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« Nous prenons acte de la nomination de Me Agboyibo
comme Premier Ministre mais nous attendons les
consultations pour nous prononcer ».
Ainsi réagissait le leader de
la Convention Démocratique
des Peuples Africains (CDPA), le Prof. Léopold M.
Gnininvi quelques heures après la nomination du
leader du CAR comme locataire à la Primature. Cette
réaction démontre avec acuité l’autre combat qui
attend Me Yawovi Madji Agboyibo, celui d’ériger une
équipe gouvernementale dont la configuration devait
être représentative du paysage politique togolais.
En effet, avec la défection de l’Union des Forces de
Changement de Gilchrist Olympio, qui, malgré ses
déclarations de bonnes intentions cultivait plutôt
la politique du tout ou rien, la donne parait un peu
compliquée pour le tout nouveau chef du
Gouvernement. Tout n’est pour autant pas perdu car,
l’actuelle position du patron de l’UFC est au
demeurant incompréhensible d’autant plus qu’il y a
quelques jours, il affichait un air plus ou moins
désintéressé de la chose. C’est ainsi que répondant
à une question de notre consoeur Carine Frenk de RFI
portant sur la position de l’UFC quant à la
nomination du Premier Ministre, il disait : « On
l’aurait souhaité [que le PM vienne de l’UFC, ndlr].
C’est notre désir le plus ardent. Mais nous ne
sommes pas la seule formation politique du pays ».
Ce qui voudrait dire en principe que, même si l’UFC
n’est pas prête à accepter n’importe qui comme
Premier Ministre, elle devait au moins accepter ses
compagnons de lutte à ce poste. Mais apparemment,
Gilchrist Olympio veut tout et tout à lui seul. Le
peuple appréciera dans les jours à venir. Aussi
est-il impérieux à Me Agboyibo de cheminer main dans
la main avec
la CDPA dans ce gouvernement tout en laissant
toujours une ouverture à l’UFC dans les prises de
décisions de façon à ne pas créer une confrontation
inutile pouvant repositionner le RPT en difficulté.
Tout compte fait, il revient à Me Agboyibo de ne pas
se prendre pour un valet du système RPT pour se
sentir redevable vis-à-vis de Faure Gnassingbé. Car,
quoiqu’on dise, il n’est pas nommé, contrairement à
Edem Kodjo, par la seule et simple volonté de Faure
Gnassingbé. Il est nommé sur la base d’un accord
signé par tous les acteurs majeurs de la scène
politique togolaise. Il doit se battre, non pas pour
entretenir un conflit permanent entre lui et Faure,
mais pour se donner une marge utile de manœuvre
digne d’un PM de consensus et non d’un simple commis
de bureau de Faure à l’instar de Edem Kodjo, en vue
de préserver les valeurs pour lesquelles lui et ses
autres collègues du CAR, de
la CDPA et de l’UFC ont dû consentir d’énormes
sacrifices des années durant.
Pour ce faire, il doit réussir à faire éviter au RPT,
l’esprit de la part du lion afin de permettre
l’érection d’une équipe gouvernementale très
représentative de toutes les forces politiques du
pays ; sans l’esprit d’exclusion.
Des formations politiques à la société civile en
passant par des personnes ressources, techniciens ou
technocrates, nul ne devait être laissé au hasard
car l’exclusion a toujours produit des effets
néfastes à la démocratie. Le Togo traverse une phase
décisive de son histoire et cette étape de
réconciliation doit faire appel à toutes ses filles
et à tous ses fils capables de générer une dynamique
d’union et de réconciliation. Le moment viendra ou
l’on aura besoin uniquement que des hommes
chevronnés, une équipe restreinte pour relever le
pays. Mais à l’instant, le signal devait être
réconciliateur.
Sinon, les prochaines échéances électorales
engendreront des violences qui ont fait plonger nos
compatriotes dans un deuil inextinguible et
traverser les frontières à d’autres. Cette fois-ci,
les Togolais sont fatigués et veulent tourner cette
page.
