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23 janvier 2006

[ No 124: 23-01-06]
Togo – Congo 0-2:  La faute de Stephen Keshi
 

Il est un peu près de minuit. Tout le Togo s’éveille… Et beaucoup, vieux, vieilles, adultes, jeunes, enfants n’ont pas sommeil. Il est un peu près de minuit, samedi 21 janvier et les yeux des Togolais piquent, rougis par les démons de la nuit. Les démons du football et de ses caprices. Dans un coin du Bar « Oh yêyê » à Fréau jardin, un homme d’une quarantaine d’années environ, est assis. Seul face à une demi douzaine de grandes bouteilles de Guinness vides. Autour de la table deux autres chaises sans occupants, et sur celles-ci, une autre bouteille de Guinness, à peine entamée. Le regard continuellement fixé vers le ciel, il donne l’image d’un adepte qui, dépité d’avoir imploré en vain son dieu, décide de se verser dans  tous les vices. L’homme les yeux livides ne semble pas s’apercevoir qu’il est le seul et dernier client d’un bar qui quelques heures plus tôt, était débordant de monde. Comme tous les autres, déjà partis se fondre dans la nuit silencieuse de Lomé, il avait suivi sur les écrans placés par le propriétaire du bar, M. Adébayor, la rencontre Togo- RDC de la première journée de la phase finale de la  Coupe d’Afrique des Nations qui se dispute actuellement en Egypte. L’homme est inconsolable. Pire, il n’y a personne pour tenter de le consoler car tout comme lui, tous les autres souffrent. Au même moment, et pour la même cause. Par la même faute. Celle de l’entraîneur Stephen Keshi qui a « osé » laisser sur le banc le meilleur buteur des éliminatoires combinées CAN/Mondial 2006.

Mais, où était Shéyi Adébayor au début de la rencontre ?

Cette question, est la seule chose que le dernier client du Bar « Oh yêyê », arrive à murmurer, dans son état de saoul et d’ébriété avancé.

Au début de la rencontre, et alors qu’il était à sa première bouteille de Guinness, il avait également lâché ces mots : « Mais, pourquoi Keshi n’a pas aligné d’entrée Shéyi ? » Près de six heures sont passées depuis, mais il continue de s’interroger et d’interroger le silence qui l’entoure sur l’absence du nouvel attaquant d’Arsenal sur la pelouse du stade militaire du Caire à l’heure des hymnes nationaux. Où était Sheyi Adébayor au début de la rencontre ? Beaucoup de Togolais de par le monde, beaucoup d’observateurs sportifs du monde entier, s’étaient posé cette question. Pour la simple raison que Sheyi Adébayor, c’est la super star de l’équipe togolaise en ce moment. C’est aussi l’homme qui par son intelligence, son talent doublé d’une insolente efficacité devant les buts, a permis aux Eperviers du Togo d’être les mondialistes qu’ils sont actuellement. Ce n’est un secret pour personne. Sheyi c’est l’homme dont les journaux du monde entier parlent actuellement. Surtout avec son récent transfert de Monaco à Arsenal. Il est ce que Zidane est pour les Français. Il représente ce que Samuel Eto’o Fils et Didier Drogba représentent respectivement pour le Cameroun et la Côte d’Ivoire. « On le préfère même s’il devrait jouer avec un seul pied » a-t-on entendu dire l’homme aux 7 bouteilles de Guinness dans son délire. Des mots qui expliquent tout, même s’ils sont prononcés par un homme en état d’ébriété très avancé… Tous les Togolais sont unanimes sur le fait que sans Sheyi, l’attaque togolaise est moins  incisive. Moins crainte par ses adversaires.

Le grand bluff

Un temps, on avait fait croire aux gens que l’ex-attaquant de Monaco souffrait de maux gastriques. Sur les écrans, on l’avait vu s’échauffer avec ses partenaires. Puis de ses pas agiles et peu sûr de lui, il s’en est allé s’asseoir sur le banc des réservistes. C’est un nouveau coup du technicien nigérian qui, face aux Libéria à Lomé lors de la 9e journée des éliminatoires, avait fait une place sur le banc à… Sheyi Adébayor. Le public avait à peine grondé. Mais au fond, c’était tout comme. Car les murmures durant toute la première partie de ce match Togo-Libéria, fusaient de toute part. Personne ne voulait admettre que Sheyi soit mis sur le banc. Il était le plus sûr des pions de Stephen Keshi. Et à peine entré en seconde mi-temps, il montra le chemin de la victoire aux Eperviers en ouvrant le score. Il s’était vengé à sa manière, faisant comprendre à Keshi que « lui » Sheyi est pour le moment irremplaçable au sein de cette sélection. Le technicien nigérian n’a pas semblé piger la leçon. Et il a tenté de nouveau ce fâcheux coup. Mal lui en a prit. Les pots cassés sont à présent devant lui. Les dégâts sont–excusez de peu– désastreux.

