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Kader a-t-il retrouvé toute sa puissance ? La
réponse ne fait l’ombre d’aucun doute depuis les
dernières prestations des Eperviers à la Coupe du
monde. Kader qui court, qui dribble, qui frappe avec
puissance, qui vient chercher les balles au milieu
de terrain et qui marque dans l’un de ses exercices
favoris. Cela n’est plus arrivé il y a longtemps.
Les supporters des Eperviers revoient presque tout
le temps cette somptueuse frappe d’un Kader
démarrant entre deux adversaires, contrôle orienté
de la cuisse sur le côté droit et frappe croisée qui
ne laisse aucune chance au goal Sud Coréen. C’était
à la 31e du
match d’ouverture dans le groupe G entre le Togo et
la Corée du Sud à Francfort le 13 juin. Et bien que
le match soit terminé sur une victoire des Coréens
du Sud 2-1, l’image d’un Kader frappant au but avec
force et vigueur a fait le tour du monde. Personne
ne croyait le Togo capable d’un tel match. Quelques
jours plus tôt, les coéquipiers de Kader Touré
s’illustrent dans la rubrique des faits divers avec
leur récurrent problème de primes de participation
non payées par la Fédération togolaise de football
et la démission-éclair du sélectionneur allemand
Otto Pfister. Les Togolais se sont bien tirés
d’affaire et certains comme Kader Coubadja Touré ont
réussi à marquer de leurs empreintes les matchs de
groupe de ce Mondial. Il a suffi de ces prestations
pour que les médias et les recruteurs ne se
bousculent qui pour avoir ses impressions, qui pour
lui proposer un contrat. « En moins de quelques
jours, j’ai reçu plus d’appels de recruteurs, chacun
cherchant à me proposer les meilleures offres afin
que je signe pour son club », a déclaré le
joueur de l’En-Avant Guingamp (2e div.
française).
Longtemps
sous éteignoir
Kader qui revient au devant de la scène, cela ne lui
est plus arrivé il y a longtemps. Certes, l’on a
encore en mémoire ses deux buts qu’il a inscrits
lors de la dernière journée des éliminatoires
combinées Can et Mondial 2006, qui ont permis au
Togo de décrocher sa première qualification en phase
finale de la Coupe du monde, mais l’ancien joueur de
Servette de Genève faisait preuve d’une disette
offensive (deux buts pendant les éliminatoires),
laissant la place à son jeune compère d’attaque
Adébayor Shéyi, véritable vedette lors de ces
éliminatoires avec 11 réalisations, se classant
d’ailleurs meilleur buteur des éliminatoires zone
Afrique.
Et pourtant, l’on avait beaucoup cru aux talents de
cet ancien joueur de l’Etoile Filante de Lomé (1e div,
Togo) qui fit les beaux jours de Servette de Genève,
marquant plus d’une trentaine de buts en 76
rencontres et qui débarque à Sochaux (1e div,
France) décembre 2004, suite aux difficultés
financières du club suisse. Mais Kader Coubadja ne
confirme pas ses talents de buteur, passant plus de
temps sur le banc que sur le pré. Et c’est au
moment où il cherchait à rebondir avec la sélection
nationale en Coupe d’Afrique des Nations (il y
inscrit l’un des deux buts que le Togo a marqués au
cours de la compétition) que les dirigeants
sochaliens résilient son contrat. Un vrai coup dur.
Mais Kader ne se fit pas prier pour signer avec l’En-Avant
Guingamp (2e div,
France). Il lui fallait coûte que coûte un club dans
lequel il peut avoir un maximum de temps de jeu
dans l’expectative du Mondial. Engagé pour deux ans
par les dirigeants de l’EAG, Kader peine pourtant à
trouver ses marques, mais les dirigeants lui
renouvellent leur confiance. « C’était assez dur
pour moi car j’avais tout essayé pour retrouver ma
forme, mon sens du but, mais je n’y arrive presque
pas. C’est un passage à vide qui dure trop »,
a-t-il lâché à l’issue d’un match au cours duquel il
ne lui avait manqué que le but. Il a tout fait :
dribbles, passes… « Comme tous les attaquants,
Kader connaît une phase de moins de réussite. Mais
tous les joueurs guingampais ne préparent pas le
Mondial. C’est un paramètre à prendre en compte »,
avait expliqué son entraîneur d’alors Alain Ravera.
