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6 mars 2006

[No 136: 6 mars 2006]

Interview exclusive de S.E. Mgr Julien Mawulé KOUTO, Ancien Evêque d’Atakpamé

… Il m’a été demandé « pour le bien de l’Eglise et pour mon propre bien » de démissionner

L’Evêque qui a été le plus stable à Atakpamé et qui, comme le dit tout le monde, a le plus souffert dans ce diocèse vient de démissionner le mercredi 1er mars 2006. Après 12 ans de permanence à la tête du diocèse d’Atakpamé, le Nonce Apostolique au Togo S.E. Mgr Michael Blume vient de rendre publique l’acception par Rome de la démission de Mgr Julien Mawulé Kouto, 3ème Evêque d’Atakpamé et la nomination de Mgr Benoît Alowonou, Evêque de Kpalimé, Administrateur Apostolique du Diocèse d’Atakpamé.

Du 1er Evêque d’Atakpamé Mgr Atakpah (du 17 janvier 1965 au début 1976) soit 11 ans avec 7 mois d’exil, au 2ème Evêque Mgr Kpodzro (du 02 mai 1976 au 29 décembre 1992) soit 16 ans avec presque 5 ans d’exil dont 11 ans de présence effective et au 3ème Evêque Mgr Kouto (du 13 février 1994 au 1er mars 2006) soit 12 ans de résidence stable, l’histoire du diocèse semble se répéter.

Pour la circonstance, Mgr Kouto est entouré de Mgr Clet Féliho, Mgr Paul Vierra, Mgr Antony Adanuty, respectivement évêques de Kandi et de Djougou au Bénin et de Kéta­Akati au Ghana, des prêtres, des religieux et d’une grande foule de fidèles laïcs au cours de la messe à la Cathédrale Notre-Dame de la Trinité d’Atakpamé.

En la circonstance nous avons eu l’occasion de tendre nos micros à Mgr Julien Mawulé Kouto pour recueillir ses sentiments et ses impressions sur la vie du diocèse d’Atakpamé.

Monseigneur, Rome vient d’accepter votre démission? Est-ce volontairement ou par contrainte que vous avez demandé à quitter Atakpamé ?
Mgr Kouto
: Je ne sais pas s’il faut parler de contrainte... Je suis un serviteur de l’Eglise, et comme tel, je me dois d’obéir à la volonté de Dieu exprimée par ceux qui, à des degrés et postes divers de service avec le Pape, ont mission de collaborer plus intimement avec Pierre, c’est-à-dire le Pape. Il m’a été demandé, je cite : « pour le bien de l’Eglise et pour mon propre bien », de démissionner de la charge pastorale du diocèse d’Atakpamé, pour aller, pour une période, me refaire les forces sur le plan physique, psychologique et spirituel. J’y ai prié et réfléchi longuement et je me suis dit que, si tel est l’objectif visé, je voudrais considérer cette décision plutôt comme salutaire, puisqu’elle reconnaît manifestement qu’il y a lieu et besoin de se refaire la santé physique, psychologique et spirituelle après douze années de rudes épreuves. Je ne pense pas me tromper en disant qu’il s’agit plus d’une marque de sollicitude et de compassion à mon endroit que de contrainte.

Mgr, ces dernières 12 années, le nombre de prêtres du diocèse, selon nos informations a plus que doublé. Les gens disent qu’une bonne partie d’entre eux se trouve à l’extérieur du diocèse. Qu’en est-il exactement?
En dehors des deux Evêques originaires du diocèse, l’Eglise d’Atakpamé a vu ordonner, depuis sa création en 1964 (il y a plus de quarante et un ans), cent (100) prêtres initialement incardinés dont un m’a demandé et obtenu, en bonne et due forme, son excardination du diocèse d’Atakpamé pour s’incardiner dans le diocèse de Metz en France, et un autre a changé de statut en optant pour la vie religieuse. Des 98 autres prêtres incardinés restants, soixante onze (71) sont actuellement sur le chantier de l’évangélisation au Togo et au Bénin : voyons un peu : (4 Professeurs au Grand Séminaire de Lomé et au Séminaire Propédeutique de Notsé, 2 Fidei donum à Kpalimé, 2 Fidei donum à Sokodé, 4 avec statut de Fidei donum à Lomé, 1 Fidei donum à Djougou au Bénin. Nous avons envoyé neuf (9) aux études, quatre (4) sont retenus en Europe pour des raisons de soins médicaux ou de santé. 11 autres ont opté plutôt pour la vie en Europe, 4 sont entrés dans la Maison du Père des cieux. En fait de mathématiques, il y a donc 11 (onze) prêtres qui seraient «canoniquement» en situation irrégulière en Europe. Et pour être plus précis, 69 prêtres sont sur le terrain diocésain.
Donc, il n’y a que onze prêtres du diocèse d’Atakpamé qui sont irrégulièrement en Europe par rapport à leur diocèse d’origine?
Oui, ils sont onze.

Pourquoi l’on parle souvent d’un chiffre pléthorique de prêtres qui ont fui le diocèse pour aller s’installer en Europe?
Il faut peut-être que vous posiez la question aux auteurs de cette assertion. Ils ont peut-être d’autres paramètres d’appréciation ou d’autres « calculatrices » personnels. Le proverbe ne dit-il pas que «qui veut tuer son chien l’accuse de rage» ? Sans un esprit vigilant et judicieux, on tombe facilement dans le piège et on se retrouve complice de ceux qui veulent faire du mal. Vraiment il est très important d’avoir un peu de jugement dans toute mission au service du peuple de Dieu.

Donc ces 69 prêtres qui sont, comme vous le dites, sur le terrain diocésain, travaillent-ils dans le diocèse?
Oh, comme dans tout service ou institution, en matière de travail, il y a des personnes qui travaillent très bien, d’autres bien, d’autres peu, d’autres encore ne travaillent pas du tout ou refusent d ‘honorer le devoir qui est le leur de par leur vocation ou mission. En somme cela dépend des humeurs des personnes respectives concernées. Et cela se gère, dans les services publics par exemple, par des mesures dilatoires appropriées qui ramènent l’employé à l’ordre. Mais, la patience étant une vertu capitale dans l’Eglise, il y en a, malheureusement, qui ne comprennent pas ou comprennent mal l’avantage de son usage à leur endroit.

On parle de division entre les prêtres de votre diocèse? Qu’est-ce qui fait l’objet de cette division? Pourquoi cette division?
Moi, je ne parlerai pas de division. Mais je parlerai plutôt de divergence de vision, de compréhension et d’acceptation des exigences liées à la vocation, à la mission et à la vie du prêtre. La différence se situe au niveau d’attitudes répréhensibles érigées en système d’une part et le refus de cautionner et d’approuver ces attitudes répréhensibles d’autre part. En ce qui concerne la vie du prêtre, il y a des exigences précises de vie où tout n’est pas permis. Suivant que les uns et les autres acceptent de vivre conformément ou non à ces exigences, on est en face d’une situation que l’on qualifie de  façon impropre de «division ».

Lors des événements troublants et scandaleux marquant la vie de ce diocèse, tout le monde a remarqué avec indignation, le silence sonore de la Conférence des Evêques du Togo. Mgr, est-ce l’expression d’une quelconque division camouflée entre les Evêques du Togo?
Ce que je viens de dire pour les prêtres vaut substantiellement, à quelque réserve près, pour les Evêques du Togo. Avoir différentes approches de propositions de solutions ne doit pas signifier nécessairement qu’il y a une division intrinsèque entre les membres de la Conférence Episcopale. La Conférence Episcopale, dans l’histoire de sa vie et de ses assises, a eu à prendre beaucoup de décisions qui expriment l’unité fondamentale et la collégialité qui existent entre tous ses membres. Je n’en veux, pour exemple, que les lettres pastorales, divers actes posés de façon collégiale, diverses célébrations etc... Il n’est donc pas tout à fait juste de penser et de dire que la Conférence des Evêques du Togo est divisée. Si, dans le cas précis d’Atakpamé, les approches de solutions sont différentes, cela n’entache en rien encore l’unité foncière et l’expression collégiale basée sur une communion remarquable de la Conférence. Penser autrement que l’autre n’est pas une faute, encore moins un délit. Mais l’essentiel, c’est de réussir à vivre la communion des différences dans la recherche du seul bien fondamental, le Christ et son Eglise.

Semble-t-il, on le dit, que certains de vos confrères Evêques, les plus indiqués pour vous aider à résoudre la crise, ont plutôt appuyé dans l’ombre, vos détracteurs prêtres jusqu’à ce jour. En savez-vous quelque chose Monseigneur?
On dit, le «On» est un pronom personnel neutre SDF, c’est-à-dire Sans Domicile Fixe. Il est donc difficile de le rencontrer à demeure. Or, moi j’aime et j’ai l’habitude de travailler avec des personnes à adresses sûres et stables. Quand je serai en possession des renseignements précis que vous voudriez bien me donner, je vous répondrai sûrement.

Dans les journaux, par les tracts et sur Internet, on avait lu à votre propos assez d’articles et d’écrits diffamatoires et des choses rocambolesques, inimaginables et insoutenables comme par exemple lorsqu’on dit que, tout seul la nuit, vous avez enterré dans la cour de l’Evêché un bœuf noir ou que, tout seul la nuit encore, vous avez transporté à bras le corps une statue de la Vierge Marie d’environ une tonne au Sanctuaire Marial d’Ayomé, ou encore que vous avez mis du gris-gris, des objets fétiches dans la statue de la Vierge Marie que certains de vos prêtres ont cassée à Ayomé etc.. Qu’en dites-vous?
Je ne sais pas que mes amis détracteurs me surestiment à ce point. Si c’est un genre littéraire pour signifier une quelconque force en ma possession, je  les remercie de me hisser, quand bien même par erreur, à un si haut degré qui frise la science fiction, le domaine de l’extra-terrestre, un véritable conte de fée où les absurdités abrutissantes de gens qui n’ont pas encore eu la chance d’expérimenter que le pouvoir du Dieu de Jésus-Christ écrase et écrasera à jamais celui de l’Esprit Mauvais. Ils vont jusqu’à avancer, qu’ils ont trouvé des objets fétiches à l’intérieur de la statue avant de la casser. Et pour cela, ils ont procédé à sa cassure pour les y découvrir. Il doit s’agir de gens très versés, aisés et très habitués à ce genre de pratique: pouvoir détecter un objet fétiche et des gris-gris à l’intérieur d’une statue non cassée. Le plus ridicule, c’est que, lorsqu’il leur est demandé de produire pour preuve ces soi-disant objets fétiches ou gris-gris qu’ils auraient découverts, ils disent, dans les tracts qu’à l’arrivée sur la place de Mgr Kouto, (accompagné à l’occasion de Mgr le Nonce Apostolique d’alors, de Mgr Dossavi, de prêtres, religieuses et fidèles laïcs, pour constater le fait de la cassure de l’immense statue), ces objets se seraient volatilisés dans la nature. Il faut en rire puisqu’il s’agit de tracts et les tracts sont le mode d’expression de ceux qui n’ont pas le courage de leurs idées et qui ne paraissent pas au grand jour, c’est-à-dire les enfants du Mensonge et des Ténèbres. Tous les tracts que j’ai reçus de tous les genres de contenu, j’en ai baptisé les auteurs avec le pronom «On», c’est-à-dire, SDF comme je le disais tout à l’heure.

Bien sûr, je sens et je sais qu’il y a une force redoutable en moi qui ne cède pas aux chantages du Malin. Mais cette force a pour nom, la Force de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint que m’obtient toujours fidèlement, à ma prière, l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, la Vierge Puissante, la «Virgo Potens»... Oui, c’est de leur propre rang, qu’il m’est parvenu que le mobile qui les a poussés à casser la statue, était de briser, pensent-ils, l’image de la Vierge Marie, la Virgo Potens, origine d’une éventuelle irréductibilité de ma « force» qui les a tenus en échec dans leurs diverses malveillantes initiatives. Il faut être vraiment assez naïf pour ne pas prendre toutes ces aberrations et grossièretés avec la dose d’humour qu’il leur faut.

L’affaire du Curé de Tomégbé a été l’un des éléments qui a alimenté la crise de votre diocèse. Certains se demandaient s’il était opportun de faire recours au Chef de l’Etat, feu Monsieur Gnassingbé Eyadéma pour la résolution d’un problème religieux et pour déloger avec des chars un prêtre désobéissant?
Oui, je sais qu’à ce sujet, les gens ont raconté et racontent n’importe quoi. De mon propre chef, je n’ai pas fait recours au Chef de l’Etat. Voici les faits : devant transmettre au Curé de Tomégbé d’alors une lettre importante contenant les directives du Saint-Siège pour résoudre le problème qui s’y vivait, eu égard à un passé récent qui a connu une séquestration violente au presbytère où vivait l’intéressé, j’ai dû demander en ce temps là au Préfet de Wawa de nous faciliter le chemin pour remettre de façon non violente - les archives en sont témoin - la dite correspondance au Curé en question. Monsieur le Préfet, à ses propres dires, comme me l’ont rapporté mes émissaires, a voulu en parler au préalable à ses supérieurs hiérarchiques. C’est alors que j’ai été interpellé par Monsieur le Ministre de l’Intérieur qui me disait que le Chef de l’Etat voudrait savoir, du responsable religieux catholique que j’étais dans la Région, l’explication des désordres de notoriété publique qui se vivaient et se racontaient à propos de mon prêtre. Autorisé moi aussi par mes supérieurs hiérarchiques de Rome informés, je me suis rendu chez le Chef de l’Etat qui à ma surprise, a pris, sur lui l’initiative d’honorer de sa façon le service sus-mentionné que nous avions demandé à Monsieur le Préfet. Ce Curé, selon une des directives à lui adressées, devait quitter, la paroisse qu’il a pratiquement pris en otage pour se rendre à Dapaong auprès de Mgr Anyilumda le même jour. On parle de chars qui l’auraient transporté. Posez la question aux forces armées togolaises ou à d’autres forces armées d’intervention de la sous-région si j’avais demandé leur aide en ce sens. Et puis, comment le pourrais-je ? A-t-on vraiment besoin de chars pour assurer le déplacement du prêtre en question à son lieu de destination ?

C’est ridicule. Ecoutez bien, c’est dans mon propre véhicule qu’il a été conduit chez moi à l’Evêché par mes émissaires et ensuite accompagné de deux de mes prêtres, ses confrères, à Dapaong chez Mgr Anyilunda. Ceux qui ont pu le vérifier, par la suite sur les bandes magnétiques se sont vu libérés de ces allégations infondées purement diffamatoires.

Nous avons aussi lu sur les médias qu’après avoir délogé le prêtre de Tomégbé, vous l’avez envoyé à Mandouri. Est-ce vrai, pourquoi?
Que ceux qui le peuvent, vérifient ou fassent vérifier si le Prêtre en question était attendu par quelqu’un, quelque part à Mandouri. Vraiment, le ridicule tue!!!

Mgr, toujours dans les tracts, les journaux et sur Internet, nous avons lu que vous n’entretenez pas vos prêtres alors qu’ils versent toutes les quêtes et autres cotisations des fidèles à l’Evêché. Est-ce une réforme économique en faveur du diocèse ou une éducation à l’austérité?
En dehors des quêtes impérées qui sont versées directement à Rome par l’intermédiaire du Directeur National des OPM, aucune participation des fidèles en quêtes, en deniers du culte, en intentions de messe, en casuels ou en quelques autres cotisations, rien, rien ne vient à l’Evêché. Au contraire, surtout au temps des vaches grasses, les prêtres percevaient des honoraires de messe et le viaticum (argent de poche) auprès de l’Evêché.

Rome, contrairement à ce que l’on pense, n’envoie rien pour l’entretien des prêtres. Il revient à l’Evêque, de se « débrouiller », de s’organiser, fort surtout du N°222 du Code de Droit canonique, pour subvenir, dans ce sens, aux besoins des prêtres du diocèse. Pour en savoir plus dans notre cas, vous pouvez vous référez au Conseil Diocésain pour les Affaires Economiques.

Pouvez-vous nous dire, à nous  simples citoyens ce que dit ce numéro de droit canon de l’Eglise?
Ce canon stipule que les fidèles chrétiens sont tenus de subvenir aux besoins de l’Eglise, surtout en ce qui concerne le culte divin, les œuvres d’apostolat, l’entretien et la subsistance des prêtres et des diacres, etc.

Au dire de certains fidèles et proches collaborateurs, vous avez été l’objet d’un attentat orchestré et dirigé par certains de vos prêtres avec certains laïcs le 30 décembre 2001 à la Cathédrale Notre-Dame de la trinité lors d’une messe d’ordination de prêtre. Est-ce vrai?
Posez la question plutôt aux chrétiens d’Atakpamé qui étaient témoin de cette chose inédite. Mais, si le Seigneur est pour nous, qui peut être contre nous?

Semble-t-il que vous n’aimez pas les Akposso. C’est pourquoi vous avez traité ainsi le prêtre désobéissant de Tomégbé.
Mon premier vicaire général est un Akposso. Mon actuel secrétaire particulier et chancelier est un Akposso, la sœur qui me prépare à manger à l’Evêché aussi est une Akposso, je dis bien celle qui me prépare à manger vient du milieu akposso ! Jugez-­en vous-même! Des Akpossos sont Curés de paroisses et ont eu et occupent des postes de responsabilités dans ce diocèse. Alors, qu’est-ce qu’on veut dire?

