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[ 180: du 14 Août 2006]

15 Août 2006

Me DOVI, la résurrection !

Partir, c’est mourir un peu, dit-on. Aussi après 14 ans de « décès », «l’emmerdeur», comme l’ont surnommé ceux de l’autre bord est de retour, ou plutôt, est « ressuscité ».

            Ainsi, à 09 heures 35 mn ce 12 août 2006, « l’enfant terrible » est de retour par la frontière Togo-Bénin de Sanvee-Condji. Vêtu de Blue  Jeans, et « coiffé » de ses éternelles lunettes, le « Cow-boy » sortit de son command car, une BMW grise fumée, non sans son légendaire sourire aux lèvres, Me Dovi vient de remettre pied sur la terre togolaise. Ses amis de toujours, après quelques minutes d’attente à la salle VIP de la frontière, sont sortis pour l’accueillir. Parmi eux, le Professeur Léopold Gnininvi, Secrétaire général de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) et son adjoint, le Prof Martin Aduayom. On notait aussi la présence de certains militants des droits de l’Homme en l’occurrence Alphonse Kotchi de l’ATDPDH et plusieurs membres de sa famille. Fanfare, journalistes et d’autres encore…

            L’émotion était au comble. Et rares sont ceux qui avaient pu retenir leurs larmes. Presque tous n’ont pas pu empêcher la première goutte de larme d’effleurer leur visage avant de se ressaisir. « Je comprends l’émotion de Me Dovi », dira plus tard le Prof Gnininvi.

            Cela en valait la peine ! Certains sont partis et y ont laissé leur vie. Ils ne peuvent plus revenir. D’autres n’ont toujours pas leur sécurité garantie pour une raison ou une autre. Eux aussi, ne peuvent pas revenir. Du moins pas pour le moment. « Dans mon cas, je pense tous les jours à mon Togo. Je pense à notre pays martyrisé. C’est vrai, le Canada est un beau pays, mais mes repères se trouvent dans mon village à Gboto au Togo ; mes amours se trouvent dans mon village à Gboto au Togo, mes souvenirs se trouvent dans mon Yoto natal », disait  tout récemment l’autre combattant de la Liberté, Hilaire Dossouvi Logo, contraint à l’exil forcé.

« Me Dovi est de retour ! » Il est ressuscité de parmi les « exilés ». Il va goûter des délices de sa terre natale, de la chaleur familiale et aussi… des mets succulents de la gastronomie togolaise. Finis les douleurs de séparation et le homesick qui engendrent des insomnies. Et quand il lui est demandé pourquoi c’est maintenant et non hier où demain, il a simplement répondu : « c’est le temps de Dieu». Puisse cette brèche ouverte dans la douleur par l’ancien Premier Ministre Agbéyomé Kodjo et agrandie courageusement par « le Cow-boy » permettre à toutes les filles et à tous les fils de la mère Patrie de prendre leur courage à deux mains pour rejoindre le Togo afin d’apporter leur pierre à la construction de l’Etat de droit dans notre pays ! Me Bob, woezon looo !   

Dimas

 
Pr. Léopold Gnininvi à propos du retour de Me Ahlonko Dovi : « Pour avoir connu l’exil, je sais que c’est très dur»
 

Quelle impression peut animer Me Dovi Ahlonko, un combattant pour la liberté qui rentre au pays après 14 ans d’exil ?
Pour avoir connu l’exil, je sais que c’est très dur. Et le retour par la frontière de Hila-Condji, je l’ai connu aussi. Alors je comprends l’émotion de Me Ahlonko Dovi.

En l’accueillant, l’émotion était également forte chez vous.
Depuis qu’il a annoncé son retour, je n’ai qu’un souhait, c’est que tous ces camarades de premières heures puissent  rejoindre le pays la tête haute. Et si possible au gouvernail.

Sous quel signe peut-on placer ce retour ?
Je crois que ce moment est un moment un peu charnière. Du bien peut en sortir comme du mauvais aussi. Et il vaut mieux que ceux qui peuvent viennent donner un coup de main pour que ça aille plutôt dans le bon sens.

