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24 avril 2006

[No 149: 24 avril 2006]
Dialogue national : Satisfecit béat sur fond de méfiance

Pouvoir et opposition reprennent langue au Togo et le doute enfle. Si cette dernière tentative capotait, jusqu’où irait la série de ce cercle vicieux, se demande t-on. L’absence d’un médiateur ou d’un facilitateur « crédible » est considérée dès lors comme une « folie » par l’opinion publique, fatiguée des incessants retours à la case départ. Les mémoires s’éveillent au souvenir de rencontres organisées par Koffi SAMA et Dama DRAMANI à partir du 10 juin 2004 et qui ont vite fait de tourner au fiasco.

Concrétisation d’un retour exigé aux 22 engagements à travers l’ouverture du dialogue national, le point 1.1 desdits engagements enclenche un processus bourré d’incertitudes. En Avril 2004, il avait été stipulé au chapitre du dialogue, que ce dernier se tienne « dans un cadre structuré et transparent ». Or, la rupture de confiance assez largement consommée entre le système RPT aux errements despotiques et le peuple, attise la méfiance, allume la critique. Point n’ait besoin de se servir d’une loupe pour se figurer qu’en vérité, pour le clan au pouvoir, la différence ne s’impose aucunement entre obscurantisme et transparence. Un simple retour vers un passé toujours récent, fait de fuites en avant dans le contexte d’une élection sanglante aux non-dits, atteste d’un brouillage qui fait ni plus ni moins entorse aux fameux engagements. L’histoire est en marche et la « contribution positive » du parti au pouvoir est à l’épreuve. Après quarante années passées à gouverner de travers, le RPT ne devrait décemment pas refuser de porter son fardeau fait d’une « obligation de réparer ».

Pour nombre d’analystes de la situation politique togolaise le nouveau degré d’exacerbation imprimé au déficit démocratique, traduit la fébrilité du pouvoir au regard de ce qui transparaît comme une issue implicite de la mise en œuvre de bonne foi des 22 engagements. Il n’est pas dit qu’une alternance au pouvoir soit étrangère au fondement démocratique exigé par l’UE. Et c’est l’inévitable scénario que redoute le RPT. Dama DRAMANI avait à travers un larmoyant éloge funèbre au Gal Eyadéma, vendu la mèche : promesse avait été faite au vieux Gal de ne point laisser le pouvoir leur « échapper des mains ». Jusqu’où ira-t-on dans le respect de ce pacte conclu avec le défunt Eyadéma ?

La réponse s’est trouvée dans l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir. Elle est le souvenir du génocide des 24, 25, 26 avril 2005.  Mais cette réponse reste encore à trouver dans l’aboutissement du dialogue national réactivé le 21 avril dernier. Par ailleurs, l’ébauche de réponse que constituent certaines questions sur lesquelles le pouvoir renâcle à négocier, apporte la crainte d’un pourparler aux allures de Poker menteur. N’avait-on pas déjà signé des accords hardiment violés par le RPT ?

Pour le pouvoir, rien ne vaut la reprise de la coopération. Pour le peuple rien ne vaut la fin de l’impunité, de l’intrusion de l’Armée dans le débat politique, des hold-up électoraux érigés en tradition politique, du tribalisme et de leurs tristes corollaires.

Quand la question fut posée à  certains Togolais de savoir ce que représentaient à leurs yeux les 22 engagements, il a été répondu qu’ils étaient comme la voie tracée vers le basculement d’un régime fripé, pour peu que certaines réalités nouvelles soient prises en compte. Les 22 engagements étant aux antipodes des pratiques actuelles du pouvoir, leur réalisation effective placerait un tant soit peu le Togo à l’endroit. N’empêche que, depuis le scénario infernal de l’élection présidentielle de 2005, la caducité des 22 engagements pris sous le règne de Gnassingbé père est évidente pour certains. Mais pour d’autres encore une certaine lecture impute au possible, un caractère de « feuille de route » au dit document.

Ahoefa A.

 
 

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