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Rodrigue
KPOGLI
Secrétaire Général de la J.U.D.A
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Forum de la semaine : Le
dialogue inter togolais vient de désigner le
président du Burkina Faso pour faciliter les
discussions en vue d’un accord pouvant dénouer la
crise au Togo. Quelle en est votre réaction ?
Rodrigue
KPOGLI : La désignation du président du Faso, Blaise
Compaoré pour la médiation dans la crise togolaise
n’est pas pour nous une surprise car depuis un bon
moment déjà, celui-ci s’est invité dans le débat
politique togolais.
Pensez-vous que
Blaise Compaoré puisse trouver la solution à la
crise togolaise ?
Un médiateur,
par définition, doit être indépendant et équidistant
des parties en conflit. Or le président Compaoré ne
satisfait pas à ces conditions. Des faits
objectivement vérifiables l’attestent : lorsque le 5
février 2005, Faure Gnassingbé a réalisé sa
forfaiture en s’emparant du pouvoir, non seulement
le président du pays des Hommes intègres n’a pas
suivi ces pairs de la sous-région qui ont condamné
ce pronunciamiento et demandé le retour à l’ordre
constitutionnel, mais aussi et surtout, il a déroulé
le tapis rouge à Faure Gnassingbé quelques jours
plus tard à Ouagadougou.
Lors de la campagne pour l’élection présidentielle
du 13 novembre 2005 au Burkina Faso, Faure
Gnassingbé a notoirement soutenu le
candidat-président Blaise Compaoré en lui
fournissant deux hélicoptères et probablement un
soutien financier. Il sera dur de café qu’à cette
occasion, l’ascenseur ne soit renvoyé au généreux
bienfaiteur.
Le président du Faso est la main noire de Jacques
Chirac sinon de l’Elysée en Afrique Occidentale.
N’oublions pas le poids de la France et du réseau
françafricain dans le pourrissement de la situation
au Togo. A notre avis, il vaut mieux se rendre
directement à l’Elysée pour la médiation que de
s’adresser à la succursale qu’est le Burkina Faso
dirigé aujourd’hui par Blaise Compaoré.
Il faut souligner que depuis que la crise en Côte
d’Ivoire a jeté le froid entre les présidents Gbagbo
et Compaoré, l’accès du Burkina Faso à la mer est
facilité en grande partie par le Togo. Cette forte
dépendance du Burkina Faso du port autonome de Lomé
qui est apparemment une propriété privée des
héritiers de la République est une circonstance
aggravante de la méfiance vis-à-vis de cette
médiation.
Rappelons aussi que ce n’est pas la première fois
que Blaise Compaoré est désigné pour arbitrer la
crise togolaise. Il y a eu les Accords de Ouga I,
Ouaga II et Ouaga III, cependant la crise est
d’actualité.
Alors en termes
clairs, la J.U.D.A prédit l’échec de Blaise Compaoré ?
Nous ne voulons pas être des oiseaux de mauvais
augure. Nous ne voulons pas non plus manifester un
optimisme béat quant à la mission de Blaise Compaoré.
Nous observons tout simplement que les accointances
entre Lomé et Ouagadougou sont si fortes que
l’impartialité du médiateur n’est pas garantie
d’office.
Ecoutez ! Nous
sommes une organisation de promotion de la
démocratie et de défense des droits de l’Homme. Et
nous sommes indignés du sort réservé au dossier
Norbert Zongo et plus loin au dossier Thomas Sankara
que la justice du Faso visiblement aux ordres, tente
d’enterrer vaille que vaille. Or une des
préoccupations majeures du peuple togolais, est la
fin de l’impunité que Blaise Compaoré ne veut pas
lui aussi réaliser dans son pays pour des raisons
évidentes. De plus, pour se faire élire en 2005, le
président Compaoré a procédé à une lecture originale
de la constitution de son pays ; ce qui n’est pas
assez loin du cas togolais. Donc, en matière
démocratique et des droits humains, le président du
Faso n’a pas de leçons à donner. Il lui sera
difficile d’aborder ces questions sans se voir dans
la glace.
Qui profitera
un éventuel échec de la médiation de Blaise Compaoré ?
L’échec de la
médiation ne sera pas l’échec de Blaise Compaoré ni
celui du peuple burkinabé. Ce sera l’échec du Togo
et par conséquent l’ajournement du sauvetage des
populations togolaises étranglées. A notre sens, la
réussite de cette médiation conduirait à court terme
à un partage juste du pouvoir et à démocratiser le
Togo à moyen ou long terme. Ceux qui ne veulent rien
partager selon les règles du mérite ni démocratiser
le Togo se frotteront certainement les mains lorsque
Ouaga IV aura échoué.
A voir
l’évolution des évènements, peut-on affirmer que le
RPT, au pouvoir veut vraiment dialoguer avec son
opposition ?
C’est en plein
dialogue que le désir irréfragable de monarchiser le
Togo a été le plus visible. En l’espace de quelques
jours, Faure Gnassingbé a nommé Mey Gnassingbé,
chargé de mission à la présidence, Toyi Gnassingbé,
conseiller technique à la présidence. Le commandant
Rock Gnassingbé a, de son côté, été promu
lieutenant-colonel. De tels actes prouvent à
suffisance que le pouvoir togolais n’a rien à cirer
avec un quelconque dialogue qui pourrait étancher la
soif de démocratie et de liberté du peuple togolais.
