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29 juin 2006

[ 167: du 29 juin 2006]

Graine de star : Quand Kader s’envole
 
 
 

Kader a-t-il retrouvé toute sa puissance ? La réponse ne fait l’ombre d’aucun doute depuis les dernières prestations des Eperviers à la Coupe du monde. Kader qui court, qui dribble, qui frappe avec puissance, qui vient chercher les balles au milieu de terrain et qui marque dans l’un de ses exercices favoris. Cela n’est plus arrivé il y a longtemps. Les supporters des Eperviers revoient presque tout le temps cette somptueuse  frappe d’un Kader démarrant entre deux adversaires, contrôle orienté de la cuisse sur le côté droit et frappe croisée qui ne laisse aucune chance au goal Sud Coréen. C’était à la 31e du match d’ouverture dans le groupe G entre le Togo et la Corée du Sud à Francfort le 13 juin. Et bien que le match soit terminé sur une victoire des Coréens du Sud 2-1, l’image d’un Kader frappant au but avec force et vigueur a fait le tour du monde. Personne ne croyait le Togo capable d’un tel match. Quelques jours plus tôt, les coéquipiers de Kader Touré s’illustrent dans la rubrique des faits divers avec leur récurrent problème de primes de participation non payées par la Fédération togolaise de football et la démission-éclair du sélectionneur allemand Otto Pfister. Les Togolais se sont bien tirés d’affaire et certains comme Kader Coubadja Touré ont réussi à marquer de leurs empreintes  les matchs de groupe de ce Mondial. Il a suffi de ces prestations pour que les médias et les recruteurs ne se bousculent qui pour avoir ses impressions, qui pour lui proposer un contrat. « En moins de quelques jours, j’ai reçu plus d’appels de recruteurs, chacun cherchant à me proposer les meilleures offres afin que  je signe pour son club », a déclaré le joueur de l’En-Avant Guingamp (2e div. française).

Longtemps sous éteignoir
Kader qui revient au devant de la scène, cela ne lui est plus arrivé il y a longtemps. Certes, l’on a encore en mémoire ses deux buts qu’il a inscrits lors de la dernière journée des éliminatoires combinées Can et Mondial 2006, qui ont permis au Togo de décrocher sa première qualification en phase finale de la Coupe du monde, mais l’ancien joueur de Servette de Genève faisait preuve d’une disette offensive (deux buts pendant les éliminatoires), laissant la place à son jeune compère d’attaque Adébayor Shéyi, véritable vedette lors de ces éliminatoires avec 11 réalisations, se classant d’ailleurs meilleur buteur des éliminatoires zone Afrique.

Et pourtant, l’on avait beaucoup cru aux talents de cet ancien joueur de l’Etoile Filante de Lomé (1e div, Togo) qui fit les beaux jours de Servette de Genève, marquant plus d’une trentaine de buts en 76 rencontres et qui débarque à Sochaux (1e div, France) décembre 2004, suite aux difficultés financières du club suisse. Mais Kader Coubadja ne confirme pas ses talents de buteur, passant plus de temps sur le banc que sur le pré.  Et c’est au moment où il cherchait à rebondir avec la sélection nationale en Coupe d’Afrique des Nations (il y inscrit l’un des deux buts que le Togo a marqués au cours de la compétition)  que les dirigeants  sochaliens résilient son contrat. Un vrai coup dur.

Mais Kader ne se fit pas prier pour signer  avec l’En-Avant Guingamp (2e div, France). Il lui fallait coûte que coûte un club dans lequel il peut avoir un maximum de temps de jeu dans  l’expectative du Mondial. Engagé pour deux ans par les dirigeants de l’EAG, Kader peine pourtant à trouver ses marques, mais les dirigeants lui renouvellent leur confiance. « C’était assez dur pour moi car j’avais tout essayé pour retrouver ma forme, mon sens du but, mais je n’y arrive presque pas. C’est un passage à vide qui dure trop », a-t-il lâché à l’issue d’un match au cours duquel il ne lui avait manqué que le but. Il a tout fait : dribbles, passes… « Comme tous les attaquants, Kader connaît une phase de moins de réussite. Mais tous les joueurs guingampais ne préparent pas le Mondial. C’est un paramètre à prendre en compte », avait expliqué son entraîneur d’alors Alain Ravera.

