AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 

11 Déc 2006

 

[ 212: 8 Déc 2006]  
Interview de M. Touré Garba  « Les leaders syndicaux avaient raison de vouloir aller en grève... »
 

Forum de la Semaine : M. Touré Garba, vous êtes un syndicaliste bien connu au Togo qui réside actuellement en Angleterre; pouvez-vous rappeler à nos lecteurs ce qui vous a poussé à abandonner la mère patrie pour aller vivre sous d’autres cieux?

Garba TOURE : Tout d’abord, je voudrais vous remercier très sincèrement pour m’avoir prêté le cadre de votre journal afin de m’exprimer sur la situation sociopolitique de notre pays. A travers vous, je voudrais également saluer toute la presse togolaise notamment la presse privée qui n’a cessé, malgré toutes les difficultés auxquelles elle est confrontée, de véhiculer les opinions des uns et des autres et surtout de la diaspora togolaise qui entend apporter sa contribution dans le redressement économique et social de notre pays. C’est vous dire tout l’intérêt particulier que j’attache à cette presse privée pour laquelle je vous rassure que nous avons un projet formidable qui permettra d’aider les acteurs à être des professionnels vivant pleinement de leur métier et au-delà, en faire des vraies grandes entreprises pouvant employer des centaines de Togolais.

Abordant votre première préoccupation, je vous dirai tout simplement que l’heure n’est plus aux polémiques. Nous sommes à l’heure de la vraie réconciliation entre les filles et fils de notre pays et il n’est pas judicieux de se mettre encore à rappeler les circonstances de mon départ du pays en accusant telle ou telle personne. Il est maintenant question de voir l’avenir, de permettre à tous ceux qui ont de bonnes idées, de les mettre en œuvre sans embûches pour alléger la souffrance des populations.

Et le pays, comment le ressentez-vous dans votre âme? Loin des yeux, près du cœur ou loin des yeux loin du cœur?

Evidemment loin des yeux, près du cœur. Vous ne pouvez pas imaginer ma peine de voir le peuple togolais croupir dans cette misère depuis tant d’années et je n’ai cessé, lors de mes interviews, de témoigner ma solidarité et ma compassion à mes frères et sœurs. Mon seul souci aujourd’hui est de trouver les voies et moyens pouvant redonner espoir aux populations togolaises et nous nous attelons pour cela.

Abordons les choses plus sérieuses, comment appréciez-vous le changement politique intervenu au Togo depuis un certain temps avec la nomination par Faure Gnassingbé d’un PM de l’opposition démocratique sur la base de l’Accord politique global(APG) de Lomé?

J’ai eu à saluer dans ma précédente intervention la nomination du 1er Ministre issu d’une autre mouvance en louant le courage politique et la volonté d’ouverture du Président de la République Faure GNASSINGBE. Cette nomination était l’essentiel pour aller au plus vite vers les élections législatives afin de renouveler le parlement actuel dont le mandat doit prendre fin en octobre 2007 conformément à la constitution du pays.

Monsieur Gilchrist Olympio a refusé de reconnaître la nomination de Me Yawovi Agboyibo à ce poste qu’il estime devant lui revenir de droit. Malgré tout, son N°2 sur le terrain, le Dr Amah Gnassingbé dont tous s’accordent à reconnaître un engagement sans faille pour la cause démocratique participe à cette formation gouvernementale de même que le leader de la CDPA, le Pr. Léopold Messan Gnininvi considéré comme l’un des plus radicaux de l’opposition. Quelle analyse faites-vous de cette situation? 

Il faut reconnaître que le leader de l’UFC a fait des erreurs dans ses déclarations. Rien ne prédestinait le poste de Premier Ministre à une formation politique. D’ailleurs, j’avais qualifié ce poste de « passager » dans ma précédente interview car seules les élections législatives peuvent faire la part des choses. Je crois que le leader de l’UFC le reconnaît aujourd’hui et il est question maintenant de voir comment ce parti peut intégrer le gouvernement d’union nationale et ce sans conditions. Tant au niveau du gouvernement que de la CENI, l’UFC doit en faire partie pour apporter sa contribution à l’aboutissement heureux du processus démocratique engagé. Je pense que le Président de la République Faure GNASSINGBE a montré sa volonté d’aller de l’avant dans ce processus en nommant un Premier Ministre issu de l’Opposition. Il était normal que toute la classe politique soit sensible à cette volonté en abandonnant des positions radicales.

Clopin-clopant, la mise en oeuvre de l’APG continue son petit bonhomme de chemin avec la désignation « par consensus » de Tozim Potopéré comme Président de la Commission électorale indépendante faute de consensus autour d’un nom d’un candidat de l’opposition. Cette situation peut-elle ramener la victoire dans le camp des démocrates? Quel est votre avis sur le mode de recensement que proposent les deux camps à la CENI ?

