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21 avril 2006

[No 148: 21 avril 2006]
Dossier exceptionnel: Le « Vaudou » au cœur de la République française (fin)

On aurait cru les pratiques vaudou l’apanage des seules sociétés que l’empirisme occidental pourrait désigner de « primaire ». Mais ce n’est pas le cas si l’on en croit les abracadabrantesques révélations contenues dans le livre de Sylvie Jumel, ancienne haut fonctionnaire, magistrate à la cour des comptes puis chargée de mission à la primature française, paru aux éditions CARNOT : « La sorcellerie au cœur de la République »

Encore quelques aventures sorcières

            « … Non seulement les sorciers, en France, existent- parmi lesquels les hommes sont bien plus nombreux que les femmes, exit l’image de la sorcière au nez crochu -, bien intégrés au corps social, mais encore agissent-ils avec la foi du charbonnier pour ou contre des gens- vos voisins, vos proches peut-être- qui sortent de l’épreuve gagnants ou anéantis ! Ce n’est pas discutable. Ce sont des faits… ».

            Des politiques y plongent. Mais ce n’est pas leur apanage. De la France d’en haut à la France d’en bas, l’on tâte de la sorcellerie. Des récits qui n’en gardent pas moins leurs caractères pittoresques dans un monde occidental, en témoignent.

  • La vigne ensorcelée

« Le jeune couple qu’il nous présente, à deux pas de son domicile bourguignon, revient de loin. Lui, que nous nommerons Pierre-Yves est viticulteur ».

      « Très vite, après le décès trop rapide de son père, Pierre-Yves souffre. Le médecin diagnostique une « asthénie fonctionnelle ». Jolis mots de toubib pour dire « je ne sais pas trop ce dont vous souffrez, mon pauvre monsieur… ». La grand-mère de Pierre-Yves, au surplus, tombe malade, s’alite. « Elle enfle » nous dit-on « les ventes chutent. Le couple s’endette. Ahurissant : alors que le viticulteur traite ses vignes au désherbant adapté, les ceps sont envahis par la végétation parasite. « Des montagnes d’herbes ! Et puis la ronce… ».

      « Mais pour le couple, la série noire va trop loin. Quand leur « petite » tombe soudain malade, sans raison, sans vrai diagnostic, Odile a un « flash » : « La nourrice m’a craché le morceau. Alors que « l’autre » (la belle-mère de Pierre-Yves) ne venait jamais, deux jours avant qu’elle ne tombe malade, elle était venue la voir… ». Désormais, le couple croit à la thèse de Claude de Jussieu (le sorcier)- La belle-mère a recruté un sorcier pour les faire disparaître, rien de moins. Il leur promet qu’il va les aider à se battre ».

      « A la nouvelle lune, en fin de phase descendante, Claude s’en est venu imposer ses deux mains chacune garnie d’un crapaud desséché sur le tracteur « ennemi ». Depuis le mécanicien du village se demande encore pourquoi la boite a lâché. A l’heure où nous écrivons, la récolte de Mme Belle-Mère présente tous les signes d’un pourrissement préoccupant. Enfin, pire que tout, elle-même est tombée malade : elle souffrirait d’un cancer des poumons et de polypes oesophagiens pour une non-fumeuse… »

      « Tout autour de Pierre-Yves s’orchestre une série de coups de chance quand dans le même temps, ses concurrents, ses faux amis, ses ennemis voient une pluie de tracas s’abattre sur eux : méventes, petits complots sordides qui se retournent contre leurs fauteurs, tracteur-enjamber qui tombe en panne… Dans le garage interdit de Claude de Jussieu, (…) un bocal dans lequel s’étouffe dans la fumée tabagique le similaire de Mme Belle-Mère semble correspondre à la suspicion de cancer chez cette non-fumeuse ».

  • le fonctionnaire marabouteur

« Nous sommes en Novembre 2001. Claude, dit-il  « sent» que quelque chose déraille chez Colette. Elle vient lui confier le secret qui la pétrifie de honte : depuis des semaines, des mois, des cauchemars terribles hantent ses nuits. Quand elle nous répète alors ce qui lui arrive, elle doit rassembler tout son courage pour évoquer les images oniriques au milieu desquelles elle se réveille, en nage : des rêves pornographiques l’assaillent, elle se voit livrée aux pires pratiques, jusqu’à la zoophilie».

«  Le désorceleur Jussieu estime qu’un marabout payé par « l’ex » agit contre elle depuis une ville voisine. D’après lui, il « charge » méchamment la malheureuse ».

« Une voisine affirme avoir vu rôder le marabout près de chez Colette. On trouve même un crapaud noir, vivant, tout près. La fille du couple séparé tombe malade, tandis que son frère, jeune garçon calme, montre des accès de violence ».

« Une nuit, Colette se rêve ver de terre. Elle se réveille assise dans son lit en train de réciter la prière libératrice que Claude de Jussiu, sorcier- soignant, lui a demandé de dire chaque jour. Pour elle, le message est clair : on veut la mettre en terre, mais elle saura s’en échapper.

« Les dernières nouvelles : persuadé que le ripoux continue à faire marabouter sa cliente, le désorceleur a sorti le grand jeu. Aujourd’hui, très malade, l’individu semble avoir renoncé à venir terroriser son ex-femme ».

  • Les amulettes de François Mitterrand

La révélation avait pris des allures de « secret d’Etat ». L’héritage mitterrandien comportait dans son actif un passé sorcier !

« Ce fameux soir, ils s’étaient déjà rendus ensemble au pied de l’arbre, et ensemble, ils avaient enfoui sous les racines, dans la terre fraîchement remuée, les amulettes qui garantiraient la pérennité du règne… » Campe, Pfister pour décrier les rituels du « Président ».

« De retour vers le palais, le marabout avait expliqué que la charge magique ne serait pas éternelle : si le président exerçait plusieurs mandats ou s’il demandait trop, aux esprits, il faudrait penser à renouveler l’opération ». Pour le romancier bien informé, du reste, la magie de ce N’Golo à laquelle aurait souscrit pleinement un François Mitterrand rattrapé par la maladie n’est pas simple fumisterie d’escroc ».

« Dans le parc du palais où se promène parfois un autre président, Jacques Chirac, un fétiche consacré enterré par Mitterrand et son supposé sorcier au pied d’un certain chêne dort-il encore sous la terre ? Pas sûr. Thierry Pfister clôt son roman sur les derniers jours du président, alors que, sollicité pour autoriser des travaux de renouvellement de la pelouse, il lance à l’intendant : « Aussi longtemps que je serai le maître en ce palais, on ne touchera pas à cette pelouse et moins encore à son sol. Tenez cette consigne pour un ordre exprès. Après moi, vous ferez comme bon vous semblera ».

Ainsi se referme les pages des récits rocambolesques de Sylvie Jumel. Qui saurait dire où s’arrêtent les frontières de la sorcellerie ?

Ahoefa A.

 
 

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