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14 fevrier 2006

[No 130: 13 fev. 2006]
Armée togolaise : Le pouvoir recrute au mépris d’une exigence de réforme

L’armée togolaise, il n’est un secret pour personne, constitue un boulet qui entrave à longueur de lutte, le légitime entêtement du peuple à se défaire d’un régime qui transpire la rétrograde. L’immixtion intempestive d’une armée à caractère tribal et politique dans la gestion de l’Etat, n’a cessé d’être au centre des débats, depuis du vivant de son « gourou », le Gal Eyadema. La polémique s’étant exacerbée avec le rôle inhumain que fut celui de l’armée dans le génocide post fraude électorale du 24 avril 2005, la question s’était transportée dans les négociations de Sant’Egidio à Rome entre le pouvoir illégitime et l’UFC. Au final, il s’avéra que la question de la Réforme de l’armée  avait braqué les intransigeants du régime. L’on pouvait donc identifier assez aisément ce qui représente la pierre angulaire, le poumon, le cœur même du régime répressif togolais. L’armée togolaise est le sang qui irrigue donc les veines de ce pouvoir dictatorial de tous les excès.

D’autant que, lors du Rapport Général Annuel des FAT, le 26 décembre dernier au palais des Congrès de Kara, Faure Gnassingbé avait sans ciller égorgé le cheval de bataille que fut la question relative à la Réforme de l’Armée, promesse phare de sa campagne électorale mensongère à tout point de vue. La déclaration publique de Faure Gnassingbé de différer la Réforme de l’Armée, en attendant selon lui que les effectifs diminuent, annonçait déjà selon certaines analyses une couleur aux teintes assombries. Ainsi, relève-t-on, comment les effectifs allaient diminuer, il en avait fait mystère. Jusqu’au mercredi 8 février dernier.

Le blocage en cette matinée du tronçon de route bitumée qui jouxtait le camp du régiment d’Adidogomé et la longue file d’attente indifférente au soleil de plomb, avaient éveillé bien de curiosité. A la question de savoir ce qu’était cet attroupement, la réponse avait ahuri et laissé plus d’un sans voix : l’armée recrutait de nouveaux adhérents. Le clan renforcerait-il ses acquis militaires pour s’assurer une pérennité dans une République déjà militarisée à outrance ?

La chose s’est perçue et continue à être considérée comme un coup de poignard dans le dos, aussi bien de la réconciliation nationale, que du prochain dialogue intertogolais, augurant par ailleurs de la détermination du pouvoir à ne point réduire ses équations. Qu’avait-on besoin de renforcer les effectifs déjà pléthores d’une armée aux ordres, principal vecteur d’un échec de démocratisation ? Tout simplement le clan a peur de payer la dette de ses crimes à un changement de système ; alors Faure Gnassingbé usurpa le pouvoir pour y perdurer et l’armée constitue leur armure.

Vu ainsi, la paix reste en équilibre précaire sur la Terre de nos Aïeux. Et ce constat procède également du témoignage sous couvert d’anonymat d’un jeune officier qui avait estimé au lendemain du Rapport Général Annuel des FAT que « doter l’armée de nouveaux statuts, permettrait par la même occasion de réduire les effectifs. Si le président Faure refuse de faire des réformes au sein des FAT aujourd’hui, c’est tout juste parce que des gens veulent continuer à se servir des hommes de troupes comme d’une machine de guerre du RPT. ». La vérité était lâchée. Elle aurait même des contours qui frisent le complot organisé.

Car, selon des avis recueillis, l’ombre des milices du RPT qui s’étaient barbarement illustrées par leur fidélité et engagement aveugles à la cause du clan, planerait sur ce récent enrôlement au sein des FAT. Plusieurs récits avaient rapporté en leur temps, qu’au moment du recrutement de ces tueurs à gages, promesses leur avaient été faites de les intégrer à l’armée. Sorte de récompense pour loyauté et service rendus au clan contre le peuple. Des indiscrétions ont par ailleurs mis à jour une discrimination sélective lors de ces récents engagements. Affabulation ou réalité ? Pour beaucoup, la balance pencherait sans coup férir pour la seconde hypothèse, au vu de la nature tribale et du rôle atypique qu’est celui de l’armée togolaise en pleine déliquescence. A priori, que symboliserait une table ronde entre acteurs politiques, si la question cruciale de l’armée reste inexplorée ? Même avec de solides accords de principes conclus sur les autres points contenus dans la plate-forme des discussions, la question de l’armée restera un blocus de taille. Point de refonte de l’Armée, point de bonne foi du pouvoir, le clan ayant bu jusqu’à la lie la coupe de la duplicité.

Ce point des discussions, la société civile togolaise par ses voix les plus marquantes, y a toujours fait référence. On ne cessera jamais de dire que le Togo est gouverné par l’armée et sa branche politique, le RPT, de sorte qu’aujourd’hui, la réalité des faits met en exergue une armée, entité qui prend le dessus sur le pouvoir politique. Lors de son rapport relatif aux violences liées au scrutin d’avril 2005, l’ONU avait retenu comme recommandation, le principe de la réforme en profondeur de l’Armée ; une réforme sous supervision des Nations Unies. De sorte que, cette question de remodelage de l’Armée devenait plus qu’une exigence, l’élément central des négociations politiques. Or, le RPT avait vite fait de tirer un trait rouge sur cet aspect des pourparlers. A Sant’Egidio, il n’y avait même pas eu d’accord de principe sur les discussions abordant le sort qui devrait être celui de la machine de guerre RPT.

Au regard du dialogue togolais qui semble imminent, l’on en vient à se demander de quelles garanties seront crédités les consensus qui porteront la coalition à sceller une entente pour une transition démocratique, dans la perspective d’élections à venir. Avec une Armée rendue intouchable et installée en chien de garde du pouvoir, les risques ne sont pas exclus que tout élan de main tendue du régime puisse receler en profondeur, un assemblage d’arnaques minutieusement conçues. Quoi qu’il en soit l’armée togolaise en son état actuel a choisi avec solennité l’infidélité aux dogmes du métier des armes, et l’on parie par suspicion qu’elle ne ratera probablement pas une possible occasion d’imprimer un scénario déjà vu du temps de la transition de Joseph Kokou Koffigoh. Histoire de garantir le trône aux « fils de la Nation ».

Ahoefa A.

 

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