Comme vous l’avez dit, la désignation de M. TOZIM et de tous les membres du bureau que je connais très bien, est intervenue faute de consensus au sein de l’Opposition et c’est encore là une preuve de la mésentente entre les partis de l’Opposition qui a conduit à cette situation. Cependant, au-delà même de cette désignation, c’est un message adressé à cette vielle classe politique qui aussi fait le malheur de la jeunesse. L’émergence de la jeunesse aux commandes des institutions de la république est une nécessité pour mettre fin aux débats interminables sur les hommes et faire face aux problèmes des populations.

Je voudrais saisir cette occasion pour le dire clairement et tout haut : tous les leaders des partis ayant existé depuis plus de quinze ans auront à choisir de gré ou force dans les mois à venir, entre,  se faire élire députés aux prochaines législatives pour encore avoir un devenir des conseillers au sein de leur formation politique quand bien même ils sont les principaux bailleurs de fonds de leur parti. Je prends sur moi l’engagement  de mener aussi ce combat dès mon retour. Je répète, je n’ai plus peur de personne, qu’il soit du RPT, de l’armée ou de l’opposition. Le sentiment a trop duré.

            Quant à la présente CENI, elle sera entièrement renouvelée après les élections législatives. Au sujet de mode de recensement, je pense pour ma part qu’il faut adopter la méthode qui puisse permettre moins de fraudes et de contestations sans parler du coût. Le préjudice subi par notre pays suite à des contestations après des élections se chiffre en centaines de milliards de nos francs.  Cependant, il faut faire appel aux spécialistes des recensements pour nous dire au cours d’un débat le temps qu’il faudra pour pouvoir être dans le délai que nous connaissons déjà, ainsi cela départagera les deux camps.

Enfin, il revient à ceux qui se disent démocrates de mieux s’organiser afin que la victoire soit de leur coté. Dans les cas, nous assisterons à de nouvelles coalitions de partis politiques après les législatives et ce dans la perspective de se préparer pour l’élection présidentielle de 2010 dont nous sommes déjà le premier candidat.

L’ancien PM, Edem Kodjo s’est fait nommer  « Ministre d’Etat rattaché à la Présidence de la République » comme pour être présent mais en même temps absent du gouvernement Agboyibo. D’aucuns ont qualifié cet acte d’  « anticonstitutionnel » au regard des textes de lois de la République togolaise. Qu’en dites-vous?

Je ne veux pas ouvrir ici des polémiques juridiques et constitutionnelles. M. Edem KODJO fut un 1er Ministre qui a contribué avec le Chef de l’Etat à la relance du Dialogue politique qui a aboutit à la signature de l’Accord Politique Global. De par cette expérience, il a beaucoup à apporter dans la poursuite et l’aboutissement du processus. J’aurais même  souhaité qu’il soit nommé Conseiller auprès du Chef de l’Etat.

Récemment le gouvernement a réussi à convaincre, sans menaces ni intimidations comme par le passé, les syndicats à désamorcer un préavis de grève lancé sur le jeudi dernier. Le travailleur togolais est finalement sorti de l’ornière?         Est-ce un test de passage réussi pour le nouveau gouvernement? 

Je crois qu’il y a lieu de reconnaître que les leaders syndicaux ont beaucoup fait preuve de courage de bon sens et de patience à l’endroit des gouvernements qui se sont succédé. On ne peut pas tromper un peuple tout le temps en brandissant les problèmes économiques alors qu’aucune action concrète n’est posée par les membres du gouvernement pour montrer l’exemple. Le gouvernement KODJO pouvait en son temps, par exemple, demander à tous ses ministres de s’abstenir de toucher leur salaire pendant deux ou trois mois en signe de solidarité à l’endroit des travailleurs. Les leaders syndicaux avaient raison de vouloir aller en grève qui n’était dirigée contre personne. C’est leur seule arme.  Ils étaient à bout de souffle et ce sont les accords du dialogue social qui leur avaient donné un petit espoir. Il fallait nécessairement continuer dans cette lancée avec l’exécution progressive de ces accords. Les leaders syndicaux n’avaient d’autre choix car ils risquaient d’être eux-mêmes désavoués par leurs bases respectives et cela était grave pour l’avenir syndical du pays et aussi grave pour l’Etat. Dieu merci, le Président de la République  et son PM Me AGBOYIBO ont su de justesse désamorcer la crise. Mais je dis que ceci n’est qu’un simple bandage sur une plaie qui pue déjà. J’espère que les Etats Généraux de l’Administration Publique qui se déroulent actuellement  du 05 au 09 décembre contribueront à trouver des approches de solutions idoines pour une administration plus professionnelle avec un personnel plus motivé par les différentes réformes qui en découleront en faveur des travailleurs. Nous aurons l’occasion d’y revenir la semaine prochaine après publication des accords qui seront arrêtés.

