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*Les faits :
Dans la soirée du mardi 17 janvier
2006, aux alentours de 19 heures, le Colonel Narcisse Yoma DJOUA, à bord de sa
Peugeot 405 de couleur grise, arrive à tromper la vigilance de la garde
présidentielle, pour accéder à la cour du Palais de la Présidence, sise au bord
de la mer à Kodjoviakopé.
Induit de témérité, il investit les
locaux du Palais qu’il connaît très bien et occupe pendant près d’une heure le
Bureau du Chef de l’Etat, d’où il passe d’interminables coups de fil à partir du
combiné téléphonique du Président, juste pour tuer le temps.
Il en ressort peu avant 20 heures,
sans être inquiété, reprend sa voiture et traverse aisément la ville de Lomé
pour regagner son domicile sis dans la banlieue d’Agoè, fier de son exploit.
Ce n’est que trois heures plus tard,
peu avant minuit, que les services de sécurité sont alertés. Une unité de la
gendarmerie prend d’assaut ses résidences, et retrouve le Colonel endormi à
Agoè. Sans aucune résistance, il se plie à leur interpellation et est
immédiatement conduit à la Gendarmerie Nationale où il serait gardé dans le plus
grand secret jusqu’à ce jour.
Des perquisitions se sont
multipliées à ses résidences, sans qu’on ne décèle aucune arme, même pas une
lame de rasoir. Les autorités n’osent pas en parler, tant l’humiliation est
grande, ainsi que la leçon de sûreté de l’Etat qui leur est donnée à travers
cette simulation de coup d’Etat.
Simulation, selon les propres
confidences du Colonel DJOUA.
Dans la foulée, plusieurs soldats
qui étaient de garde ce mardi soir, seraient mis aux arrêts et soumis à de
vertigineux interrogatoires. Une enquête serait aussi ouverte pour rechercher
d’éventuels complices de taille, de cette démonstration inédite, venant d’un
ancien chef corps de la garde présidentielle de Feu Président EYADEMA, formé
dans de prestigieuses écoles de guerre occidentales. Ce serait peine perdue car
selon nos sources il aurait agi seul tel qu’il l’aurait confié à un de ses
proches peu avant le 13 janvier 2006, qu’il démontrera sous peu ses qualités
d’officier redoutable des FAT eu égard à l’indifférence dont il fait l’objet
depuis sa libération.
Pourquoi ce défi ?
Depuis sa libération, au lendemain de la
présidentielle d’avril 2005, le Colonel Narcisse Yoma DJOUA est laissé à son
triste sort, sans aucune mesure tendant à sa réinsertion sociale. Il est même
inutile de parler de sa réhabilitation. Rappelons que le Major POULI, son
complice des faits qui l’ont conduit en prison, jouit depuis fort longtemps
d’une liberté très juteuse.
Les 11 années passées en cellule, ont suffit pour que les investissements du
pauvre Colonel tombent en ruine. Pire encore, le Trésor Public togolais est
incapable de lui verser des miettes d’arriérés résultant de la location de
certains de ses immeubles par des service publics de l’Etat. Une situation qui
l’a réduit à une quasi dépendance: il vit uniquement de ses relations et des
bons samaritains.
Ce mépris a sans doute aiguisé son aigrissement au point de lui faire aimer le
goût du risque peu importe la manière, pourvu qu’il puisse se faire entendre
par ses interlocuteurs qui doivent se raviser sur sa force de frappe qui est
restée indemne.
Il ne choisit pas par hasard le jour de son scénario. Nous sommes bien sûr au
lendemain de la grande démonstration des Forces Armées Togolaises, lors de
l’imposant défilé du 13 janvier.
Depuis les lieux de sa nouvelle
détention, il refuserait de répondre aux interrogatoires et ne réclamerait pour
seul interlocuteur que le Président Faure Essozimna GNASSINGBE. Au cas
contraire, il serait prêt à retourner dans la cellule d’où on l’a extrait
quelques mois plus tôt et à y demeurer pour le restant de sa vie, comme pour
dire que la vie lui est plus rude en liberté, surtout avec les conditions dans
lesquelles il est astreint depuis sa libération.
Jeudi dernier, le maximum des 72 heures légales prévues pour la garde-à-vue
s’est expiré sans que le Colonel DJOUA soit déféré. Sous quel régime serait-il
alors détenu?
Détenu pendant plus de 10 ans à la peine civile de Kara, le Colonel Narcisse
Yoma Djoua, ancien fidèle du Général Eyadema, a recouvré sa liberté le 29 mai de
l’année dernière. Il était accusé officiellement du meurtre du Notaire Agbémavor
en juin 1994 et condamné à 35 ans de prison. Officiellement, on lui aurait prêté
des intentions putschistes car Me Agbémavor est loin d’être la première victime
de cet officier qui a mis toute son énergie en branle pour sauver le régime
Eyadema en pleine dérive au début des années 90 en usant de la terreur et du
terrorisme d’Etat.
F.S |