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Contrairement à ce qui est proclamé à cri et à cor, Blaise
Compaoré n’est pas un « Facilitateur » choisi
parmi ceux proposés uniquement par l’opposition. Le
Président du Faso est un choix pur et dur du RPT au
moment où les autres formations politiques de
l’opposition, pour des raisons évidentes,
s’opposaient à sa désignation. Faure Gnassingbé qui
est un protégé de Blaise Compaoré, a mené avec sa
clique, des tractations souterraines en vue de voir
Blaise Compaoré « plébiscité » facilitateur
de la crise togolaise. « En février dernier, le
Premier Ministre togolais Edem Kodjo, en visite à
Ouagadougou, avait demandé au Président Compaoré
d’assurer la médiation », a lâché M. Saïdou
Ouédraogo, directeur de
la Communication
de
la Présidence
burkinabé qui a précisé même qu’à l’époque, « Compaoré
avait déjà donné son accord de principe ». Ce
qui veut dire que bien avant le démarrage du
dialogue, le RPT a déjà trouvé son facilitateur mais
cherchait des voies et moyens pour amener
l’opposition à « faire son jeu ».
Il n’est alors pas surprenant de voir Djibril
Bassolet, l’envoyé spécial de Blaise Compaoré suivre
la plupart des séances des travaux du dialogue à
Lomé.
Le plus surprenant dans tout ceci est l’attitude
de l’opposition togolaise qui a toujours exigé un
médiateur neutre qui peut réellement aider à la
résolution de la crise togolaise. Lors de son
passage à Lomé en avril dernier, le leader de l’UFC,
Gilchrist Olympio disait ceci : « D’abord, nous
sommes le seul parti au Togo à réclamer à cor et à
cri un médiateur, parce que les problèmes sont
complexes et épineux. Nous avons déjà fait 2
dialogues sans résultat. Pour cette fois, il nous
faut absolument un médiateur ». Et tout en
précisant que plusieurs noms ont été proposés par
l’Union Européenne (UE) à l’instar de M. Moustapha
Niasse (ancien Premier Ministre du Sénégal),
l’ancien Président du Cap Vert et beaucoup d’autres
qu’il a trouvés « inacceptables », il a
précisé ce qui suit au sujet de la médiation de
Blaise Compaoré : « Il y a un facteur que nous ne
comprenons pas très bien : Nous avons été convoqués
à une réunion à Ouagadougou. Je ne sais pas comment
le Burkina est rentré en jeu. Nous avons discuté
avec le Président Blaise Compaoré qui d’ailleurs, a
envoyé quelqu’un au dialogue. Nous ne sommes pas
très sûrs du rôle du représentant du Burkina-Faso
dans les assises. Sont-ils là en tant que
facilitateurs ou en tant que médiateurs ? Sont-ils
là en tant qu’observateurs ? Nous ne sommes pas trop
sûrs… » ?
Gilchrist Olympio récuse ainsi indirectement le
Président du Faso d’autant plus que Blaise Compaoré
ne figurait pas sur sa liste. Qu’est-ce qui a bien
pu se passer pour que « la bête » devienne
subitement « l’ange » ? Le Président
nationale de l’UFC avait pourtant décrit les
acrobaties qui sous-tendaient la désignation du
« médiateur » : « Finalement, disait-il, ils
nous ont demandé de leur dire qui pourrait être ce
médiateur ? Nous leur avons avancé certains noms
comme celui de l’ancien Président de Finlande, les
anciens Premiers Ministres de Suède et du Canada
etc. »,
précisait-il sans faire mention du nom de Compaoré.
M. Olympio poursuit : « Finalement en janvier,
quand j’ai rencontré le Secrétaire général des
Nations Unies, on a eu une discussion en la matière.
Il a dit s’être entretenu avec M. Louis Michel,
1er responsable
de
la Commission
européenne à qui il a signifié qu’il est d’accord
avec nous que le nom du médiateur proposé par Louis
Michel ne correspondait pas à la tâche qu’on voulait
lui donner. M. Kofi Annan nous a proposé Lakhdar
Brahimi, ancien Ministre des Affaires étrangères de
l’Algérie. Il est sous-Secrétaire général de l’ONU.
C’est un homme d’expérience et d’un certain âge (94
ans) qui a fait ses preuves en Afghanistan, en Irak,
à Port-au-Prince et actuellement quelque part en
Europe de l’Est. Il a accepté mais son nom a été
rejeté par le gouvernement en place ».
Pour quelle raison le gouvernement rejette Lakhdar
Brahimi ? Sûrement parce qu’il sera très impartial
et n’acceptera pas de faire le jeu du RPT. Pour
cela, il faut le rejeter. Pourquoi l’opposition
devra-t-elle alors accepter le choix du RPT ? Pour
l’accompagner à gruger le peuple togolais ? L’avenir
nous le dira.
Ce qui est aussi sûr est que la main de
la France
n’est pas invisible derrière tout cet imbroglio : «
Ils ont voulu que si M. Brahimi est nommé, qu’il
ait quelqu’un en Afrique francophone pour le
seconder. Ils ont encore avancé le nom de Moustapha
Niasse ».
Toutes ces tractations pour démontrer que le RPT
ne veut pas d’un médiateur impartial et s’est
arrangé à ce que l’opposition le rejoigne dans son
choix.
Alors qu’on ne dise pas au peuple que « le
Dialogue a eu à choisir parmi 10 personnalités
proposées par
la CDPA
et l’UFC » et
que ce choix est Blaise Compaoré. Ce dernier a été
choisi depuis février dernier par le RPT.
L’opposition est-elle tombée dans un piège ou
a-t-elle signé un deal avec le pouvoir oppresseur
sur le dos du peuple ? Il revient alors d’attirer
l’attention des leaders qui incarnent les
aspirations profondes du peuple qu’ils sont sur une
piste très glissante car Blaise Compaoré ne présente
pas les gages d’un médiateur impartial. Il roule
probablement pour
la France
et pour des intérêts géostratégiques et politiques.
La France et le RPT ont aussi intérêt à
reconnaître que le problème togolais est et demeure
le problème togolais et ce n’est pas le débauchage
d’un quelconque leader de l’opposition qui le
résoudra. Il faut y faire face avec courage et
perspicacité afin de permettre le rayonnement d’un
avenir radieux au peuple togolais. Toute autre
option ne fera qu’envenimer la situation.
Dimas |