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Forum
de la
Semaine
:
M. Touré Garba, vous êtes un syndicaliste bien connu
au Togo qui réside actuellement en Angleterre;
pouvez-vous rappeler à nos lecteurs ce qui vous a
poussé à abandonner la mère patrie pour aller vivre
sous d’autres cieux?
Garba TOURE :
Tout d’abord, je voudrais vous remercier très
sincèrement pour m’avoir prêté le cadre de votre
journal afin de m’exprimer sur la situation
sociopolitique de notre pays. A travers vous, je
voudrais également saluer toute la presse togolaise
notamment la presse privée qui n’a cessé, malgré
toutes les difficultés auxquelles elle est
confrontée, de véhiculer les opinions des uns et des
autres et surtout de la diaspora togolaise qui
entend apporter sa contribution dans le redressement
économique et social de notre pays. C’est vous dire
tout l’intérêt particulier que j’attache à cette
presse privée pour laquelle je vous rassure que nous
avons un projet formidable qui permettra d’aider les
acteurs à être des professionnels vivant pleinement
de leur métier et au-delà, en faire des vraies
grandes entreprises pouvant employer des centaines
de Togolais.
Abordant votre première préoccupation, je vous dirai
tout simplement que l’heure n’est plus aux
polémiques. Nous sommes à l’heure de la vraie
réconciliation entre les filles et fils de notre
pays et il n’est pas judicieux de se mettre encore à
rappeler les circonstances de mon départ du pays en
accusant telle ou telle personne. Il est maintenant
question de voir l’avenir, de permettre à tous ceux
qui ont de bonnes idées, de les mettre en œuvre sans
embûches pour alléger la souffrance des populations.
Et
le pays, comment le ressentez-vous dans votre âme?
Loin des yeux, près du cœur ou loin des yeux loin du
cœur?
Evidemment loin des yeux, près du cœur. Vous ne
pouvez pas imaginer ma peine de voir le peuple
togolais croupir dans cette misère depuis tant
d’années et je n’ai cessé, lors de mes interviews,
de témoigner ma solidarité et ma compassion à mes
frères et sœurs. Mon seul souci aujourd’hui est de
trouver les voies et moyens pouvant redonner espoir
aux populations togolaises et nous nous attelons
pour cela.
Abordons les choses plus sérieuses, comment
appréciez-vous le changement politique intervenu au
Togo depuis un certain temps avec la nomination par
Faure Gnassingbé d’un PM de l’opposition
démocratique sur la base de l’Accord politique
global(APG) de Lomé?
J’ai eu à saluer dans ma précédente intervention la
nomination du 1er Ministre issu d’une
autre mouvance en louant le courage politique et la
volonté d’ouverture du Président de la République
Faure GNASSINGBE. Cette nomination était l’essentiel
pour aller au plus vite vers les élections
législatives afin de renouveler le parlement actuel
dont le mandat doit prendre fin en octobre 2007
conformément à la constitution du pays.
Monsieur Gilchrist Olympio a refusé de reconnaître
la nomination de Me Yawovi Agboyibo à ce poste qu’il
estime devant lui revenir de droit. Malgré tout,
son N°2 sur le terrain, le Dr Amah Gnassingbé dont
tous s’accordent à reconnaître un engagement sans
faille pour la cause démocratique participe à cette
formation gouvernementale de même que le leader de
la CDPA, le Pr. Léopold Messan Gnininvi considéré
comme l’un des plus radicaux de l’opposition. Quelle
analyse faites-vous de cette situation?
Il
faut reconnaître que le leader de l’UFC a fait des
erreurs dans ses déclarations. Rien ne prédestinait
le poste de Premier Ministre à une formation
politique. D’ailleurs, j’avais qualifié ce poste de
« passager » dans ma précédente interview car seules
les élections législatives peuvent faire la part des
choses. Je crois que le leader de l’UFC le reconnaît
aujourd’hui et il est question maintenant de voir
comment ce parti peut intégrer le gouvernement
d’union nationale et ce sans conditions. Tant au
niveau du gouvernement que de la CENI, l’UFC doit en
faire partie pour apporter sa contribution à
l’aboutissement heureux du processus démocratique
engagé. Je pense que le Président de la République
Faure GNASSINGBE a montré sa volonté d’aller de
l’avant dans ce processus en nommant un Premier
Ministre issu de l’Opposition. Il était normal que
toute la classe politique soit sensible à cette
volonté en abandonnant des positions radicales.
Clopin-clopant, la mise en oeuvre de l’APG continue
son petit bonhomme de chemin avec la désignation
« par consensus » de Tozim Potopéré comme Président
de la Commission électorale indépendante faute de
consensus autour d’un nom d’un candidat de
l’opposition. Cette situation peut-elle ramener la
victoire dans le camp des démocrates? Quel est votre
avis sur le mode de recensement que proposent les
deux camps à la CENI ?
