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20 mars 2006

[No 140: 20 mars 2006]
Crise togolaise: Les remèdes d’Alpha Oumar Konaré demeurent incontournables

Au lendemain des violences qui ont secoué notre pays suite au simulacre électoral qui a vu imposer Faure Gnassingbé à la tête de l’Etat togolais par une frange de l’armée, des voix se sont levées à travers le monde entier pour redresser la barre au Togo et sauver l’honneur de la Communauté internationale fortement amoché par la piètre médiation de la CEDEAO et de l’Union africaine.

Au regard du blocage observé actuellement au niveau du dialogue intertogolais et pour que l’opposition s’assure que les négociations se seront bien déroulées et placées sous une égide fiable, certains observateurs pensent que l’opposition, dans ses préalables sur la tenue du dialogue proprement dit, doit faire recours à des propositions et mesures élaborées par la Commission africaine sous la houlette de son Président Alpha Oumar Konaré le 31 mai de l’année dernière. Même si elles sont déboutées par le Président en exercice de l’Union africaine d’alors, le Général Olusegun Obasanjo pour des raisons obscures, force est de reconnaître qu’une sortie de crise viable et pacifique passe inévitablement par ces mesures.

Et l’opposition a l’impérieux devoir de mettre une série de stratégies de son côté en vue de rééquilibrer les rapports de forces sur le terrain politique togolais. En face, le RPT a des armes et la terreur pour faire imposer ses points de vue sans oublier la corruption avec laquelle il est venu à bout des institutions internationales et des médiations solitaires. Pour équilibrer les rapports de forces, ou l’opposition se procure des armes pour aider le RPT à enfoncer le pays dans le gouffre en vue de faire prendre en compte ses positions (cas de la Côte d’Ivoire) ou l’opposition mobilise le peuple pour des manifestations répétées (ce qui semble impossible à l’étape actuelle des choses où la folie meurtrière des forces de l’ordre muées en assassins du peuple à écraser dans un bain de sang inouïe toute velléité de contestation populaire) ou encore que l’opposition se batte pour obtenir une équipe de médiation fiable telle que proposée par Alpha Oumar Konaré et la Commission de l’Union africaine. Et la dernière position est de l’avis de tous, la meilleure à adopter.

Aussi l’opposition doit-elle exiger :
1) Qu’un envoyé spécial soit nommé au Togo par, soit l’Union africaine, soit par l’UE, soit par l’ONU (A l’époque Konaré avait nommé Kenneth Kaunda)

2) qu’un chef de Mission d’observation soit aussi désigné soit par l’UA, soit par l’UE ou par l’ONU (C’était Mame Madior Baye, ancien Premier ministre de la République du Sénégal qui était désigné).

Le Premier a pour mission « d’aider à la facilitation du dialogue entre les parties togolaises » et le second a pour tâche de « suivre l’évolution de la situation politique, sociale, sécuritaire et humanitaire ainsi que des droits de l’Homme ».

La mission d’observation en soi doit être composée, comme la précédente, de :

- Un chef de Mission
- Un Représentant de l’Union des Journalistes (soit UJAO, soit RSF ou autre)
- Un Représentant de Media Foundation for West Africa

- 3 Représentants des Etats (A l’époque ceux désignés étaient la Mozambique, l’Algérie, le Congo. On peut ajouter d’autres venant des pays européens et américains).

- 2 Parlementaires (les Sous Présidents des Comités de Paix et de Sécurité et Droits de l’Homme du Parlement Africain étaient désignés. L’opposition doit exiger qu’au moins deux Représentants du Parlement européen soient aussi de la partie).

- 2 Représentants des Intellectuels (le choix était porté sur Abdoulaye Bathily en plus d’une femme qui restait à trouver).

- 2 Représentants de la Diaspora (la star du Cinéma Dany Glover et Martha Johnson étaient trouvés).

Ensuite, une équipe de la Commission de l’UA était désignée pour accompagner la Mission. Il s’agissait :
- d’un chef d’Equipe
- d’un représentant du Département Paix et Sécurité
- d’un Représentant du Département Affaires politiques
- d’un Interprète – Traducteur.

L’opposition peut revoir la composition de cette équipe de façon à intégrer des Représentants de l’ONU et de l’UE.

Tout ceci peut paraître utopique mais ne sera pas moins coûteuse qu’une résolution d’une crise armée. L’obtention d’une équipe de médiation fiable est le seul gage pour l’opposition de vouloir participer à un quelconque dialogue. Tout le reste n’est que chimère. Car, à quoi bon et utile d’aller à une négociation qui permettra au pouvoir oppresseur de jouer sur le dilatoire pour se donner une légitimité et s’enraciner au fil des temps. Qu’est-ce que le peuple gagnerait si un dialogue ne peut qu’aboutir à la consolidation d’un système inique qui l’oppresse ?

            A défaut des armes, à défaut des manifestations populaires, la seule voie pour l’opposition de se faire entendre et  de voir ses doléances prises en compte est d’essayer d’amener la Communauté internationale à s’impliquer d’avantage dans le règlement de la crise togolaise. Les discussions doivent impérativement aboutir à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ou de large consensus pouvant servir de mécanisme d’application des accords issus des pourparlers. Et l’équipe de Médiateurs devra, comme en Côte d’Ivoire, assister et veiller pendant une période conduisant aux élections transparentes, à ce que le gouvernement mette en œuvre les termes de l’Accord.

            Se fier à une quelconque bonne volonté d’un système qui a pris des armes pour massacrer la population et s’installer sur les cadavres des peuples, qu’il prétend gouverner en se baignant dans le sang serait non seulement illusoire mais suicidaire. Une vraie équipe de médiateurs est plus qu’indispensable au règlement de la crise togolaise. Et si l’opposition ne peut pas obtenir la participation de cette équipe, inutile d’aller donner une quelconque légitimité à un pouvoir autocrate et l’aider à pérenniser.

            Le juriste Ajavon Zeus a bien vu quand, répondant à ceux qui se demandent à quoi ont servi les facilitations précédentes, il affirme ce qui suit : « Lorsque nous faisons l’accord cadre de Lomé et le CPS en présence des Facilitateurs, les choses évoluaient. Lorsqu’ils partaient, nous pouvons rester pendant des mois à parler entre nous sans avancer d’un pas. Et les avancées ont lieu quand ils viennent ». Pour corser l’addition, Me Ajavon, grand connaisseur de la scène politique togolaise martèle : « Je dis qu’il faut plus que des Facilitateurs. Il faut des Médiateurs ! Le Facilitateur n’a aucun pouvoir d’action dans le jeu. Il est là seulement pour mettre les gens en face, leur distribuer la parole, être le Chairman. Le Médiateur lui, influence le jeu, propose des solutions. Il faut donc un médiateur neutre, vraiment neutre ».

            Et pour obtenir cette neutralité, il faut réussir à obtenir non pas un seul Médiateur pour le jeter en proie à l’engrenage très huilé de corruption du pouvoir RPT. Il faut une équipe de Médiateurs composés des émissaires de l’UA, l’UE et de l’ONU. Le reste n’est que de l’Utopie.

Dimas DZIKODO

 

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