Recoller le tissu social en lambeaux, asseoir une
équipe gouvernementale compétente et responsable,
tel doit être l’autre combat de celui que les
Togolais viennent de connaître sous le nom de Madji.
Dimas
Gouvernement
:
Déjà de grandes batailles pour les postes
ministériels
«
Ce samedi 16 septembre 2006, son Excellence Monsieur
le Président de la République
m’a reçu à 11h 30 pour me notifier qu’il a pris ce
jour un décret me désignant pour diriger le
Gouvernement d’Union National prévu par l’Accord
Politique Global du 20 Août 2006 ».
Telles étaient les premières déclarations du
désormais Premier Ministre Yawovi Agboyibo lors d’un
point de presse auquel il a convié les journalistes
pour leur faire part de la nouvelle.
Faure Gnassingbé par cet acte vient
d’affranchir les Togolais qui mourraient du Premier
Ministre. Le processus de décrispation devra être de
facto enclenché car la nomination du Premier
Ministre constitue la première phase de
l’application de l’accord scellé le 20 août dernier.
Nombre de Togolais jubilent car la primature est
concédée à un leader de l’opposition traditionnelle.
Quoi de plus normal ! Mais si l’on se fait une idée
de la tâche qui l’attend, l’on se doit de mettre du
bémol dans les manifestations de joie car le plus
dur reste à venir. La nomination ne serait donc que
l’Acte Premier du scénario qui est enclenché. Le
plus dur, ce sera la formation du gouvernement.
En effet, la composition de l’équipe, la
répartition des postes risque de constituer la
prochaine pierre d’achoppement. Connaissant bien la
nature du régime en place, beaucoup se demandent si
le clan Gnassingbé ne mijote pas quelque chose.
Quand on sait que le gouvernement à mettre en place
doit en être un de mission, celle d’appliquer ou de
faire appliquer les recommandations du Dialogue
National contenues dans l’Accord Politique Global
qui ne satisfait à cent pour cent aucune partie au
dialogue, et surtout celle de préparer les
prochaines législatives, il y a de très fortes
craintes à nourrir. Certains ministères seront
convoités par tous les partis politiques car étant
sensibles, vu le rôle qu’ils devront jouer dans la
tenue des élections de Juin prochain. Il s’agit de
l’Intérieur, de la Sécurité, de la Défense, de la
Décentralisation, de la Justice. Celui de
l’Intérieur sera requis par la CENI pour lui prêter
main forte dans l’organisation du scrutin et quand
on se rappelle ce qui s’était passé lors de la
présidentielle de 1998 au Gal. Séyi Mèmène, Ministre
de l’Intérieur d’alors avait joué au substitut d’Awa
Nana pour proclamer des résultats traficotés
créditant Eyadema vainqueur-, la lutte sera âpre de
part et d’autre pour s’arracher leur contrôle. Celui
de la Justice ne le sera pas moins quand on sait que
c’est ce ministère qui devra traiter les contentieux
de droit, notamment le lourd dossier des violences
d’avril 2005. L’Economie et les Finances seront
aussi l’objet de toutes les convoitises.
Plus que jamais, les calculs
politiciens, les intérêts égoïstes doivent être
bannis et « l’esprit de consensus et de
dépassement de soi qui a caractérisé le dialogue »
doit prévaloir de tous les côtés pour mettre en
chantier les grandes décisions qui sont censées
décrisper la crise. « Que le Saint-esprit
descende ».
N.K.A
Agboyibo, Premier ministre ! * Les dernières 72
heures d’une nomination agitée * Valse diplomatique
à Lomé, Ouaga, Libreville, Brazzaville, Lagos,
Tripoli et Addis-Abeba
L’attente fut longue, voire exaspérante. De folles
rumeurs ajoutaient encore un peu plus à la tension
ambiante. Des noms circulaient, des plus inattendus
aux plus probables. Jusqu’à la moitié de la semaine
dernière, il n’y avait qu’une seule certitude : le
maintien d’Edem Kodjo tant souhaité par le camp
présidentiel n’était plus à l’ordre du jour.
