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29 avril 2006

[No 150: 28 avril 2006]
Dialogue national :  Les premières fausses notes :  Le consensus sacrifié au profit d’une curieuse majorité des 7/9
 
 
 

Les mielleuses déclarations de satisfaction des uns et des autres au sortir de l’ouverture du dialogue national contrastent à plus d’un titre avec cet accroc majeur survenu lors de l’élection du Président du Bureau, en l’occurrence Me Yawovi Agboyibo du CAR à la deuxième journée des travaux.

            Le confrère en ligne letogolais.com a retracé de manière très succincte les péripéties et leurs influences directes et indirectes sur les évènements :

« La deuxième journée des travaux du dialogue national intertogolais qui a débuté vendredi 21 avril 2006, a été consacrée à l’élection du Président du Bureau dont le rôle sera d’encadrer et d’organiser les débats. De prime abord, ce rôle est simplement administratif, mais peut se révéler stratégique. Ainsi, dans la soirée du samedi 22 avril, maître Yawovi Agboyibo, patron du CAR (Comité d’Action pour le Renouveau) a été élu Président du Bureau chargé de piloter le dialogue national. La désignation du Président s’est donc faite par vote, alors que celle du vice-président et du rapporteur a été obtenue par consensus. La soirée d’hier marque donc le début des manœuvres dans ce dialogue.

En effet, au cours de la réunion à huis clos du vendredi après-midi, ce sont des questions d’organisation et celles relatives à la mise en place d’un bureau devant conduire les discussions qui ont occupé les débats. Les participants ont convenu que ce bureau sera composé de trois personnes. Il a été aussi proposé que les partis politiques désignent le président, que la vice-présidence soit assurée par un représentant de la société civile et que le poste de rapporteur revienne au gouvernement.

Sans accroc, Gilbert Bawara fut désigné Rapporteur des travaux du dialogue national. Gilbert Bawara est ministre de la coopération et de l’intégration africaine. Cet ami d’enfance de Faure Gnassingbé fait partie du premier cercle du pouvoir présidentiel et passe auprès des véritables connaisseurs du régime togolais comme un « faucon ».

Outre Bawara, Kissem Tchangaï-Walla a été choisie comme vice-présidente du Bureau. Cette femme est un pur produit du système Eyadema. Sans exagérer, elle est une créature politique du défunt dictateur. Kissem Tchangaï-Walla a été dans un passé récent Présidente de la CENI qui a organisé le dernier hold-up électoral. Elle dirige une association dénommée Réseau des Femmes Africaines Ministres et Parlementaires du Togo (REFAMPT) (REFAMP/TOGO). Cette ancienne ministre de Gnassingbé Eyadéma(1995-1998) est membre du comité central du RPT( parti au pouvoir).

Après avoir doté ces postes par consensus, une première difficulté est apparue dans le choix du Président du Bureau. L’UFC et le CAR se sont portés candidat à ce poste. Alors que la règle qui doit prévaloir pour une bonne marche des travaux est le consensus, le choix du Président du Bureau a été mis au vote contre l’avis de la CDPA et de l’UFC. Car, cette procédure donne d’emblée la majorité à la mouvance présidentielle et rend le régime en place totalement maître du jeu.

Sept délégations sur les neuf présentes ont pris part samedi au vote pour l’élection du Président du bureau du dialogue et ont tous voté pour Yawovi Agboyibo du CAR. Il s’agit de la délégation du RPT, du Gouvernement, de la CPP, du PDR, de la REFAMPT, du GF2D (Groupe de Réflexion et d’Action, Femme Démocratie et Développement, dirigé par Mme Célestine Akouavi AIDAM- épouse de Georges AIDAM, membre du Bureau national du CAR) et du CAR. La délégation de l’UFC et celle de la CDPA n’ont pas pris part au vote en exprimant leur refus de cette procédure. Toutefois, à leur sortie, elles se sont abstenues de faire des commentaires sur les circonstances de cette élection et leurs conséquences sur la suite des travaux.

Au sortir des travaux, Yawovi Agboyibo a déclaré à la presse que « Le dialogue national vient de se doter d’un bureau composé de trois membres dont je suis le président élu, (...) Le bureau va très rapidement se retrouver et nous indiquerons l’esprit dans lequel nous entendons entamer l’accomplissement de cette responsabilité ».

La manière dont le président du Bureau a été choisi augure donc de la suite des travaux et des résultats qui iront toujours dans le sens choisi et décidé par la mouvance présidentielle. Or, dans le contexte de crise grave accentué par un manque de confiance entre les acteurs politiques, seul le consensus doit être la règle. Autrement, les dés sont pipés d’avance.

Du reste, l’Engagement 1-3 pris par le gouvernement togolais l’oblige à trouver un consensus avec ses opposants (« Engagement N° 1.3 : Engagement de procéder, en partant de l’Accord Cadre de Lomé, à une révision du cadre électoral, garantissant un processus électoral transparent et démocratique, et acceptable pour toutes les parties, dans un délai de 6 mois. »).

            Cela saute aux yeux, le dialogue national a résolument pris une autre tournure. Il s’agira tout simplement de faire place nette au futur remplaçant d’Edem Kodjo.

· La tête d’Edem Kodjo

C’est tout simplement à ce deal puant qu’on veut ramener le dialogue national avec comme enfarinade de grandes proclamations d’intentions sur les véritables problèmes qui minent le Togo. Et ce plan est résolument en marche avec des ralliements qui sont pour le moment camouflés par le flou actuel.

· De Ouaga à Libreville

De toute évidence, c’est à partir de ces deux capitales que cette ancienne nouvelle option qui ne verra qu’une simple succession à la primature a été concoctée. On avait dit qu’aussi bien Blaise Compaoré qu’Omar Bongo Ondimba avaient leur « homme » pour décanter un tant soit peu la situation togolaise. Et c’est l’axe Lomé Libreville qui semble avoir le vent en poupe avec la fameuse élection de Me Yawovi Agboyibo. Maintenant il ne reste qu’à attendre.

B. Sek

 
 
 

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