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29 juin 2006

La Gazette du Golfe
[ 17: 28  juin  2006]
Déversement des excréments au cimetière d’ADAKPAME : Que fait au juste la mairie de Lomé ?
 
 

La gestion catastrophique des affaires publiques par le régime monarchique qui régente le Togo depuis plus de 40 ans a des répercussions à tous les niveaux. Tous les secteurs de la vie de notre pays souffre du comportement déplacé de ces prédateurs dont la devise est «  se servir, le peuple ce n’est pas notre problème ». Le cas  le plus scandaleux voire révoltant qui préoccupe les Togolais est la gestion de nos cimetières par la municipalité.

Il suffit de faire un tour au Ghana, Bénin ou en Côte d’Ivoire  pour constater l’impeccable gestion des cimetières dont certains sont devenus des jardins publics où les vivants passent parfois quelques moments de détente en compagnie des morts. Au Togo, c’est tout le contraire comme quoi au pays des Gnassingbé c’est l’irrationnel qui a droit de cité. Même les cimetières en souffrent et nous espérons qu’on ne viendra pas nous dire que c’est à cause de la rupture de la coopération de l’Union Européenne que les cimetières au Togo sont devenus des latrines publiques. En réalité ce qui se passe dans ce petit rectangle de Togo est non seulement scandaleux mais révoltant, révoltant en ce sens qu’avec les autorités qu’elles soient anciennes ou nouvelles, aucun respect n’est accordé à l’homme encore moins aux morts. L’image qu’affiche aujourd’hui  les lieux où sont inhumés nos parents, nos frères et sœurs témoignent à suffisance de ce manque de respect et de démission totale de l’Etat face à ses obligations les plus élémentaires.

Pendant longtemps, le cimetière de la plage où sont enterrés d’illustres personnages de ce pays est resté  abandonné à lui même. Les activités du grand marché débordaient parfois dans le cimetière où des femmes déposaient des sacs de maïs sur les tombes. Ensuite  ce lieu est devenu des latrines publiques pour les quartiers environnants et le repaire des voyous et autres dealers. Les sachets plastics dans lesquels on défèque des matières fécales sont jetés dans l’enceinte du cimetière. On constate que ces lieux sont devenus des lieux d’élevage et de champs où l’on peut voir les semences de toute sorte pour les gardiens.

Et  pourtant il existait une mairie ou un service de municipalité dans cette ville qui a seulement pour tâche de vendre à loisirs les tombes au lieu de s’occuper des vrais problèmes qui minent la ville. C’est pour éviter que les tombes des colons allemands inhumés dans ce cimetière ne soient abîmées que l’Allemagne a débloqué des fonds pour clôturer les lieux. Malgré cette clôture, la mairie de Lomé est incapable d’assurer une gestion parfaite de ces cimetières qui sont devenus pour certains individus lugubres des latrines publiques et des lieux de dépotoir.

Le cas du cimetière d’Adakpamé est actuellement au cœur de toutes les discussions. Nos investigations démontrent que la mairie de Lomé a démissionné parce qu’elle  ne s’intéresse à ce cimetière que pour vendre les tombes dont le prix varie entre 100 000 F et 150000 F. Ce boulot est confié à un certain Nouvi Têvi alias DEGBAVA, photographe de son état, passé entre temps dans le replâtrage des routes.  Aucun agent de la mairie de Lomé  n’a pu nous dire  exactement à quoi sert l’argent de la vente des tombes, estimé à des millions de nos francs par semaine à voir, le nombre des funérailles organisés chaque semaine dans notre capitale. L’entretien du cimetière d’Adakpamé ainsi que d’autres cimetières de la ville de Lomé est devenu le dernier des soucis de ces autorités municipales. Dans nos investigations en ce concerne le cimetière d’Atakpamé, il apparaît clairement que c’est le gardien de ce lieu qui au centre du désordre. La semaine dernière, alors que les entrepreneurs étaient encore au travail dans le cimetière en carrelant un tombeau, les bruits des populations montaient. Que se passe-t-il ? Les habitants du quartier, mécontents du comportement du gardien qui laisse les voitures de vidange déverser les matières fécales dans le cimetière, criaient leur ras-le-bol. C’est scandalisant ces genres de choses ! Contre toute attente, et les travailleurs et les habitants du quartier retrouvent lendemain la décharge des matières fécales. Et comme cela ne suffisait pas, des eaux usées  ont été aussi déversées dans ce cimetière d’Adakpamé par des camions de vidange. Ceux qui ont fait le tour en ce lieu ces jours ci n’ont pu réussir à contenir leur colère face à ce sacrilège. C’est dire que durant la nuit, l’opération a été faite. C’est inadmissible que ces genres de choses se passent dans notre capitale sans que les autorités de la municipalité ne disent mot.

Dans tous les pays du monde, le respect de la mémoire de morts est chose très importante. Ici au Togo, on salit la mémoire des morts, en rendant leurs lieux de repos en des latrines publiques ou dépotoirs sinon des lieux de décharge des excréments ou matières fécales. Le jour où vous aurez l’occasion d’accompagner un défunt dans sa dernière demeure dans l’un des cimetières dont nous venons de parler, vous constaterez de vous-mêmes cette démission de l’Etat face à nos illustres disparus. Des tombes entières sont recouvertes d’eau usées et de matières fécales et on se demande si le rôle de la mairie de Lomé ne consiste qu’à vendre les tombes. Notre pays le Togo est vraiment malade, malade de ces dirigeants incompétents parachutés à des postes de responsabilité dont ils ignorent le rôle. Rien absolument rien ne justifie le fait que la mairie qui collecte les taxes et vend les tombes chaque semaine soit incapable d’assurer le balayage des rues, de créer et d’entretenir des espaces publiques, et même de gérer un cimetière. Quelle que soit notre origine,  chaque togolais a un proche inhumé dans ce cimetière et Dieu seul sait si ce n’est le lieu de repos éternel de la plupart d’entre nous.

En définitive, tout ce qui arrive au pays des Gnassingbé n’a plus rien de surprenant. L’incapacité des dirigeants à gérer un simple cimetière est la preuve tangible de l’effondrement voire de l’absence de l’autorité de l’Etat.  Dans un pays où les vivants n’ont aucune valeur aux yeux des gouvernants, qu’en serait-t-il des morts. Dans tous les cas ces dirigeants disposent de caveaux familiaux où ils pourront se reposer  loin de champs de maïs.

A l’allure où vont les choses, il est à craindre que les Togolais ne créent leur propre cimetière à la maison  dans un souci de respect de leurs parents ou proches disparus.

Jacques NYANOAMESSI

 

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