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Justin Alofa,
Porte-parole du Mouvement Citoyen de la Diaspora
Togolaise en Europe (MDTE) Coordinateur Général de la
Diastode-Belgique |
Forum de la
semaine : M. Alofa, une
délégation de la diaspora a séjourné récemment à Lomé où
elle a rencontré les acteurs politiques ; mais apparemment
des doutes subsistent sur les intentions réelles de cette
mission.
Justin Alofa : Je vous remercie
de nous permettre de nous prononcer
suite à la mission de M. Zepp Koueté, l’Administrateur
Delegué du MDTE au début du mois de juin à Lomé. En effet
beaucoup de vos confrères, l’opinion publique nationale et
les militants togolais de la diaspora se sont interrogés sur
la nature et la portée de certaines déclarations politiques.
Ces interrogations sont légitimes à un moment ou les mafieux
qui ont pris le Togo en otage s’emploient à manipuler
certains responsables et militants de la diaspora, à user de
la corruption pour acheter la dignité de ceux qui n’ont
aucune vision et aucune stratégie politique cohérente pour
le Togo. Nous avions annoncé lors de la création du MDTE
qu’un de nos principaux objectifs
est de nous regrouper en Europe pour donner un sens et de la
visibilité au débat dans notre pays. Ce ne sont pas de vains
mots car le sens est la matrice de notre engagement et c’est
aussi la volonté exprimée de notre population de se
débarrasser de ceux qui ont pris le Togo en otage en
s’organisant pour résister.
N’oubliez pas
que le clan Gnassingbé et courtisans depuis 2005
ont exécuté plus d’un milliers de togolais ; Ces
messieurs n’ont aucune pitié pour leurs frères et
sœurs et ce sont eux qui ont transformé notre pays
en plaque tournante, capitale africaine de la
criminalité politique, économique et financière.
Or la volonté du peuple togolais c’est
l’instauration d’une véritable démocratie dans le
pays. Voilà pourquoi la diaspora pense que ce
n’est pas en allant à la mangeoire avec ces
ennemis du peuple Togolais qu’on fera les reformes
structurelles qui s’imposent au Togo. Le noyau qui
pilote le RPT est un groupement d’hommes et de
femmes foncièrement de mauvaise foi, qui déteste
le peuple Togolais au point de préférer voir
moisir dans leurs coffres de Lomé, de Pya et à
l’étranger les milliards volés, que de construire
des écoles, des routes, des ponts et des hôpitaux
dans le pays. Jetez un regard sur le parcours de
Edem Kodjo, Zarifou Ayeva, Abi Tchessa,
Jean-Lucien Savi de Tové, Gilbert Atsu etc. pour
comprendre que ceux qui ont choisi dans l’histoire
politique récente du Togo d’aller à la mangeoire
n’ont fait que servir notre oppresseur. Nous, nous
ne céderons ni aux sirènes du pouvoir, ni à la
fatalité ambiante mais nous nous organiserons et
nous opposerons à leur brutalité toutes les formes
de résistances démocratiques.
Notre visibilité également s’entend par la clarté,
la limpidité et la cohérence de notre action. Nous
avons appris dans la diaspora à mettre en avant
dans cette lutte politique la rationalité plutôt
que de tomber facilement dans l’émotion qui
conduit inévitablement à envisager de mauvaises
solutions. Il y a juste un an, le régime RPT et le
clan Gnassingbé marchaient sur des cadavres des
togolais pour voler la présidence et ce sont les
positions de ce même régime que certains défendent
mordicus aujourd’hui. C’est atypique et cela
montre que dans la diaspora certains font preuves
de graves carences analytiques par rapport au
problème du Togo. Parallèlement, les partis qui
organisent des festins cachés avec ceux qui
marchent dans le sang des Togolais n’échapperont
pas au courroux des martyrs, à la vindicte
populaire le moment venu. Il n’est donc pas
exagéré de dire dans ces conditions, qu’on peut
craindre le pire pour le pays.
