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La gestion catastrophique des affaires publiques par
le régime monarchique qui régente le Togo depuis
plus de 40 ans a des répercussions à tous les
niveaux. Tous les secteurs de la vie de notre pays
souffre du comportement déplacé de ces prédateurs
dont la devise est « se servir, le peuple ce
n’est pas notre problème ». Le cas le plus
scandaleux voire révoltant qui préoccupe les
Togolais est la gestion de nos cimetières par la
municipalité.
Il suffit de faire un tour au Ghana, Bénin ou en
Côte d’Ivoire pour constater l’impeccable gestion
des cimetières dont certains sont devenus des
jardins publics où les vivants passent parfois
quelques moments de détente en compagnie des morts.
Au Togo, c’est tout le contraire comme quoi au pays
des Gnassingbé c’est l’irrationnel qui a droit de
cité. Même les cimetières en souffrent et nous
espérons qu’on ne viendra pas nous dire que c’est à
cause de la rupture de la coopération de l’Union
Européenne que les cimetières au Togo sont devenus
des latrines publiques. En réalité ce qui se passe
dans ce petit rectangle de Togo est non seulement
scandaleux mais révoltant, révoltant en ce sens
qu’avec les autorités qu’elles soient anciennes ou
nouvelles, aucun respect n’est accordé à l’homme
encore moins aux morts. L’image qu’affiche
aujourd’hui les lieux où sont inhumés nos parents,
nos frères et sœurs témoignent à suffisance de ce
manque de respect et de démission totale de l’Etat
face à ses obligations les plus élémentaires.
Pendant longtemps, le cimetière de la plage où sont
enterrés d’illustres personnages de ce pays est
resté abandonné à lui même. Les activités du grand
marché débordaient parfois dans le cimetière où des
femmes déposaient des sacs de maïs sur les tombes.
Ensuite ce lieu est devenu des latrines publiques
pour les quartiers environnants et le repaire des
voyous et autres dealers. Les sachets plastics dans
lesquels on défèque des matières fécales sont jetés
dans l’enceinte du cimetière. On constate que ces
lieux sont devenus des lieux d’élevage et de champs
où l’on peut voir les semences de toute sorte pour
les gardiens.
Et pourtant il existait une mairie ou un service de
municipalité dans cette ville qui a seulement pour
tâche de vendre à loisirs les tombes au lieu de
s’occuper des vrais problèmes qui minent la ville.
C’est pour éviter que les tombes des colons
allemands inhumés dans ce cimetière ne soient
abîmées que l’Allemagne a débloqué des fonds pour
clôturer les lieux. Malgré cette clôture, la mairie
de Lomé est incapable d’assurer une gestion parfaite
de ces cimetières qui sont devenus pour certains
individus lugubres des latrines publiques et des
lieux de dépotoir.
Le cas du cimetière d’Adakpamé est actuellement au
cœur de toutes les discussions. Nos investigations
démontrent que la mairie de Lomé a démissionné parce
qu’elle ne s’intéresse à ce cimetière que pour
vendre les tombes dont le prix varie entre
100 000 F et
150000 F.
Ce boulot est confié à un certain Nouvi Têvi alias
DEGBAVA, photographe de son état, passé entre temps
dans le replâtrage des routes. Aucun agent de la
mairie de Lomé n’a pu nous dire exactement à quoi
sert l’argent de la vente des tombes, estimé à des
millions de nos francs par semaine à voir, le nombre
des funérailles organisés chaque semaine dans notre
capitale. L’entretien du cimetière d’Adakpamé ainsi
que d’autres cimetières de la ville de Lomé est
devenu le dernier des soucis de ces autorités
municipales. Dans nos investigations en ce concerne
le cimetière d’Atakpamé, il apparaît clairement que
c’est le gardien de ce lieu qui au centre du
désordre. La semaine dernière, alors que les
entrepreneurs étaient encore au travail dans le
cimetière en carrelant un tombeau, les bruits des
populations montaient. Que se passe-t-il ? Les
habitants du quartier, mécontents du comportement du
gardien qui laisse les voitures de vidange déverser
les matières fécales dans le cimetière, criaient
leur ras-le-bol. C’est scandalisant ces genres de
choses ! Contre toute attente, et les travailleurs
et les habitants du quartier retrouvent lendemain la
décharge des matières fécales. Et comme cela ne
suffisait pas, des eaux usées ont été aussi
déversées dans ce cimetière d’Adakpamé par des
camions de vidange. Ceux qui ont fait le tour en ce
lieu ces jours ci n’ont pu réussir à contenir leur
colère face à ce sacrilège. C’est dire que durant la
nuit, l’opération a été faite. C’est inadmissible
que ces genres de choses se passent dans notre
capitale sans que les autorités de la municipalité
ne disent mot.
Dans tous les pays du monde, le respect de la
mémoire de morts est chose très importante. Ici au
Togo, on salit la mémoire des morts, en rendant
leurs lieux de repos en des latrines publiques ou
dépotoirs sinon des lieux de décharge des excréments
ou matières fécales. Le jour où vous aurez
l’occasion d’accompagner un défunt dans sa dernière
demeure dans l’un des cimetières dont nous venons de
parler, vous constaterez de vous-mêmes cette
démission de l’Etat face à nos illustres disparus.
Des tombes entières sont recouvertes d’eau usées et
de matières fécales et on se demande si le rôle de
la mairie de Lomé ne consiste qu’à vendre les
tombes. Notre pays le Togo est vraiment malade,
malade de ces dirigeants incompétents parachutés à
des postes de responsabilité dont ils ignorent le
rôle. Rien absolument rien ne justifie le fait que
la mairie qui collecte les taxes et vend les tombes
chaque semaine soit incapable d’assurer le balayage
des rues, de créer et d’entretenir des espaces
publiques, et même de gérer un cimetière. Quelle que
soit notre origine, chaque togolais a un proche
inhumé dans ce cimetière et Dieu seul sait si ce
n’est le lieu de repos éternel de la plupart d’entre
nous.
En définitive, tout ce qui arrive au pays des
Gnassingbé n’a plus rien de surprenant. L’incapacité
des dirigeants à gérer un simple cimetière est la
preuve tangible de l’effondrement voire de l’absence
de l’autorité de l’Etat. Dans un pays où les
vivants n’ont aucune valeur aux yeux des
gouvernants, qu’en serait-t-il des morts. Dans tous
les cas ces dirigeants disposent de caveaux
familiaux où ils pourront se reposer loin de champs
de maïs.
A l’allure où vont les choses, il est à craindre que
les Togolais ne créent leur propre cimetière à la
maison dans un souci de respect de leurs parents ou
proches disparus.
Jacques NYANOAMESSI |