Un
tremplin assuré
La saison terminée à Guingamp, Kader rejoint la
sélection nationale comme tous les présélectionnés à
Sittard (Pays Bas) où l’équipe togolaise avait
démarré ses préparatifs contre l’Arabie Saoudite
(match perdu 0-1). Sa sélection ne fait pas de
doute. Le nouveau sélectionneur togolais, l’Allemand
Otto Pfister qui a remplacé le Nigérian Stephen
Keshi au mois de février à la suite de la débâcle du
Caire en dit beaucoup de biens. « Je connais
particulièrement Kader au Servette de Genève. C’est
un joueur que j’ai beaucoup apprécié. Et je suis
heureux de compter sur ses services lors du
Mondial », avait déclaré le technicien allemand.
Et lors des diverses rencontres jouées en Allemagne,
Kader s’est toujours illustré, totalisant 4 buts en
cinq rencontres. Dès lors, personne ne se doutait de
sa résurrection. Les Togolais y ont cru, ils ne s’y
sont pas trompés. Durant le Mondial, Kader a
retrouvé de l’ambition, faisant douter toutes les
défenses, inscrivant l’unique but de l’équipe
togolaise pour sa première Coupe du monde, portant
du coup ses réalisations personnelles à 53 en équipe
nationale. Une performance qui le place en 4e position
des meilleurs réalisateurs en sélection qui
participent à la Coupe du monde, juste après le
Brésilien Ronaldo du Real de Madrid.
L’heure de bonheur ?
Kader aura été l’une des satisfactions togolaises au
Mondial. Tous les Togolais réapprécient les qualités
d’un joueur athlétique, technique, rapide qu’il
n’ont plus vu depuis longtemps. « Cela fait bien
de temps que nous ne l’avions plus vu ainsi. Il
renaît à l’ambition. C’est le mal qu’on peut lui
souhaiter », confiait Dimas Dzikodo, l’un de ses
amis et Directeur de la Publication Forum
de la Semaine.
« Pour nous, c’est une grande satisfaction. Il a
prouvé que lors des grands moments, le Togo peut
compter sur lui », ajouta Dimas. La preuve de sa
performance, il pointe en attaque de l’équipe des
onze meilleurs joueurs africains du premier tour,
dépassant son compatriote Adébayor Shéyi d’Arsenal
et l’Ivoirien Didier Drogba de Chelsea.
De nouveaux jours s’ouvrent certainement devant son
«Excellence » comme l’appellent
affectueusement ses proches. Résistera-t-il aux
sirènes des grands clubs qui lui font la cour ?
Plusieurs fois pendant le Mondial, il a été l’invité
de RMC Info. Il a même fait l’objet d’un petit
dossier dans L’Equipe du 22 juin, la veille
de la rencontre du Togo face à la France. L’article
s’est achevé par un « Attention Danger ! »
soulignant la vivacité et la technique de Kader, qui
avoue « rêver de jouer un jour pour l’ONU ».
Son nouvel entraîneur Patrick Kenny, lui, confie
« avoir vu à la télévision un joueur très
intéressant aux qualités offensives différentes de
Caggiano ou Suarez (ces coéquipiers de Guingamp),
basée sur la percussion et la vitesse ».
« Kader est intransférable quelles que soient les
propositions qui arrivent sur le bureau du président »,
a-t-il confié. Pour l’heure, le Guingampais ne perd
pas la tête et garde toute sa sérénité. « C’est
vrai, il y a une pléiade de recruteurs qui ne
cessent de m’appeler. Mais rien ne sera fait sans
mes dirigeants (Guingamp). Ils m’ont beaucoup donné.
Même si je dois quitter le club, il faudrait que ce
soit une décision consensuelle entre toutes les
parties ». Très discret, effacé depuis le début
de l’année et moins bavard que certains de ses
coéquipiers en équipe nationale, Kader vivra-t-il un
conté de fée ? Le moins que l’on puisse dire, c’est
que l’horizon commence à se dégager pour lui. Il ne
lui reste qu’à prendre la meilleure direction, celle
qui l’amènera vers plus de joie. Il le mérite. Lui
qui a traîné sa bosse dans plusieurs clubs à la
recherche du bonheur.
Hervé Gagnon |