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31 Oct 2006

 

[ 573 : du 30 Oct  2006]
Présidence de la CENI Chronique d’une péripétie : Comment est-on arrivé à l’élection de Tozim Potopéré

Enfin ! La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), l’institution chargée d’organiser et de superviser les consultations électorales et référendaires, en liaison avec le ministère de l’intérieur et les autres services de l’Etat, a élu son président. Il s’agit de M. Potopéré Tozim.

            M. Potopéré est élu au sein de la CENI par consensus par les dix-neuf (19) membres qui composent cette institution.

            Cette élection a eu lieu dans la matinée du vendredi 27 octobre 2006. L’après-midi du même jour, les autres membres ont été également élus.

            Ainsi, conformément à l’Accord Politique Global, la Commission Nationale Indépendante (CENI), en sa séance plénière du 27 octobre a élu par consensus son bureau qui se compose comme suit :
1°) Président            :    Potopéré Tozim

2°) Vice-président :       Dr Amaglo Kokou James
3°) Rapporteur       :      M. Tozoun Kokou Biossey
4°) Rapporteur Adjoint : Johnson Adodo

            Mais avant cette nomination, le chemin a été semé d’embûches.

Rappel des faits

            Conformément aux principes et acquis de l’Accord Politique Global signé à Lomé le 20 août 2006 par les neuf (9) parties prenantes au dialogue intertogolais à savoir l’UFC, le CAR, la CDPA, le PDR, la CPP, le RPT, la REFAMPT, le GF2D et le Gouvernement, la CENI a été mise en place. C’était le vendredi 13 octobre 2006.

            En effet ce vendredi, l’Assemblée Nationale a élu les membres proposés par chacun des parties signataires de l’Accord Politique Global. Ils sont au total dix-neuf (19) dont :

            . Cinq (5) pour la mouvance présidentielle (RPT)

            . Dix (10) par les autres parties signataires de l’Accord-cadre de Lomé (CAR, UFC, CDPA, CPP, PDR) dont deux par chacun.

            . Deux (2) par la société civile à raison d’un (1) par chacune des deux organisations qui prennent part au dialogue national (GF2D et REFAMPT)

            . Deux (2) par le gouvernement.

Liste des membres de la CENI
Pour le RPT

1)   Tozoun Biossey
2)   Pétchélébia Abalo
3)   Kogoe Akrima
4)   Boutora-Takpa Koléla
5)   Sambiani Konkadja Pakandame


P
our le Gouvernement

6)   Potopere Tozim
7)   Tabiou Taffa


Pour l’UFC

8)   Codjo Délava Jean-Claude
9)   Améléwonou Euzèbe Essem

Pour le CAR

10)  Amaglo James
11)  Djéri Azawè

Pour la CDPA
12)  Johnson Adodo Koudjo Yocoley
13)  Sibabi Boutchou

Pour la CPP
14)  Amedjogbe Kouevi Henriette Olivia
15)  Bete Koffi Komlan Yves

Pour le PDR
16)  Amadou Tadjini
17)  Kolani Lardja Henri

Pour le REFAMPT
18)  Tchangaï-Walla Kissem

Pour le GF2D
19)  Nyame Ami Nono

Début des difficultés
Les vaines difficultés ont commencé le 20 octobre 2006, date à laquelle les 19 membres de la CENI se sont réunis pour élire leur Président.

            En tout, il y avait quatre (4) prétendants pour le seul poste de la Présidence.

            1 – Délava Jean-Claude Codjo (UFC)

            2 – Dr Amaglo Kokou James (CAR)

            3 – Henri Kolani (PDR)

            4 – Abalo Pétchélébia (RPT)

            Entre temps, c’est le candidat du RPT, M. Abalo Pétchélébia qui, à la surprise générale, se désista pour permettre aux autres candidats d’en faire autant afin que, dans les plus brefs délais, le consensus puisse être dégagé.

            Malheureusement, malgré cet acte salutaire et inédit posé, pour une première fois par le RPT, les trois autres ne voudraient pas entendre raison. Ils se sont finalement séparés et se retrouvèrent le mardi 23 octobre.