Le groupe des Eperviers n’est plus aussi soudé
Le groupe n’est plus aussi solidaire, aussi fort. L’histoire elle, se gâche et prend des tournures fâcheuses. Personne n’arrive à sonder le cœur de Stephen Keshi qui avait tenté au début de la rencontre de se racheter d’une erreur qui lui coûterait chère en cas de déconvenue. Il avait tenté de revenir sur sa décision de ne pas faire débuter la rencontre avec Shéyi. Trop tard, car les mots qu’il a dit dans la matinée à l’attaquant togolais, étaient comme un sérieux coup de poignard porté dans son dos. Keshi en effet avait décidé de ne pas faire jouer Shéyi, l’estimant « insuffisamment préparé, plus préoccupé ces derniers jours par les modalités de son transfert à Arsenal que par les Eperviers ». N’étant pas de l’avis de son entraîneur, le longiligne attaquant togolais a laissé entendre que « dans ces conditions, il ne voudrait même pas figurer sur la liste des remplaçants ». La discorde entre le joueur et son entraîneur ainsi concédée, contamine les Eperviers qui ne sont plus qu’une équipe errant sur le terrain, incapable de se comprendre et d’aligner deux passes consécutives. La pression est forte ainsi que la déception des autres de se retrouver orphelins de celui qui seul, a marqué 11 buts et sauvé l’équipe des situations extrêmes d’abandon. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est Coubadja Touré Kader qui en rajoute aux malheurs des siens en ratant des buts tout faits. En dix minutes, l’attaquant de Sochaux plonge le pays dans une obscurité vite accentuée par les maladresses défensives de Atté-Odéyi Zanzan, Akoto Eric et compagnie. Le débat en ce sens, n’est pas nouveau et les Congolais en profitent pour mettre en lumière les quelques points négatifs qui collent aux semelles des défenseurs togolais depuis plusieurs mois. Agassa Kossi a beau tenir la barque. Il a beau se coucher et sauter sur les balles dangereuses adverses. Il était presque seul à jouer contre ces Simbas revigorés par l’absence de Sheyi Adébayor. Il ne pourra empêcher longtemps Trésor Mputu d’ouvrir la marque. Le moment choisi par les Congolais (44e mn) planter la première bandérille, est suicidaire pour les Eperviers. Beaucoup de Togolais, sans le dire, savaient que c’en est fait. Les dés sont jetés. Le mince espoir sur lequel certains inconditionnels s’accrochaient est vite fondu dans le vent lorsque 18 minutes après la reprise, Akoto Eric offre sur un… plateau d’or le deuxième but aux Simbas. L’autre trésor du football congolais, Trésor Lua-Lua, était passé par là, et après s’être amusé avec le N°12, et défenseur central togolais, envoie une frappe d’une pure précision que Agassa ne put qu’effleurer. A 2-0, et malgré l’entrée en jeu un peu plus tôt de Sheyi Adébayor, les choses en étaient restées là.

Ainsi, l’histoire se répète et comme en 1984 face à la Côte d’Ivoire (3-0) et en 1998 face à la même RDC, (2-1), le Togo a perdu son premier match de phase finale de la CAN. Les Eperviers ont tremblé durant toute la partie, donnant l’image d’une équipe tétanisée par l’enjeu et le jeu produit par ses adversaires. C’est une équipe tout simplement méconnaissable dans tous les compartiments du jeu, (à part quelques individualités comme Agassa Kossi et Sénaya Junior), qui s’est présentée samedi dernier devant les Simbas du Congo. Du coup, l’on se demande si la non titularisation de Sheyi n’avait pas affecté le moral du groupe, le match étant devenu comme  un « chemin de croix » imposé aux Eperviers à qui rien ne réussissait. Un temps l’on a pensé à une trahison, mais le football étant ce qu’il est, avec ses lois, ses caprices et ses réalités, il y a des erreurs qui ne pardonnent pas. Des joueurs de la trempe de Sheyi, on ne leur impose pas certains traitements. Le faire, c’est oublier que ce jeune garçon de Kodjoviakopé représente actuellement pour le Togo ce que Pélé était pour le Brésil. C’est là où se situe la grave erreur du technicien nigérian qui semble oublier que s’il a qualifié le Togo pour le Mondial 2006, c’est en partie grâce aux talents et au génie de Sheyi...

Don Quichotte AKUE

 
 

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