Comme vous l’avez dit, la désignation de M. TOZIM et
de tous les membres du bureau que je connais très
bien, est intervenue faute de consensus au sein de
l’Opposition et c’est encore là une preuve de la
mésentente entre les partis de l’Opposition qui a
conduit à cette situation. Cependant, au-delà même
de cette désignation, c’est un message adressé à
cette vielle classe politique qui aussi fait le
malheur de la jeunesse. L’émergence de la jeunesse
aux commandes des institutions de la république est
une nécessité pour mettre fin aux débats
interminables sur les hommes et faire face aux
problèmes des populations.
Je
voudrais saisir cette occasion pour le dire
clairement et tout haut : tous les leaders des
partis ayant existé depuis plus de quinze ans auront
à choisir de gré ou force dans les mois à venir,
entre, se faire élire députés aux prochaines
législatives pour encore avoir un devenir des
conseillers au sein de leur formation politique
quand bien même ils sont les principaux bailleurs de
fonds de leur parti. Je prends sur moi l’engagement
de mener aussi ce combat dès mon retour. Je répète,
je n’ai plus peur de personne, qu’il soit du RPT, de
l’armée ou de l’opposition. Le sentiment a trop
duré.
Quant à la présente CENI, elle sera
entièrement renouvelée après les élections
législatives. Au sujet de mode de recensement, je
pense pour ma part qu’il faut adopter la méthode qui
puisse permettre moins de fraudes et de
contestations sans parler du coût. Le préjudice subi
par notre pays suite à des contestations après des
élections se chiffre en centaines de milliards de
nos francs. Cependant, il faut faire appel aux
spécialistes des recensements pour nous dire au
cours d’un débat le temps qu’il faudra pour pouvoir
être dans le délai que nous connaissons déjà, ainsi
cela départagera les deux camps.
Enfin, il revient à ceux qui se disent démocrates de
mieux s’organiser afin que la victoire soit de leur
coté. Dans les cas, nous assisterons à de nouvelles
coalitions de partis politiques après les
législatives et ce dans la perspective de se
préparer pour l’élection présidentielle de 2010 dont
nous sommes déjà le premier candidat.
L’ancien PM, Edem Kodjo s’est fait nommer
« Ministre d’Etat rattaché à la Présidence de la
République » comme pour être présent mais en même
temps absent du gouvernement Agboyibo. D’aucuns ont
qualifié cet acte d’ « anticonstitutionnel » au
regard des textes de lois de la République
togolaise. Qu’en dites-vous?
Je
ne veux pas ouvrir ici des polémiques juridiques et
constitutionnelles. M. Edem KODJO fut un 1er
Ministre qui a contribué avec le Chef de l’Etat à la
relance du Dialogue politique qui a aboutit à la
signature de l’Accord Politique Global. De par cette
expérience, il a beaucoup à apporter dans la
poursuite et l’aboutissement du processus. J’aurais
même souhaité qu’il soit nommé Conseiller auprès du
Chef de l’Etat.
Récemment le gouvernement a réussi à convaincre,
sans menaces ni intimidations comme par le passé,
les syndicats à désamorcer un préavis de grève lancé
sur le jeudi dernier. Le travailleur togolais est
finalement sorti de l’ornière? Est-ce un
test de passage réussi pour le nouveau
gouvernement?
Je
crois qu’il y a lieu de reconnaître que les leaders
syndicaux ont beaucoup fait preuve de courage de bon
sens et de patience à l’endroit des gouvernements
qui se sont succédé. On ne peut pas tromper un
peuple tout le temps en brandissant les problèmes
économiques alors qu’aucune action concrète n’est
posée par les membres du gouvernement pour montrer
l’exemple. Le gouvernement KODJO pouvait en son
temps, par exemple, demander à tous ses ministres de
s’abstenir de toucher leur salaire pendant deux ou
trois mois en signe de solidarité à l’endroit des
travailleurs. Les leaders syndicaux avaient raison
de vouloir aller en grève qui n’était dirigée contre
personne. C’est leur seule arme. Ils étaient à bout
de souffle et ce sont les accords du dialogue social
qui leur avaient donné un petit espoir. Il fallait
nécessairement continuer dans cette lancée avec
l’exécution progressive de ces accords. Les leaders
syndicaux n’avaient d’autre choix car ils risquaient
d’être eux-mêmes désavoués par leurs bases
respectives et cela était grave pour l’avenir
syndical du pays et aussi grave pour l’Etat. Dieu
merci, le Président de la République et son PM Me
AGBOYIBO ont su de justesse désamorcer la crise.
