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25 avril 2006

 
[ No 94: 25 avril 2006]
Teenagers et sexualité : Passage délicat vers l’âge adulte

Longtemps considérée comme un sujet tabou dans certaines sociétés africaines, la question de la sexualité surtout juvénile, se révèle aujourd’hui comme l’une des plus en vue. L’extrême jeunesse de la population, la forte concentration des jeunes  dans les milieux éducatifs, en plus de l’influence  des programmes de certaines chaînes de télévision constituent le fer de lance du phénomène. Au Togo comme partout ailleurs, le verrou est sauté, la sexualité est devenue pour les jeunes, une affaire au quotidien…

En février dernier, deux élèves ont été renvoyés du Collège Protestant de Lomé et interdits dans tous les établissements secondaires du Togo. Ils ne sont non plus autorisés à passer les examens du Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) de l’année académique 2005-2006. Le motif est qu’ils ont été surpris en fragrant délit d’acte sexuel dans les escaliers  de l’établissement, pendant la semaine culturelle.

L’affaire n’a pas fait grand bruit, mais elle montre à suffisance  l’ampleur du  phénomène de sexualité au sein de la jeunesse .En effet ,l’adolescence est une étape aussi délicate que sensuelle,du fait de l’accroissement des caractères sexuels secondaires chez l’individu en transition vers l’âge adulte .Et c’est là qu’aussi bien le jeune garçon que la jeune fille s’interrogent sur les transformations morphologiques de leur corps et les nouvelles sensations dont ils sont intérieurement  l’objet .Le drame surtout est qu’ils se tourneront vers leurs camarades pour comprendre, le sujet étant souvent gênant pour en débattre  à la maison.

Cependant, que ce soit dans les établissements scolaires, les centres d’apprentissage… le débat  autour de la sexualité fait rage au point même d’occulter les vraies préoccupations. Hélène, 17ans, élève en classe de troisième au collège Notre Dame des Apôtres à Lomé, analyse : « Tout se passe comme si les camarades n’ont plus d’autres repères que le sexe. Ils en discutent, ils étalent leurs prouesses dans les conversations. »  Mais ce qui l’intrigue le plus, c’est que  ses « camarades filles sont souvent les premières à mettre le sujet sur tapis. Elles se déplacent de leur banc pour cela et rejoignent les garçons, leurs causeries débordent et perturbent les cours, ils se  créent des ennuis avec des profs… ».

Le phénomène est perceptible partout et désormais toutes les occasions sont exploitées par les jeunes pour satisfaire leur libido : « Pendant les heures libres et les récréations, des camarades s’embrassent, s’échangent des baisers » reconnaît Johnson, élève au lycée de Tokoin à Lomé. Ce n’est pas tant les baisers qui dérangent Johnson, « le comble, c’est que d’autres vont jusqu’à se toucher le sexe en classe même en présence du prof », s’est-il alarmé. Et ce n’est pas M. Essodom, surveillant général dans un lycée de la place qui dira le contraire, lorsqu’il déplore que « le sexe aujourd’hui, c’est comme un virus qui ronge la jeunesse, le matin après le bal qui a clôturé la semaine culturelle de cette année, c’est des paquets de préservatifs que j’ai fait enterrer», a-t-il déclaré avant de s’interroger « je me demande pourquoi il y a cette poussée de fièvre de la sexualité chez les jeunes »

Raoul, 19 ans, qui semble passer pour maître en la matière est sans détour : « il y a beaucoup de filles qui ne trouvent aucun inconvénient à la chose. On se protège, c’est l’essentiel, c’est notre temps », confie–t-il en conquérant. 

De son côté Joséphine, 16ans, aborde la question avec plus de responsabilité : « Je crois que la jeunesse doit avoir les pieds sur terre, nous devons savoir ce que nous cherchons. Dans ce cas moi, je donne priorité à mes études ; le reste, on verra après », a-t-elle déclaré.

Mais la tentation est grande, l’effet du groupe et le sentiment d’isolement qui intervient lorsqu’on tente de se mettre à l’écart de ceux qui font du sexe un facteur de jouissance est tenace. « Parfois, l’envie me prend de faire comme les autres : avoir un petit ami, sortir et … », reconnaît Joséphine qui semble se heurter à une barrière : « mes convictions religieuses m’interdisent d’avoir des rapports sexuels avant le mariage, je m’en tiens à ce principe », tente- elle de justifier.