Un tremplin assuré
La saison terminée à Guingamp, Kader rejoint la sélection nationale comme tous les présélectionnés à Sittard (Pays Bas) où l’équipe togolaise avait démarré ses préparatifs contre l’Arabie Saoudite (match perdu 0-1). Sa sélection ne fait pas de doute. Le nouveau sélectionneur togolais, l’Allemand Otto Pfister qui a remplacé le Nigérian Stephen Keshi au mois de février à la suite de la débâcle du Caire en dit beaucoup de biens. « Je connais particulièrement Kader au Servette de Genève. C’est un joueur que j’ai beaucoup apprécié. Et je suis heureux de compter sur ses services lors du Mondial », avait déclaré le technicien allemand. Et lors des diverses rencontres jouées en Allemagne, Kader s’est toujours illustré, totalisant 4 buts en cinq rencontres. Dès lors, personne ne se doutait de sa résurrection. Les Togolais y ont cru, ils ne s’y sont pas trompés. Durant le Mondial, Kader a retrouvé de l’ambition, faisant douter toutes les défenses, inscrivant l’unique but de l’équipe togolaise pour sa première Coupe du monde, portant du coup ses réalisations personnelles à 53 en équipe nationale. Une performance qui le place en 4e position des meilleurs réalisateurs en sélection qui participent à la Coupe du monde, juste après le Brésilien Ronaldo du Real de Madrid.

L’heure de bonheur ?
Kader aura été l’une des satisfactions togolaises au Mondial. Tous les Togolais réapprécient les qualités d’un joueur athlétique,  technique, rapide qu’il n’ont plus vu depuis longtemps. « Cela fait  bien de temps que nous ne l’avions plus vu ainsi. Il renaît à l’ambition. C’est le mal qu’on peut lui souhaiter », confiait Dimas Dzikodo, l’un de ses amis et Directeur de la Publication Forum de la Semaine. « Pour nous, c’est une grande satisfaction. Il a prouvé que lors des grands moments, le Togo peut compter sur lui », ajouta Dimas. La preuve de sa performance, il pointe en attaque de l’équipe des onze meilleurs joueurs africains du premier tour, dépassant son compatriote Adébayor Shéyi d’Arsenal et l’Ivoirien Didier Drogba de Chelsea.

De nouveaux jours s’ouvrent certainement devant son «Excellence » comme l’appellent affectueusement ses proches. Résistera-t-il aux sirènes des grands clubs qui lui font la cour ? Plusieurs fois pendant le Mondial, il a été l’invité de RMC Info. Il a même fait l’objet d’un petit dossier dans L’Equipe du 22 juin, la veille de la rencontre du Togo face à la France. L’article s’est achevé par un « Attention Danger ! » soulignant la vivacité et la technique de Kader, qui avoue « rêver de jouer un jour pour l’ONU ». Son nouvel entraîneur Patrick Kenny, lui, confie « avoir vu à la télévision un joueur très intéressant aux qualités offensives différentes de Caggiano ou Suarez (ces coéquipiers de Guingamp), basée sur  la percussion et la vitesse ». « Kader est intransférable quelles que soient les propositions qui arrivent sur le bureau du président », a-t-il confié.  Pour l’heure, le Guingampais ne perd pas la tête et garde toute sa  sérénité. « C’est vrai, il y a une pléiade de recruteurs qui ne cessent de m’appeler. Mais rien ne sera fait sans mes dirigeants (Guingamp). Ils m’ont beaucoup donné. Même si je dois quitter le club, il faudrait que ce soit une décision consensuelle entre toutes les parties ». Très discret, effacé depuis le début de l’année et moins bavard que certains de ses coéquipiers en équipe nationale, Kader vivra-t-il un conté de fée ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’horizon commence à se dégager pour lui. Il ne lui reste qu’à prendre la meilleure direction, celle qui l’amènera vers plus de joie. Il le mérite. Lui qui a traîné sa bosse dans plusieurs clubs à la recherche du bonheur.

Hervé Gagnon

 

 

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