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L’armée
togolaise, il n’est un secret pour personne,
constitue un boulet qui entrave à longueur de lutte,
le légitime entêtement du peuple à se défaire d’un
régime qui transpire la rétrograde. L’immixtion
intempestive d’une armée à caractère tribal et
politique dans la gestion de l’Etat, n’a cessé d’être
au centre des débats, depuis du vivant de son
« gourou », le Gal Eyadema. La polémique s’étant
exacerbée avec le rôle inhumain que fut celui de
l’armée dans le génocide post fraude électorale du 24
avril 2005, la question s’était transportée dans les
négociations de Sant’Egidio à Rome entre le pouvoir
illégitime et l’UFC. Au final, il s’avéra que la
question de la Réforme de l’armée avait braqué les
intransigeants du régime. L’on pouvait donc
identifier assez aisément ce qui représente la pierre
angulaire, le poumon, le cœur même du régime
répressif togolais. L’armée togolaise est le sang qui
irrigue donc les veines de ce pouvoir dictatorial de
tous les excès.
D’autant que, lors du Rapport Général Annuel des FAT,
le 26 décembre dernier au palais des Congrès de Kara,
Faure Gnassingbé avait sans ciller égorgé le cheval
de bataille que fut la question relative à la Réforme
de l’Armée, promesse phare de sa campagne électorale
mensongère à tout point de vue. La déclaration
publique de Faure Gnassingbé de différer la Réforme
de l’Armée, en attendant selon lui que les effectifs
diminuent, annonçait déjà selon certaines analyses
une couleur aux teintes assombries. Ainsi,
relève-t-on, comment les effectifs allaient diminuer,
il en avait fait mystère. Jusqu’au mercredi 8 février
dernier.
Le
blocage en cette matinée du tronçon de route bitumée
qui jouxtait le camp du régiment d’Adidogomé et la
longue file d’attente indifférente au soleil de
plomb, avaient éveillé bien de curiosité. A la
question de savoir ce qu’était cet attroupement, la
réponse avait ahuri et laissé plus d’un sans voix :
l’armée recrutait de nouveaux adhérents. Le clan
renforcerait-il ses acquis militaires pour s’assurer
une pérennité dans une République déjà militarisée à
outrance ?
La
chose s’est perçue et continue à être considérée
comme un coup de poignard dans le dos, aussi bien de
la réconciliation nationale, que du prochain dialogue
intertogolais, augurant par ailleurs de la
détermination du pouvoir à ne point réduire ses
équations. Qu’avait-on besoin de renforcer les
effectifs déjà pléthores d’une armée aux ordres,
principal vecteur d’un échec de démocratisation ?
Tout simplement le clan a peur de payer la dette de
ses crimes à un changement de système ; alors Faure
Gnassingbé usurpa le pouvoir pour y perdurer et
l’armée constitue leur armure.
Vu
ainsi, la paix reste en équilibre précaire sur la
Terre de nos Aïeux. Et ce constat procède également
du témoignage sous couvert d’anonymat d’un jeune
officier qui avait estimé au lendemain du Rapport
Général Annuel des FAT que « doter l’armée de
nouveaux statuts, permettrait par la même occasion de
réduire les effectifs. Si le président Faure refuse
de faire des réformes au sein des FAT aujourd’hui,
c’est tout juste parce que des gens veulent continuer
à se servir des hommes de troupes comme d’une machine
de guerre du RPT. ». La vérité était lâchée. Elle
aurait même des contours qui frisent le complot
organisé.
Car, selon des avis recueillis, l’ombre des milices
du RPT qui s’étaient barbarement illustrées par leur
fidélité et engagement aveugles à la cause du clan,
planerait sur ce récent enrôlement au sein des FAT.
Plusieurs récits avaient rapporté en leur temps,
qu’au moment du recrutement de ces tueurs à gages,
promesses leur avaient été faites de les intégrer à
l’armée. Sorte de récompense pour loyauté et service
rendus au clan contre le peuple. Des indiscrétions
ont par ailleurs mis à jour une discrimination
sélective lors de ces récents engagements.
Affabulation ou réalité ? Pour beaucoup, la balance
pencherait sans coup férir pour la seconde hypothèse,
au vu de la nature tribale et du rôle atypique qu’est
celui de l’armée togolaise en pleine déliquescence. A
priori, que symboliserait une table ronde entre
acteurs politiques, si la question cruciale de
l’armée reste inexplorée ? Même avec de solides
accords de principes conclus sur les autres points
contenus dans la plate-forme des discussions, la
question de l’armée restera un blocus de taille.
Point de refonte de l’Armée, point de bonne foi du
pouvoir, le clan ayant bu jusqu’à la lie la coupe de
la duplicité.
Ce
point des discussions, la société civile togolaise
par ses voix les plus marquantes, y a toujours fait
référence. On ne cessera jamais de dire que le Togo
est gouverné par l’armée et sa branche politique, le
RPT, de sorte qu’aujourd’hui, la réalité des faits
met en exergue une armée, entité qui prend le dessus
sur le pouvoir politique. Lors de son rapport relatif
aux violences liées au scrutin d’avril 2005, l’ONU
avait retenu comme recommandation, le principe de la
réforme en profondeur de l’Armée ; une réforme sous
supervision des Nations Unies. De sorte que, cette
question de remodelage de l’Armée devenait plus
qu’une exigence, l’élément central des négociations
politiques. Or, le RPT avait vite fait de tirer un
trait rouge sur cet aspect des pourparlers. A
Sant’Egidio, il n’y avait même pas eu d’accord de
principe sur les discussions abordant le sort qui
devrait être celui de la machine de guerre RPT.
Au
regard du dialogue togolais qui semble imminent, l’on
en vient à se demander de quelles garanties seront
crédités les consensus qui porteront la coalition à
sceller une entente pour une transition démocratique,
dans la perspective d’élections à venir. Avec une
Armée rendue intouchable et installée en chien de
garde du pouvoir, les risques ne sont pas exclus que
tout élan de main tendue du régime puisse receler en
profondeur, un assemblage d’arnaques minutieusement
conçues. Quoi qu’il en soit l’armée togolaise en son
état actuel a choisi avec solennité l’infidélité aux
dogmes du métier des armes, et l’on parie par
suspicion qu’elle ne ratera probablement pas une
possible occasion d’imprimer un scénario déjà vu du
temps de la transition de Joseph Kokou Koffigoh.
Histoire de garantir le trône aux « fils de la
Nation ».
Ahoefa A. |