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CAN

2006

 

1er fevrier 2006

[ No 126: 31-01-06]
Humeur : Eperviers échec, Gnassingbé mat !

 

Joie partagée, cœur fleuri ! Cœur brisé, comble de tristesse et du déshonneur ! Tel semble être le chemin des Eperviers sur la palpitante route du rêve d’excellence du football togolais. Espoir déçu de tout un peuple qui jusqu’à la dernière minute refusait de croire à la fatalité. Comment en est on arrivé là alors que les prouesses africaines de nos Eperviers indiquaient que le football togolais est arrivé à maturité ? Et ce n’est point par hasard que le leadership des Nations qualifiées est revenu. Pourtant, la fuite de responsabilité, l’« apeuprèrisme », l’improvisation, le manque de vision, la concentration du pouvoir aux mains d’un seul ou d’un groupuscule de profiteurs, le bricolage, l’absence de structures adéquates, la gestion catastrophique des ressources humaines et financières et le manque de volonté politique sont le partage quotidien du football togolais.  Lamentablement, le Togo, contre toute attente, a été laminé, ridiculisé, réduit à son fantôme érigé en rang d’icône nationale à qui les Eperviers avaient dédié, malgré eux, leur qualification pour ce grand rendez-vous du football africain et mondial.

Réduire cette débâcle au seul choix mal fait de l’entraîneur pour charger de tous ces maux qui rongent le Sport-roi de notre pays pour, tel un Azazel (bouc émissaire), le chasser au désert pour l’expiation du peuple, pardon des responsables de cette déconvenue nationale, pour le remplacer par nos adversaires en Allemagne, ne serait que la énième bêtise (appelons les choses par leurs noms) d’un malade qui veut curer les symptômes en négligeant les racines du mal en soi ! A-t-on essayé  un seul instant de respecter le programme  des préparatifs qu’il a préalablement établi ? S’est-on soucié à temps des doléances laissées au moins un mois d’avance par les joueurs ? Non ! On s’est contenté d’agir comme un paysan, allant au champ  et surpris par  un orage auquel il ne s’attendait pas !

Loin de Dieu, point de victoire ! Pour preuve la déroute est répétitive depuis cette dédicace à l’allure d’un culte au mort depuis la France  en passant par l’Iran  jusqu’aux pieds des Pyramides. Le Togo, hélas est éliminé, et s’offre un rang indigne d’un porte-flambeau continental au grand challenge mondial sur la terre germanique. Rien n’y fit ! Même la présumée  star nationale aux antipodes de l’humilité, qui s’est pourtant donné, à l’instar de ses coéquipiers pour sauver de l’effondrement l’honneur de toute une Nation, rassemblée pour l’occasion par l’alchimie du football.

L’indicible  déchirure  du cœur de tout un peuple et le pesant silence qui s’est abattu sur Lomé et l’ensemble du pays aussi bien le samedi 21 que le mercredi 25 janvier, témoigne du défi majeur de responsabilité qui est l’apanage des tenants du pouvoir. La charge émotionnelle de ce silence strident mêlée d’une révolte contenue, surclasse tous les événements douloureux qui ont marqué notre vie collective ces derniers temps.

Comment expliquer le déterminisme d’une telle tragédie nationale ? Ne cessera-t-on pas de se poser comme question. Querelles entre les  joueurs et les dirigeants pour les questions d’intendances, restriction budgétaire entravant le programme de préparation des joueurs, chamailleries sur le montant des primes aux joueurs,  exaltation du moi, arrogance de ceux qui se croient incontournables, culte de la personnalité…voilà quelques bribes des facteurs qui ont plongé l’ambition légitime de tout un peuple portée par ses ambassadeurs, dans les profondeurs abyssales du Nil !

A écouter les confrères commentateurs des matches sur les chaînes internationales et les techniciens de la CAF  ainsi que les observateurs avisés du football togolais, point de doute que l’impréparation et l’irresponsabilité des dirigeants sont en cause. Comment s’engager dans une telle compétition avec tant d’amateurisme et de désinvolture malgré la détermination des joueurs et l’immense capital affectif de tout le peuple togolais ? Comment comprendre que les priorités budgétaires méprisent le souci d’entourer les Eperviers de toutes attentions matérielles et financières, gage de leur succès ?

Au lieu de cela, on s’époumone, hélas, avec les deniers publics à la momification d’un régime défunt, dans la défiance totale du bon sens élémentaire et de Dieu. Il est objectif et juste de célébrer avec faste des événements déchirants de l’Histoire de notre pays à l’instar du 23 Septembre, des 13 et 24 janvier et la liste n’est pas exhaustive. Cependant, couvrir les besoins primaires ou offrir des occasions de joie aux Togolais ne mérite pas de retenir l’attention des décideurs de notre pays. Ainsi, s’est tissée la toile de fonds du jeu d’échec des Eperviers à la CAN 2006.

Si « vaincre ou mourir » gravé en lettre d’or sur des enseignes lumineuses du grand carrefour de Lomé, semble être le slogan du grand Régent du football togolais au mépris de tout esprit de fair-play, la conclusion va de soi à cette déchirante heure de vérité à laquelle douloureusement, nous sommes parvenus : La mort, que le peuple ! Eperviers échec, Gnassingbé mat !

Dimas DZIKODO

 
 

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