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28 mars 2006

[No 142: 27 mars 2006]
Une note d’humeur sportive: L’amertume est de retour

Si nous pouvons tout simplement rendre notre mémoire un peu moins courte, nous nous souviendrons qu’à cette même époque l’année dernière, notre pays avait manqué de peu de s’enflammer pour des raisons liées à la pagaille, au désordre politiques qui ont suivi le décès subit du président de la République, Gnassingbé Eyadema.

Il serait superflu de revenir sur le coup d’Etat fait par l’armée nationale pour imposer pour la succession du dictateur, son fils Faure. Cette décision dénoncée un peu partout dans le monde et contestée par le peuple dans son ensemble, avait mis le pays dans une très dangereuse situation. Le tissu social national s’était davantage déchiré, les haines se sont multipliées, les rancoeurs avaient pris une dimension aussi dense que la déchirure était palpable, la guerre presque imminente. Beaucoup de Togolais étaient prêts pour cette fois à tout donner pour empêcher le régime qui les a asservis pendant près de 40 années, de continuer son œuvre machiavélique.

C’était osé comme défi, mais, face aux armes brandies par les conservateurs, la jeunesse révoltée a exprimé sa colère, et a payé de sa vie. Le monde témoin des massacres, s’était dit que le Togo avait franchi le pas de trop. Le comble était atteint, la guerre inévitable. Mais voici qu’au même moment, se disputaient les éliminatoires combinées CAN/Mondial 2006 de football, auxquelles prenaient part les Eperviers du Togo. Un match héroïque réalisé par ces derniers à Bamako face aux Aigles du Mali battus 2-1, avait suffi pour recoller quelques morceaux, apaiser les cœurs et les  porter à l’espérance. Rien ne peut nous faire oublier ces dates des 26, 27 et 28 mars 2005, heures divines, temps de fête de pâques qui ont vu le peuple togolais transpirer de joie, de bonheur et d’allégresse.

Ça faisait longtemps depuis la mort, le 5 février 2005, du chef de l’Etat, qu’on avait vu les gens se défouler autant. Les fortes images, ce sont celles du 28 mars où au retour des Eperviers du Togo de Bamako, le peuple eut à leur réserver un accueil chaleureux, en même temps qu’il leur disait merci pour le bonheur soudain qu’ils plantent dans le cœur de chaque Togolais. L’on comprit que des raisons d’espérer, existent encore pour notre pays et que même si l’année 2005 avait commencé aussi difficilement pour les Togolais, l’avenir pourrait être ponctué de moins de larmes, de grincements de dents et de découragements.

Elle ne pouvait, cette année 2005, arrêter son bilan sur la mort du timonier et les  massacres des populations qui ont suivi. Il y avait des raisons d’espérer, et les Eperviers étaient là pour confirmer qu’un rien pouvait faire chanter à l’unisson le peuple togolais politiquement meurtri. Le sport en général, et le football en particulier, tel que pratiqué par Shéyi Adébayor, Coubadja Kader, Shérif Touré, Sénaya Yao Junior, Moustapha Salifou, et autres Agassa Kossi, Emmanuel Mathias, pouvaient aider les Togolais à panser leurs blessures et réaliser la paix et la concorde civile.

C’est ainsi que les Eperviers ont continué le travail et ont montré leurs capacités à mettre un terme aux massacres et à unir sans même s’en rendre compte, le peuple. C’est sur le ton de leur brillante campagne en éliminatoires combinées CAN/Mondial 2006, dans l’esprit et dans le cadre d’une inattendue qualification pour le mondial, que le miracle de l’apaisement s’est produit. Les autorités politiques togolaises, ont tout à coup, tendu leurs mains au nouveau phénomène que représentent les Eperviers pour s’accorder le temps nécessaire de répit qui leur a permis de se voir offrir la « paix » et la chance de redresser la barre politique. Ils s’en sont vus peut-être surpris, mais à ce geste des Eperviers, ils ont donné pour réponses, mépris et ingratitude, sevrant nos représentants d’une bonne préparation de la phase finale de la CAN égyptienne.

Les résultats s’en sont ressentis et la désillusion du peuple est si grande que beaucoup sont  redescendus sur terre, pour malheureusement constater que rien n’a évolué ici. Les conditions de vie, les salaires impayés, les coups tordus entre politiciens, la mainmise d’une certaine catégorie de personnes sur l’administration de l’Etat, se font encore, et sont  de plus en plus visibles. On retourne à la case départ. Puis on se rend compte que le football pourrait offrir aux peuples meurtris, un moment de joie. Pas plus. Car, en sport, on ne gagne pas infiniment. C’est justement ceux qui ne veulent pas admettre cette vérité qui s’en prennent à leurs semblables, ces derniers temps, dans les stades où la violence a pris le pas sur le jeu.

Arbitres pourchassés par-là, matches terminés avant terme par-ci, réserves et révocations portées sur telle ou telle rencontre du championnat national de football. Tout ceci avec une fédération qui a du mal à se décider et à décider. L’embrouille est gigantesque, celle qui couvre notre football ces derniers temps. Autant sur le plan national ça fait désordre, autant pour les Eperviers aucune lueur d’espoir à un peu plus de 70 jours du début du mondial. Triste tout ça. C’est fou que ces choses peuvent ramener l’amertume qu’on croyait un temps effacée de notre vocabulaire.

Don Quichotte AKUE

 

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