La classe politique est un tout petit peu absente à part
la CDPA fortement représentée, vous-même en tête et le ministre Assouma du RPT. Qu’est ce qui peut expliquer ce fait ?
Je ne sais pas. Peut-être que l’information n’a pas été connue assez tôt. Certains sont encore à Ouagadougou. Je crois que la plupart des leaders ont une pensée très forte pour le retour de Me Dovi.

Propos  recueillis par Dimas

Conférence de Presse de Me Ahlonko Dovi à l’Hôtel Ibis

L’ancien président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme s’est immédiatement rendu à l’hôtel Ibis où il a animé un point de presse. L’occasion pour Me Dovi de revenir sur ces années  passées loin de la terre natale. Son combat pour la Liberté, sa disponibilité, l’ardent défenseur des droits de l’homme l’a encore démontré lors de ce point de presse. Toutes les questions lui étaient destinées. Le dialogue national, la question de l’impunité, la réconciliation… Il trouvait réponse à tous. Nous vous proposons ici, sa déclaration liminaire et l’essentiel des questions que les journalistes lui ont posées et bien sûr, des réponses – analyses. Lecture.

Déclaration liminaire

Honorables invités Mesdames et Messieurs,

Je crois qu’il est temps, qu’il est grand temps que l’on se ressaisisse dans ce Pays; que chaque Togolais se fasse le devoir de regarder de face le drame que nous vivons et qui perdure avec son lot quotidien de misères et de désolations.

Je crois qu’il est temps de comprendre que par nos faits et actes nous sommes en train de conduire tout droit notre Pays dans un gouffre noir et sans fond.

Je crois que par notre désir effréné du pouvoir et des honneurs, sans nous soucier aucunement des retombées nuisibles de nos options, nous sommes en train de détruire inexorablement notre bien commun, le TOGO. Quel est donc ce mal satanique qui nous ronge depuis temps et qui nous empêche d’entendre la voix de la raison, la voix de notre conscience d’homme?

Quel est ce mal qui nous conduit sans frémir à marcher sur nos valeurs fondamentales, celles là qui caractérisent l’être humain? Togolais! Homme digne, fier, responsable et heureux, où es- tu ? Où es- tu donc digne fils de ces «Togo doukon kaleawo » ? Où es- tu ? Pourquoi devons-nous aujourd’hui servir de référence négative dans les grands débats de notre continent au point de devenir la risée de tout le monde même de ceux qui se disent en public nos amis?

Jusqu’à quand durera la misère des togolais, je vous le demande, jusqu’à quand?

Voyez-vous chers compatriotes, je ne suis pas un homme heureux et vous non plus, vous qui jouez sur une apparence faite d’auréoles éphémères et de fioritures précaires, vous n’êtes pas un homme heureux.

Il n’y aura de Togo fort, viable et rayonnant que lorsque chaque fils de ce Pays trouvera la place qui est la sienne sous un soleil nouveau qui brillera de tout son éclat sur cette terre de nos aïeux.

Oui! Ce n’est pas tout d’appeler à l’union, au pardon, à la réconciliation si au départ, ces options ne sont point assises sur une réelle et franche volonté politique traduite dans les faits par toutes les parties prenantes du jeu politique togolais.

Par nos erreurs répétées, nous avons réussi l’impensable en plongeant notre Pays dans un désastre socio-économique et politique sans précédent, en imposant à ce Pays une paupérisation continue rendant chaque jour un peu plus aléatoire la survie de nos populations.

A qui la faute?

A nous tous!

Pendant que les uns n’ont pas su à temps prendre conscience du mal qu’ils causent à leur Pays et à leurs concitoyens, pendant que ceux là, continuent sans relâche à enfoncer chaque jour un peu plus leur Pays dans l’abîme, d’autres ont trouvé dans le marasme actuel l’occasion rêvée de se faire une place au soleil et ceci, par tous les moyens et tant pis pour les suites nuisibles pour le Pays et tant pis pour les cruelles retombées pour nos vaillantes populations.