Seule la satisfaction égoïste du clan importe.
Revenons sur ce
qui est appelé « Accord politique de base » qui
continue de faire couler beaucoup d’encre et de
salive. Quelle est l’opinion de la J.U.D.A là-dessus ?
La Jeunesse
Unie s’est prononcée à répétition sur les ondes
relativement au document. Sans focaliser notre
opinion sur les questions de paraphe ou de signature
et des signataires ou des non signataires, nous
disons que cet accord, si on peut l’appeler ainsi,
n’est pas de nature à conduire le peuple togolais à
la démocratie.
Et pourtant les
signataires parlent d’acquis à sauvegarder ?
Lesquels ? On
ne fait que nous rebattre les oreilles des
dithyrambes sur le grand retour d’une CENI qui
organise et supervise les élections ; ce qui n’est
qu’un acquis sur papier. Les parapheurs oublient
cependant de nous dire que sa composition n’a rien
de paritaire et que sur le plan financier la CENI
est fortement dépendante de l’Exécutif qui peut,
aussi souvent que les circonstances le commandent,
la mettre en panne sèche.
On nous parle d’observation nationale ; ce qui par
principe est une bonne chose. Mais le hic, c’est que
les organisations de la société civile qui peuvent
faire un travail crédible et rigoureux en la matière
ne seront pas accréditées le moment venu faute de
reconnaissance officielle certifiée par récépissé.
On jubile aussi sur le quota des femmes aux
élections. Mais nous autres, nous disons simplement
qu’aussi longtemps que la politique au Togo restera
sur le terrain de violence, et non focalisée sur le
débat, les femmes ne s’y intéresseront point. Car de
nature, la femme participe très peu à la violence
physique.
En réalité, le supposé accord politique de base,
fait essentiellement de recommandations (et on ne
sait d’ailleurs à qui elles sont destinées), ne
contient aucun élément sur la très heurtée
présidentielle d’Avril 2005. Au contraire il
l’efface carrément au profit des législatives
miroitées. Ce schéma est le best of de la
Françafrique qui voudrait que les Africains soient
toujours dans une sorte de supplice de Tantale avec
des démocraties tropicalisées.
Il n’y a pas
que les questions électorales qui sont contenues
dans cet accord tout de même ?
Oui. Sur la
question de l’impunité, on a remonté l’histoire
jusqu’en 1958 alors qu’à cette époque là, le Togo
n’existait même pas encore. C’est d’ailleurs grave
qu’on fasse un tel amalgame entre les faits de 1958
et ceux des années 90 à nos jours. Les réfugiés qui
sont au Bénin et au Ghana et le massacre répété des
populations ne sont pas faits des années 1958. Il ne
faut pas se moquer des gens !
Sur le sujet de la sécurité, les parapheurs veulent
qu’on augmente l’effectif de la police et de la
gendarmerie alors même que nous ne disposons d’aucun
chiffre justifiant la nécessité d’un tel
accroissement des effectifs. On va jusqu’à
« exhorter les partis politiques à s’abstenir de
tout ce qui peut être perçu comme des provocations à
l’égard des Forces Armées et de Sécurité». Cela vise
tout simplement à interdire les débats sur l’armée
et la nécessité de sa réforme. Personne ne provoque
l’armée au Togo. Au contraire c’est l’armée qui sort
de son cadre. Alors, si elle n’est pas républicaine,
en bons citoyens, nous devons en parler. Chose
étonnante aussi, l’accord passe l’éponge sur la
réalité des milices qui oeuvrent de temps en temps
pour terroriser le peuple togolais.
Sur le point des réformes institutionnelles, on n’a
pas osé poser la nécessité de la mise sur pied
effective du conseil économique et social et de la
cour des comptes pour faire l’inventaire des biens
appartenant à l’Etat et ceux de la famille royale.
Relativement à la réforme constitutionnelle, même si
des résistances sont opposées à un retour mécanique
à la constitution de 1992, il y a nécessité de faire
ce pas en arrière pour remettre la souveraineté au
peuple. Même si certaines de ses dispositions
peuvent être rediscutées plus tard.
Pour terminer,
M. Kpogli, êtes-vous d’avis avec l’opinion selon
laquelle le peuple n’a d’autres moyens que de
s’accrocher au dialogue quand bien même il ne marche
visiblement pas ?
Ce courant à
ses raisons. Mais, dire que le peuple n’a d’autres
choix que de s’illusionner dans un dialogue avec le
pouvoir togolais, c’est borner ce peuple. Les pays
qui imposent aux peuples soumis aujourd’hui de part
le monde la voie, selon eux incontestable du
dialogue, oublient de préciser que lorsque eux-mêmes
étaient sous la servitude, ils n’avaient pas
dialogué. Il ne doit pas y avoir que les Africains
qui peuvent se contenter des avatars du stalinisme.
Nous pensons que d’autres voies existent pour nous
débarrasser du joug dictatorial au Togo. Si par
lassitude ou par manque de courage ou même par
incohérence et mal organisation des forces
alternatives nous refusons d’explorer ces autres
voies, ce n’est pas parce qu’elles n’existent pas.
Propos
recueillis pas Dimas DZIKODO
Forum de la Semaine n*177 du 03 Août 2006 |