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4 juillet 2006

[ No 120: 30 juin 2006]

 
Hommage national à maman N’Danida : La tradition en marche

Au Togo, en matière de fête, il est difficile de faire la part des choses et de distinguer ce qui est officiel de ce qui ne l’est. Les évènements marquant la famille présidentielle sont assimilés à l’Etat et sont célébrés comme une apothéose nationale. Cela s’apparente à une civilisation royale où tout ce qui touche au souverain et à ses proches marque avant tout l’histoire de la société.

C’est vrai, le souvenir des morts est une pratique particulièrement chère à l’Africain ; ce n’est pas comme Boris Eltsine (l’ex président russe) qui avait enterré sa défunte mère, presque dans la clandestinité.

De Lomé à Pya, le culte rendu à la mémoire de Eyadema est aisément compréhensible à divers égards. Mais l’hommage officiel rendu aux autres défunts de sa famille à l’anniversaire de leur disparition, à l’instar de la « vénérée maman N’Danida », implique-t-il forcément une mobilisation de l’Etat ?

Le souvenir des défunts de la famille Gnassingbé est-il un évènement national ? La question reste diversement appréciée.

Pour certains, il s’agit d’un non évènement, car seul le président de la République est une illustre personnalité en tant qu’institution et non les autres membres de sa famille. D’autres, partisans du pouvoir togolais pensent le contraire. Pour eux, en tant que « père de la nation », Eyadema se devrait d’être vénéré, au même titre que sa mère qui l’aurait « offert en cadeau au peuple togolais », une conception qui complique davantage la compréhension du phénomène, mais éclairé en revanche sur la spécificité du pouvoir au Togo, par rapport à sa gestion. De cette particularité de gestion jusqu’aux évènements du 05 février2005, le pas est vite franchi pour préserver le fauteuil présidentiel et les Gnassingbé essuient de vives critiques d’avoir fait de la chose étatique, leur patrimoine, car les faits ne leur donnent pas raison.

En Afrique, le souci d’obsèques dignes à un parent défunt est légitime. Les obsèques d’une mère sont un défi, une démonstration de fierté pour ses orphelins. Maman N’Danida a ainsi bénéficié d’obsèques grandioses, nationales, à son décès en 1984. Mais, dans une certaine dérive, son image a été inculquée et développée à la conscience collective, sous forme d’héroïne nationale, appuyant ainsi fastidieusement  le culte de la personnalité dont a bénéficié d’abord Eyadema lui-même de son vivant. Ce culte était impressionnant.

Le 28 juin est considéré comme «  jour fatidique » où le peuple a perdu « une mère », celle du « père de la nation ».

Une occasion pour mobiliser tout le gouvernement à Pya. Les étudiants de la chorale « Avenir » de l’Université de Lomé, désertent les amphis pour la cause. Elle est lucrative.

Puis pour matérialiser cette conquête du peuple par l’image à la fois de la mère et du fils, le buste de Maman N’Danida est érigé sur l’esplanade du Stade omnisport de Lomé, à quelques pas de celui du fils, Eyadema, sur le vaste esplanade de la « maison du parti » rebaptisée «Palais des Congrès ».

Mais les deux blocs de bronze disparaîtront nuitamment aux moments chauds de la révolte populaire des années 90, tout comme celui qui trônait devant le somptueux marché Maman N’Danida de Hédranawoé. C’était à n’en point douter, pour les extirper des affres des « casseurs » et « Ekpémog » de cette époque d’agitation sociale et politique. Mais tout n’avait pas disparu, comme en témoignent les troupes majorettes Maman N’Danida de Lomé et Kara, de même que la cité Maman N’Danida, route de Kpalimé, à Adidogomé….

De plus, le Général éprouvait une certaine fierté à recevoir ses hôtes sur ses terres. Il en était devenu fantaisiste. Le caveau familial était devenu un Site touristique où devaient passer les visiteurs pour l’incontournable « dépôt de gerbes » et la « signature du livre de condoléances »

Aujourd’hui, Faure perpétue la tradition, à la différence peut- être que cela ne marque pas l’actualité singulière des médias d’Etat une semaine durant. Mais le lieu se veut toujours touristique après avoir accueilli Koromsa, Kabissa et surtout Eyadema. Les Eperviers du Togo en savent quelque chose après leur double qualification CAN-Mondial 2006. En privilégiant la tombe de Eyadema, ils ont dû oublier celle de l’ex Epervier, Atchalimondom Gnassingbé.

Cela dénote d’une certaine focalisation à outrance de la vie politique sur ce qu’a fait Eyadema. Ses détracteurs, de même que ses encenseurs tombent dans ce piège, comme-ci le Togo n’existait pas avant lui. Le jeune Faure, successeur controversé de son père à la présidence joue la carte de la continuité de ces fêtes grandioses dans lesquelles il a grandi, depuis le jus de fruits jusqu’à la bière. En juin 2005, il avait été suspecté réticent à la commémoration du souvenir de la «grand-mère de la nation». Mais, il est clair, cette fois-ci (juin 2006), qu’il s’y est résolu. Son père avait l’habitude de célébrer des fêtes qui renforçaient le mythe de sa  propre personne (13 janvier, prise du pouvoir, 24 janvier- accident d’avion, 23 septembre- victoire sur les terroristes…), des évènements également célébrés à l’ère Faure.

