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31  juillet 2006

 

[ 176: du 31 juillet 2006]  
Un deal sur le dos du peuple : Blaise Compaoré, un choix du RPT entériné par l’opposition
 
 

Contrairement à ce qui est proclamé à cri et à cor, Blaise Compaoré n’est pas un « Facilitateur » choisi parmi ceux proposés uniquement par l’opposition. Le Président du Faso est un choix pur et dur du RPT au moment où les autres formations politiques de l’opposition, pour des raisons évidentes, s’opposaient à sa désignation. Faure Gnassingbé qui est un protégé de Blaise Compaoré, a mené avec sa clique, des tractations souterraines en vue de voir Blaise Compaoré « plébiscité » facilitateur de la crise togolaise. « En février dernier, le Premier Ministre togolais Edem Kodjo, en visite à Ouagadougou, avait demandé au Président Compaoré d’assurer la médiation », a lâché M. Saïdou Ouédraogo, directeur de la Communication de la Présidence burkinabé qui a précisé même qu’à l’époque, « Compaoré avait déjà donné son accord de principe ». Ce qui veut dire que bien avant le démarrage du dialogue, le RPT a déjà trouvé son facilitateur mais cherchait des voies et moyens pour amener l’opposition à « faire son jeu ».

Il n’est alors pas surprenant de voir Djibril Bassolet, l’envoyé spécial de Blaise Compaoré suivre la plupart des séances des travaux du dialogue à Lomé.

Le plus surprenant dans tout ceci est l’attitude de l’opposition togolaise qui a toujours exigé un médiateur neutre qui peut réellement aider à la résolution de la crise togolaise. Lors de son passage à Lomé en avril dernier, le leader de l’UFC, Gilchrist Olympio disait ceci : « D’abord, nous sommes le seul parti au Togo à réclamer  à cor et à cri un médiateur, parce que les problèmes sont complexes et épineux. Nous avons déjà fait 2 dialogues sans résultat. Pour cette fois, il nous faut absolument un médiateur ». Et tout en précisant que plusieurs noms ont été proposés par l’Union Européenne (UE) à l’instar de M. Moustapha Niasse (ancien Premier Ministre du Sénégal), l’ancien Président du Cap Vert et beaucoup d’autres qu’il a trouvés « inacceptables », il a précisé ce qui suit au sujet de la médiation de Blaise Compaoré : « Il y a un facteur que nous ne comprenons pas très bien : Nous avons été convoqués à une réunion à Ouagadougou. Je ne sais pas comment le Burkina est rentré en jeu. Nous avons discuté avec le Président Blaise Compaoré qui d’ailleurs, a envoyé quelqu’un au dialogue. Nous ne sommes pas très sûrs du rôle du représentant du Burkina-Faso dans les assises. Sont-ils là en tant que facilitateurs ou en tant que médiateurs ? Sont-ils là en tant qu’observateurs ? Nous ne sommes pas trop sûrs… » ?

Gilchrist Olympio récuse ainsi indirectement le Président du Faso d’autant plus que Blaise Compaoré ne figurait pas sur sa liste. Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que « la bête » devienne subitement « l’ange » ? Le Président nationale de l’UFC avait pourtant décrit les acrobaties qui sous-tendaient la désignation du « médiateur » : « Finalement, disait-il, ils
nous ont demandé de leur dire qui pourrait être ce médiateur ? Nous leur avons avancé certains noms  comme celui de l’ancien Président de Finlande, les anciens Premiers Ministres de Suède et du Canada etc. »,  précisait-il sans faire mention du nom de Compaoré. M. Olympio poursuit : « Finalement en janvier, quand j’ai rencontré le Secrétaire général des Nations Unies, on a eu une discussion en la matière. Il a dit s’être entretenu avec M. Louis Michel, 1er responsable de la Commission européenne à qui il a signifié qu’il est d’accord avec nous que le nom du médiateur proposé par Louis Michel ne correspondait pas à la tâche qu’on voulait lui donner. M. Kofi Annan nous a proposé Lakhdar Brahimi, ancien Ministre des Affaires étrangères de l’Algérie. Il est sous-Secrétaire général de l’ONU. C’est un homme d’expérience et d’un certain âge (94 ans) qui a fait ses preuves en Afghanistan, en Irak, à Port-au-Prince et actuellement quelque part en Europe de l’Est. Il a accepté mais son nom a été rejeté par le gouvernement en place ». Pour quelle raison le gouvernement rejette Lakhdar Brahimi ? Sûrement parce qu’il sera très impartial et n’acceptera pas de faire le jeu du RPT. Pour cela, il faut le rejeter. Pourquoi l’opposition devra-t-elle alors accepter le choix du RPT ? Pour l’accompagner à gruger le peuple togolais ? L’avenir nous le dira.

Ce qui est aussi sûr est que la main de
la France n’est pas invisible derrière tout cet imbroglio : «  Ils ont voulu que si M. Brahimi est nommé, qu’il ait quelqu’un en Afrique francophone pour le seconder. Ils ont encore avancé le nom de Moustapha Niasse ».

Toutes ces tractations pour démontrer que le RPT ne veut pas d’un médiateur impartial et s’est arrangé à ce que l’opposition le rejoigne dans son choix.

Alors qu’on ne dise pas au peuple que « le Dialogue a eu à choisir parmi 10 personnalités proposées par
la CDPA et l’UFC » et que ce choix est Blaise Compaoré. Ce dernier a été choisi depuis  février dernier par le RPT. L’opposition est-elle tombée dans un piège ou a-t-elle signé un deal avec le pouvoir oppresseur sur le dos du peuple ? Il revient alors d’attirer l’attention des leaders qui incarnent les aspirations profondes du peuple qu’ils sont sur une piste très glissante car Blaise Compaoré ne présente pas les gages d’un médiateur impartial. Il roule probablement pour la France et pour des intérêts géostratégiques et politiques.

La France et le RPT ont aussi intérêt à reconnaître que le problème togolais est et demeure le problème togolais et ce n’est pas le débauchage d’un quelconque leader de l’opposition qui le résoudra. Il faut y faire face avec courage et perspicacité afin de permettre le rayonnement d’un avenir radieux au peuple togolais. Toute autre option ne fera qu’envenimer la situation.       

  Dimas

 

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