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« Homo sum et humani nihil a me alienum puto » :
Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est
étranger, disait le célèbre écrivain latin Térence. Au
Togo, on ne perçoit pas jusqu’où la déchéance dans
l’inhumain, l’improvisation, l’autocratie,
l’appropriation de la chose publique et l’imposition
d’une pensée unique inféconde, devrait se révéler pour
que les Togolais prennent conscience qu’il est temps
d’être lucide sur la réalité de notre société, sur le
mode de gestion imposé à tout le pays par un groupuscule
avide d’argent et cupide sans fin.
Depuis un certains temps, une crise aiguë est en train
de secouer l’instance dirigeante du football togolais,
crise née de la piètre prestation des Eperviers lors de
la Coupe d’Afrique des Nations de Football Egypte 2006.
Mais comme au Togo, il est de notoriété publique que les
symptômes sont, dans de pareils cas, pris en compte au
mépris du mal qui ronge, le bouc émissaire est vite
trouvé : Stephen Késhi. Le Président de la Fédération
Togolaise de Football Rock Gnassingbé, entouré d’un
groupuscule de profiteurs, pense que la racine du mal du
football togolais, c’est cet homme, qui a sorti ce jeu
de sa torpeur pour le hisser parmi les étendards des
Nations les plus respectés de ce sport qui emballe rois
et valets, riches et pauvres, présidents et simples
citoyens ! Par conséquent il faut le limoger pour
camoufler ses propres tares et manquements et détourner
l’attention du peuple vigilant de la gestion calamiteuse
et irresponsable, imposée à cette fédération.
Juste un petit recul, et l’on remarquera que le meilleur
entraîneur de l’année du continent le coach Késhi se
drape mal dans ce manteau de bouc émissaire qu’on veut
lui faire enfiler.
Juste au lendemain de la double qualification des
Eperviers à la CAN égyptienne et au Mondial en
Allemagne, le technicien nigérian a soumis un emploi du
temps très détaillé pouvant aboutir à une préparation
adéquate des Eperviers. Quelque part, le stage proposé
par Stephen Késhi devait conduire à un regroupement en
Hollande pendant plusieurs jours. Mais les décideurs de
la FTF ont préféré l’Iran parce que, selon nos
renseignements, ce pays aurait proposé une importante
rétribution pécuniaire à la délégation et aux joueurs.
C’est pour cela que certains ténors de l’Equipe sont
sciemment mis à l’écart lors de cette tournée qui a vu
débuter la descente aux enfers de notre équipe
nationale. La voie est tout ouverte pour que la part
de la récompense allouée par l’Iran devant revenir aux
joueurs, disparaisse dans les poches des dirigeants.
Ce qui montre que les décideurs de la FTF ne guettent
que les occasions pouvant leur procurer des retombées
financières. Le Président de la Fédération gère cette
institution de l’Etat comme une épicerie personnelle.
« Il manque d’égards, la plupart des temps, aux
entraîneurs (exemple de l’ancien entraîneur Goëtlieb
Goeller qu’il a fait quitter en pleine compétition
continentale à Accra) et confond la gestion financière
de la fédération à ses soldes militaires », estiment
certains observateurs avisés.
Ces observateurs n’arrivent pas à comprendre pourquoi le
Commandant Rock Balakiyem refuse de rendre compte de la
gestion financière depuis son premier mandat. L’actuel
Trésorier, M. Tino Adjété a soulevé un petit pan de
cette gestion calamiteuse : « Vous vous souviendrez
que lors de la dernière assemblée générale de la FTF, le
désaccord fonctionnel entre vous-même (Rock Gnassingbé)
et l’ancien trésorier général avait rendu problématique
le bilan financier qui n’a d’ailleurs pas été approuvé,
devenant en soi un litige non encore résolu » écrit
M. Adjété. Le temps ne pouvant rien contre la pierre,
les mêmes habitudes perdurent : « jusqu’à ce jour, je
ne dispose pas du pouvoir de signature sur aucun compte
bancaire de la FTF, pas plus que je ne suis investi
d’aucune autorité de gestion effective des ressources,
des entrées et sorties de fonds de notre institution »
martèle celui qui devait être l’argentier de la
fédération.
Cette gestion opaque permet aux profiteurs
de tout accabit, de s’agglutiner autour de Rock
Gnassingbé, avec pour seul objectif d’amasser le plus
possible les recettes de la FTF sans, en aucun moment,
se soucier de la vache à lait que sont les joueurs.
« J’ai subi une opération il y a de cela 8 ou 9 jours
mais personne n’a cherché à savoir comment je vais »
disait tout récemment l’omniportier des Eperviers Agassa
Kossi, réagissant à la décision de Rock Gnassingbé de
limoger Stéphen Késhi, avant d’ajouter très amer :
« ils s’en foutent de nous. Ce qui compte pour eux,
c’est qu’on soit prêt pour venir jouer. C’est tout leur
problème. Ce n’est pas normal. Mais Késhi, depuis que je
suis rentré, il m’appelle tous les jours pour s’enquérir
de l’état de ma santé. Le jour où je suis sorti du bloc
opératoire, il a été le premier à m’appeler ! » Ceci
résume tout.
Et c’est celui qui s’occupe plus de ces joueurs,
celui-là qui a forgé une mentalité de vainqueur à ces
joueurs, qu’on veut sacrifier sur l’autel des profiteurs
insatiables et invétérés. Comme cela, la prestation sera
plus piètre et les fonds débloqués par la FIFA et
d’autres sponsors, seront moins utilisés et reviendront
échouer sans autre forme de procès dans la poche du
« tout-puissant commandant » et ses sangsues comme
l’affirmait depuis la Belgique, l’international Nibombé
Daré en ces termes : « le temps presse et au lieu de
penser à l’essentiel, certains ont tout simplement leurs
idées sur la faramineuse somme que la FIFA octroie aux
équipes qualifiées pour le mondial ».
Le vétéran Tchangaï Massamaesso, très secoué par
cette décision irréfléchie de limoger Késhi, renchérit :
« c’est dommage qu’on ne puisse reconnaître le
travail abattu par Stephen Késhi en faveur du football
togolais. Et puis comment peut-on vouloir renvoyer celui
qu’on a reconnu comme étant le meilleur actuellement en
Afrique ? » Il ajoute sybilin : « Ou au Togo, on
n’aime pas les bonnes choses ou quoi ? ».
C’est dire jusqu’à quel point cette décision impopulaire
renverse les balises du bon sens. Pire, ni Edem Kodjo,
ni Faure Gnassingbé, encore moins Agouta Ouyenga ne lève
le petit doigt pour dénoncer les dérives autocratiques
du Commandant Rock Gnassingbé. Sûrement que s’il n’était
pas un Gnassingbé, le jugement serait autrement. Mais
jusqu’à quand cette gestion clanique perdurera ? A quand
la fin de cette gestion familiale des affaires de la
cité pour que le Togo et les Togolais s’épanouissent et
se fassent respecter dans le concert des Nations ? Le
Trésorier Tino Adjété depuis le 22 décembre dernier
avait tiré la sonnette d’alarmes : les actes posés par
le Commandant Rock Gnassingbé constituent « une
totale violation des dispositions réglementaires qui
régissent le football togolais et des entorses graves au
statut standard de la FIFA, l’instance dirigeante du
football à l’échelle mondiale, et expose en tout temps,
notre fédération, les ligues et les clubs à des
conséquences fâcheuses ». Mais depuis là, rien n’est
fait pour corriger cette anomalie conçue et entretenue
par l’actuel président de la Fédération.
Dans notre pays, les malfaiteurs, les prédateurs de
l’économie nationale et autres spécialistes en gestion
calamiteuse de la « res publika » sont promus et
maintenus à leurs postes tandis que ceux qui travaillent
pour l’avancement de ce pays sont écrasés, brimés et
piétinés dans leur élan. Sinon, qu’est-ce qui explique
le silence coupable des autorités de fait de ce pays ?
Le 1er mars dernier, toutes les formations qualifiées
pour la Coupe du Monde ont livré des matches amicaux.
Toutes les formations ; même d’autres non-qualifiées !
Sauf bien sûr le Togo ! Et ceci à cause de l’amateurisme
et l’improvisation érigés en méthodes de gestion au sein
de la fédération par le décideur suprême. Ce dont on ne
s’en rend pas compte, est que cette décision impopulaire
risque d’enterrer une bonne fois pour de bon, le
football au Togo et si jusqu’à ce jour, le pouvoir aussi
vacillant que celui de Faure Gnassingbé ne reconnaît pas
l’utilité du football, alors il y a péril en la demeure.
Les cadres de l’équipe nationale ont averti : « On a
décidé de rentrer au Togo pour venir discuter avec la
Fédération, même avec le gouvernement et la population
pour leur faire comprendre que nous ne voulons pas que
Keshi parte. Si eux ils décident à le faire, donc ils
n’ont qu’à nous oublier… Ils n’ont qu’à prendre les
joueurs qu’ils veulent pour aller jouer à la Coupe du
monde ! » déclarait Agassa Kossi. Et pour éviter
d’autres réactions amères de nos professionnels, la
géniale trouvaille était de couper la ligne téléphonique
d’une certaine chaîne en pleine émission.
Face à cette gestion calamiteuse, le bon sens veut que
Rock Gnassingbé rende son tablier. Parce que n’étant pas
capable d’établir un bilan financier sur deux mandats,
parce que jouant au Trésorier en spoliant le vrai
Trésorier de ses prérogatives, parce que violant les
règles de la fédération et les statuts standards de la
FIFA exposant la fédération aux sanctions, parce
qu’incapable d’assurer une préparation adéquate à
l’équipe nationale, exposant le pays à la débâcle et à
l’ignominie lors de la Coupe du Monde prochaine avec son
cortège de crises cardiaques, le Commandant Rock
Gnassingbé doit démissionner de son poste de Président
de la Fédération pour laisser d’autres plus responsables
et plus qualifiés assumer ce rôle pour donner du baume
aux cœurs meurtris des Togolais.
Dimas DZIKODO |