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31 mars 2006

[No 142: 30 mars 2006]
Rencontre sur la presse togolaise: Kokou Tozoun souligne l’ « incurie » de son camp

Lors de la rencontre internationale sur la presse togolaise qui s’est déroulée les 27 et 28 mars derniers à l’hôtel Corinthia 2 février, le Ministre de la communication, porte-parole par excellence du régime de Lomé II, expert en déclarations fracassantes, M. Kokou Tozoun, dans son allocution d’ouverture n’a pas fait économie de petites phrases assassines à l’endroit de cette presse là qui rechigne à partager avec le pouvoir, une vision similaire quant aux notions de démocratie et d’Etat de droit. Retenant contre ces média rebelles la charge d’adopter un « comportement infantilisant » et d’observer une attitude d’ « incurie », l’émissaire de Gnassingbé fils renoua avec un discours plein de déjà entendu : laisser la politique aux politiciens. Des propos tenus dans un style à l’emporte-pièce qui témoignent de l’agacement du pouvoir à devoir composer avec une presse qui entend ne rien retrancher à la vocation de contre-pouvoir qui est la sienne.

Une certaine presse dérange à n’en pas douter. Et c’est assurément celle qui ne prétend pas avoir un quelconque engagement aux côtés des tenants du pouvoir. A coups d’élucubrations à tendances dissuasives, l’on avait presque enjoint « la presse libre de tout engagement » de consentir à une certaine démission. Le contrat sera clair, pratiquer la langue de bois, tout en se contentant de publier quelques feuilles de chou constituées exclusivement de rubriques à l’opposé des grandes questions politiques.

Si tant il est vrai que le journaliste est « un représentant des citoyens, un gardien de l’intérêt public, investit du droit et du devoir de rendre compte des événements importants, en l’occurrence, un chien de garde qui déniche les abus de pouvoir et les actes d’incompétence, les erreurs, même les méfaits commis par les serviteurs de l’Etat », alors le vœu à peine déguisé contenu dans ce discours, de lui-même, volera en éclat. Quant à cette pression morale visant à cloisonner les journalistes dans un rôle de chroniqueurs de faits sociaux, elle ne tient point compte de l’évidence que les maux qui gangrènent la société togolaise trouvent leurs fondements dans le cercle vicieux d’une politique mal menée. Tout part de là et y retourne inévitablement.

Il y a quatre ans, alors qu’il claquait la porte du RPT, Dahuku Péré soulevait à l’endroit de son ex-parti, une série de questionnements qui reste d’actualité : « A quand la fin de la barbarie ? » « Voulons-nous continuer à maintenir le Togo dans un état de régression permanent (…) ? ». Comme on le verra après le décès du Général Eyadema, son exclusion du parti ne fut que l’avant-goût, précurseur d’une consécration funeste qui jettera le déshonneur sur le Togo. Depuis lors, c’est tout le tissu sociopolitique qui est pourri et les gouvernants avec.

D’ailleurs, rien ne les accuse plus que leur propre réticence à mettre en œuvre leur programme de réconciliation nationale. Ils se jettent un anathème. Leur incurie à eux, c’est de tenir à l’endroit de qui ne partagent pas leurs convictions, un langage dans lequel on les identifie plus qu’autrui.

Alors qu’il ne tient qu’à eux de renverser le cours des événements, de renoncer à mener le Togo sur la pente d’une implosion, Kokou Tozoun prêche aux journalistes le bon sens qui fait défaut à son propre camp. Plus d’un sont tombés à la renverse rien que de l’entendre discourir en ces termes : « une autocritique n’est jamais quelque chose de superflu, elle est nécessaire, voire capitale pour relever les imperfections et consolider les acquis. Cela explique d’ailleurs pourquoi,  pour tout homme de Dieu, toute bonne prière doit commencer par la prise de conscience que nous sommes imparfaits, donc par une confession, une reconnaissance de nos fautes et de nos faiblesses, une volonté de ne plus refaire les mêmes fautes, donc de faire pénitence et d’obtenir l’absolution ».

Un tel discours mis en application au RPT, bousculerait tout le statu quo pour aller au développement, en transitant par une commission Vérité-Justice-Réconciliation que les Togolais appellent de tous leurs vœux.

Ahoefa A.

 

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