La diaspora Togolaise et la
grande communauté des Togolais de l’extérieur
ont fait le choix depuis longtemps de rester
résolument engagées aux cotés du peuple Togolais
dans sa quête de liberté. C’est pourquoi elles
ont toujours eu une ligne politique claire en
phase avec les aspirations démocratiques de notre
population. Il vous suffit de consulter sur le
site de la DIASTODE les différentes déclarations
de la Diaspora. Voilà nos visions et elles ne
souffrent et ne souffriront d’aucune ambiguïté,
mais j’aimerais préciser également que le MDTE n’a
pas donné de mandat pour des rencontres avec les
acteurs politiques au Togo et que la mission du
MDTE confiée à l’Administrateur Délégué M. Zepp
Kouété était exclusivement humanitaire. D’ailleurs
la déclaration du Bureau Exécutif du MDTE par
rapport à cette mission, suite aux consultations
internes menées par notre Secrétaire Exécutif M.
Kag Sanoussi est claire et très claire là dessus.
Pour le reste, les actes et les déclarations
politiques se rapportant au MDTE
ne sont pas le reflet de notre
vision et nous les regrettons et les condamnons
naturellement. Vous comprendrez donc notre
surprise et votre étonnement puisque, les
déclarations politiques qui ont choqué nos
compatriotes ne reflètent ni notre vision ni notre
stratégie. Par conséquent, les déclarations
tendancieuses, les propos belliqueux et le doute
dont vous faites mention sur les intentions de
cette mission ne regardent pas la
diaspora Togolaise et la grande
communauté des Togolais de l’extérieur.
Forum de la
semaine : Un accord
politique de base vient d’être paraphé par 7
délégations sur les 9 qui participent au dialogue.
Quel est votre avis sur ce document paraphé ?
Justin Alofa : Accord politique ? Non il ne
faut pas donner trop d’importance à ce document
signé par le RPT, ses courtisans et sa nouvelle
béquille dans l’opposition. Mais ce qui frappe au
prime abord, c’est le modus operandi qui est tout
simplement scandaleux et il ne peut être l’œuvre
que d’un AS de la roublardise. Malheureusement,
les faits nous donnent raison une nouvelle fois
car ce onzième accord, comme nous l’avions prédit
est tout simplement un échec cuisant pour maître
Agboyibo qui obnibulé par la primature que
lui miroitait le RPT a opéré un
forcing pour cacher son échec au mépris des règles
qu’eux-mêmes se sont données et qui régissent le
fonctionnement du dialogue. Mais ce n’est pas une
surprise pour nous, cette mascarade qu’on a
appelée dialogue ne pourrait se terminer autrement
car c’était prévisible et nous les avions mis en
garde, consultez nos déclarations, vous verrez !
La diaspora a dénoncé les conditions
d’organisation de ce dialogue, de ses contours et
justement c’est cette mauvaise organisation qui
justifie l’échec de ce dialogue. Lorsque vous
analysez les conditions dans lesquelles maître
Agboyibo s’est hissé à la présidence du
praesidium, vous ne devriez pas être surpris par
son passage en force pour faire parapher son
document puisque c’est dans les mêmes conditions
que les mêmes se sont empressés pour parapher son
document. La diaspora ne se sent pas concernée par
cette tragi-comédie que nous n’avons d’ailleurs
cessé de dénoncer. Certes, les hommes en missions
pour d’autres intérêts au sein de la diaspora ont
préféré plutôt nous faire de mauvais procès
d’intention en qualifiant ceux qui rejettent la
stratégie de la collaboration de radicaux,
d’extrémistes gueulards etc. Ironie du sort, ce
sont les mêmes aujourd’hui qui se plaignent
d’avoir été piégés par des « proches » de maître
Agboyibo et ils sont incapables de se prononcer
clairement ni sur le document paraphé, ni sur la
façon rocambolesque dont maître Agboyibo a procédé
à son coup de force pour se frayer les chemins de
la primature.
Vous n’êtes pas sans savoir que pour arriver à ce
résultat, le RPT, ses courtisans et maître
Agboyibo se sont appuyés également sur certains
venus de la diaspora. D’autres encore ont
carrément usé du faux et de la tromperie en
mettant sur pied ces dernières semaines des
associations fictives et ont dans leurs manœuvres
usurpé la dénomination de Diastode-Irlande sans
aucune autorisation. La DIASTODE s’indigne de
cette arnaque à un moment où le positionnement
chez certains togolais de la diaspora souffre
chroniquement de sens et de visibilité. Ce fait
grave est de nature à porter préjudice à l’image
de la DIASTODE et c’est pourquoi la DIASTODE
envisage des mesures à leur encontre dans les
semaines qui suivront.
