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Pour
un article du journal « Le Monde » du 10
février dernier, au sujet « des dirigeants de Bolloré
retenus au Togo », et repris par « Forum de
la Semaine » dans les colonnes de son 130e
édition, une certaine presse piquée au vif tente avec
acharnement, d’établir son plaidoyer en faveur d’un des
« fils de la Nation », Kpatcha Gnassingbé. Dans
la parution en question, « Le Monde »,
écrivait à propos de Dupuydauby, PDG de Progosa qu’
« il est proche du frère du président, Kpatcha qui
contrôle le port de Lomé et est aujourd’hui
considéré comme l’homme fort du Togo… ». De tels
propos avaient suffit à susciter bien de remous. Au
passage, « Forum de la Semaine » essuya
l’accusation et non des moindres, de s’attaquer aux fils
du père de la Nation, occasion de rappeler en substance
que « Togolais, ils ont droit à la vie comme tout le
monde ». A l’aune de l’accession sanglante de Faure
Gnassingbé au pouvoir, le droit à la vie au Togo
semblait exclusivement l’apanage de quelques
privilégiés et non un avantage dont pouvait jouir
mesdames et messieurs « tout le monde ». Et puis
question à deux sous : Depuis quand un article prend-il
des allures de tentative d’homicide ? Passons !
A coup de questions – arguments sans consistance, les
dévolus à la « juste cause » démontre à décharge
que « le ministre Kpatcha n’est en rien concerné par
la guerre implacable que se livrent deux groupes
d’intérêts français ». C’est ce que voudraient bien
croire et « Forum de la Semaine » et tout
Togolais hautement intrigués par cet imbroglio aux
senteurs de clair –obscur. Selon toute logique
bivalente, il s’impose nettement que M. Le ministre de
la défense n’est ni le directeur officiel du Port de
Lomé, ni le responsable de Bolloré ou de SE2M. Et
pourtant…
Il se pose l’énigme d’une hégémonie, une question de
mainmise pour beaucoup, une question de « contrôle »
pour « Le Monde ». Tant il est vrai que
l’article incriminé ne constitue en aucune manière ce
que l’on serait tenté de qualifier de brûlot, qu’il
reste tout aussi vrai que, l’ombre de Kpatcha Gnassingbé
planant sur le Port de Lomé, l’un des poumons
économiques du pays ne constitue en rien une première,
ni une nouveauté en soi. C’est ici qu’il devient
nécessaire de trouver la bonne distance pour ne pas
verser dans le sensationnalisme. Il avait été reproché à
« Forum de la Semaine » de n’avoir procédé
à aucun recoupement, à aucune investigation avant de
relayer l’analyse dévoilée par « Le Monde »
à propos d’une affaire aux contours brodés d’une
certaine pesanteur. Pour la parenthèse nécessaire, « Forum
de la Semaine » est loin d’être un pitbull
aveugle qui s’emballe au moindre écho.
En février 2005, peu après le décès du Gal Eyadema,
paraissait en librairie « Le Togo de l’Esclavage, au
libéralisme mafieux », du journaliste
d’investigation, le suisse Gilles Labarthe. Des dossiers
noirs sortis du placard : le Togo était et est sous la
coupe d’une maffia parrainée par le clan au pouvoir. De
pauvres Togolais le savaient déjà, mais ont été assommés
de détails croustillants. Le recoupement qu’il fut
reproché à « Forum de la Semaine » de
n’avoir pas fait, c’est ce même Gilles Labarthe,
spécialiste du « cas togolais » qui vint le
réaliser le 20 février dernier soit 10 jours après que
« Le Monde » ait publié l’article
qui dérange.
Dans ses récentes révélations, Labarthe confie que,
Jacques Dupuydauby, PDG de Progosa, qui est à Lomé
depuis quelques années, avait arrangé le contrat de
maintenance des activités de manutention sur le Port de
Lomé, avec le défunt Gal Eyadema lui-même. Affaire de
gros sous ? De plus, dans le conseil d’administration de
la société Progosa, siègent aussi bien des responsables
de services français que des hommes politiques togolais
proches du clan Gnassingbé. Des intérêts aux abois suite
à l’épisode judiciaire en faveur de Bolloré ? On se le
demande. Surtout qu’à une question concernant
l’importance de plus en plus accrue du Port de Lomé,
objet du litige, Gilles Labarthe répond mots pour mots :
« c’est un point de passage de plus en plus obligé pour
les marchandises, qui génère à peu près 36% de recettes
du gouvernement togolais. Vraiment un poste clé qu’il
faut à tout prix contrôler et qui est
strictement contrôlé par le clan Gnassingbé,
puisque le frère aîné de Faure Gnassingbé, Kpatcha
Gnassingbé est toujours le Directeur à distance à la
fois de la Zone Franche et du port ». Parole de
Gilles Labarthe, érudit de certaines pages noires de la
politique togolaise.
Voilà qui pourrait éclairer la lanterne de ceux que la
bonne foi semble avoir fui à tire d’ailes. En
« Libéralisme mafieux », les choses ne sont pas
toujours et forcément ce qu’elles paraissent. Bien
malheureusement. Dans ce monde là, l’on arrive très bien
à se tapir dans l’ombre, tout en exerçant un
« contrôle » implacable et en tirant les ficelles.
Ahoefa A |