Quels sont vos rapports avec les membres de la diaspora togolaise et des combattants de la liberté restés sur le terrain? Et  avec le pouvoir? 

J’ai d’excellents rapports avec les 80 % des responsables politiques et leaders des partis politiques et ce pour avoir pu collaborer avec tous sans exception. En tant qu’aînés, je me dois d’entretenir de tels rapports avec eux. Je leur dois beaucoup de respect mais je n’hésiterai pas quand il s’agira de me battre politiquement contre qui que ce soit si nos aspirations ne sont pas les mêmes car mon souhait est que cette vieille classe politique dont j’ai toujours parlé, cède le pas à la jeunesse qui a de nobles idées. Plusieurs voix ont eu  déjà à l’évoquer. Pour ma part, notre parti sera mis sur les fonts baptismaux très bientôt et nous lançons un appel à tous ceux sont épris de paix, de justice sociale, ceux qui voudront voir la pauvreté éradiquée  en Afrique de se joindre à nous le moment venu.

J’ai également des contacts fréquents avec plusieurs personnes de la diaspora avec qui nous réfléchissons sur la mise en application de nos stratégies. Nous sommes des gens de terrain et nous entendons le démonter le moment venu. Nous mesurons le degré de risque que nous encourons en cherchant à assumer cette charge mais rien ne nous fait plus peur parce que nous nous sommes préparés en conséquence. Notre cause est juste et la meilleure.

D’aucuns se demanderaient si nous avons les moyens. Je les rassure de ne pas s’en préoccuper car aucun homme politique au pouvoir ou leader de parti politique n’utilise son propre salaire pour faire de la politique. Les moyens, quand on les cherche, on les trouve ; surtout quand on vise l’intérêt général des populations.

Avec le pouvoir en place, rien pour le moment, cependant, je saisirai toute occasion qui me sera offerte pour des entretiens utiles. A ce sujet, il faudrait que ce soit clair dans les esprits, Garba TOURE assume les actes qu’il pose. Bientôt la cinquantaine d’âge, je ne suis plus un enfant à qui l’on dit ce que vous devez  politiquement faire au moment où  il faut le faire et pour le bien de tous.

A quand le retour au pays?

Je suis en train de préparer mon retour en bonne et due forme en réglant tous ses contours. Aussi vous savez que les Togolais sont toujours friands des diplômes des dirigeants politiques comme si c’est le diplôme qui gouverne alors que ce qui importe, c’est les idées. Mais pour ne pas faire exception à la règle, je suis en train de combler les insuffisances en la matière. Mais comme je l’ai toujours dit, je serai de retour au pays en 2008 par la grâce du Seigneur.

Votre dernier mot?

Je n’ai toujours pas manqué de demander aux Togolais de vivre dans l’espoir car nous sommes fin prêts à relever le défi pour le continent africain. Nous avons de nobles ambitions et nous avons le désir de nous mettre au service du peuple togolais. Plus personne ne pourra aller à l’encontre de ce que nous voulons pour le peuple togolais à force de se faire broyer par la roue qui tourne. A cet effet, nous avons besoin de son soutien ferme pour assurer une vie décente à tous. Nous vous avons parlé d’un séisme politico socio-économique mondial  qui aura bien lieu à partir de 2008, toutes les conditions sont aujourd’hui réunies, nous aurions souhaité que ce soit avec les Chefs d’Etat et de Gouvernement actuels des pays du G8, dommage, plusieurs parmi eux ne seront plus aux commandes de leur pays pour faire face à ce séisme. Nous avons déjà le soutien des groupes de pression des différents autres continents de la planète.

Je saisis cette opportunité pour rendre hommage à nos responsables syndicaux. Qu’ils sachent que nous menons le même combat malgré nos différences. Aucun parti politique ne nous facilitera la tâche. Ne pouvant pas juridiquement faire la politique en tant que syndicats, ne pensons nous pas qu’il est temps de changer de stratégies ? Taisons nos rancœurs et donnons-nous rendez-vous en 2008. Rien ne sera impossible si  nous le voulons. J’entends m’adresser à mes camarades par correspondances écrites à la fin de l’année 2006 ou en début d’année 2007.

Je vous remercie.

Propos recueillis par
Dimas Dzikodo

 

Job.com

 

 

 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved