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Au
lendemain des violences qui ont secoué notre pays suite
au simulacre électoral qui a vu imposer Faure Gnassingbé
à la tête de l’Etat togolais par une frange de l’armée,
des voix se sont levées à travers le monde entier pour
redresser la barre au Togo et sauver l’honneur de la
Communauté internationale fortement amoché par la piètre
médiation de la CEDEAO et de l’Union africaine.
Au
regard du blocage observé actuellement au niveau du
dialogue intertogolais et pour que l’opposition s’assure
que les négociations se seront bien déroulées et placées
sous une égide fiable, certains observateurs pensent que
l’opposition, dans ses préalables sur la tenue du
dialogue proprement dit, doit faire recours à des
propositions et mesures élaborées par la Commission
africaine sous la houlette de son Président Alpha Oumar
Konaré le 31 mai de l’année dernière. Même si elles sont
déboutées par le Président en exercice de l’Union
africaine d’alors, le Général Olusegun Obasanjo pour des
raisons obscures, force est de reconnaître qu’une sortie
de crise viable et pacifique passe inévitablement par
ces mesures.
Et
l’opposition a l’impérieux devoir de mettre une série de
stratégies de son côté en vue de rééquilibrer les
rapports de forces sur le terrain politique togolais. En
face, le RPT a des armes et la terreur pour faire
imposer ses points de vue sans oublier la corruption
avec laquelle il est venu à bout des institutions
internationales et des médiations solitaires. Pour
équilibrer les rapports de forces, ou l’opposition se
procure des armes pour aider le RPT à enfoncer le pays
dans le gouffre en vue de faire prendre en compte ses
positions (cas de la Côte d’Ivoire) ou l’opposition
mobilise le peuple pour des manifestations répétées (ce
qui semble impossible à l’étape actuelle des choses où
la folie meurtrière des forces de l’ordre muées en
assassins du peuple à écraser dans un bain de sang
inouïe toute velléité de contestation populaire) ou
encore que l’opposition se batte pour obtenir une équipe
de médiation fiable telle que proposée par Alpha Oumar
Konaré et la Commission de l’Union africaine. Et la
dernière position est de l’avis de tous, la meilleure à
adopter.
Aussi l’opposition doit-elle exiger :
1) Qu’un envoyé spécial soit nommé au Togo par, soit
l’Union africaine, soit par l’UE, soit par l’ONU (A
l’époque Konaré avait nommé Kenneth Kaunda)
2)
qu’un chef de Mission d’observation soit aussi désigné
soit par l’UA, soit par l’UE ou par l’ONU (C’était Mame
Madior Baye, ancien Premier ministre de la République du
Sénégal qui était désigné).
Le
Premier a pour mission « d’aider à la facilitation du
dialogue entre les parties togolaises » et le second
a pour tâche de « suivre l’évolution de la situation
politique, sociale, sécuritaire et humanitaire ainsi que
des droits de l’Homme ».
La mission d’observation en soi doit être composée,
comme la précédente, de :
- Un
chef de Mission
- Un Représentant de l’Union des Journalistes (soit UJAO,
soit RSF ou autre)
- Un Représentant de Media Foundation for West Africa
- 3
Représentants des Etats (A l’époque ceux désignés
étaient la Mozambique, l’Algérie, le Congo. On peut
ajouter d’autres venant des pays européens et
américains).
- 2
Parlementaires (les Sous Présidents des Comités de Paix
et de Sécurité et Droits de l’Homme du Parlement
Africain étaient désignés. L’opposition doit exiger
qu’au moins deux Représentants du Parlement européen
soient aussi de la partie).
- 2
Représentants des Intellectuels (le choix était porté
sur Abdoulaye Bathily en plus d’une femme qui restait à
trouver).
- 2
Représentants de la Diaspora (la star du Cinéma Dany
Glover et Martha Johnson étaient trouvés).
Ensuite, une équipe de la Commission de l’UA était
désignée pour accompagner la Mission. Il s’agissait :
- d’un chef d’Equipe
- d’un représentant du Département Paix et Sécurité
- d’un Représentant du Département Affaires politiques
- d’un Interprète – Traducteur.
L’opposition peut revoir la composition de cette équipe
de façon à intégrer des Représentants de l’ONU et de l’UE.
Tout
ceci peut paraître utopique mais ne sera pas moins
coûteuse qu’une résolution d’une crise armée.
L’obtention d’une équipe de médiation fiable est le seul
gage pour l’opposition de vouloir participer à un
quelconque dialogue. Tout le reste n’est que chimère.
Car, à quoi bon et utile d’aller à une négociation qui
permettra au pouvoir oppresseur de jouer sur le
dilatoire pour se donner une légitimité et s’enraciner
au fil des temps. Qu’est-ce que le peuple gagnerait si
un dialogue ne peut qu’aboutir à la consolidation d’un
système inique qui l’oppresse ?
A défaut des armes, à défaut des
manifestations populaires, la seule voie pour
l’opposition de se faire entendre et de voir ses
doléances prises en compte est d’essayer d’amener la
Communauté internationale à s’impliquer d’avantage dans
le règlement de la crise togolaise. Les discussions
doivent impérativement aboutir à la mise en place d’un
gouvernement d’union nationale ou de large consensus
pouvant servir de mécanisme d’application des accords
issus des pourparlers. Et l’équipe de Médiateurs devra,
comme en Côte d’Ivoire, assister et veiller pendant une
période conduisant aux élections transparentes, à ce que
le gouvernement mette en œuvre les termes de l’Accord.
Se fier à une quelconque bonne volonté d’un
système qui a pris des armes pour massacrer la
population et s’installer sur les cadavres des peuples,
qu’il prétend gouverner en se baignant dans le sang
serait non seulement illusoire mais suicidaire. Une
vraie équipe de médiateurs est plus qu’indispensable au
règlement de la crise togolaise. Et si l’opposition ne
peut pas obtenir la participation de cette équipe,
inutile d’aller donner une quelconque légitimité à un
pouvoir autocrate et l’aider à pérenniser.
Le juriste Ajavon Zeus a bien vu quand,
répondant à ceux qui se demandent à quoi ont servi les
facilitations précédentes, il affirme ce qui suit :
« Lorsque nous faisons l’accord cadre de Lomé et le CPS
en présence des Facilitateurs, les choses évoluaient.
Lorsqu’ils partaient, nous pouvons rester pendant des
mois à parler entre nous sans avancer d’un pas. Et les
avancées ont lieu quand ils viennent ». Pour corser
l’addition, Me Ajavon, grand connaisseur de la scène
politique togolaise martèle : « Je dis qu’il faut
plus que des Facilitateurs. Il faut des Médiateurs ! Le
Facilitateur n’a aucun pouvoir d’action dans le jeu. Il
est là seulement pour mettre les gens en face, leur
distribuer la parole, être le Chairman. Le Médiateur
lui, influence le jeu, propose des solutions. Il faut
donc un médiateur neutre, vraiment neutre ».
Et pour obtenir cette neutralité, il faut
réussir à obtenir non pas un seul Médiateur pour le
jeter en proie à l’engrenage très huilé de corruption du
pouvoir RPT. Il faut une équipe de Médiateurs composés
des émissaires de l’UA, l’UE et de l’ONU. Le reste n’est
que de l’Utopie.
Dimas DZIKODO |