            Ce mardi donc, il n’y avait toujours pas eu de désistement et les dix-neuf (19) membres se sont séparés sans rien arrêter.

            Ils se retrouvent le vendredi 27 octobre 2006 dans la matinée.

            Entre temps, certains observateurs avaient, vu les difficultés inhérentes au choix par consensus du Président, pensé à la facilitation.

            Puisque, au sein de la CENI, les petits calculs politiciens ont pris le pas sur l’intérêt national.

            A l’UFC, on considère que le CAR a déjà eu la primature et que, remettre la présidence à ce parti, serait synonyme d’un crime de lèse-majesté. Le parti de Gilchrist Olympio qui a oublié ses propos et autres dérives tenus même à l’égard de Faure Gnassingbé et de Me Yawovi Agboyibo de la CENI doit leur arriver de droit. Mal lui en prit.

            Au CAR, on considère qu’on est en politique et que chacun doit jouer sa carte. On est allé plus loin en considérant l’UFC comme un parti qui n’a aucun respect pour les autres.

            Le PDR de son côté voudrait faire cavalier seul parce qu’il estime que l’opinion le considère comme allié du RPT.

            On se trouva dans un dilemme lorsque, in extremis, la fumée blanche sorta le vendredi 27 octobre 2007. Mais comment en est-on arrivé-là ?

            En effet, selon nos sources, n’ayant pas toujours eu de désistement et de consensus, c’est le Ministre Kokou Tozoun qui avait proposé à l’assistance de choisir quelqu’un qui n’a pas de voix délibérative. En effet, les textes prévoient que la CENI élit en son sein, son président et les autres membres du bureau. Mais les textes prévoient également que, les deux (2) membres du gouvernement sont sans voix délibérative.

            Cette proposition de M. Tozoun a reçu l’assentiment de tout le monde qui, par consensus, a élu, M. Potopéré Tozim. Mais quels analyse et commentaire suscite ce choix ? La question reste posée.

 

Commentaire : Les péripéties de la nouvelle recomposition

            Nous pensons qu’il est nécessaire de tirer leçon de l’élection du Président de la nouvelle CENI au regard des péripéties que la classe politique togolaise, désormais regroupée dans le processus électoral a dû affronter.

            D’abord, le fait que ce Président ait été choisi par consensus est significatif de la nouvelle évolution du jeu politique au Togo. Quelque part dans l’Accord Politique Global, il a été écrit que dans le mode décision, il faut toujours privilégier le consensus. Cette disposition pose problème parce qu’on ne peut pas vouloir la démocratie et en même temps, privilégier le consensus. Les faits ont justement montré qu’en politique, lorsqu’il n’y a pas la bonne volonté et la confiance mutuelle, privilégier le consensus n’est pas la plus facile voie.

            Notre pays, comme tant d’autres d’ailleurs, fait l’apprentissage de la démocratie qui, en définitive, est une forme de dictature de la majorité par rapport à la minorité. C’est est vrai que pour éviter des frustrations, il est souvent demandé à la partie majoritaire de prendre en compte de temps en temps certaines préoccupations de la minorité.

            Ceci dit, il faut retenir que l’échiquier politique togolais est aujourd’hui bouleversé, voire chamboulé. Hier, la scène politique nationale était composée d’une part du RPT, parti au pouvoir et de certaines petites formations considérées comme ses satellites et d’autre part de l’opposition identifiée par les cinq partis que sont le CAR, la CDPA, la CPP, le PDR et l’UFC.

            Petit à petit, la CPP et le PDR ont changé de stratégie et opéré un recentrage. Ainsi ont-ils opté pour l’accompagnement vers la démocratie plutôt que l’affrontement stérile permanent. Tous les efforts mis en œuvre par les partis dits radicaux pour marginaliser ces deux formations ont été vains. Pour s’en convaincre, il suffit de constater qu’en dépit de leur présence au gouvernement, et malgré le fait qu’ils aient participé aux négociations ayant abouti aux 22 engagements, ils ont toujours été considérés comme des partis de l’opposition et c’est comme tels qu’ils ont participé au dialogue intertogolais.

