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En février dernier, deux élèves ont été renvoyés du
Collège Protestant de Lomé et interdits dans tous
les établissements secondaires du Togo. Ils ne sont
non plus autorisés à passer les examens du Brevet
d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) de l’année
académique 2005-2006. Le motif est qu’ils ont été
surpris en fragrant délit d’acte sexuel dans les
escaliers de l’établissement, pendant la semaine
culturelle.
L’affaire n’a pas fait grand bruit, mais elle montre
à suffisance l’ampleur du phénomène de sexualité
au sein de la jeunesse .En effet ,l’adolescence est
une étape aussi délicate que sensuelle,du fait de
l’accroissement des caractères sexuels secondaires
chez l’individu en transition vers l’âge adulte .Et
c’est là qu’aussi bien le jeune garçon que la jeune
fille s’interrogent sur les transformations
morphologiques de leur corps et les nouvelles
sensations dont ils sont intérieurement l’objet .Le
drame surtout est qu’ils se tourneront vers leurs
camarades pour comprendre, le sujet étant souvent
gênant pour en débattre à la maison.
Cependant, que ce soit dans les établissements
scolaires, les centres d’apprentissage… le débat
autour de la sexualité fait rage au point même
d’occulter les vraies préoccupations. Hélène, 17ans,
élève en classe de troisième au collège Notre Dame
des Apôtres à Lomé, analyse : « Tout se passe
comme si les camarades n’ont plus d’autres repères
que le sexe. Ils en discutent, ils étalent leurs
prouesses dans les conversations. » Mais ce qui
l’intrigue le plus, c’est que ses « camarades
filles sont souvent les premières à mettre le sujet
sur tapis. Elles se déplacent de leur banc pour cela
et rejoignent les garçons, leurs causeries débordent
et perturbent les cours, ils se créent des ennuis
avec des profs… ».
Le phénomène est perceptible partout et désormais
toutes les occasions sont exploitées par les jeunes
pour satisfaire leur libido : « Pendant les
heures libres et les récréations, des camarades
s’embrassent, s’échangent des baisers »
reconnaît Johnson, élève au lycée de Tokoin à Lomé.
Ce n’est pas tant les baisers qui dérangent Johnson,
« le comble, c’est que d’autres vont jusqu’à se
toucher le sexe en classe même en présence du
prof », s’est-il alarmé. Et ce n’est pas M.
Essodom, surveillant général dans un lycée de la
place qui dira le contraire, lorsqu’il déplore que
« le sexe aujourd’hui, c’est comme un virus qui
ronge la jeunesse, le matin après le bal qui a
clôturé la semaine culturelle de cette année, c’est
des paquets de préservatifs que j’ai fait enterrer»,
a-t-il déclaré avant de s’interroger « je me
demande pourquoi il y a cette poussée de fièvre de
la sexualité chez les jeunes »
Raoul, 19 ans, qui semble passer pour maître en la
matière est sans détour : « il y a beaucoup de
filles qui ne trouvent aucun inconvénient à la
chose. On se protège, c’est l’essentiel, c’est notre
temps », confie–t-il en conquérant.
De son côté Joséphine, 16ans, aborde la question
avec plus de responsabilité : « Je crois que la
jeunesse doit avoir les pieds sur terre, nous devons
savoir ce que nous cherchons. Dans ce cas moi, je
donne priorité à mes études ; le reste, on verra
après », a-t-elle déclaré.
Mais la tentation est grande, l’effet du groupe et
le sentiment d’isolement qui intervient lorsqu’on
tente de se mettre à l’écart de ceux qui font du
sexe un facteur de jouissance est tenace. « Parfois,
l’envie me prend de faire comme les autres : avoir
un petit ami, sortir et … », reconnaît Joséphine
qui semble se heurter à une barrière : « mes
convictions religieuses m’interdisent d’avoir des
rapports sexuels avant le mariage, je m’en tiens à
ce principe », tente- elle de justifier.
Face à l’ampleur du phénomène, certains parents
cherchent à jouer les premiers rôles dans la vie
sexuelle de leurs enfants. Mme Ouro, sage-femme et
mère de trois adolescentes n’y va pas par quatre
chemins : « Je discute avec mes filles, je les
mets devant leur responsabilité, je leur interdis
certaines compagnies… ». Mais elle veut parer au
pire : « je ne serai pas une gendarme derrière
elles. Au pire des cas, je leur conseille des
préservatifs», a –t-elle conclu.