Certains de vos proches collaborateurs nous ont dit que le Pape Jean­ Paul II, voulant résoudre le problème d’Atakpamé a organisé à Alédjo, une retraite à l’intention de tous les prêtres du diocèse sous la présidence de Mgr Cardinal Bernardin GANTIN. Malheureusement, les prêtres désobéissants ont ridiculisé Rome et le Cardinal en boycottant cette rencontre. L’acceptation de votre démission par Rome n’est-elle pas une façon d’encourager ces prêtres désobéissants et de leur donner raison?
Dans le communiqué que vous venez d’entendre de Monseigneur le Nonce Apostolique, il n’a pas été dit qu’on donne raison à quelqu’un. Chaque chose a son temps et chaque chose en son temps. L’homme peut se tromper, mais Dieu, lui, ne se trompe jamais. N’est-ce pas lui qui a toujours le dernier mot? Encore faut-il savoir exactement quand il est entrain de le dire et quand il le dit. Cela est laissé à sa seule et souveraine discrétion.

A voir l’histoire du diocèse d’Atakpamé, on dirait que c’est un diocèse étrange, hors du commun, avec des prêtres toujours tristement célèbres qui ont donné au cours des années, du fil à retordre aux évêques et aux diocésains? Etes-vous d’avis?
C’est vous qui le dites. Le diocèse d’Atakpamé a pourtant beaucoup de belles fleurs aux beaux parfums que l’odeur désagréable du fumier peut étouffer.

L’histoire de ce diocèse par rapport à ses pasteurs semble être la même: toujours bras de fer entre l’Evêque et une portion de prêtres et leurs amis chrétiens quasiment constitués en fauteurs de trouble. Est-ce une ironie du sort ou une fatalité ?
Je ne le sais pas. Seul Dieu le sait.

Quels sont désormais vos sentiments vis-à-vis de ce diocèse et de vos supérieurs hiérarchiques de Rome qui ont accepté votre démission?
Comme le dit Saint Paul au chapitre 8 de l’épître aux romains: «Pour ceux qui l’aiment, Dieu concourt en tout pour leur bien». Donc, que soit faite la volonté de Dieu pour sa gloire et le salut de l’humanité. Peu importe le chemin qu’il prend pour y arriver.

Par mon ordination épiscopale, et ma nomination comme Evêque d’Atakpamé, j’étais constitué comme époux de ce diocèse que je dois aimer dans le bonheur comme dans le malheur comme un époux aime son épouse. C’est ce que signifie l’anneau que je porte au doigt. J’entends être fidèle dans l’amour à la Parole reçue et donnée, quoi qu’il en soit, quoi qu’il  arrive, où que je sois.

Par rapport au Pape, rien ne peut altérer ma volonté et ma conviction de demeurer en communion avec lui. Ce que j’ai enduré, je veux le comprendre comme une croix inhérente à ma vocation et à ma mission dans la grande confiance qu’un jour dans la vérité nous trouverons la paix comme le Pape lui-même l’a souhaité au début de cette année au monde entier.

Aujourd’hui, par la présence de vos confrères Evêques du Bénin et du Ghana, des autorités administratives et politiques, des chrétiens, il est sans ambiguïté que vous avez la sympathie et l’estime de beaucoup de chrétiens, de prêtres, d’évêques et des hommes et femmes de tout bord et de tout genre. Le constat est net, vous n’êtes pas rejeté par tout le monde. Que vous dit leur présence?
Ainsi parle le Seigneur Dieu, dit la Bible: «Même lorsque ta mère t’abandonnera, moi, je ne t’abandonnerai pas.» Je les remercie pour le courage qu’ils ont eu de venir comme Jean, l’ami de Jésus, me soutenir, sous ma croix dressée, de leur confiance, de leur fidélité dans l’amitié. Avec beaucoup d’émotion, j’accueille leur présence comme une véritable grâce, un clin d’œil bienveillant de Dieu venant à mon secours en cette heure délicate de ma vie d’évêque et dans ce diocèse.

Et maintenant, Mgr où est-ce que vous irez et qu’allez vous faire ?
J’irai prier et me présenter chaque jour devant le Seigneur pour écouter sa voix parler à mon cœur de serviteur et de fils de Dieu.

Vos détracteurs chantent victoire?
Qu’ils chantent à pleine gorge et plus fort. C’est un droit absolu et inaliénable qu’on ne peut leur refuser. Mais ... sommes-nous déjà à la fin du monde?

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