avantages qui peuvent lui ouvrir la porte de « nouvelles
manœuvres » pour la conservation de la
présidence. Le partage des représentations à la CENI
en est un exemple. Ce partage dénoncé par divers
observateurs de la scène politique togolaise offre
la part de lion au RPT : cinq représentants pour le
parti alors que les autres délégations n’en verront
que deux chacune. Or, la CCP et le PDR sont
aujourd’hui considérés comme des partis alliés du
pouvoir, « non pas parce que ces partis sont
associés au gouvernement mais plutôt parce qu’ils
participent à l’exécution d’un plan de gestion du
pays élaboré par le parti au pouvoir ».
D’ailleurs, la CPP de Edem Kodjo a semblé expliciter
sa position en déclarant en substance dans les
colonnes de Jeune Afrique L’intelligent, que
« les opposants ont cru que le train n’allait pas
démarrer sans eux…. »
Les positions de ces deux partis offrent donc au
régime, la majorité à la CENI avec 9 représentants
contre 6 du coté de l’opposition (le CAR, la CDPA et
l’UFC).
Avec cet avantage, « le clan Gnassingbé » et
le RPT ont toute la latitude de conserver ce qu’ils
considèrent, selon des observateurs de la scène
politique, comme leur chasse gardée.
A part les obstacles liés à la composition de la
CENI, il y a également des difficultés pour les
protagonistes à s’accorder sur les questions
relatives aux réformes institutionnelles, au code
électoral et à l’impunité.
A propos du code électoral, le RPT ne semble pas
être prêt à céder sur certains points, tout
simplement parce que, cela mettrait en péril la
légitimité d’un pouvoir acquis dans un contexte
tendu. En réalité, une réforme du code électoral
suppose une nouvelle révision constitutionnelle.
Cette révision, selon des partis de l’opposition
comme l’UFC et la CDPA, devra porter sur divers
aspects et doit s’apparenter à la loi fondamentale
que le pays s’est donné par référendum en Octobre
1992, même si, ces deux partis reconnaissent que
cette loi regorge des lacunes.
Mais, un retour à la constitution originelle de 1992
serait préjudiciable à Faure Gnassingbé du fait
qu’elle le dépouillerait de toute la consistance de
son pouvoir.
En résumé, le RPT est certes apparemment disposé à
discuter avec l’opposition dans son ensemble, à
aborder des « sujets tabous » mais pas à
céder une partie de son pouvoir. Là se trouve le
vrai tabou. L’avertissement lancé à ses artisans par
le « père fondateur » du parti à la veille de
son décès reste sans doute encore vivace dans leur
esprit: « si vous laissez le pouvoir vous
échapper ... il vous sera difficile de le
retrouver… ».
L’opposition veut se montrer maligne
Après une lutte radicale face à l’intransigeance du
père (Eyadema Gnassingbé), l’opposition s’est
décidée à passer par la voie de la négociation pour
faire aboutir sa lutte pour la démocratisation du
Togo. Ainsi, depuis le décès du « vieux »,
nom affectueux donné par les partisans du RPT à
Eyadema Gnassingbé, les partis traditionnels de
l’opposition dite radicale ont changé d’option.
Les multiples rencontres entre le nouvel homme fort
de Lomé 2 et la figure qui incarnait la radicalité
dans les rangs de l’opposition, Gilchrist Olympio,
leader de l’Union des Forces de Changement ont vite
donné espoir à une grande partie de la population.
Car, pour la plupart, c’est l’opposition des deux
familles (Gnassingbé et Olympio) qui est la source
de la crise qui secoue le Togo depuis des dizaines
d’années.
C’est ainsi que, à l’ouverture du dialogue, lorsque
le parti de Gilchrist Olympio menaçait de boycotter
les travaux de cette douzième assise, des voix se
sont levées pour annoncer le douzième échec des
pourparlers inter togolais.
Aujourd’hui, même s’il est vrai que le débat n’est
plus à ce niveau, il est pourtant perceptible que le
spectre d’un nouvel échec plane toujours sur les
assises.
Que ce soit la CDPA, le CAR ou l’UFC, chacun est
allé à la table des discussions avec ses propres
ambitions. D’ailleurs, étant des partis politiques,
ils ont chacun, des objectifs bien spécifiques ; ce
qui suppose des visions différentes. Le seul
véritable point commun est la prétention de
l’exercice du pouvoir.
C’est justement à ce niveau que le problème se pose.
Les partis de l’opposition traditionnelle dite
radicale espèrent « profiter » de l’apparente
volonté de changement affichée par l’actuel
président de l’ancien parti unique du Togo, pour
obtenir le changement. Ce qui aurait motivé la
requête ayant abouti à l’inscription à l’ordre du
jour du dialogue, de tous les sujets relatifs à la
crise, même ceux qui sont nés de la dernière
élection présidentielle. « Aucun problème ne doit
pas être occulté », estime un leader de
l’opposition. Pour un autre, « il faut régler une
fois pour de bon la crise en la cernant depuis sa
source ».
