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29 juin 2006

La Gazette du Golfe
[ 17: 28  juin  2006]

Le fantôme d’Eyadema, les enfants et les autres : Histoire secrète d’une hantise
Depuis quelques jours, des rumeurs circulent dans notre pays sur la manifestation mystérieuse de feu Eyadema à certains de ses enfants et à quelques membres de son entourage. Un phénomène de revenant qui amuse la galerie mais qui, selon nos sources, seraient pris très au sérieux par l’entourage du défunt.

 
 

Souvenez-vous qu’en février dernier, le clan Gnassingbé a organisé des « funérailles traditionnelles » en grandes pompes et à grands frais au « Père de la Nation ». Les obsèques  de ce dernier se sont déroulées, un an après sa mort, selon les rites kabyè, qui veulent qu’on honore de la sorte les illustres personnages. A l’occasion, feu Eyadema a même été mis au nombre des ancêtres. Tout faisait croire en ce qu’il y avait du flou dans l’affaire. Autrement dit, le cou aurait été tordu à la tradition, à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes ou de trafic d’influence, pour ne pas livrer le disparu à la risée populaire.

Qu’à cela ne tienne, les « mauvaises langues » ont toujours soutenu que le général n’est pas mort dans des circonstances normales et ne devrait, de fait, pas être inhumé de façon ordinaire. Il se raconte qu’il aurait été retrouvé brûlé dans sa baignoire. Tandis que la version officielle établit que le décès est survenu dans un no man’s land aérien aux environs de Tunis. Dans l’un ou dans l’autre cas, cette mort n’est pas ordinaire. En milieu éwé, il s’agit de « zogbe ku » ; une nomenclature des circonstances de passage à trépas exceptionnelles pour lesquelles l’inhumation a lieu de façon simple et spéciale à « zogbe ». Les anthropologues nous apprendront davantage sur les rituels effectués dans ce cas en pays kabyè. Toutefois il s’avère qu’il requiert un traitement spécial.

Quelle relation avec la mort d’Eyadema ? Les rituels spécifiques n’ayant pas été effectués pour un défunt, cela a pour conséquence d’entraîner le retour et l’errance de celui-ci. D’après la tradition, le mort, du moins son esprit, se présente à ses proches et les hante jusqu’à ce que le tort commis soit réparé. Il nous a été raconté l’histoire d’un revenant qui pleurait chaque soir à la fenêtre de ses proches parce que ceux-ci l’avaient enterré de façon ordinaire. Il portait sur lui une plaie incurable avant sa mort, un autre cas de « zogbe ku ». Mystère !

Selon nos informations, une fille de « Baba », dont nous tairons le nom, avait évité d’assister aux funérailles de février dernier ; invoquant comme motif que depuis les précédentes obsèques, elle n’a de cesse d’être visité sur sa couche par feu son père. Depuis, d’autres orphelins ou proches parents ont fait l’objet de cette obsession. Des victimes se sont confiées à un pasteur bien connu sur les ondes qui leur administre en ce moment des services d’exorcisme (délivrance). Reste à voir si les recettes du prêcheur sont efficaces !

A Pya, il se raconte que le défunt se manifeste de façon visible ou audible. La question ayant été portée devant les anciens, ces derniers envisagent de reprendre les funérailles quitte à les déguiser pour ne pas éveiller l’attention.

En attendant de connaître la suite des événements, il convient de préciser que le corps d’Eyadéma n’a pas été exposé. Curieux n’est-ce pas ? Pour celui qui a momifié sa maman (?), l’a exposé au public et a fait de son décès presque une fête nationale, il est étrange que lui-même ait été traité dans la discrétion. La saga Gnassingbé continue !

Amos Gaméli Soyè

 

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