Edem
Kodjo, out !
Ce
ne fut sans peine. Les réseaux françafricains
avaient souhaité son maintien à la tête du
Gouvernement d’Union nationale en arguant d’une
certaine continuité dans la gestion des affaires. De
sources bien informées, un front constitué par le
Président Sassou Nguesso du Congo, l’actuel
président en exercice de l’UA, du Premier ministre
français Dominique De Villepin ; et dans une moindre
mesure du leader libyen Moammar Khadaffi avait
vivement milité en ce sens. Toujours d’après les
mêmes sources, il avait fallu que le Président
gabonais Omar Bongo Ondimba use de toute sa force de
persuasion pour calmer les ardeurs des « Kodjoïstes »
et pour qu’à Lomé, le camp présidentiel ouvre
d’autres perspectives.
Jeudi 14 septembre, le principe d’un PM issu des
rangs de la CDPA, l’UFC ou du CAR fut acquis. On
pensait que tout ira plus vite et que tout sera fin
prêt pour le vendredi qui suivait.
UFC: Patrick Lawson
ou
Eric Amerding?
La
première difficulté vint des rangs même de l’Union
des Forces de Changement. Tandis qu’à Lomé la base
souhaitait voir proposé le « local » Patrick
Lawson, depuis Paris leur Président national était
toujours rivé à la proposition de son beau-frère et
conseiller Eric Amerding. Ce qui fait que le camp
présidentiel s’était retrouvé avec les deux noms. A
l’UFC, on avait déjà dépassé la déclaration de
Gilchrist Olympio qui disait à sa sortie d’audience
chez Faure Gnassingbé à Paris le 8 septembre :
« il faut un homme qui fasse la jonction entre le
RPT et nous-même ». Mais ce fut Patrick Lawson
qui sera définitivement mis dans la balance avec la
bénédiction des Présidents Obasanjo et Compaoré et
d’Alpha Konaré. L’UFC, d’après les sources, avait eu
une exigence particulière qui a définitivement
braqué le camp présidentiel : Faure Gnassingbé
devrait d’abord procéder à la nomination et ensuite
avec le PM désigné voir les contours à donner au
gouvernement d’union. Refus catégorique du camp
présidentiel qui avait déjà un canevas. En plus, on
craint du côté de la présidence que Patrick Lawson
soit un « Premier ministre par procuration »
qui aura à se référer à son patron pour gérer les
affaires.
Reste la piste Me Agboyibo
Vendredi 15 septembre, le choix de Me Agboyibo était
totalement acquis mais à la dernière minute, la
machine semble se gripper. Il est vrai qu’au départ
Me Agboyibo avait donné son accord après s’être
enclin du contour que le camp présidentiel voulait
donner au gouvernement d’union. Mais il y avait
encore des suspicions. Le camp présidentiel voulait
des garanties de loyauté, disons plutôt un gage
devant des témoins de ne pas se dérober au canevas
fixé par le camp présidentiel sur les bases de
l’Accord Politique Global en tournant les roues
uniquement en faveur de l’opposition, mais plutôt en
jouant un jeu égal. Les ambassadeurs des pays
impliqués dans le règlement de la crise togolaise
furent mis à contribution pour la circonstance. Des
engagements solennels ont été pris devant eux.
Samedi 16 septembre, tout est enfin prêt. A 13
heures 30, l’annonce officielle : Me Yawovi Agboyibo
est chargé de conduire le Gouvernement d’Union
Nationale chargé d’organiser les prochaines
législatives.
Première note dissonante, l’UFC affirme qu’elle n’y
participera pas. Seul bémol, elle affirme qu’elle ne
quitte pas le processus initié par l’Accord
Politique Global. Quant à la CDPA du Prof Léopold
Gnininvi, elle prend acte et attend.
B.
Sek |