            Avec la signature de l’Accord Politique Global, deux des partis dits radicaux ont fait à leur tour, leur entrée au gouvernement en plus de certaines autres petites formations. Seule l’UFC, fidèle à son négativisme politique légendaire n’a pas su franchir opportunément le pas.

            Aujourd’hui, les partis qui viennent d’entrer au gouvernement et qui sont donc au pouvoir entendent certainement rester aux affaires. Ils ne sont plus liés par une quelconque solidarité vis-à-vis d’une certaine opposition. C’est pourquoi les candidats du CAR et du PDR à la présidence de la CENI n’ont pas voulu s’effacer au profit de l’UFC. Ce refus de s’effacer, loin d’être une mauvaise chose est le signe évident de la nouvelle donne qui voudra que les jeux et les alliances se fassent au gré des circonstances et des rapports de force.

            En désignant à la tête de la CENI, le représentant du Gouvernement, M. Potopéré Tozim un technicien connu pour ses compétences en matière électorale, la classe politique a fait le seul choix possible pour éviter l’impasse compte tenu des impératifs de temps.

            L’UFC, le parti des exigences, le parti qui pense que telle ou telle chose lui revient de droit, doit retenir la leçon. Car «les élections législatives en préparation sont celles qui permettront de dégager le parti le plus important de l’opposition». Dixit M. Desesquelles, ex-Chargé d’Affaires a.i. de l’UE au Togo (Le Plateau de la Semaine TVT, numéro du 22 octobre 2006.

            On peut dire qu’à l’heure du Gouvernement d’union, l’opposition togolaise, par la force des choses, se cherche parce que allant vers une nouvelle recomposition. Au terme des législatives, la nouvelle comptabilité permettra de connaître les partis au pouvoir et les partis de l’opposition. En attendant d’en arriver-là, nous sommes dans une phase de transition. Rassemblons nos forces et oeuvrons tous pour que le processus démocratique dans notre pays puisse enfin sortir des sentiers battus. Faisons en sorte que la politique, dans notre pays soit dépassionnée et ne subisse plus le poids d’un passé douloureux qu’il faut avoir le courage de transcender. C’est seulement à ce prix que le Togo connaîtra des lendemains meilleurs et le rêve de plus de justice, plus de liberté, bref, de la démocratie, sera réalisé sur la terre de nos aïeux.

C. P.

 

Crise ivoirienne : Gbagbo dans la nasse
«L’erreur est humaine, mais persévérer dans l’erreur est diabolique», dit-on. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire, un pays voisin qui ne laisse personne indifférent, un pays, joyau de la sous-région ouest africaine, doit interpeller tous les démocrates.

            Pour bien comprendre la situation, le parcours de Laurent Gbagbo mérite d’être brièvement rappelé. Considéré comme un opposant historique en Côte d’Ivoire, cet homme, Professeur d’histoire de son état, est arrivé au pouvoir par la bêtise humaine qui a provoqué un accident de l’histoire. Cela a fait dire à beaucoup d’observateurs que Gbagbo est un mal élu. La démocratie étant une conquête permanente, voire quotidienne, le «mal élu» devrait bâtir sa propre légitimité à travers des actes rassembleurs et conciliateurs. Mais Gbagbo n’a pas compris cette vérité.

            Lorsque en 2002, Gbagbo en visite en Italie a appris la nouvelle de la tentative de coup d’Etat qu’on a voulu lui faire, sa réaction a été celle d’un irresponsable : «Je rentre au pays pour faire la guerre», a-t-il déclaré.

            C’est déjà à partir de cette époque que nous avions compris que la Côte d’Ivoire était sur une mauvaise pente. Parce qu’un chef d’Etat responsable ne peut pas déclarer rentrer au pays pour faire la guerre à ses compatriotes. Mais c’est ce que Gbagbo a voulu faire. Mal lui en a pris parce qu’il n’avait pas les moyens de son rêve. N’eût été l’intervention des forces françaises, il serait balayé depuis longtemps. Cependant, malgré le fait que son pouvoir ait été sauvé de justesse, les conséquences immédiates et indéniables de cette situation sont toujours là : la partition du pays.

