Le
Commissaire européen au développement et à
l’action humanitaire est annoncé à Lomé ce 04
Mai 2006. M. Louis Michel arrive au moment où le
dialogue intertogolais a démarré à Lomé entre
les acteurs de la vie politique nationale, selon
le schéma classique prescrit par les 22
engagements pris le 14 avril 2004 par le
gouvernement Koffi Sama au lendemain de la
« frauduleuse » organisée pour consacrer, à
l’époque, le règne de Gnassingbé-père.
Les 22 engagements qui ont connu un
début d’application ont été complètement remis
en cause à la mort du Général Eyadema lorsque
les évènements qui se sont produits lors de sa
succession ont dressé un autre schéma et ont
donné une autre connotation à la crise togolaise
marquée depuis 1993 par la rupture de la
Coopération de l’Union européenne.
La principale partenaire au
développement de ce pays exige avant toute
reprise que « le déficit démocratique »
dont souffre le Togo marqué par d’innombrables
violations des droits de l’Homme, l’opacité dans
la gestion des finances publiques et le
détournement des suffrages, soit corrigé. Ce que
Eyadema a promis faire avec les 22 engagements.
Mais la succession trouble du
« Général » à la tête de l’Etat togolais a
consacré une gestion clanique de la chose
publique et une conception héréditaire du
pouvoir dans un pays qui se veut une République
et non un royaume, le tout scellé par environ
1000 morts, des milliers de Togolais
traumatisés et des dizaines de milliers de
Togolais poussés hors de leurs frontières. Ce
qui compliqua la donne pour l’Union européenne
qui ne se retrouve plus dans ce « bourbier »
togolais. Faut-il reprendre la coopération
avec un pays qui a toujours fait montre de très
peu de respect des droits de l’Homme et qui
excelle dans la dilapidation des fonds publics
ou faut-il maintenir les sanctions qui,
visiblement n’émeuvent guère les autorités
togolaises qui s’en servent d’ailleurs comme
fonds de commerce pour s’enrichir, les fonds
publics n’étant plus contrôlés par les
Institutions financières internationales ? Voilà
autant d’interrogations qui agitent le sommeil
de l’Union européenne, qui, quelque part, fait
montre d’un intérêt très limité à la question
togolaise
D’aucuns pensent que ces sanctions,
pour être efficaces, devraient être corsées, et
ciblées, touchant les avoirs des violateurs des
droits de l’Homme.
Mais, le Commissaire au
développement et à l’action humanitaire en
charge du dossier souffle toujours du chaud et
du froid à chaque fois que l’occasion s’est
présentée. Pour cela, il n’a pas hésité à faire
balayer d’un revers de la main, l’important
rapport de la délégation européenne à Lomé sur
l’élection frauduleuse de Faure Gnassingbé et
les résolutions du Parlement Européen demandant
des sanctions contre les violateurs des droits
de l’Homme et la reprise de la présidentielle au
Togo.
Aujourd’hui le démarrage dialogue
politique à Lomé sans tenir compte du nouveau
paysage politique togolais et l’implication
pratiquement invisible de l’Union européenne
n’augure pas un lendemain meilleur pour le
peuple togolais laissé pour compte. Tout porte à
croire que les revirements insaisissables
répétés de M. Louis Michel présagent que l’UE,
très fatiguée de la crise togolaise, veut un
semblant de dialogue pour se débarrasser une
bonne fois pour toute de ce dossier dans lequel
elle est visiblement «plantée».
Louis Michel, à Lomé, pour booster
le dialogue ? Il est permis de le croire. Mais
quelle sera son issue ? Au détriment ou au
profit du peuple togolais ? Les politiques
scelleraient-ils un deal sur le dos du peuple
togolais qui ne trouvera plus d’incarnation ou
porte-parole des aspirations profondes ?
L’avenir situera tout un chacun.
F.S