Quelle est donc cette affreuse malédiction qui nous court après, qui nous rend aveugle à l’image désolante et décadente de notre Pays dans toutes ses structures, qui nous rend sourd aux lamentations incessantes de nos populations. ?

Pourtant, et pourtant, il est clair aujourd’hui que le mal est diagnostiqué et les sources connues.

Je reconnais au dialogue en cours un mérite:

C’est d’avoir su diagnostiquer l’essentiel des maux qui gangrènent la vie politique de notre Pays.

Il s’agit dés lors, d’élaborer des solutions saines, lavées de toutes considérations personnelles ou partisanes avec à l’esprit l’intérêt de notre Pays et de nos populations.

Toutes autres ambitions personnelles seraient sordides et criminelles au regard du drame togolais.

A ce stade, je continue de formuler un vœu:

Que ce 12eme dialogue soit celui de la sagesse, celui par lequel nous retrouverons le chemin qui nous conduira vers des lendemains meilleurs à travers la protection des intérêts de notre Pays et du plus grand nombre de nos populations; à travers l’instauration d’un réel Etat de droit où la primauté de la Loi et les Libertés fondamentales, écrites en lettre d’or, seront comprises, vécues et acceptées de tous; où les Droits et Intérêts de chaque citoyen seront garantis sans aucune considération personnelle ou partisane;

où l’économie du Pays retrouvera un souffle nouveau; où la sécurité de toutes personnes vivant sur le territoire national sera assurée.

Je formule le vœu que chaque Togolais comprennent qu’il doit avec honnêteté, objectivité et responsabilité accrue, jouer le rôle qui est le sien dans la recherche d’une paix sociale durable, rassurante et édifiante; dans la recherche d’une réconciliation franche, effective et efficiente de tous les fils du Pays autour de l’idéal commun, réconciliation justifiée par le besoin clairement exprimé d’un repentir absolutoire.

Mesdames et MM, il s’agit aujourd’hui de sauver le Pays! Sauver le Pays doit être notre seule et unique ambition de l’heure et nous ne pouvons le faire qu’en acceptant de porter ensemble et de concert les destinées de notre Togo. Sauver le Pays doit, en terme politique, être notre seule préoccupation; aucune autre considération ne doit tenir.

Et puisque nous connaissons le mal, acceptons, résolument et ensemble, de contribuer à l’endiguer, à l’exorciser à l’anéantir.

Seule la volonté et l’union de toutes les forces vives du Pays arriveront sûrement à cette fin. Fini les malsaines politiques d’exclusion

Il suffit, pour ce faire, de s’armer d’une réelle volonté politique traduite dans les faits par toutes les parties prenantes du jeu politique togolais.

Si nous devons encore aujourd’hui, douter de l’existence manifestée de cette volonté politique;

si les réalités à venir dans les prochains j ours dénotent et confirment à suffisance l’essoufflement des acteurs politiques actuels alors, nous n’aurions d’autres alternatives que de prendre acte de leurs limites et de réfléchir à la mise en place d’une Nouvelle Force Citoyenne prenant en compte les justes et légitimes revendications du peuple togolais.

Mesdames et MM, nous ne pouvons pas continuellement tourner en rond pendant que le Pays, en déconfiture avancée, part en lambeau, pendant que la jeunesse est laissée pour compte ; pendant que nos laborieuses populations croupissent dans une paupérisation sans espoir du lendemain; pendant que le ton est à la course au développement dans tous les pays de la sous-région.

Ne croyez-vous pas que cela suffit?

Si tel est le résultat final de votre analyse alors, ensemble, résolument et sans faiblir, donnons le meilleur de nous même pour que renaisse l’espoir qui rallumera les flammes du bonheur sur la terre de nos aïeux.

Maître Ahlonko Robert DOVI

 

 

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