Mais je dis que ceci n’est qu’un simple bandage sur
une plaie qui pue déjà. J’espère que les Etats
Généraux de l’Administration Publique qui se
déroulent actuellement du 05 au 09 décembre
contribueront à trouver des approches de solutions
idoines pour une administration plus professionnelle
avec un personnel plus motivé par les différentes
réformes qui en découleront en faveur des
travailleurs. Nous aurons l’occasion d’y revenir la
semaine prochaine après publication des accords qui
seront arrêtés.
Quels sont vos rapports avec les membres de la
diaspora togolaise et des combattants de la liberté
restés sur le terrain? Et avec le pouvoir?
J’ai d’excellents rapports avec les 80 % des
responsables politiques et leaders des partis
politiques et ce pour avoir pu collaborer avec tous
sans exception. En tant qu’aînés, je me dois
d’entretenir de tels rapports avec eux. Je leur dois
beaucoup de respect mais je n’hésiterai pas quand il
s’agira de me battre politiquement contre qui que ce
soit si nos aspirations ne sont pas les mêmes car
mon souhait est que cette vieille classe politique
dont j’ai toujours parlé, cède le pas à la jeunesse
qui a de nobles idées. Plusieurs voix ont eu déjà à
l’évoquer. Pour ma part, notre parti sera mis sur
les fonts baptismaux très bientôt et nous lançons un
appel à tous ceux sont épris de paix, de justice
sociale, ceux qui voudront voir la pauvreté
éradiquée en Afrique de se joindre à nous le moment
venu.
J’ai également des contacts fréquents avec plusieurs
personnes de la diaspora avec qui nous réfléchissons
sur la mise en application de nos stratégies. Nous
sommes des gens de terrain et nous entendons le
démonter le moment venu. Nous mesurons le degré de
risque que nous encourons en cherchant à assumer
cette charge mais rien ne nous fait plus peur parce
que nous nous sommes préparés en conséquence. Notre
cause est juste et la meilleure.
D’aucuns se demanderaient si nous avons les moyens.
Je les rassure de ne pas s’en préoccuper car aucun
homme politique au pouvoir ou leader de parti
politique n’utilise son propre salaire pour faire de
la politique. Les moyens, quand on les cherche, on
les trouve ; surtout quand on vise l’intérêt général
des populations.
Avec le pouvoir en place, rien pour le moment,
cependant, je saisirai toute occasion qui me sera
offerte pour des entretiens utiles. A ce sujet, il
faudrait que ce soit clair dans les esprits, Garba
TOURE assume les actes qu’il pose. Bientôt la
cinquantaine d’âge, je ne suis plus un enfant à qui
l’on dit ce que vous devez politiquement faire au
moment où il faut le faire et pour le bien de tous.
A
quand le retour au pays?
Je
suis en train de préparer mon retour en bonne et due
forme en réglant tous ses contours. Aussi vous savez
que les Togolais sont toujours friands des diplômes
des dirigeants politiques comme si c’est le diplôme
qui gouverne alors que ce qui importe, c’est les
idées. Mais pour ne pas faire exception à la règle,
je suis en train de combler les insuffisances en la
matière. Mais comme je l’ai toujours dit, je serai
de retour au pays en 2008 par la grâce du Seigneur.
Votre dernier mot?
Je
n’ai toujours pas manqué de demander aux Togolais de
vivre dans l’espoir car nous sommes fin prêts à
relever le défi pour le continent africain. Nous
avons de nobles ambitions et nous avons le désir de
nous mettre au service du peuple togolais. Plus
personne ne pourra aller à l’encontre de ce que nous
voulons pour le peuple togolais à force de se faire
broyer par la roue qui tourne. A cet effet, nous
avons besoin de son soutien ferme pour assurer une
vie décente à tous. Nous vous avons parlé d’un
séisme politico socio-économique mondial qui aura
bien lieu à partir de 2008, toutes les conditions
sont aujourd’hui réunies, nous aurions souhaité que
ce soit avec les Chefs d’Etat et de Gouvernement
actuels des pays du G8, dommage, plusieurs parmi eux
ne seront plus aux commandes de leur pays pour faire
face à ce séisme. Nous avons déjà le soutien des
groupes de pression des différents autres continents
de la planète.
Je
saisis cette opportunité pour rendre hommage à nos
responsables syndicaux. Qu’ils sachent que nous
menons le même combat malgré nos différences. Aucun
parti politique ne nous facilitera la tâche. Ne
pouvant pas juridiquement faire la politique en tant
que syndicats, ne pensons nous pas qu’il est temps
de changer de stratégies ? Taisons nos rancœurs et
donnons-nous rendez-vous en 2008. Rien ne sera
impossible si nous le voulons. J’entends m’adresser
à mes camarades par correspondances écrites à la fin
de l’année 2006 ou en début d’année 2007.
Je
vous remercie. |