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Le président Faure Gnassingbé effectue du 12 au 18
février une visite officielle en Chine. Il devrait se
rendre successivement à Pékin et à Shangaï. Dans la
capitale chinoise, le Chef de l’Etat doit avoir des
entretiens politiques, dont un tête-à-tête avec son
homologue Hu Jintao.
C’est la première visite en Chine de M. Faure depuis son
élection en avril 2005. Mais c’est la seconde d’un
membre du nouveau régime. En effet, il a été précédé
quelques mois plus tôt par le Ministre délégué, chargé
de la défense, Kpatcha Gnassingbé. À cette occasion, il
avait déjà obtenu un renforcement de la coopération
militaire entre Pékin et Lomé. D’où cette
interrogation : que cache ce voyage du n°1 de l’exécutif
togolais.
Tous les observateurs avisés de la politique togolaise
sont unanimes pour reconnaître que ce déplacement n’est
pas innocent.
Dans le sillage de son demi-frère, Faure Essozimna
est-il en quête d’un renforcement de la coopération
bilatérale entre la Chine et son pays ? Tout porte à le
croire surtout que cette visite intervient à quelques
jours de l’ouverture probable du dialogue intertogolais.
De sources dignes de foi, le pouvoir togolais ne vend
pas chers sa peau pour ce dialogue. Quasi-certain que
cette énième palabre n’atteindra pas le résultat
escompté c’est-à-dire la reprise de l’aide de l’Union
Européenne, le pouvoir se serait lancé d’ores et déjà
dans la recherche de nouvelles sources d’espèces
sonnantes et trébuchantes.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité de l’action
entreprise depuis quelques années par feu Gnassingbé
Eyadéma, sacré au passage « artisan du développement
de la coopération [Chine – Togo] » dans un article
laudatif paru sur le site gouvernemental
republicoftogo.com.
Faure Gnassingbé, le continuateur
Faure Gnassingbé ne serait donc que le continuateur de
l’action de son père qui, en son temps, a développé une
stratégie de contournement de l’aide européenne sans
pour autant parvenir à ses fins, après une douzaine
d’années d’efforts laborieux
Cette stratégie a consisté à rapprocher le Togo de
certains pays (La Libye, la Chine…) et de certaines
institutions (L’Organisation islamique mondiale, la
CEN-SAD…) qui manifestement n’avaient pas grande chose à
offrir à la « Terre de nos aïeux » pour relever
son économie exsangue et pour améliorer les conditions
de vie des populations.
Evidemment, le pouvoir en a tiré quelques pétrodollars
sur lesquels il a vite fait main basse. A titre
d’exemple, un cadeau offert par le guide libyen,
Mouammar Kadhafi, aux étudiants togolais, en Juillet
2000, en marge du sommet de l’OUA (actuellement Union
Africaine) qui s’est tenu à Lomé, n’est jamais parvenu
aux destinataires. N’eût été la revendication de leur
dû, les étudiants – marcheurs n’auraient pas obtenu
chacun 10.000 F CFA, présenté d’ailleurs, à cette
époque, comme un cadeau personnel gnassional à la
jeunesse estudiantine venu soutenir « la politique de
paix et de stabilité du Chef de l’Etat ».
Pis, la stratégie de contournement a favorisé
l’immigration au Togo d’étrangers qui s’y comportent
comme en terrain conquis. L’illustration en la
construction anarchique de mosquées - financées par les
organisations islamiques – et l’exercice de culte au
mépris de l’ordre public (La Gazette du Golfe, n°004,
p.4). Une autre illustration en est l’implantation de
sociétés sud-coréennes, chinoises ; lesquelles sociétés
se livrent littéralement à une exploitation de leurs
employés locaux, avec la complicité des autorités
togolaises (La Gazette du Golfe, n°004, p.4).
Guerre des chefs
Une autre approche qu’on peut aussi se faire du séjour
chinois de Faure Gnassingbé, et qui n’exclut pas la
première, est qu’il pourrait constituer l’un des
épisodes de la guerre des chefs qui mettrait aux prises
le président et son frère consanguin que certains
qualifient ironiquement mais à juste titre de
« vice-président de la République ».
Faure voudrait-il reprendre la main à Kpatcha et se
positionner comme le capitaine du navire Togo et le seul
maître à bord ? Cela semble plausible dans la mesure où
il réussira à décrocher un partenariat privilégié entre
la Chine et le Togo. Lequel partenariat inclura du coup
la coopération militaire, obtenu précédemment par M.
Kpatcha. Faure aura marqué un point contre son frère
consanguin dans ce jeu de pouvoir malsain. N’empêche
qu’en vaincu Kpatcha se console avec son statut de
pionnier.
Dans tous les cas, la visite du président togolais en
Chine doit être perçue comme une offensive sur Pékin, en
réponse à la visée expansionniste de la Chine à laquelle
le Togo semble s’accommoder.
Amos S. |