|
Si
nous pouvons tout simplement rendre notre mémoire un peu
moins courte, nous nous souviendrons qu’à cette même
époque l’année dernière, notre pays avait manqué de peu
de s’enflammer pour des raisons liées à la pagaille, au
désordre politiques qui ont suivi le décès subit du
président de la République, Gnassingbé Eyadema.
Il serait superflu de revenir sur le coup d’Etat fait par
l’armée nationale pour imposer pour la succession du
dictateur, son fils Faure. Cette décision dénoncée un
peu partout dans le monde et contestée par le peuple
dans son ensemble, avait mis le pays dans une très
dangereuse situation. Le tissu social national s’était
davantage déchiré, les haines se sont multipliées, les
rancoeurs avaient pris une dimension aussi dense que la
déchirure était palpable, la guerre presque imminente.
Beaucoup de Togolais étaient prêts pour cette fois à
tout donner pour empêcher le régime qui les a asservis
pendant près de 40 années, de continuer son œuvre
machiavélique.
C’était osé comme défi, mais, face aux
armes brandies par les conservateurs, la jeunesse
révoltée a exprimé sa colère, et a payé de sa vie. Le
monde témoin des massacres, s’était dit que le Togo
avait franchi le pas de trop. Le comble était atteint,
la guerre inévitable. Mais voici qu’au même moment, se
disputaient les éliminatoires combinées CAN/Mondial 2006
de football, auxquelles prenaient part les Eperviers du
Togo. Un match héroïque réalisé par ces derniers à
Bamako face aux Aigles du Mali battus 2-1, avait suffi
pour recoller quelques morceaux, apaiser les cœurs et
les porter à l’espérance. Rien ne peut nous faire
oublier ces dates des 26, 27 et 28 mars 2005, heures
divines, temps de fête de pâques qui ont vu le peuple
togolais transpirer de joie, de bonheur et d’allégresse.
Ça faisait longtemps depuis la mort, le 5 février 2005,
du chef de l’Etat, qu’on avait vu les gens se défouler
autant. Les fortes images, ce sont celles du 28 mars où
au retour des Eperviers du Togo de Bamako, le peuple eut
à leur réserver un accueil chaleureux, en même temps
qu’il leur disait merci pour le bonheur soudain qu’ils
plantent dans le cœur de chaque Togolais. L’on comprit
que des raisons d’espérer, existent encore pour notre
pays et que même si l’année 2005 avait commencé aussi
difficilement pour les Togolais, l’avenir pourrait être
ponctué de moins de larmes, de grincements de dents et
de découragements.
Elle ne pouvait, cette année 2005,
arrêter son bilan sur la mort du timonier et les
massacres des populations qui ont suivi. Il y avait des
raisons d’espérer, et les Eperviers étaient là pour
confirmer qu’un rien pouvait faire chanter à l’unisson
le peuple togolais politiquement meurtri. Le sport en
général, et le football en particulier, tel que pratiqué
par Shéyi Adébayor, Coubadja Kader, Shérif Touré, Sénaya
Yao Junior, Moustapha Salifou, et autres Agassa Kossi,
Emmanuel Mathias, pouvaient aider les Togolais à panser
leurs blessures et réaliser la paix et la concorde
civile.
C’est ainsi que les Eperviers ont continué
le travail et ont montré leurs capacités à mettre un
terme aux massacres et à unir sans même s’en rendre
compte, le peuple. C’est sur le ton de leur brillante
campagne en éliminatoires combinées CAN/Mondial 2006,
dans l’esprit et dans le cadre d’une inattendue
qualification pour le mondial, que le miracle de
l’apaisement s’est produit. Les autorités politiques
togolaises, ont tout à coup, tendu leurs mains au
nouveau phénomène que représentent les Eperviers pour
s’accorder le temps nécessaire de répit qui leur a
permis de se voir offrir la « paix » et la chance
de redresser la barre politique. Ils s’en sont vus
peut-être surpris, mais à ce geste des Eperviers, ils
ont donné pour réponses, mépris et ingratitude, sevrant
nos représentants d’une bonne préparation de la phase
finale de la CAN égyptienne.
Les résultats s’en sont
ressentis et la désillusion du peuple est si grande que
beaucoup sont redescendus sur terre, pour
malheureusement constater que rien n’a évolué ici. Les
conditions de vie, les salaires impayés, les coups
tordus entre politiciens, la mainmise d’une certaine
catégorie de personnes sur l’administration de l’Etat,
se font encore, et sont de plus en plus visibles. On
retourne à la case départ. Puis on se rend compte que le
football pourrait offrir aux peuples meurtris, un moment
de joie. Pas plus. Car, en sport, on ne gagne pas
infiniment. C’est justement ceux qui ne veulent pas
admettre cette vérité qui s’en prennent à leurs
semblables, ces derniers temps, dans les stades où la
violence a pris le pas sur le jeu.
Arbitres pourchassés
par-là, matches terminés avant terme par-ci, réserves et
révocations portées sur telle ou telle rencontre du
championnat national de football. Tout ceci avec une
fédération qui a du mal à se décider et à décider.
L’embrouille est gigantesque, celle qui couvre notre
football ces derniers temps. Autant sur le plan national
ça fait désordre, autant pour les Eperviers aucune lueur
d’espoir à un peu plus de 70 jours du début du mondial.
Triste tout ça. C’est fou que ces choses peuvent ramener
l’amertume qu’on croyait un temps effacée de notre
vocabulaire.
Don Quichotte AKUE |