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Lors de
la rencontre internationale sur la presse togolaise qui
s’est déroulée les 27 et 28 mars derniers à l’hôtel
Corinthia 2 février, le Ministre de la communication,
porte-parole par excellence du régime de Lomé II, expert
en déclarations fracassantes, M. Kokou Tozoun, dans son
allocution d’ouverture n’a pas fait économie de petites
phrases assassines à l’endroit de cette presse là qui
rechigne à partager avec le pouvoir, une vision similaire
quant aux notions de démocratie et d’Etat de droit.
Retenant contre ces média rebelles la charge d’adopter un
« comportement infantilisant » et d’observer une
attitude d’ « incurie », l’émissaire de Gnassingbé
fils renoua avec un discours plein de déjà entendu :
laisser la politique aux politiciens. Des propos tenus
dans un style à l’emporte-pièce qui témoignent de
l’agacement du pouvoir à devoir composer avec une presse
qui entend ne rien retrancher à la vocation de
contre-pouvoir qui est la sienne.
Une
certaine presse dérange à n’en pas douter. Et c’est
assurément celle qui ne prétend pas avoir un quelconque
engagement aux côtés des tenants du pouvoir. A coups
d’élucubrations à tendances dissuasives, l’on avait
presque enjoint « la presse libre de tout engagement »
de consentir à une certaine démission. Le contrat sera
clair, pratiquer la langue de bois, tout en se contentant
de publier quelques feuilles de chou constituées
exclusivement de rubriques à l’opposé des grandes
questions politiques.
Si tant
il est vrai que le journaliste est « un représentant
des citoyens, un gardien de l’intérêt public, investit du
droit et du devoir de rendre compte des événements
importants, en l’occurrence, un chien de garde qui
déniche les abus de pouvoir et les actes d’incompétence,
les erreurs, même les méfaits commis par les serviteurs
de l’Etat », alors le vœu à peine déguisé contenu
dans ce discours, de lui-même, volera en éclat. Quant à
cette pression morale visant à cloisonner les
journalistes dans un rôle de chroniqueurs de faits
sociaux, elle ne tient point compte de l’évidence que les
maux qui gangrènent la société togolaise trouvent leurs
fondements dans le cercle vicieux d’une politique mal
menée. Tout part de là et y retourne inévitablement.
Il y a
quatre ans, alors qu’il claquait la porte du RPT, Dahuku
Péré soulevait à l’endroit de son ex-parti, une série de
questionnements qui reste d’actualité : « A quand la
fin de la barbarie ? » « Voulons-nous continuer à
maintenir le Togo dans un état de régression permanent
(…) ? ». Comme on le verra après le décès du Général
Eyadema, son exclusion du parti ne fut que l’avant-goût,
précurseur d’une consécration funeste qui jettera le
déshonneur sur le Togo. Depuis lors, c’est tout le tissu
sociopolitique qui est pourri et les gouvernants avec.
D’ailleurs, rien ne les accuse plus que leur propre
réticence à mettre en œuvre leur programme de
réconciliation nationale. Ils se jettent un anathème.
Leur incurie à eux, c’est de tenir à l’endroit de qui ne
partagent pas leurs convictions, un langage dans lequel
on les identifie plus qu’autrui.
Alors
qu’il ne tient qu’à eux de renverser le cours des
événements, de renoncer à mener le Togo sur la pente
d’une implosion, Kokou Tozoun prêche aux journalistes le
bon sens qui fait défaut à son propre camp. Plus d’un
sont tombés à la renverse rien que de l’entendre
discourir en ces termes : « une autocritique n’est
jamais quelque chose de superflu, elle est nécessaire,
voire capitale pour relever les imperfections et
consolider les acquis. Cela explique d’ailleurs
pourquoi, pour tout homme de Dieu, toute bonne prière
doit commencer par la prise de conscience que nous sommes
imparfaits, donc par une confession, une reconnaissance
de nos fautes et de nos faiblesses, une volonté de ne
plus refaire les mêmes fautes, donc de faire pénitence et
d’obtenir l’absolution ».
Un tel
discours mis en application au RPT, bousculerait tout le
statu quo pour aller au développement, en transitant par
une commission Vérité-Justice-Réconciliation que les
Togolais appellent de tous leurs vœux.
Ahoefa A. |