L’introduction des préservatifs comme moyens de
lutte contre les maladies sexuellement
transmissibles, le sida et les grossesses
indésirables constitue pour d’autres catégories de
jeunes gens, un « canal » pour faire valoir
leur virilité. « Je ne peux pas rester plus d’un
mois sans sortir avec une fille. Avec le
condom, en tout cas, je ne chôme pas », lance
Fidèle,18 ans, à qui veut l’entendre .
Mais la montée du phénomène de la sexualité
juvénile n’est pas seulement entretenue par les
étudiants, élèves ou apprentis. C’est tout un
maillon qui assure la pérennité du phénomène.
A cet effet, Kpotor, étudiant en première année de
Lettres Modernes à l’Université de Lomé a beaucoup à
dire sur son dernier établissement, un lycée de
l’intérieur du pays. « Nous avons toujours vu
notre proviseur taper sur les fesses des filles dans
la cour ; nous savons comment certaines filles
passent de la classe de seconde en première »,
révèle –t-il avant d’ajouter que plus de 50% des
filles avec qui je suis passé de la classe de
seconde en première ont bénéficié de notes
« sexuelles ». Même si la thèse de Kpotor ne
plait pas à tout le monde, nombreuses sont les
filles qui estiment avoir été soumises à des avances
de leurs professeurs en échanges de notes. « Lorsque
j’ai refusé ses avances, Monsieur a changé de
comportement envers moi. Je suis la première à
répondre aux questions, le moindre faux pas,
on vous donne zéro ou des points minables ». Et
elle poursuit en ces termes : « de l’autre
côté, on gratifie les autres d’un 14/20 ou d’un
15/20 pour des questions sans grand intérêt »,
remarque Josée,15 ans, élève en classe de seconde
dans un lycée privé à Lomé. Elle révèle un cas plus
palpable : « Jeannette avait reçu 7/20 pour le
devoir d’Anglais. Mais à la remise des bulletins du
premier semestre, elle se retrouve avec 42/60 au
lieu de 21/60. Vous voyez qu’il y a eu là quelque
chose » ? S’est-elle interrogée. Pour beaucoup
de jeunes gens, avoir une amie ou un ami, apparaît
comme un passage obligatoire voire une nécessité.
Néanmoins, d’autres n’appréhendent pas la chose de
la même façon. « Avoir une copine, ça demande des
moyens financiers. Les filles ont tendance à sortir,
à s’habiller chic … », déclare Nicolas, étudiant
en deuxième année de journalisme. Pour cela,
ajoute–il « je ne drague les filles que lorsque
les occasions me sont offertes. Je n’ai pas de
copine fixe. »
D’autres jeunes gens tentent d’expliquer les
racines du phénomène. Ainsi, pour Pierrette, 19 ans,
étudiante en deuxième année de BTS à Lomé : « les
jeunes ne s’occupent pas véritablement de
l’essentiel qui est leur avenir. Lorsque vous avez
des objectifs ciblés, vous penserez moins au sexe »,
dit-elle, avant d’ajouter : « quand je dis aux
camarades que je suis vierge à l’âge de 19 ans, ils
se moquent de moi, ils n’y croient pas, c’est
irraisonnable pour eux de nos jours ».
Pour certaines personnes, les médias surtout
visuels, jouent un grand rôle dans les comportements
sexuels chez les plus jeunes. Des feuilletons
romantiques et autres séries apparaissent souvent
comme des vecteurs d’immoralité, au-delà des leçons
de société qu’ils véhiculent.
La tâche n’est donc pas facile ni pour les parents
ni pour les autres éducateurs. La question est
d’autant plus complexe pour les concernés eux-mêmes,
dont l’âge varie entre 13 et 19 ans (de thirteen à
nineteen ; d’où le nom « teenager »). Cet âge
vulnérable doit être mieux protégé pour la garantie
d’un futur radieux, car rien n’est plus destructeur
de l’avenir qu’une sexualité précoce.
Noël Glissou |