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Oui, on le pleure pour son immense apport, son
sacrifice permanent pour faire du Togo ce qu’il est
aujourd’hui. Quoiqu’on dise, Eyadema était un grand
patriote. Il fait partie de ces Togolais qui aiment
leur pays et qui sont prêts à mourir pour lui.
C’est tout à fait légitime qu’on se rappelle de cet
homme pour lui rendre un vibrant hommage par rapport
à l’immensité de son œuvre.
Eyadema avant le
05 février 2005
Le président Eyadema avant cette date du 05 février,
faisait transparaître de réels signes de fatigue. Il
n’était plus ce robuste baobab qui tenait tête aux
violents vents. Le décès de son frère aîné Kabissa
sera un coup de ce choc auquel, Gnassingbé Eyadema
n’a pu se remettre. Au défilé du 13 janvier, le
dernier qu’il a présidé, le général Eyadema diminué
mais en bon militaire, a joué son rôle de chef des
armées à travers sa réponse aux honneurs qu’on lui
donnait. Après cette communion entre lui et son
peuple, Eyadema sera évacué le
14 janvier 2005
en Suisse pour un bilan de santé. Il ne passera pas
un long moment en territoire helvétique. Le général
reviendra présider aux obsèques de son frère Kabissa
décédé quelques jours plus tôt (03 janvier 2005).
Habitué à un infernal rythme de travail, Eyadema
d’après les témoignages ne suivra pas le rythme que
ses médecins lui ont imposé. Il enchaîne les
audiences et même assiste au milieu de ses pairs de
la CEDEAO
à un sommet à Abuja au Nigeria sur la crise
ivoirienne.
Sûrement que c’est la dépense de trop d’énergie qui
aura raison définitivement du fragile état de santé
du baobab de Lomé II. Les derniers termites sont en
train d’avoir pour la première fois raison des
grosses et profondes racines du baobab.
05 février 2005, jour de la « catastrophe
nationale »
La veille, c’est-à-dire le 04 février, rien n’allait
plus, les médecins soignants et la famille
s’affairaient autour du président trop mal en point.
L’idée d’évacuation en direction d’une grande
formation sanitaire devenait certaine. Il faut
chercher un avion approprié pour un pareil cas.
Malgré les efforts affichés de part et d’autre,
vaines seront les recherches. Le Boeing présidentiel
sera mis à contribution pour cette délicate
évacuation.
Au petit matin du 05 février, l’évacuation a été
décidée. Sur les quelques visages présents à
l’aéroport qui porte avec fierté son nom
aujourd’hui, se lisaient l’anxiété et le désespoir.
Pour la première fois depuis 38 ans de son règne,
c’est sur une civière que le président Eyadema se
couchera pour monter à bord de l’avion présidentiel.
Les fidèles présents ne verront plus jamais ce geste
plein de chaleur en guise de communion avec son
peuple qu’est cette salutation habituelle du
président après la montée de la passerelle de son
avion.
Le glas est en train de sonner pour le père de la
nation, cet infatigable combattant de la paix pour
son pays, pour l’Afrique et le monde entier.
Le Boeing présidentiel a déchiré la pénombre
matinale et le calme qui régnait sur la capitale
Lomé pour Tel-Aviv en Israël. Pendant cette folle
course contre la montre, le président Eyadema lui
sur son lit médicalisé du Boeing luttait contre la
mort. Malheureusement, celui qui a toujours frôlé la
mort, qui a aussi à plusieurs reprises côtoyé la
mort s’en irait en apesanteur au dessus du désert
tunisien de Tamanrasset.
Eyadema sera reconduit quelques heures plus tard
dans son village natal. La nature a fait parler
d’elle comme pour s’associer à ce douloureux
événement qui frappe le Togo dans son ensemble. Un
grand vent a soufflé sur la région de
la Kara à l’arrivée du corps à l’aéroport de
Niamtougou.
C’est le signe de la fin des grands hommes. Et
Eyadema en était effectivement un pour le Togo et
pour l’Afrique. Que la terre continue de lui être
légère !
Ben TCHAK |