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Il ne
manquerait plus qu’Edouard Edem Kodjo soit proprement
hué et conspué sur la place publique, tant sa dernière
bévue, « la lettre circulaire de l’impunité »
suscite des émotions de vive révolte au sein des
populations. Le fait s’explique par cette subtilité de
langage qui semble coller aux réfugiés togolais,
l’étiquette de criminels et de délinquants notoires,
ayant pris la poudre d’escampette pour échapper à un
juste châtiment. « Du dégoût, rien que du dégoût »,
avait vociféré l’arrogant intellectuel de la Primature
au sortir de sa débâcle électorale de 2003. Aujourd’hui,
le constat s’établit que le dégoût a radicalement et
raisonnablement changé de camp, pour n’être qu’un mode
d’expression à l’usage du peuple ployant sous les coups
de boutoir d’un Premier Ministre d’intelligence avec le
clan au pouvoir.
Au
regard de la question de l’impunité qui s’est posée
depuis l’accession sanglante de Faure Gnassingbé au
pouvoir, la décision d’Edem Kodjo « d’abandonner
instamment toutes poursuites diligentées ou à
diligenter à l’encontre de toutes personnes présumées
auteurs d’infractions ou de délits étroitement liés à
l’élection » à l’exclusion des auteurs présumés de
« crimes de sang », constitue une saillie
mémorable dans le cap original que le pouvoir entend
imprimer à la résolution de la crise togolaise : faire
un grand écart, en violation pure des recommandations
édictées par les différents rapports de l’ONU, de la
Fidh, de la LTDH. Pour beaucoup, cette mesure tient plus
d’un vaste plan de prédation que d’un quelconque
« souci d’apaisement totale et de réconciliation
nationale ». Car, comment concevoir que le drame
togolais puisse être appréhendé comme étant une tragédie
qui pourrait se régler à coup de circulaire ? Alors,
c’est bien difficilement que le commun des Togolais se
creuse la cervelle pour essayer de décrypter les
pulsions qui sous-tendent le négationnisme dont use le
locataire de la primature dans la gestion du dossier des
réfugiés Togolais. Il avait été dit qu’Edem Kodjo
n’avait rien a proposer aux Togolais et qu’il urgeait de
le booster hors de ce fauteuil ministériel qui lui
octroie un rôle qu’il aura tout compte fait chapardé !
Au
delà du fait que ce récent coup de bluff conserve au
pouvoir toute la caractéristique de son inertie
politique, le maintien des poursuites diligentées contre
les auteurs de crimes de sang aura le mérite de jeter un
jugement nouveau sur les perspectives qui sont celles du
pouvoir, pour peu que le régime veuille apporter les
preuves palpables d’une réelle volonté d’en finir avec
le crime organisé. Vue ainsi, la décision du pouvoir
d’abandonner certaines poursuites relevant des
évènements post-électoraux s’accompagne t-elle d’un défi
que le pouvoir se lance. Ainsi certains conçoivent-ils
la chose. Avec l’exclusion de toute mesure de clémence à
l’égard des auteurs de crimes de sang, le pouvoir se met
à l’épreuve. Finalement, il ne sera pas dit que la
circulaire en question soit dénuée de toute pertinence.
Nombre
d’observateurs de la scène politique togolaise croient
savoir que le climat ambiant est loin d’être propice au
retour des réfugiés. Ils croient également savoir dans
quelle sphère gravitent les principaux auteurs des
crimes de sang liés à l’accession de Faure Gnassingbé au
pouvoir. Et nul n’ignore qu’avec les rapports de l’ONU
et de la Fidh, des noms avaient été gracieusement
livrés. L’impasse dans laquelle s’embourbe la résolution
de « la question togolaise » comporte entre
autres ingrédients, une science du machiavélisme qui
s’acoquine fort bien de l’impunité, un privilège réservé
pour qui accepte de se compromettre pour les beaux yeux
du clan. Les édifiantes mésaventures de réfugiés
candidats au retour, jetés en prison à Lomé, maltraités
puis arnaqués à Krikri, portent un cinglant témoignage
qui atteste d’un Togo tenant plus d’une pétaudière que
d’un havre de paix, et ceci, selon que l’on soit
identifié comme réfractaire aux acquis du clan.