Hier, c’est l’annonce du nom de Blaise Compaoré
comme facilitateur qui a relancé les débats sur une
éventuelle réussite des pourparlers.
Malheureusement, loin de se laisser berner par cette
nouvelle approche, une figure de l’opposition
togolaise estime que « le problème du Togo ne
peut être résolu par un quelconque médiateur si les
acteurs ne veulent pas en mettre un terme ».
En effet, si les protagonistes pendant plus des
dizaines d’années ne sont jamais parvenus à un
accord global respectable par tous, c’est parce que
la volonté politique n’a été que de façade.
Saturnin S. NOAMESSI |
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Les neuf délégations au dialogue intertogolais se
sont accordées hier sur la personne du Président
Blaise Compaoré du Burkina-Faso pour facilitateur
dans le dialogue en cours. Toutes les parties se
sont réjouies de l’ambiance qui a prévalu lors de la
rencontre et qui a abouti à cette désignation. Le
choix du Président Blaise Compaoré répond à des
critères bien spécifiques selon le 3e
vice-président de l’Union des Forces de Changement.
« Certaines formations politiques ont estimé que,
les personnalités que nous avons proposées à
l’instar d’ Abdou Diouf, Lakhdar Brahimi... sont
loin de nos réalités, ou en mission », a déclaré
Patrick Lawson, avant d’ajouter que « tous les
parties ont trouvé que le président Blaise Compaoré
connaît depuis longtemps non seulement les problèmes
togolais, mais aussi les différents protagonistes de
la vie politique togolaise».
Selon le Communiqué final ayant sanctionné les
travaux, le facilitateur, Blaise Compaoré aura à
concilier les diverses positions par rapport à
«l’Accord Politique de Base paraphé par sept
délégations, les observations formulées par l’Union
des Forces de Changement,
la
CPP (Convergence Patriotique Panafricaine), du RPT
(Rassemblement du Peuple Togolais), du PDR (Parti
pour la Démocratie et le Renouveau) de même que les
réserves émises par la CDPA (Convention Démocratique
des Peuples Africains
».
Du
côté de l’UFC de Gilchrist Olympio, la terminologie
« médiateur-facilitateur »ne semble plus
poser de problème si l’on en croit le secrétaire
général du parti, Jean-Pierre Fabre. «
L’essentiel pour nous, c’est de faire en sorte que
la personne désignée soit en mesure de faire évoluer
les choses », a-t-il déclaré. Le Rassemblement
du Peuple Togolais (RPT), par la voix du ministre de
l’Administration territoriale et de la
Décentralisation, Katari Foli-Bazi a manifesté la
satisfaction de son parti sur le règlement de la
question de la facilitation.
Le
Président burkinabé s’était par le passé impliqué
dans les pourparlers intertogolais (RPT et le COD II)
en 1992, des assises qui ont abouti à différents
accords politiques (Ouaga 1, Ouaga II et
Ouaga III). A l’ouverture de ce 12e
dialogue, le nom du Burkina-Faso a été plusieurs
fois cité pour abriter les discussions. Mais
certains partis ont catégoriquement refusé ce
choix. En « visite d’amitié et de travail» le
20 mars dernier à Kara (ville située à 420 km au
nord de Lomé), Blaise Compaoré et Faure Gnassingbé
avaient abordé la question du dialogue dans le
temps, en préparation. Le n° 1 de l’exécutif
burkinabé avait alors encouragé les Togolais à
trouver une solution à la crise à travers ce
dialogue.
L’intérêt que porte Ouagadougou à la résolution de
la crise togolaise se justifie selon certains par sa
dépendance du Port Autonome de Lomé, port par lequel
transite une grande partie de ses échanges
commerciaux. «Un Togo paisible ferait le bonheur
du peuple burkinabé », affirmaient certains
ressortissants du « pays des hommes intègres ».
Autres éléments qui justifieraient le choix de
Blaise Compaoré est la recherche de la normalisation
des relations entre Ouagadougou et Lomé, relations
un peu embrouillées pendant les dernières années du
vivant de Eyadema Gnassingbé, par des accusations
réciproques de coup d’Etat. Dès son arrivée au
pouvoir, Faure Gnassingbé avait multiplié les gestes
d’ouverture en direction du Burkina par quelques
voyages et les tentatives pour un retour au bercail
de l’ancien Officier des FAT, Biténéwé qui avait
trouvé refuge au Burkina-Faso après des démêlés avec
le Général Eyadema.
Ouvert depuis le 21 avril 2006 à la Salle Evala de
l’hôtel 2 février, le dialogue inter togolais a
abouti le 06 juillet dernier à un accord dit «
Accord Politique de Base», paraphé par sept des
neuf participants aux discussions. Les parties non
signataires avaient vivement condamné le document
paraphé et avaient appelé à une rapide reprise des
discussions dans la perspective d’aboutir à un
véritable accord.
Noël GLISSOU |