Et pourtant, dans la logique,  à défaut d’être l’ « homme du 05 février », il est plutôt celui du « 24 avril 2005 »; un anniversaire électoral dont la première édition (24 avril 2006) a dû passer dans la clandestinité du fait qu’il coïncidait également avec un massacre de populations, 500 morts selon l’ONU, 150 morts d’après la Commission Koffigoh, et 800 selon la LTDH. Un défi de remède à l’impunité pèse sur le successeur de Eyadema pour qu’il puisse savourer avec faste et parade l’anniversaire de sa montée au pouvoir. A défaut, il ne pourra écrire et jouir de  sa   propre   histoire.        

Dodji Aimé ABALO

 
Mise en fonction des postes de péage La LTDH réagit: « C’est un acte de soumission des citoyens à la torture»

La Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) dans une déclaration en date du 28 juin 2006, « s’indigne et s’insurge » contre la décision du conseil des ministres, de rendre opérationnel « quatre postes de péage érigés sur les routes nationales du Togo », dès le 1er juillet 2006.

Dans cette déclaration, la ligue estime que cette décision trop hâtive constitue une atteinte aux droits de  la population, étant donné que le « gouvernement a institué et perçoit déjà multiples impôts et taxes pour l’entretien routier ». Malgré cela, « les routes du Togo demeurent dans un état de délabrement très avancé, voir quasi impraticable, source d’insécurité et d’accidents meurtriers », fait constater la LTDH. Elle rappelle par ailleurs que « les raquettes policières et des gendarmes sur les routes sont comprises dans les tarifs de transport payés par les citoyens sur les différents axes routiers du Togo ». Une raison suffisante pour que cette décision soit abrogée le plus tôt possible, selon la ligue.

A l’heure où le Togo est déjà confronté à des hausses répétitives du prix des produits pétroliers et des denrées alimentaires, contre lesquelles la gouvernement n’a pris aucune « disposition », ni mesure d’accompagnement, la ligue estime que cette nouvelle décision accentue « la situation de précarité et de souffrance dans laquelle les autorités ont enfoncé les paisibles populations togolaises ». Pour la ligue, cela constitue une « violation flagrante des droits socio-économiques de tout un peuple, un acte de soumission des citoyens à la torture », vu la baisse du pouvoir d’achat de la population et la situation économique que traverse les Togolais depuis plus d’une décennie.

Elle dénonce à cet effet, cette nouvelle disposition et rappelle au peuple « son droit de revendication de meilleures conditions de vie et de travail garantie par les textes de loi en vigueur » au Togo. La Ligue dans sa déclaration exige que les « autorités accordent un sursis à exécution immédiate de cette décision, jusqu’à la réhabilitation totale des infrastructures routières ». Car, sa mise en application  aura des « répercutions fâcheuses sur les conditions de vie des citoyens telles qu’une nouvelle augmentation du tarif des transports, l’aggravation du non respect des clauses d’assurance par la pratique des surcharges ». En cas de non exécution de cette doléance, la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme « se réserve le droit d’appeler le peuple à l’insurrection jusqu’à l’abrogation de cette décision ».

Ange-Marie DJIKPOR

 
Pour assainir les medias, la HAAC est formelle : Plus de tapage des tradithérapeutes

A compter du 1er octobre 2006, tous les médias audiovisuels du Togo doivent cesser de diffuser des spots publicitaires des tradithérapeutes. La décision a été rendue publique le 28 juin dernier par  la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), lors d’une séance de travail avec les responsables des médias, en son siège, à Agbalépédogan, banlieue Nord-est de Lomé.

Les responsables de la HAAC justifient cette décision par le fait que les  articles « 44 et 45 du cahier de charges et obligations générales des sociétés de diffusions sonores et télévisions privées n’autorisent pas ces pratiques. » La HAAC dénonce par ailleurs l’usurpation de titres de « docteur ou de professeur » que se donnent les tradithérapeutes. Selon l’institution, cet état de choses est contraire à leur profession.

Outre la publicité sur les médicaments des tradithérapeutes, l’autorité de réglementation exige des médias audiovisuels de mettre fin à la promotion sur leurs chaînes les boissons alcooliques, du tabac, la « commercialisation de l’image féminine » et la pornographie.

Il est également demandé aux médias privés concernés de revoir leurs programmes car estiment la HAAC la « programmation anarchique des spots de publicité et la présence démesurée de ces vendeurs d’illusions de charlatans et de pasteurs de toute sorte  prennent le pas sur le professionnalisme et le rôle qui leur est dévolu. »

Ces décisions ont provoqué de vives réactions chez certains patrons d’organe de presse. «  Ces décisions ont été prises sans notre avis ; nous ne vivons que de cela. Ca va être dur pour nous. Nous verrons dans quelle mesure cette décision va être appliquée », s’est alarmé, Luc Hussel Adjaho, patron de TV ZION.