Le
retour des réfugiés, à l’occasion, pourrait servir de
trophée de gloire au tandem incendiaire Faure-Kodjo,
mais ils attendront longtemps, car ce vœu ne se
réalisera pas encore ; et ils sont les premiers à le
savoir. La voix de l’ex-ministre de l’intérieur et de la
sécurité, François Akila Esso Boko sur les ondes de
Télésud le mercredi 15 mars dernier, résume à elle
seule, l’état d’âme et la disposition d’esprit communs à
des milliers de réfugiés togolais : « je ne rentre
pas à Lomé parce que le processus de réconciliation, qui
doit permettre une vraie retrouvaille des filles et fils
de ce pays pour se tendre la main, pour se pardonner,
pour se réconcilier, n’a pas commencé. Faure Gnassingbé
ne veut pas mettre en marche ce processus. Pourquoi
voulez-vous que je m’installe à Lomé sachant
pertinemment que ma vie est en cause ? Pourquoi vous
voulez que je choisisse de mourir lorsque je courais au
combat du progrès ? Je ne peux pas choisir exprès la
mort. Elle peut arriver à tout le monde mais je ne peux
choisir de me mettre dans un scénario pour que ma vie
soit attentée… ».
Mettre
fin à de tels discours qui reviennent comme une rengaine
et ne manquent pas d’éclabousser le régime, tient
sûrement à peu de choses : punir les bourreaux, rendre
justice aux victimes. Le gros défi pour le grand
énarque de la primature serait alors d’enclencher une
opération de séduction à l’endroit des réfugiés
imperméables à de répétitifs appels au retour. La chose
parait bien simple à première vue : régler leur compte
aux criminels listés en annexe du rapport de l’ONU, sans
épargner les complices directs pris dans les corps
habillés, les milices dressés pour répandre le sang et
autres zélés. Le secret de polichinelle étant que tous
les auteurs présumés de crimes de sang, n’avaient point
ressenti le besoin de prendre la tangente, une catégorie
toute désignée d’auteurs de crimes de sang se trouvent à
portée de main et se pavane un peu partout sans remords
bien sûr. Alors, qu’est-ce qui empêche d’en faire des
cas résolus, des affaires classées ?
La
seule caution valable qu’Edem Kodjo puisse offrir en
garantie de sa lettre circulaire en l’état actuel de la
situation politique togolaise, serait de donner une
suite judiciaire au rapport de l’ONU, compte tenu de la
fameuse liste en annexe. Ainsi débarrassé de viles
sanguinaires, le Togo pourra de nouveau inspirer
confiance et accueillir ses enfants en errance.
Seulement, où Edem Kodjo irait-il déniché le cran
nécessaire pour opérer ce spectaculaire volte-face, lui
un premier Ministre vidé de tout pouvoir ? Considérant
d’un côté que pour l’ONU la principale responsabilité
des carnages d’avril 2005 incombe au pouvoir RPT, dont
M. Kodjo maîtrise les rouages, ce ne sont donc pas les
conditions qui font défaut pour que ce dernier donne un
raccourci à l’histoire du pays. Il aura infligé un
camouflet spectaculaire à ceux qui, par devers son bilan
neutre, jugent qu’ « il ne sert pas le Togo ; il s’en
sert » pour satisfaire ses obsessions de grandeur.
En définitive, en attendant que les réfugiés jugent
convenable ou non de rentrer au bercail, que s’ouvrent
des procès pour crimes de sang. Contre les authentiques
criminels !
Ahoefa A. |