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La Gazette du Golfe

8 fevrier 2006

 
[ No 05: 08 fev 2006]
Trop de dialogue pour rien

      

Les Togolais ont-ils vraiment besoin de dialogue pour comprendre, vivre et construire ensemble leur pays ? Non ! Les quelques accords et dialogues obtenus par le passé ont tous sonné faux et se sont révélés des marchés de dupes ou d’hypocrites, à cause de la mauvaise foi et  de la mauvaise volonté affichée par les autorités qui régentent le pays il y a 40 ans. Avoir la volonté et la bonne foi d’appliquer dans leurs formes justes et sans hypocrisie les conclusions des accords, permettra aux autorités de notre pays de mettre fin au calvaire que vivent les populations. Et ceci doit être fait dans le strict respect de l’adversaire politique. C’est ce qui échappe à nos autorités. Qu’est-ce qui prouve aujourd’hui que ce dialogue réussira surtout que ceux qui sont aux commandes, c’est encore elles qui dialogueront. La politique n’a nullement pas changé et les choses au lieu d’évoluer positivement deviennent de plus en plus corsées ce qui plonge de plus en plus les Togolais dans une profonde crise et un marasme économique difficile à résoudre. Combien de dialogues n’avons-nous pas eu et combien d’accords ne sont-ils pas issus de ces dialogues ?

Avant le 05 octobre 1990, en vue de rassembler les togolais pour la grande et historique réunion appelée Conférence Nationale Souveraine, il a fallu signer « les Accord du 12 juin 1991 » entre le pouvoir RPT et l’opposition regroupée en COD et  FOD. Les conclusions de ces accords jusqu’aujourd’hui ont été mal interprétées de part et d’autre ; et pourtant les uns comme les autres étaient résolus à les respecter dès sa signature.

Vient ensuite un autre dialogue qui débute toujours en 1991 et débouche sur le  « Nouveau Contrat Social » qui était signé par le pouvoir et l’opposition après son adoption par la grande institution de l’époque, le Haut Conseil de la République (HCR). Cet accord  débouchera finalement sur la formation d’un gouvernement d’union nationale de transition. Cela n’a pas abouti à cause de l’attaque dont a été le siège du gouvernement dirigé à l’époque par Joseph Kokou KOFFIGOH le 03 décembre 1991. Echec du Nouveau Contrat Social.

Toujours dans la recherche de solution à la crise togolaise, la classe politique togolaise dans son ensemble, pouvoir et opposition signent un accord créant une « Commission Mixte Paritaire » suite au regain de violences et de terreur qui régnaient à cette époque. Pour une fois encore, la non application des conclusions de cet accord par le pouvoir et surtout la mauvaise foi et volonté de nos autorités vont faire échec à la Commission Mixte Paritaire.

Dans la recherche de la préservation de ses intérêts au Togo, la France fait sciemment  échec aux négociations de « Colmar » du 08 février 1993, ceci pour écarter l’Allemagne des discussions selon les révélations faites ultérieurement par Bruno Delaye, à l’époque ambassadeur de France au Togo. Pour dire que les ambitions de certaines métropoles et surtout l’intransigeance du régime RPT à gérer seul les affaires du pays en écartant les autres, ont contribué et continuent de contribuer aux échecs des accords de Colmar.

Le périple de ce peuple continue ! Certaines capitales ont eu à colmater les brèches des accords passés. Nous notons, ainsi la capitale burkinabè, Ouagadougou qui a servi de cadre par deux fois à la signature d’un accord entre le pouvoir RPT et l’opposition. De mars à juillet 1993  les accords de « Ouagadougou I » verront le jour. Leur aboutissement sera la signature  d’un document à l’aéroport de Lomé-Tokoin relatif à l’organisation des élections présidentielles de 1993 et ceci dans un délai de 45 jours. Le délai jugé trop court par l’opposition pour que les élections démocratiques et transparentes se fassent a permis le boycott des élections par cette dernière et c’est la mort subite des accords.

Cinq ans après, un autre accord vit le jour à Ouagadougou en 1998. Les accords de « Ouagadougou II ». Il  concernait les élections présidentielles à venir dans le mois de juin de la même année. Ils étaient signés entre le pouvoir RPT et  son opposition sous l’égide de l’Union Européenne qui s’est  portée garante de sa supervision. Les accords ont vécu à cause de la mascarade électorale et surtout du hold-up électoral qui s’en est suivi.

L’atmosphère très tendue après les élections présidentielles de juin 1998 et surtout le hold-up électoral qui en est suivi, ont conduit la classe politique à la signature de « l’Accord Cadre de Lomé » du 09 au 11 juin 1999. Ainsi un raccommodage de négociation commença à Paris et se termina par la signature formelle à Lomé de cet accord, peu après la visite à Lomé du président français Jacques Chirac qui vint faire pression sur les négociations. Cet accord s’est révélé un véritable marché de dupes à travers son organe de suivi le Comité Paritaire de Suivi.

Les Togolais n’en finissent pas de dialoguer et de signer les accords. Seulement ces dialogues et accords ne sont que du bluff, de la poudre jetée aux yeux. « Les 22 engagements » pris par le gouvernement le 14 avril 2004 à Bruxelles, suite au 2e hold-up du régime RPT en sont révélateurs et sonnent faux. Ces engagements pris par le gouvernement devant les responsables de l’Union Européenne devaient permettre aux togolais de renouer avec les valeurs démocratiques. Ils devaient ensuite et surtout permettre la cohabitation pour que le pays soit géré équitablement par les acteurs politiques qui le composent. Les termes de ces engagements n’ont pas été respectés par le pouvoir. Alors dans ces conditions, et surtout que depuis le 05 février 2005, la donne politique togolais a changé avec le décès du général Eyadéma et l’arrivée de son fils au pouvoir après un coup de force, nous sommes en droit de dire que les 22 engagements ont été vidés de leur substance. Il est indéniable que c’est une énième farce qui est en train de se préparer. La politique togolaise a ceci d’étonnant que ses acteurs jouent uniquement des farces et font jouer au peuple la tragédie.

Que Monsieur Edem Kodjo se rende à Ouagadougou pour dévoiler les intentions du pouvoir, révélées quelques jours plus tôt par la presse, cela sonne comme un mépris de l’opinion nationale. Les Togolais ont-ils besoin de tendre l’oreille pour savoir à quelle sauce ils seront mangés ? Bien insensé qui croira en un dialogue organisé dans ces conditions !
Idelphonse AKPAKI

 

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