Face à l’ampleur du phénomène, certains parents cherchent à jouer les premiers rôles dans la vie sexuelle de leurs enfants. Mme Ouro, sage-femme et mère de trois adolescentes n’y va pas par quatre chemins : « Je discute avec mes filles, je les mets devant leur responsabilité, je leur interdis certaines compagnies… ». Mais elle veut parer au pire : « je ne serai pas une gendarme derrière elles. Au pire des cas, je leur conseille des préservatifs», a –t-elle conclu.

L’introduction des préservatifs comme moyens de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, le sida et les grossesses indésirables constitue pour d’autres catégories de jeunes gens, un « canal » pour faire valoir leur virilité. « Je ne peux pas rester plus d’un mois sans sortir avec une fille. Avec le condom, en tout cas, je ne chôme pas », lance Fidèle,18 ans, à qui veut l’entendre .

Mais la montée  du phénomène de la sexualité juvénile n’est pas seulement entretenue par les étudiants, élèves ou apprentis. C’est tout un maillon qui assure la pérennité du phénomène.

A cet effet, Kpotor, étudiant en première année de Lettres Modernes à l’Université de Lomé a beaucoup à dire sur son dernier établissement, un lycée de l’intérieur du pays. « Nous avons toujours vu notre proviseur taper sur les fesses des filles dans la cour ; nous savons comment certaines filles passent de la classe de seconde en première », révèle –t-il avant d’ajouter que plus de 50% des filles avec qui je suis passé de la classe de seconde en première ont bénéficié de notes « sexuelles ». Même si la thèse de Kpotor ne plait pas à tout le monde, nombreuses sont les filles qui estiment avoir été soumises à des avances de leurs professeurs en échanges de notes. « Lorsque j’ai refusé ses avances, Monsieur a changé de comportement envers moi. Je suis la première à répondre aux questions, le moindre faux pas, on vous donne zéro ou des points minables ». Et elle  poursuit en ces termes : «  de l’autre côté, on gratifie les autres d’un 14/20 ou d’un 15/20 pour des questions sans grand intérêt », remarque Josée,15 ans, élève en classe de seconde dans un lycée privé à Lomé. Elle révèle un cas plus palpable : «  Jeannette avait reçu 7/20 pour le devoir d’Anglais. Mais à la remise des bulletins du premier semestre, elle se retrouve avec 42/60 au lieu de 21/60. Vous voyez qu’il y a eu là quelque chose » ?  S’est-elle interrogée. Pour beaucoup de jeunes gens, avoir une amie ou un ami, apparaît comme un passage obligatoire voire une nécessité.

Néanmoins, d’autres n’appréhendent pas la chose de la même façon. « Avoir une copine, ça demande des moyens financiers. Les filles ont tendance à sortir, à s’habiller chic … », déclare Nicolas, étudiant en deuxième année de journalisme. Pour cela, ajoute–il « je ne drague les filles que lorsque les occasions me sont offertes. Je n’ai pas de copine fixe. »

D’autres jeunes gens tentent d’expliquer les racines du phénomène. Ainsi, pour Pierrette, 19 ans, étudiante en deuxième année de BTS à Lomé : « les jeunes ne s’occupent pas véritablement de l’essentiel  qui est leur avenir. Lorsque vous avez des objectifs ciblés, vous penserez moins au sexe », dit-elle, avant d’ajouter : « quand je dis aux camarades que je suis vierge à l’âge de 19 ans, ils se moquent de moi, ils n’y croient pas, c’est irraisonnable pour eux de nos jours ».

Pour certaines personnes, les médias surtout visuels, jouent un grand rôle dans les comportements sexuels chez les plus jeunes. Des feuilletons romantiques et autres séries  apparaissent souvent comme des vecteurs d’immoralité, au-delà des leçons de société qu’ils véhiculent.

La tâche n’est donc pas facile ni pour les parents ni pour les autres éducateurs. La question est d’autant plus complexe pour les concernés eux-mêmes, dont l’âge varie entre 13 et 19 ans (de thirteen à nineteen ; d’où le nom « teenager »). Cet âge vulnérable doit être mieux protégé pour la garantie d’un futur radieux, car rien n’est plus destructeur de l’avenir qu’une sexualité précoce.

Noël Glissou

 

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