La réalité c’est que de plus en plus dans la
diaspora, se révèlent des hommes qui mettent en
avant des approches de duplicité par la volonté de
collaboration le tout maquillé par du pseudo
pragmatisme. Ce que nous pensons et qui est
partagé par la grande majorité des militants de la
diaspora en Amérique, au Canada et en Europe et
qui est la vision de notre courant, c’est que
toute collaboration avec le régime RPT ne sera que
du saupoudrage qui montrera dans les mois à venir
toute son inefficacité et malheureusement
prolongera la souffrance du peuple et émoussera la
lutte et la dynamique des militants résolus.
Toutes les solutions de collaboration sous le
couvert du pragmatisme ou du réalisme ne doivent
occulter la nature du régime et l’essence même de
la lutte du peuple togolais. Or le seul choix
qu’on offre à la population avec le document de
maître Agboyibo et associés, c’est le choix du
pareil au même, avec des semblants de changements.
Notez bien et vous verrez que lorsque la
tragi-comédie sera terminée, tout le monde se
rendra compte que rien n’aura et ne va
véritablement changé, que la mafia qui tient le
Togo en otage continuera à opérer, à faire ses
petites affaires et à prospérer et elle se sera
même renforcée à l’occasion avec la venue à leur
mangeoire de ses nouveaux candidats du Togo et de
la diaspora.
C’est pourquoi nous pensons qu’il revient à ceux
qui font une fixation absolument démentielle sur
le collaborationnisme comme solution de sortie de
crise au Togo d’entendre raison, pour d’abord
donner de l’espoir aux togolais et ensuite
s’employer à s’organiser pour résister à cette
oppression.
Forum de la semaine : Quelles sont les
actions que vous comptez mener au niveau de la
diaspora pour contraindre le pouvoir en place à
faire des concessions ?
Justin Alofa : Le régime sait qu’il
ne pourra continuellement se moquer de la volonté
populaire et pour cause. S’il cherche à s’attacher
les services de maître Agboyibo à défaut de
pouvoir piéger les autres formations c’est parce
qu’il y a une pression qui constamment s’exerce
sur lui. Il ne faut pas oublier aussi les
pressions liées à l’affaire de trafic de drogues
et de ses ramifications dans laquelle sont plongés
jusqu’au cou le clan Gnassingbé et la haute
hiérarchie militaire, les affaires de trafics
d’armes vers l’Angola et vers la Cote d’Ivoire, le
blanchiment d’argent, les multiples violations de
droits de l’homme, des violences sur les
populations civiles, les violences politiques,
etc. Aux côtés de ses pressions, la diaspora fait
du lobbying, de la communication et de la
dénonciation de ce qui se passe dans le pays. Les
actions sont multiformes : politiques,
diplomatiques et judiciaires notamment en Belgique
grâce à la loi belge de compétence universelle qui
donne la possibilité à tous de déposer plainte
contre eux.
Sur le terrain la diaspora s’organise avec les
associations citoyennes pour une résistance
démocratique dans le pays. L’existence de courants
en notre sein est une force si nous avons la
capacité de fédérer ces courants. En même temps,
ce n’est pas en niant cette flagrante évidence, ce
problème de fonds lié à la nature du régime en
faisant du saupoudrage, en brandissant des
mesurettes ou en illusionnant le peuple au travers
de positionnements maladroits guidés par d’autres
impératifs, en se régalant en catimini avec le RPT
dans des appartements
parisiens ou dans des chancelleries de part le
monde que nous mettrons fin à la dictature au
Togo.
Compte tenu du fait que la situation sur le
terrain n’est pas évidente, il revient à la
diaspora d’être à l’avant-garde de la résistance
démocratique en se dévouant corps et âme pour
chercher et trouver tous les attributs qui
contribueraient à nous doper et à atteindre notre
objectif pour le bien de notre peuple et pour un
avenir radieux de nos enfants.
Toute autre politique de collaboration est non
seulement vouée à l’échec et les adeptes de ce
courant le savent bien, mais cela prolongera la
durée de vie du clan Gnassingbé et par conséquent
la souffrance du peuple togolais. Voilà pourquoi
nous en appelons à ceux qui partagent notre vision
de ne céder ni à la facilité, ni à la fatalité.
Interview réalisée par Dimas Dzikodo |