            Lorsque dans un pays, un seul citoyen prend les armes contre l’autorité légale établie, c’est qu’il y a problème. Celui qui préside aux destinées du pays a le devoir suprême de tout faire pour éteindre l’incendie au lieu de verser dans la provocation et de jeter l’huile sur le feu.

            Le drame pour la Côte d’Ivoire, c’est que Gbagbo n’entendait pas les choses de cette oreille. Sa vision, c’est celle d’un va-t-en guerre. Il veut en découdre avec ceux qui ont pris les armes contre lui. Ce faisant, il a oublié que le temps est son pire ennemi.

            En effet, Gbagbo a été élu pour cinq ans. En s’accrochant aujourd’hui désespérément après cinq ans de pouvoir à une disposition constitutionnelle qui stipule que le Président reste en fonction jusqu’à l’élection de son successeur, Gbagbo fait une fuite en avant. Car, qu’il le veuille ou non, il a été élu pour une durée de cinq ans et il est déjà en fin de mandat. Si le constituant, au moment où il rédigeait la loi fondamentale, avait imaginé un seul instant qu’un chef d’Etat viendrait à passer une année supplémentaire au pouvoir après son mandat, il n’aurait certainement pas laissé cette disposition dans la Constitution. L’exemple américain est là pour nous instruire. Franklin D. Roosvelt a fait trois mandats au pouvoir à cause de la seconde Guerre Mondiale. Les Américains n’ont pas hésité à amender leur Constitution pour éviter que ce genre de fait ne se reproduise plus. En tout cas, l’entêtement de Gbagbo se retournera contre lui-même.

            Aujourd’hui, Laurent Gbagbo et ses supporters aiment condamner certaines prises de position de la communauté internationale. Ils aiment fustiger le GTI. Lorsqu’il a passé un an de plus au pouvoir grâce au soutien de la communauté internationale Gbagbo ne sait pas que la Côte d’Ivoire est devenue un pays sous tutelle qui a perdu sa souveraineté qu’il ne retrouvera pas tant qu’il sera là.

            Gbagbo se trompe d’époque. Il crée en Côte d’Ivoire, autant que cela l’arrange, une anarchie généralisée pour conserver le pouvoir. Il est au pouvoir mais il ne fait aucun bien à son pays puisqu’il ne peut ni le développer ni améliorer les conditions de vie de ses concitoyens. A quoi ça sert d’être à la tête d’un pays autrefois envié et qu’on conduit à la ruine si c’est seulement pour dire qu’on est au pouvoir ?

            Gbagbo, tout comme l’opposition et les Forces Nouvelles doivent laisser les mains libres au Premier Ministre Charles Konan Banny, une personnalité neutre, pour qu’il organise en toute transparence, les prochaines élections. Gbagbo ne peut pas se prévaloir de la Constitution ivoirienne pour organiser des élections frauduleuses et conserver le pouvoir. Il est un principe du droit international qui veut que les traités ratifiés par un pays prennent le pas sur sa législation interne, y compris la Constitution. En l’espèce, lorsque l’ONU prend des résolutions, celles-ci doivent prendre le pas sur la Constitution que Gbagbo lui-même ne respecte pas.

            En tout état de cause, l’opposition ivoirienne et les Forces Nouvelles n’ont rien à perdre. On ne saurait perdre quelque chose lorsqu’on n’a rien. C’est Gbagbo qui a le pouvoir et tout à perdre. Tous les jours qui passent s’inscrivent à son passif. Il a donc tout intérêt à envisager un changement de cap pour son bien et celui de son pays. Il est déplorable que Gbagbo, un intellectuel, adopte aujourd’hui des comportements pires que ce qu’on a connu avec des militaires. Comme quoi, l’opposant historique, radical, n’est pas forcément démocrate. A l’épreuve des faits, Gbagbo désormais dans la nasse a démontré que la dictature intellectuelle est pire que la dictature militaire.

C. P.

 

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