Le fait avait été conté et reconté, des esprits
retors, affublés de T-shirt à l’effigie de Faure
Gnassingbé s’en étaient allés pour se pavaner
aux parades militaire et civile du 46ème anniversaire
de l’indépendance. Mais ordre avait été donné de
les refouler dare-dare. Un bon point pour le
régime en place.
N’empêche, Faure Gnassingbé rompt difficilement
avec les pratiques surannées du vieux parti au
pouvoir, le RPT. L’occasion de la célébration du
27 avril 2006 aura montré à l’œuvre un
« leader nouveau, à l’esprit nouveau »,
ramant par moments à contre courant du
politiquement correct. La persistance d’un passé
fait garder au régime de Faure Gnassingbé une
forte odeur de culte de la personnalité. A vrai
dire, ce régime-ci a-t-il jamais perdu de vue le
pré carré de ses idées ? Malgré l’estocade
infligée au pouvoir par le vent de la démocratie
des années 90, la dévotion à la personne humaine
est restée la clé de voûte du système. Et Faure
Gnassingbé conjugue sa gouvernance au rythme
d’idéologies plein d’archaïsme.
Lors de son discours d’autoévaluation face à
l’Assemblée Nationale le 26 avril dernier, un de
ses posters géants était de la partie, comme
pour distiller à petits coups, une certaine
pression psychologique. Ainsi en était-il à la
Soirée de l’Artiste marquant l’apothéose de la
fête de l’Indépendance : cette fois là, les
prestations se déroulèrent sous le regard
complaisant et débonnaire du Gal Eyadema,
présent en poster. Or, le bon sens qui était en
droit d’attendre de Faure Gnassingbé, une
démarcation d’avec les pratiques hors des normes
républicaines, était tout simplement offusqué,
en vertu de la campagne électorale démagogique
de Faure, promettant le changement. D’autre
part, il pourrait sembler banal et même
faussement normal à certains égards que le
portrait de Faure Gnassingbé trônant à la
devanture du nouveau palais de la présidence,
lors de son inauguration le 24 avril dernier, y
soit par un juste mérite. Beaucoup d’occasions
ratées pour Faure, qui flirte ouvertement avec
des pratiques révolues pour un régime appelé à
se démocratiser. Les analystes politiques ont
été toujours unanimes pour le reconnaître,
l’empreinte de la dictature ne néglige pas le
culte de la personnalité. Et cette pratique
n’est autre que celle insensée consistant à
faire figurer par exemple, des portraits de
chefs d’Etat dans les locaux de services et
autres institutions de la République, en guise
de déférence à l’autorité suprême.
Le débat actuel ne saurait donc passer sous
silence ce qu’il y a lieu de qualifier de
dérive. Le Togo se doit à l’étape actuelle de
son histoire, tourner le dos à des stéréotypes
dignes de l’ère communiste. Si le Togolais
apprécie fort aisément que la SALT (Société
Aéroportuaire de Lomé-Tokoin) se dote d’un
ballon à air chaud (Mongolfière), pour dit-on,
effectuer des missions de campagnes
publicitaires, de prévention routière, de
renseigner sur la météo du jour, il n’apprécie
que médiocrement la mention « vent Faure »
qui frise la propagande et appose le sceau de la
dictature sur un régime qui répugne à se
reconnaître. Une parodie de démocratie où comme
on le voit, le moindre détail laisse filtrer la
fausse note.
Ahoefa A