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D’aucuns pourront dire que le dialogue intertogolais n’a
même pas encore commencé que des prophètes de malheurs
prédisent son échec. Mais, à voir de près tout le
folklore oral qui entoure ce fameux dialogue qui
n’intéresse visiblement pas le pouvoir en place malgré
ses professions de foi, il n’est pas hasardeux de crier
d’avance à l’échec de ces pourparlers pour amener les
autorités et tous ceux qui y sont impliqués à parer au
plus pressé.
Du 28 au 31 mars dernier, une délégation de l’Union
Européenne a séjourné dans notre capitale en vue
d’évaluer l’avancée dans l’application des 22
engagements pris depuis le 14 avril 2004, du vivant
d’Eyadema, par le gouvernement Koffi Sama. Ces 22
engagements répondaient à l’époque, à des critères
précis et constituaient des remèdes à peu près adéquats
au mal de déficit démocratique dont souffre notre pays.
Il faut ainsi reconnaître que la bonne application de la
posologie de ces 22 engagements pourrait sortir le Togo
de sa crise. Mais hélas ! Le manque de volonté politique
de nos gouvernants et le souci de préserver des acquis
particuliers ont pris le dessus sur l’intérêt national.
C’est ainsi que des peaux de bananes et autres
anicroches et embûches sont artificiellement dressés sur
le chemin de l’application de ces 22 engagements qui
s’était limitée à l’élaboration du nouveau code de la
presse et à la libération de certains prisonniers
politiques. Or, tout le monde sait que le mal togolais
est principalement politique et l’acquisition de
certaines libertés fondamentales ne peut suffire à le
curer.
Et l’aspect politique des 22 engagements est concentré
dans l’engagement n°1.1 qui parle du dialogue national.
C’est là où l’intervention chirurgicale aura lieu en vue
d’extirper les racines cancéreuses politiques qui
rongent le Togo. Mais rien n’y fit jusqu’au 05 février
2005, date du décès du Général Eyadema qui essayait
jusque-là de canaliser les velléités machiavéliques de
ses courtisans hostiles à l’application des 22
engagements qui sonnerait le glas de leurs privilèges
acquis sur le dos du peuple.
Et à partir de cette date, les chiens ne sont plus tenus
en laisse. Les ennemis de la démocratie ont pris le
dessus, piétinant les lois de la République et portant
Faure Gnassingbé au pouvoir. Les manifestations sont
réprimées dans le sang et toutes les données ont changé
sur le terrain avec les massacres post-électoraux et
leurs cortèges de réfugiés.
Le paysage politique qui subissait depuis lors une
mutation, a foncièrement changé avec l’entrée en jeu de
nouveaux acteurs politiques, de nouvelles donnes et de
nouvelles réalités qui, pris en compte, rendent
quasiment désuets les 22 engagements qui, pour répondre
réellement à la réalité actuelle des choses, doivent
subir des retouches profondes.
Primo, la Convergence patriotique panafricaine (CPP) d’Edem
Kodjo et le Parti Démocratique pour le Renouveau (PDR)
de Zarifou Ayeva, qui ont signé les engagements aux
côtés de l’opposition ont rejoint avec armes et bagages
le camp adverse et sont devenus de célèbres défenseurs
des causes qu’ils combattaient par le passé et sont, en
récompense, aux affaires à nos jours.
Secundo, de l’autre côté, les anciens dignitaires du
régime Agbéyomé Kodjo (ancien PM) et Dahuku Péré (Ancien
Président de l’Assemblée Nationale) qui n’en pouvaient
plus de combattre le régime de l’intérieur et qui
avaient crié leur ras-le-bol ont carrément rejoint le
côté du peuple et joignent leurs voix à celle de
l’opposition qui incarne le porte-flambeau des
revendications du peuple. L’entrée en jeu fracassante de
Me François Boko celui-là qui avait en charge
l’organisation de l’élection présidentielle de 2005 qui
a été massivement fraudée par le système RPT est un
paramètre très important qui a modifié considérablement
l’échiquier politique national. Sans oublier la subite
mobilisation de la société civile qui a désormais son
mot à dire.
Aussi, le déficit démocratique qui pouvait être corrigé
par l’application des 22 engagements est-il devenu
chronique parce que d’autres maux qui ont pour noms
« impunité », « réfugiés politiques »,
« l’élection frauduleuse de Faure Gnassingbé »,
« la succession au pouvoir politique »,
« l’intrusion illégale de l’armée dans le débat
politique » etc. sont venus s’y greffer, rendant
inefficaces et désuets les 22 engagements. Et les
protagonistes aussi n’étant plus les mêmes, l’Union
européenne ne doit pas s’accrocher aux 22 engagements
comme un sangsue s’accroche à sa proie parce qu’il y
trouve la vie mais doit regarder la réalité en face et
reconnaître que maintenant les données ont changé et
qu’aucun accord fiable ne peut sortir d’une discussion
ayant uniquement pour thème les 22 engagements et pour
protagonistes les « traditionnels » des deux
côtés.
Après l’évaluation du mois dernier, l’UE a l’obligation
de regarder la réalité en face et de voir que si elle
veut réellement aider le Togo, il ne s’agit pas de
décider des sanctions sans pressions concrètes et sans
tenir compte de nouveaux problèmes créés par les
oppresseurs au fil du temps.
Aucun remède n’est efficace éternellement. Les médecins
prescrivent de nouveaux remèdes compte tenu des
résultats des nouveaux diagnostics. Regarder sur le
premier mal qui a conduit à la clinique sans tenir
compte de l’évolution de la maladie ne peut que tuer le
patient. Ici, le cas togolais est allé en s’aggravant
avec des centaines de morts, des milliers de blessés et
des dizaines de milliers de réfugiés, le tout couronné
par une élection frauduleuse et l’imposition d’un Chef
d’Etat par une portion de l’armée.
La myopie délibérée ou non de l’UE conduira
inéluctablement à l’échec du dialogue en vue, si les
nouveaux paramètres ne sont pas pris en comptes.
Dimas
DZIKODO |