Faux, rétorque Philippe Evégno, Président de la HAAC, qui indique avoir averti depuis novembre 2005, les médias qui se prêtent à ces pratiques.

Jacques Djakouti Mitri, président de l’Union des Radio et Télévision Libres du Togo (URATEL) , pour sa part se veut conciliant « je sais que c’est dur pour les patrons des médias privés, mais je pense  qu’il vont concevoir d’autres programmes pour faire entrer des fonds », a-t-il conseillé.

Les guérisseurs traditionnels connaissent une ascension vertigineuse au Togo depuis les années 2000.

La crise sociopolitique que traverse le pays depuis 1990, les difficultés financières de l’Etat à faire face aux besoins sanitaires d’une population sans cesse croissante et la cherté des produits pharmaceutiques, expliquent la prolifération des tradithérapeutes, qui vont jusqu’à prétendre guérir toutes sortes de maladies même, le Sida. Certains médias audiovisuels se sont spécialisés dans la promotion de ces « vendeurs d’illusions et autres diseurs d’aventures. »

Une autre rencontre est prévue aujourd’hui entre la HAAC et les responsables de la presse écrite.

Noël GLISSOU

 
Réfection de la Nationale N° 1 : Koffi Sama revient aux affaires

Le 22 juin dernier, le gouvernement togolais a signé avec Progosa, un  groupe de manutention portuaire, un accord pour la réfection de la route Lomé- Dapaong.

Au cours de la cérémonie, Jacques Dupuydauby, Président de Progosa, a annoncé que les travaux de la réhabilitation de cette route longue de plus de 680 km seront dirigés pour le compte du Togo par M Koffi Sama, l’ex premier ministre sous Gnassingbé 1er. Vétérinaire de formation, il est membre du bureau politique du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT).

Il s’est illustré comme l’un des plus grands attristés de la mort du général Eyadema, une mort qu’il a qualifiée de « catastrophe nationale » au soir du 05 février 2005.

Visiblement traumatisé par la disparition de son ancien mentor, il n’a pas pu retenir ses larmes lors de l’oraison funèbre qu’il a lue le 13 mars 2005 au Palais des Congrès de Lomé devant les micros des chaînes nationales et internationales. Son gouvernement laissé intact après le décès du général a préparé les élections qui ont vu l’accession controversée au pouvoir de Faure Gnassingbé. L’ex premier ministre aurait déclaré, à l’époque, lors d’un conseil des ministres « qu’il vaut mieux trois mille morts que de sacrifier un peuple ». Une révélation faite par François Akila-Esso Boko, ancien ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation qui a claqué la porte à la veille de la présidentielle du 24 avril 2005.

C’est sans surprise qu’il revient aux affaires puisque, déjà, le jour de la passation de service à la Primature, Edem Kodjo, nommé à son remplacement, souhaitait à son prédécesseur un retour rapide aux services de la nation.

Noël GLISSOU

 
Crise à la ftf : Dogbatsè, Amégnran et Assogbavi menacés ?
 
 

« Le Togo est un pays où désormais tout est possible ». Cette phrase de Zickgraph marque toujours l’actualité du football togolais. La crise qui a terni la participation des Eperviers à la coupe du Monde 2006 continue d’enregistrer de multiples rebondissements.

Le dernier ce sont les diverses menaces dont font l’objet certains membres de la fédération depuis l’annonce de leur intension de démission. Winnie Dogbatsè, Théodore Amégnran, Espoir Assogbavi, respectivement premier et deuxième vice-présidents et secrétaire général de la FTF ainsi que quatre autres de leurs collègues sont devenus des cibles à abattre. Une situation qui serait empirée suite à une émission diffusée dans la semaine sur une chaîne de radio locale, émission dans laquelle ils sont revenus sur les magouilles et la gestion opaque de la fédération togolaise de football.

Depuis lors, Winnie Dogbatsè se serait retrouvé dans une situation d’insécurité apparente. Les nombreuses tentatives du journal Golfe Info, hier, pour obtenir de lui un entretien, ont été vaines. Quant à Théodore Amégnran, il paierait le prix de ses propos acerbes contre son président. Resté en France, après la déroute des Eperviers, il serait selon certaines informations en train de suivre des traitements médicaux. Mais d’autres estiment qu’il y
a trouvé refuge. Quant à sa femme et ses enfants restés à Lomé, ils seraient à maintes reprises victimes de harcèlements et d’intimidations.

Pour l’heure, tout porte à croire que Rock Gnassingbé soit décidé à conserver à n’importe quel prix son poste. C’est ce qui justifierait ses  nombreuses tentatives dans le but de soudoyer les sept membres démissionnaires du bureau afin de les
persuader à ne pas passer à l’action. Il aurait proposé des millions de FCFA à certains qu’il jugerait trop bavard.  Tout sera plus clair lors d’un éventuel point de presse de la FTF très attendu.

Saturnin S. Noamessi

 

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